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La Princesse et le fils du président

De
308 pages

Maurice Karsama, fils du président d'un état nouvellement indépendant d'Afrique, est envoyé à Paris auprès d'un précepteur afin d'être préparé pour des futures fonctions importantes.

Dans la belle capitale, il est présenté à de nouveaux amis et se découvre des sentiments amoureux d'adolescent. Malheureusement, il est bientôt rattrapé par ses réalités politiques à la suite d'un coup d'état contre son père. Au sortir de ces épreuves, de retour en France, il devra faire face à d’autres adversités.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

*ISBN numérique : 978-2-332-72178-5

 

© Edilivre, 2014

La Princesse et le fils du Président

 

 

Lorsque le Tristar affrété par la compagnie Air Afrique s’immoblisa sur l’une des pistes du terminal sud de l’aéroport de Roissy Charles De Gaulle, Philberg Rogers qui attendait à la sortie numéro 14 sembla quelque peu surpris par la ponctualité de l’avion. Sa longue expérience du continent noir lui avait fait considérer avec circonspection l’heure d’arrivée qu’affichait l’ecran électronique : 16heures trentes minutes. Car, s’était-il dit, là-bas, on aimait prendre son temps. D’ailleurs, il y avait fini par savoir patienter comme tout le monde ; ce qui l’aida beaucoup dans les diffèrentes fonctions qu’il eut à y exercer. Envoyé en Gambie comme Secretaire d’Ambassade aprés sa démobilisation à la fin de la seconde guerre mondiale, l’ancien major de l’armée britannique, fut rappelé en 1951 à Londres, auprés de son oncle chargé de l’organisation des cérémnonies privées de sa Majesté. Lorsque ce dernier prit sa retraite, il fut un moment pressenti pour le remplacer. Mais son manque de diplôme l’handicapa. En effet les temps avaient brusquement changé. De jeunes loups aux dents longues fraichement sortis des écoles de Communication et envoyés à la cour, lui enlevèrent toute prétention. C’est donc avec amertume qu’il quitta Buckingham pour servir de conseiller spécial au roi du SWATZILAND. Entre-temps il avait mûri, et put donc mettre à profit ce retour sur le continent de ses débuts diplomatiques pour élargir le cercle de ses amitiés. C’est ainsi qu’il connut le chef élu du nouvel Etat indépendant du Kernan à qui il fut présenté comme un homme trés discret et rompu aux régles de bienséance. Ce dernier le sollicita immédiatement pour régenter tout ce qui concernait sa demeure. Dix années plus tard, paré de cette expèrience enrichissante qui lui permit de côtoyer beaucoup de personnalités du monde, il se décida à prendre une semi-retraite qu’il estima bien méritée. Il s’installa donc à Paris pour se consacrer, en dilettante, aux résolutions d’affaires délicates de ses amis. Et pour ce faire, trouvant plus judicieux d’avoir une double nationalité, il chercha donc et obtint un passeport français.

Le premier flot de passagers Noirs et Blancs se déversa dans le grand hall en bout d’escalator. Philberg Rogers jugea plus méthodique de concentrer son attention sur ceux qui avaient passé le contrôle de la police des frontières et qui se présentaient à la douane. Il sortit de la poche droite de sa veste un petit masque africain et le mit bien en évidence. Occupé à essayer de comprendre pourquoi les policiers refusaient l’entrée à une Africaine d’un certain âge qui se targuait d’avoir un visa en bonne et due forme, il ne remarqua pas un garçon aux allures de sportif qui lui faisait un grand sourire.

– Monsieur Rogers ? demanda le voyageur lorsqu’il fut à sa hauteur, le tirant de sa diversion.

– Monsieur Karsama ! Avez-vous fait bon voyage ? lâcha-t-il en se reprenant promptement.

– Oui, répondit celui qu’il était venu accueillir.

L’ancien diplomate posa un regard admiratif sur ce gaillard de vingt et un ans qui le dépassait d’au mons dix bons centimétres. Il remarqua ce regard naif mais plein de bonheur qu’il lui avait connu quand il était tout petit. Et lui, le sexagénaire à l’air austère se ressentait d’une certaine timidité face à ce visage qui semblait rire tout le temps. Il l’aida à porter ses bagages.

