La Saga des rois maudits: Ou le cimetière des illusions

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320 pages
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Description

Ce roman traite de la quête d'une démocratie introuvable dans un pays imaginaire : la république du Fassoba, située quelque part au sud du Sahara. Là-bas, la démocratie ressemble à la ligne de crête d'un horizon lointain et insaisissable : à mesure qu'on s'y approche, elle s'éloigne de vous comme un fantôme fugace. Cet ouvrage expose la difficile problématique du pouvoir en Afrique, ses enjeux complexes, ses multiples intrigues, les batailles feutrées de couloir entre différents clans pour la conquête du trône et le maintien du pouvoir.

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EAN13 9782849430446
Langue Français

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LA SAGA DES ROIS MAUDITS OU LE CIMETIÈRE DES ILLUSIONS
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Photo de couverture de M.M.
Diffusion :
Tropique Éditions ISBN: 2-84943-044-7 -EAN: 978-2-84943-044-6
L’Harmattan ISBN-EAN: 978-2-336-30741-1
© L’Harmattan, Paris 2015
N’Diaye Bah
LA SAGA DES ROIS MAUDITS OU LE CIMETIÈRE DES ILLUSIONS
(ROMAN)
L’Harmattan 5-7 rue de l’École Polytechnique - 75005 Paris
Tropique Éditions 2 rue René Clément - 93130 Noisy-le-Sec
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Chapitre I
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Badianguine débarqua un soir de novembre dans la peti-te ville de Neguedougou avec, comme seul bagage, une simple couverture en cotonnade bleue délavée. Il se dirigea vers le domicile du chef de village, Dougoutigui, où il fut reçu dans le vestibule par N’fa Zanke, le conseiller le plus écouté et le plus influent, l’homme de confiance de Dougoutigui, son bras droit. Dougoutigui appliquait à la lettre les conseils de N’fa Zanke et lui confiait les missions les plus difficiles et les plus secrètes. Il sollicitait son avis pour tous les litiges, les conflits fonciers, les querelles de ménage et de succession, etc. N’fa Zanke était son œil, son oreille, son éminence grise. Le petit Badianguine était un miraculé, le seul rescapé ayant échappé aux flammes meurtrières et dévorantes d’un incendie qui avait consumé toutes les cases de son village jusqu’à la dernière brindille. Dans sa folie meur-trière, le sinistre n’avait même pas daigné épargner les récoltes que les villageois avaient conservées jalousement dans leurs greniers. L’enfant entourait ses origines familiales d’un épais voile de mystère, gardait volontairement le silence sur ses parents, éludant intelligemment des questions embarrassantes. Grand de taille, doté d’un physique de déménageur, le teint d’un noir d’ébène, beau comme un dieu grec, Badianguine s’inséra très vite dans la famille de Dougoutigui, sous l’aile protectrice et l’œil bienveillant de N’fa Zanke, qui l’avait adopté et le considérait déjà comme son propre fils.
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De temps à autre et de façon inexpliquée, l’enfant – qui n’était âgé que de onze ans – se mettait en retrait du grou-pe joyeux de ses compagnons de jeu et se mettait à pleu-rer en silence, avant de rejoindre aussitôt ses camarades sur l’aire de jeu. Un matin, N’fa Zanke prit l’enfant par la main et alla l’ins-crire dans l’unique école du village. Badianguine se distingua très vite par sa capacité d’assimilation et de compréhension et surtout par une intelligence hors du commun. L’instituteur confia un jour à son père adoptif que son rejeton était un surdoué. N’fa Zanke suggéra alors à Dougoutigui d’associer le gamin à ses audiences, il en fit son assistant et son inter-prète. Badianguine dressait les procès-verbaux de réunions, rédigeait les comptes rendus d’audience, tenait la comptabili-té des impôts collectés auprès des chefs des villages voisins ; il devint rapidement son homme à tout faire. Un jour, entouré de ses conseillers sur la grande place du village, