La robe blanche
144 pages
Français

La robe blanche

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Description

Il y a quelques années, Nathalie Léger découvre une histoire qui l’intrigue et la bouleverse : une jeune artiste, Pippa Bacca, qui avait décidé de se rendre en autostop de Milan à Jérusalem en robe de mariée, pour porter un message de paix dans les pays en conflit ou en guerre, est violée et assassinée par un homme qui l’avait prise en voiture au sud d’Istanbul. La narratrice découvre que cette histoire vraie qui la touche tant en accompagne ou en révèle une autre, la sienne. Elle comprend que sa mère lui demande la même chose : réparer sa propre histoire blessée en racontant son mariage, l’ordinaire de ce qui s’est passé, l’échec, l’abandon, les larmes, en exposant l’injustice de son divorce.
Mais si une robe de mariée ne Suffit pas à racheter les souffrances de l’humanité, les mots pourront-ils suffire à rendre justice aux larmes d’une mère ?

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Date de parution 23 août 2018
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EAN13 9782818045916
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Elle voulait porter la paix dans les pays qui avaient connu la guerre. Elle pensait, disait-elle, faire régner l’harmonie par sa seule présence en robe de mariée. Ce n’est pas la grâce ou la bêtise de son intention qui m’a intéressée, c’est qu’elle ait voulu, par son geste, réparer quelque chose de démesuré et qu’elle n’y soit pas arrivée. Une robe blanche suffit-elle à racheter les souffrances du monde ? Sans doute pas plus que les mots ne peuvent rendre justice à une mère en larmes.
Nathalie Léger
La robe blanche
P.O.L e 33, rue Saint-André-des-Arts, Paris 6
« Je suis venu pour essayer de réparer cette injust ice, dit-il néanmoins tout bas comme pour se justifier. – Réparer ?… Comment ? Avec quoi ? » Imre Kertész,Le Chercheur de traces
Parfois, dans ces moments vides, quand aucun souci ni même aucun plaisir ne s’emparent de l’esprit, quand aucun sujet ne s’impose, ni par contrainte ni même par distraction, quand regarder ne suffit plus et ne rien faire est impossible, il fau t revenir à l’une des questions tenues à part, sans réponse, pièce réservée, on fait la lumière, la question minuscule est posée là, elle attend. Tout tient peut-être à cette grande tapisserie accrochée dans la salle à manger et surplombant nos repas,L’Assassinat de la dame, réalisée d’après l’un des panneaux peints par Sandro Botticelli pour la commande d’un cadeau nuptial. Au fond du motif, une femme éperdue est poursuivie le long d’un morne rivage par un cavalier en armes accompagné de chiens hurlants ; elle tente de se soustraire aux coups meurtriers de l’homme ; un pauvre lambeau, le reste de sa robe mise en pièces, flotte dans sa course, on croit entendre des cris, des halètements, le souffle brisé de la terreur tandis qu’au premier plan son corps déchiré gît déjà dans la clairière, l’homme est penché sur elle, plongeant sa lame dans la plaie béante, arrachant les viscères à pleines m ains. Au fond, la fuite ; devant, le meurtre – et la scène tournait et recommençait inlassablement sous la zébrure d’un ciel blafard dessinée dans le feuillage. Ce canevas énorme, échoué sur le mur de la salle à manger au terme de successions haineuses ou négligentes, pesait de son poids de po ussière, les feuillages usés formant une nature effondrée en grisaille grenue, les corps seuls se détachant avec une vivacité carnassière. Dessous, ma mère repoussant les verres et les carafes tendait la main vers mon père en signe de pardon. Jour après jour, pendant que de grondements en mena ces la vie de famille suivait harmonieusement son cours, pendant que se prolongea ient les silences maussades, pendant que s’éternisaient les gestes faits en vain, les gestes d’apaisement ou de réconciliation esquissés dans un espace déjà sournoisement saturé, on ne cessait de s’identifier, sans même le savoir, à cette grande chose pendue au-dessus de la table familiale. S’identifier ou imiter, la différence n’est pas claire. On regarde un visage, on est le visage, on est les ges tes, le geste de la supplique, l’élan de la fuite, le geste du meurtre, on refait intérieurement tous les geste s, jusqu’aux plus insignifiants ; quoiqu’on pense, on refait les gestes, et jusqu’aux plus désastreux. C’est ce que disent les scientifiques, le cerveau de celui qui regarde refait intérieurement tous les gestes de celui qui est là, en face de lui. On croit qu’on regarde distraitement, mais on refait malgré soi les gestes. On est ce petit corps fuyant sous la menace tandis que quelque chose en soi flotte comme un min ce voile blanchâtre, flotte et bat, insipide, obstiné, formant déjà le dessin des entrailles. Je veux rester concentrée. Il y a deux robes. J’ai mis longtemps à le découvrir. L’une, d’une blancheur immaculée, est restée à Milan, et l’autre , usée, salie, bousillée par le voyage, abreuvée d’expériences, celle-là, on la découvre au commissariat d’İstanbul, énorme pièce à conviction posée au sol sur des feuilles de papier journal, démantibulée comme un insecte mort.
DUMÊMEAUTEUR
chez le même éditeur L’EXPOSITION, 2008 SUPPLÉMENT À LA VIE DE BARBARA LODEN, 2012 chez d’autres éditeurs LES VIES SILENCIEUSES DE SAMUEL BECKETT, Allia, 2006
P.O.L e 33, rue Saint-André-des-Arts, Paris 6 www.pol-editeur.com © P.O.L éditeur, 2018 © P.O.L éditeur, 2018 pour la version numérique
Cette édition électronique du livreLa robe blanchede Nathalie Léger a été réalisée le 7 juin 2018 par les Éditions P.O.L. Elle repose sur l’édition papier du même ouvrage (ISBN : 9782818045909) Code Sodis : N98223 - ISBN : 9782818045916 - Numéro d’édition : 337524
Le format ePub a été préparé par Isako www.isako.com à partir de l’édition papier du même ouvrage. Achevé d’imprimer en mai 2018 par Normandie Roto Impression s.a.s. N° d’édition : 337523 Dépôt légal : août 2018 Imprimé en France