Parmi les services qu’il rendait aux personnalités qui lui faisaient confiance, l’ancien diplomate avait plaisir à parfaire les comportements mondains de leurs progénitures. Ce rôle quelque peu désuet de précepteur qu’il excerçait avec abnégation lui valait de recevoir Maurice. Il expliqua au fils unique du Chef d’Etat Kernanéen qu’il ne serait pas seul. Il avait accueilli un jeune Aristocrate Laotien dans la matinée, et tenait à ce que ses deux éléves s’entendent parfaitement.

– Il s’appelle Dai NONG, annonça-t-il alors que la voiture s’engageait sur l’autoroute menant à Paris ; puis ajouta : « il n’a pas de sang royal, mais il a bon rang dans la hiérarchie des descendants de mandarins ».

– Je serai heureux d’être son ami, décléra le passager sans grande conviction.

Il ne connaissait pas bien les Jaunes, et ce serait la première fois qu’il en cotoyerait un assidûment. Chez lui ils étaient appelés « chinois » sans distinction par la population locale, qui, les trouvant trés réservés et préférant vivre entre eux, les fréquentaient trés peu. Son visage devint si grave que l’ancien employé de son père ne le reconnut plus même s’il n’en dit pas un mot. En fait Maurice réfléchissait à la manière d’aborder le probléme qui surgissait ainsi en la personne de ce compagnon imprévu. Il se demandait ce qu’il fallait faire pour rendre la fréquentation agréable. Aprés plusieurs minutes de cogitation il secoua la tête et se plongea dans l’admiration du paysage autoroutier. La circulation se fit de plus en plus dense à l’approche de la capitale, et le nouvel arrivant finit par piquer un somme. Le coup de klaxon rageur d’un automobiliste à qui Philberg Rogers refusait la priorité le rêveilla quelques instants plus tard. Ils se trouvaient au carrefour de la porte dorée. L’Africain fixa la statue qui brillait sous le timide soleil du mois de Septembre et s’amusa à penser aux conséquences si elle avait effectivement été toute en or. Son esprit sortit de sa divagation lorsqu’il aperçut e musée des Arts Africains et Ocèaaniques. La Renault s’engagea à ce moment dans une grande artère. Maurice lut une plaque et apprit qu’il était bien à Paris, dans le douziéme arrondissement, sur l’avenue Daumesnil. La Renault Safrane s’immobilisa quelques dizaines de métres plus loin devant un hotel à l’aspect anodin. Cependant lorsqu’ils furent à l’intérieur le jeune Noir apprécia le décor qui présentait un jeu de miroirs et de marbre blanc à motifs roses. Quelques imitations de tableaux de maîtres étaient accrochés aux murs. A droite de l’entrée était situé le bar, et à gauche un petit restaurant. Une étroite allée séparait ces deux parties surélevées comme sur des estrades. Et à son bout débutait un escalier menant à l’unique étage comportant les chambres. Aprés l’avoir recommandé au maître d’hôtel, le mentor de Maurice lui demanda de le rejoindre en bas dés qu’il se serait changé. Ce qu’il fit une trentaine de minutes plus tard. Le précepteur prenait un apéritif anisé. La même chose fut gracieusement offerte à son protégé en guise de bienvenue.

– La chambre est-elle à votre goût, demanda Pilberg Rogers ?.

– Oui, elle est trés agréable et trés aérée, j’ai une belle vue sur la grande avenue.

– Monsieur Nong ne va pas tarder ; il occupe la chambre en face de la vôtre… Nous dînerons un peu plus tard. Je vous ferai avant, un résumé succint de ce que nous entreprendrons durant votre séjour.

Lorsqu’apparut celui qu’ils attendaient, le nouvel pensionnaire qui dégustait son deuxiéme verre, troujours gratuit, fut surpris de trouver l’asiatique aussi grand que lui. Ils avaient pratiquement la même taille : quelques centimétres au dessus du métre quatre vingt. Il crut d’abord à l’effet des talons de chaussures de son homologue, mais se rendit vite compte qu’ils étaient hors de cause. Cétait bien la première fois qu’il rencontrait, un « Chinois » qui n’était pas petits, et celà le contrariait presque. Il se consola intérieurement d’être néamoins plus fort. En effet, contrairement au Laotien assez maigre du reste, le costume gris strict de Maurice camouflait mal des muscles puissants.

Le freluquet s’inclina aprés les présentations effectuées par son maître, serra chaleureusement la main de son futur camarade, et se mit à siroter la même boisson que le garçon venait de lui apporter. Son regard n’avait jusque là que furtivement croisé celui du Kernanéen. Ce dernier en était offusqué quoiqu’il le cacha bien.

– Je vais commander le dîner, annonça Philberg Rogers ; tel qu’affiché, vous avez le choix entre du roti de porc avec frites et des escalopes de dinde farcies… Le dessert est plus qu’intéressant carnous avons droit é des corbeilles de fruits. Le roti qui eut l’unanimité, fut servi aprés un crotin de chévre en entrée accompagné d’une bouteille de bordeaux supérieur. Nong sembla picorer les frites, tandis que Maurice qui n’avait pas aimé la nourriture proposée dans l’avion, mangea de bon appêtit. Philberg Rogers ne finit pas le contenu de son plat et attaqua le dessert. Il était visiblement pressé. Aussi décida-t-il de ne pas attendre que les deux garçons aient fini leur repas pour exposer le programme qu’il avait mis au point.

– Vous ne serez pas dans un collége et je ne serai pas le professeur qui vous notera, délara-t-il ; seulement, je demanderai du sérieux de votre part en toute circonstance même si je ne vous imposerai pas quelque chose de draconien… D’ailleurs il s’agira plus de vous habituer aux protocoles et bienséances de rigueur dans les milieux que vous aurez à fréquenter dans l’avenir, que de vous imposer un nouveau mode de vie… Vos parents repectifs m’ont bien signifié qu’ils souhaitaient que vous vous imprégniez de la vie à Paris parce que cette ville est une référence mondiale de raffinement artistique, culturel, gastronomique, etc… A l’occasion, je vous ajouterai ma touche anglo-saxonne. Je ne sais quelles fonctions vous occuperez plus tard chez vous, mais l’expérience que vous aurez acquise, vous servira beaucoup. Le contact humain sera la base de toute ma méthode ; et j’espère que vous y prendrez plaisir. Les deux jeunes apprentis mondains ne touchaient plus à leur repas, pour mieux écouter et par respect. L’éducateur s’octroya un demi-verre de vin et reprit : « Je reviendrai demain… Je vous souhaite une bonne nuit, surtout à vous Maurice, récuperez bien de la fatigue du voyage… Profitez de la nuit pour mieux faire connaissance tous les deux ; ce sera utile… Et soyez bien habillés demain. »

Aprés s’étre levés pour le saluer, ses éléves reprirent leur dîner dans un silence, en se scrutant l’un et l’autre à la sauvette. Nong se leva le premier sans avoir touché à la viande, et d’une voix fluette, articula : « bonne nuit, Monsieur »

– Bonne nuit, répondit son convive, d’un ton neutre.

Le Kernannéen ne cessa de manger q’une demi-heure plus tard. Au moment où il regagnait la chambre numéro trente et un qui lui était affectée, il perçut d’étranges incantations émanant d’en face au numéro trente deux. Il s’approcha et tendit l’oreille.

Il n’y avait pas de doute. Bien que le ton fut rauque, il comprit que son voisin priait. Une curiosité naturelle s’empara du cerveau de l’Africain. Hormis les reportages télévisés, il n’avait jamais vu en vrai de telles prières et mourait d’envie de savoir comment elles se pratiquaient en intimité. Le Boudhisme et le Dalaî LAMA le fascinaient.

Il frappa quelques coups à la porte en vain, puis se résolut à aller dormir.

Maurice jeta un coup d’œil à sa montre-bracelet posée sur la table de chevet. Constatant qu’il était huit heures et demie, il s’en voulut d’en être encore à ajuster les boutons dorés des manches de sa chemise. La veste du costume sombre qu’il avait choisi attendait sur le lit. Il avait déjà noué la cravate de soie bleue à petits pois rouges. Il s’activa. Et lorsqu’il apparut dans le restaurant il était neuf heures. NONG prenait son petit déjeuner. Il le salua et, à son grand étonnement ce dernier le gratifia d’un large sourire qui l’encouragea à partager la même table que lui. Comme à tous les réeils, il ne prit que du café noir. Il ne mangeait rien de consistant avant midi. Et alors qu’il buvait son expresso apporté par le serveur, il ne put s’empêcher d’admirer la coupe de l’impeccable costume en lin ocre que son voisin portait sur une chemise blanche à carreaux avec une cravate rouge.

Aprés plusieurs minutes d’observation, il décida d’engager la conversation. Il était de bonne humeur, la fatigue du voyage s’étant estompée.

– Vous avez bien dormi ? Introduit-il.

– Assez bien, s’entendit-il répondre.

– Vous avez l’habitude de faire vos prières avant de vous coucher ?

– Ah ! Vous m’avez entendu ; je tâcherai de faire moins de bruit dorénavant.

– Non, ce n’est pas que ça me gênait… J’ai peut-être l’oreille trés fine, mais j’étais juste dans le couloir à ce moment… Sinon, de ma chambre je n’entends absolument rien.

– Ah, bon. Je suis un peu rassuré, quoique j’estime qu’à l’avenir il vaut mieux que je sois plus silencieux. Le Laotien continua de grignoter ses croissants et boire son chocolat au lait à petites gorgées.

Maurice vida sa tasse, consulta sa montre de nouveau et déclara :

– Je crois que Monsieur ROGERS est en retard… Il est neuf heures et demie maintenant… Je vais commander deux autres cafés : un pour moi et un pour vous.

Son camarade ne s’y opposa pas. L’atmosphére se détendait réellement. A dix heures, toujours pas de Philberg. La discussion entre ses disciples était un peu plus animée même s’il y avait encore une certaine retenue de part et d’autre. L’africain apprit un peu plus sur les us et coutumes du Sud-Est asiatique et s’étonna de relever tant de similitudes avec les pratiques de chez lui. Telles se déchausser avant d’entrer dans la chambre d’une personne respectable ou inconnue ; manger avec la main droite et réserver la gauche pour les soins intimes, le port du pagne ; certaines pratiques religieuses rappelant étrangement le fétichisme noir.

Une demi-heure plus tard, il commença à s’impatienter et porta un regard interrogateur sur son interlocuteur qui, impassible, semblait apprécier le liquide noir qui s’était refroidi. Il s’apprêtait alors à demander une troisiéme tasse quand le précepteur entra dans l’hôtel. L’air épanoui, dans un costume beige avec nœud papillon et pochette assortie qui accentuaient une élégance de tous les jours ; Il semblait avoir mis beaucoup de soin à s’huiler et à se parfumer. L’ancien diplomate était le prototype même du gentleman habitué des salons les plus huppés. Il n’était ni trés beau, ni laid. Son crâne dégarni était brillant. Cependant, les quelques cheveux qui lui restaient étaient réguliérement entretenus par l’application visible de produits capillaires. Maurice pensa que cet homme devait mettre un temps fou devant son miroir, et crut y déceler alors la raison de son retard.

Le sexagénaire s’enquit de la forme de chacun et prit place. Et, au garçon qui, croyant pouvoir prendre une commande s’était approché, il lança : « J’ai déjà pris mon petit déjeuner. » Puis, s’adressant à ses disciples, il dévoila :

– J’ai fait exprés de venir en retard pour que vous compreniez qu’il n’y aura aucune contrainte d’horaires entre nous… Je vous le répéte, il ne s’agit pas de cours académiques.

Maurice et Nong se regardérent et eurent des sourires de connivence. Ils s’attendaient en fait à recevoir l’opinion de leur maître. Celà ne tarda pas ; car aprés les avoir scrutés, ce dernier affirma : « vous êtes bien habillés… la Dame qui nous invite ne sera pas déçue… Maintenant ; on y va ; je vous expliquerai en cours de route. »

Dehors, ils s’engouffrérent dans la grosse cylindrée. Un gros bouquet de roses jaunes et rouges trainait au milieu de la banquette arrière. Chemin faisant, l’éducateur fit la description de celle dont ils allaient être les invités : une femme d’une cinquantaine d’années, d’abord agréable et d’une distinction rare. Elle était bien introduite dans les milieux chics de la capitale. Il la sollicitait souvent pour de menus servives spéciaux qu’elle lui rendait facilement grâce à son entregent. Par ailleurs, le métier d’institutrice qu’elle avait exercé autrefois, lui avait conféré une certaine pédagogie qu’elle mettait à profit dans l’enseignement des usages mondains.

Philberg Rogers n’eut pas à s’annoncer à l’interphone. L’ouverture automatique se déclencha presqu’aussitôt qu’il eut frappé le code à quatre chiffres. Ils emptruntèrent un ascenseur spaciuex dont l’aspect augurait de la fortune des habitants des lieux. L’intérieur, d’une propreté frappante, était entièrement recouvert d’une épaisse moquette d’un vert olive fixé par de fines lames d’aciers dorées qui disparaissaient à chaque extrémité sous les deux grands miroirs des parois latérales. La dame attendait à la porte de son appartement du cinquiéme étage.

Maurice acquiesça de la tête. Elle avait effectivement beaucoup de classe. Malgré son âge ; elle présentait un corps étonnament bien sculpté qu’une longue robe légèrement décolletée et fendue par devant moulait harmonieusement. Le haut de couleur blanche, ressemblait à un chemisier ; le bas noir, était piquetté de paillettes brillantes. On eut dit qu’elle avait été réalisée à la main piéce par piéce. La beauté, qui plairait bien à des hommes plus jeune qu’elle, aprés les présentations, tendit une main fine au précepteur qui la baisa affectueusement.

Elle accepta avec un plaisir communicatif le bouquet de roses que le vieux briscard lui remit et fit traverser à ses hôtes un long vestibule avant d’arriver avec eux dans un immense salon. Maurice fut alors saisi d’un trac indescriptible qu’il essaya de dissimuler tant bien que mal en portant son regard vers un grand tableau dont il fut incapable de lire le nom de l’auteur figurant au bas de l’œuvre. En quelques secondes, il fit l’inventaire admiratif de cet espace aussi luxueux que sobre. A part la bibliothéque et le matériel hi-fi qui occupaient tout un pan du mur, il y avait un secrétaire style Louis XIV, une table basse entourée d’un grand canapé et trois fauteuils en cuir dans deux desquels résidait la cause de son trouble ; de charmantes créatures assises l’une à côté de l’autre.

Les quelques secondes qui furent nécessaires à Madame Carsitt pour trouver un pot pour ses fleurs avant de faire connaitre aux arrivants l’identité des jeunse filles, furent une éternité pour le Kernanéen. Dans ce laps de temps il constata pourtan qu’il n’était pas le seul à se trouver mal en point Un tic nerveux agitait la lévre supérieure de Nong.

La maîtresse de maison annonça enfin :

– Mesdemoiselles Friedman et DE la Buchére.

– Je suis Philberg Rogers pour vous servir, fit le Franco-Anglais, et voici Messieurs Nong et Karsama L’employée de maison, une jeune Maghrébine boulotte servit l’appéritif et disparut dans une autre piéce. Elle revint une trentaine de minutes plus tard, s’excusa d’interrompre la conversation au sujet du froid qui s’annonçait déjà, et déclara : « le déjeuner est servi ». Sa patronne invita ses convives à la suivre dans ce qui se révéla être une salle à manger. Elle s’installa à une table ovale entourée des filles, en face du précepteur encadré par les siens.

 Madame Carsitt se fit fort d’entretenir la causerie en questionnant les nouveaux arrivants sur les problémes agricoles de leurs pays respectifs. Nong, peu bavard se contenta de parler de la pluie qui avait encore fait des ravages sur les cutures chez lui. Maurice, quant à lui fut plus loquace en se lançant, non sans fierté, dans l’énumération des bienfaits d’un projet de barrage initié par le gouvernement du Kernan, réussissant ainsi à capter davantage l’attention de l’assistance.

Son hôte, en femme du monde, sut le réfréner lorsqu’elle révéla avoir vécu pendant deux ans en AFRIQUE du SUD. Territoire qu’elle avait quitté par refus d’appartenir à une société qui s’arrogeait tous les droits au mépris de ceux de millions d’autres humains.

Maurice réalisa alors le caractére trempé de cette femme que des dehors trés sensuels pouvaient faire ignorer.

En effet, du tempérament, cette douairière en avait à revendre. Elle qui avait préféré enseigner dans un lycée publique aprés un diplome en gestion au lieu de s’occuper de l’entreprise familiale de transport. Malgré la pression de ses parents dont elle était fille unique, elle avait voulu suivre une vocation et s’éloigner un peu aussi du carcan de la classe noble qu’elle jugeait snob et utopiste ; allant jusqu’à refuser de fréquenter les gens de ce milieu dont elle était pourtant issue. C’était l’époque d’une révolte contre les idées reçues, la période où elle avait besoin d’indépendance et de liberté. Elle bouda les rallyes, préférant des endroits moins distingués. Et cet à ce moment que, justement, dans un banal café-restaurant, elle allait rencontrer son mari.

Les choses allérent trés vite. Ce bel homme aux yeux couleur marron et à l’accent guttural lui plut tout de suite. Et quand il l’invita à prendre un verre elle n’opposa aucune résistance. Robert Carsitt revenait d’Anvers où il avait écoulé des diamants. Il s’était arrêté pendant une semaine à Paris afin de visiter la ville et s’amuser un peu. Il resta finalement un mois dans la capitale et l’épousa. Ainsi Jamine De Rosnières mit fin à sa vie de jeune fille. Son mari retourna immédiatement aprés au Cap et accueillit sa femme quelques jours plus tard. Malheureusement, il ne fallut pas longtemps à la Française pour être dégoutée du systéme d’apartheid. Bientôt elle ne sortit plus ; non par crainte de la violence, mais plutôt par honte d’appartenir au clan des oppresseurs. Son amour pour son époux, pourtant progressiste antiraciste, s’en ressentit. Les mille attentions de celui qu’elle appelait affectueusement Bob n’y firent rien. Au bout de deux ans, n’y tenant plus, elle décida de divorcer et retourna en France. Il lui fallait alors recommencer sa vie. Pour ne pas dépendre de ses parents, et surtout d’un pére qui n’avait jamais voulu son mariage, elle reprit sa fonction d’enseignante. Monsieur De Rosnières mourut trois ans plus tard sans qu’elle puisse faire la paix avec lui. Le défunt laissa à sa femme son œuvre que cellle-ci ne put gèrer toute seule. Elle vendit d’ailleurs l’affaire mais n’oublia pas sa fille qu’elle adorait malgré tout. Jamine Carsitt reçut donc une rente confortable ; et quand la vieille dame la quitta à son tour deux ans aprés, elle découvrit qu’elle héritait en plus de plusieurs biens immobiliers. Elle cessa de travailler. Mais bien que riche, la solitude et l’inaction la gagnèrent trés vite. Elle en eut peur, et pour s’en échapper, elle se proposa de compléter l’éducation des filles qui fréquentaient une école de maintien fondée et dirigée par une amie. Madame Decas accepta, d’autant plus que celà ne grèvait pas son budget. Elle donna d’ailleurs carte blanche à sa copine quant à la méthode. C’est à ce titre que cette dernière recevait ce jour la fille d’un comte et sa camarade, une Allemande que son pére industriel souhaitait préparer à la vie de grande dame de la haute société.

La petite maghrébine avait servi en entrée des crudités et s’était faite aider par son employeuse quand était venu le moment d’attaquer le plat de résistance. Un coq au vin qui avait fait le bonheur de tout le monde. La cuisinière avait paru trés émue par cette reconnaissance de sa compétence. Elle avait roulé de gros yeux ; et, ne tenant plus sur place, elle était retournée à son poste en courant presque, et n’était réapparue qu’au dessert, pour leur offrir du chocolat glacé.

De retour au salon Madame Carsitt désigna à Maurice et Nong le canapé dans lequel Caroline venait de reprendre place. Mais quand le jeune Africain vit Fiska s’asseoir dans un des fauteuils en face, il fit semblant de ne pas comprendre et choisit de se mettre à côté de l’Allemande. Avec ce sourire qui ne la quittait pas, la dame occupa alors le troisiéme siége, ne laissant à Philberg Rogers d’autres solutions que d’être prés de son Laotien, obligeant ce dernier à se rapprocher davantage de sa voisine.

Une conversation sur Rodin et la sculpture s’engagea d’où Maurice, absorbé par la contemplation des charmes de Friska, fut absent. Il ne parvenait plus à détacher ses yeux des longues jambes fuselées révélées par sa jupe et qui se croisaient et se décroisaient sans cesse de manière suggestive. Son regard s’attardait souvent sur la lourde poitrine qu’un pull col-roulé muticolore enserrait pendant qu’il humait l’exquis parfum qui s’exhalait d’elle.

Cette blonde Germanique aux yeux bleus n’était pas trés belle ; mais aucun homme ne pouvait rester indifférent à ses formes. Elle en praissait consciente bien qu’elle s’efforçait de ne pas être trop impudique dans son exhibition. Pour autant, un sourire presque moqueur ne s’effaçait pas une seconde de sa large bouche. Elle jetait de temps en temps un coup d’œil appuyé à l’Africain qui, occupé à lui faire comprendre silencieusement ses sentiments ne prêtait plus attention à autre chose. Même pas aux bienveillantes attentions portées par Caroline à Nong. Elle venait de lui demander s’il ne voulait pas encore du thé alors que personne n’avait encore fini sa première tasse. Le sujet de tant d’intérêts répondit par l’affirmative avec l’air d’un petit garçon qui se voyait offrir un cadeau auquel il n’avait pas droit. Les frémissements de sa lévre s’étaient accentués.

A quinze heures, Philberg Rogers demanda à leur amphitryon la permission de prendre congé avec « ses enfants » arguant qu’ils étaient attendus par un représentant de l’Ambassade du Kernan pour une affaire importante. Puis il fit un clin d’œil discret à Maurice. Ce dernier ajouta alors :

– Madame avec votre permission, mon camarade et moi aimerions vous avoir à dîner toutes les trois demain pour continuer l’échange d’idées.

L’interpellée interogea les demoselleses du regard, avant de déclarer :

– Je crains de ne pouvoir être présente… J’ai un rendez-vous important… Mais je crois que Mesdemoiselles Friedman et De la Buchere accepteront l’invitation. Les intéressées opinèrent du chef.

PHILBERG ROGERS avait bien essayé de faire comprendre au conseiller culturel, un homme trapu, qu’il connaissait PARIS aussi bien que lui ; et qu’il pouvait y assurer les promenades didactiques. Mais le fonctionnaire Kernannéen n’avait rien voulu savoir, exigeant d’être le guide personnel du fils de son Président. Cet excés de zéle indisposa Maurice mais il ne put rien tenter pour se débarasser de son compatriote embarassant. C’est que ce dernier savait bien que le séjour en FRANCE de l’héritier du chef Karsama n’avait d’autre but que de le préparer à de hautes fonctions, peut-être même à une succession de son pére. Qui sait ? L’employé de la représentation diplomatique du jeune Etat africain, opportuniste à souhait, se faisait tout simplement connaître. Il ne les libèra donc que vers dix neuf heures trente aprés qu’il eut réussi à leur faire accepter un diner dans un restaurant au pied de la TOUR EIFFEL.

Maurice retrouva son lit trés tôt, mais malgré la fatigue qui l’engourdissait il ne trouva pas le sommeil tout de suite, à cause d’une certaine anxiété due à la perspective de la retrouvaille du lendemain. Pour se détendre, il se mit à fantasmer sur la pulpeuse Friska.

Chapitre II

Les deux jeunes filles arrivèrent à vingt heures à l’hôtel de la rue DAUMESNIL. Leurs hôtes, tirés à quatre épingles, les attendaient déjà sagement assis à une table au fond du restaurant. Ils se levèrent avec un air emprunté et vinrent à leur rencontre. Maurice débita quelques compliments galants sur leurs beautés et leur habillement. Elles répondirent par de petits rires faussement gênées et échangèrent avec eux dans des senteurs de parfums chics, de pudiques baisers sur la joue. Puis elles choisirent deux places opposées et obligèrent donc les garçons ausi àse faire face.

Le patron de l’établissement leur apporta des jus de fruit et se proposa de servir le dîner. Maurice jeta un coup d’œil à NONG et sut aussitôt qu’il devait décider seul. En effet, le Laotien, sous l’emprise d’une timidité tétanisante avait la lévre supérieure secouée par le fameux tic nerveux qui l’empêchait d’articuler le moindre son.

– Sans vous vexer Monsieur, je crois plutôt que nous dînerons ailleurs aujourd’hui, déclara l’Africain.

– J’ai une idée de l’endroit, ajouta CAROLINE.

 

 

« Le Pré Carré » était un club de jazz situé au beau milieu d’un jardin entouré de grands arbres en rangs serrés de chaque côté d’une clôture en pierre surmontée de solides barres de fer forgées en forme de sagaies. De maniére à protéger l’endroit des indiscrets paparazzis. Le batiment lui-même était de style colonial.

Pour compter parmi les priviligiés de ces lieux il fallait montrer patte blanche. Caroline exhiba sa carte et présenta ses amis à un blond en livrée. Puis elle lui remit un billet de cent francs et les clés de sa voiture. Le groom la remercia et répondit avec révérences aux salutations.

A l’intérieur, sous une estrade, étaient disposées des tables à six chaises encerclant une grande piste.

A part cinq couples dansant sur un air triste, il n’y avait pas beaucoup de monde à cette heure là ; les quelques personnes présentes étant en général des cadres ou étudiants qui sortaient des bureaux ou des salles de cours des grandes écoles parisiennes. C’était Vendredi et les after-work, soirées spéciales pour débuter la fin de semaine battaient pourtant leurs pleins ailleurs.

– Voulez-vous manger tout de suite ? demanda MAURICE, l’estomac dans les talons.

– Nous avons faim, avouèrent en chœur les filles, guillerettes.

Les plateaux de veau avec frites et haricots verts que commanda l’Africain pour lui et NONG n’arrivèrent que trente minutes plus tard, alors que les filles mordaient dèjà dans leurs pizzas mexicaines.

Le Kernanéen ne se soucia plus de son ami occupé à regarder Caroline manger au lieu de se servir. Ce qui, à vue d’œil ne déplaisait pas à cette dernière.

La Française était une vraie brune avec tout le charme que dégageait des cheveux abondants d’un noir velour recouvrant une partie de son visage ovale, sans pour autant parvenir à camoufler de gros yeux en perpétuel mouvement. Au contraire de son amie, elle était petite et n’avait presque pas de seins. Ce qui n’empêchait nullement une féminité à fleur de peau.

L’Allemande, elle, semblait être sur des charbons ardents. Elle ne cessait de jouer avec le cœur de sa chaîne en or ; et finit par décocher, entre deux coups de fourchettes, une œillade à Maurice. Le jeune Africain, jugeant sûrement que le moment était propice, l’invita à danser au moment où l’ensemble musical attaquait un autre slow. Aprés un moment d’hésitation, NONG fit de même avec celle qui le faisait tant chavirer.

A une heure du matin, les musiciens, aprés avoir exécuté un éniéme swing, décidèrent d’observer un repos et cédèrent l’animation à un dixc jockey tonitruant. Maurice remplit les quatre coupes et déclara :

– Je crois qu’il va falloir commander une troisiéme bouteille de champagne.

– Je crois plutôt qu’il est temps de rentrer, rétorqua Caroline, j’ai la tête qui tourne. Nous remettrons ça une autre fois.

Sa copine partit d’un rire qui en dit long sur son état d’ébriété.

Dehors, la fraicheur d’une pluie fine leur fit un peu de bien. Le chauffeur avança la voiture, descendit et tendit les clés à sa propriétaire. C’est alors que Maurice s’en empara en souriant :

– Je vais conduire, dit-il, si vous n’y voyez pas d’inconvénients… Nous prendrons un taxi aprés vous avoir déposées chez vous.

– Volontiers, répondit la petite aristocrate.

La Peugeot se rangea quelques minutes plus tard dans la cour intérieure d’un immeuble de style ancien de la rue HAMLET, sous l’œil scrutateur d’un vigile accompagné d’un doberman bas-rouges. Avec l’agréable accent qui caractérisait son français, FRISKA proposa à leurs accompagnateurs de monter prendre un café.

– Celà nous retapera tous un peu aprés tout ce champagne… Nous habitons au deuxiéme étage.

Les deux jeunes filles partageaient un trois piéces assez spacieux, au décor simple et sentant mille parfums propres à un endroit hanté uniquement par des femmes.

Les cavaliers s’installèrent dans des fauteuils de toile pendant que Caroline apportait les tasses et que FRISKA s’affairait dans la cuisine.

Quand le breuvage fut prêt, ils le burent ensemble en silence, échangèrent leur numéro de téléphone et se souhaitèrent poliment bonne nuit en promettant de se revoir rapidement.

Le lendemain, Maurice se leva à neuf heures et fit sa toilette avec une gueule de bois.

La douche froide lui fut bénéfique ; mais il se ressentait toujours d’une certaine lourdeur. Il décida alors d’appliquer la méthode des grands buveurs : encore un petit verre en cas de réveil pénible.

Il descendit alors au bar, se fit servir au comptoir une bière qu’il avala, puis sortit.

Le temps était toujours gris, mais moins froid que la veille au soir. Un vent léger soufflait toujours donnant tant de travail aux balayeurs de rues que le jeune étranger rencontrait sur son chemin et qu’il se faisait un devoir de saluer. Ils étaient tous Africains. Il raalisa avec un pincement au cœur la grande détresse de son continent. Il se plut longtemps cependant à lécher les vitrines et à examiner les jolies passantes, et de ce fait il ne se rendit compte de l’importance de la distance qu’il parcourut q’une fois arrivé à la place de la Nation. Il se sentit fatigué et affamé. Les enseignes d’un café-restaurant proposant des sandwichs chauds le tentèrent. Il y pénétra.

L’intérieur était grouillant de monde ; des jeunes la plupart, qui mangeaient et, ou buvaient en parlant de football sous les remontrances paternelles du maître des lieux, un homme d’une cinquantaine d’années, ventru et à la barbe blanche bien fournie qui semblait les connaître tous.

Maurice réussit tant bien que mal à capter l’attention d’une des trois filles qui se démenaient comme des folles pour servir cette clientéle anarchique. Il dut pourtant attendre dix bonnes minutes avant de recevoir son assiétte grec et son quart de vin.

Quelques minutes plus tard, l’endroit commença à se vider. Ceux qui s’y...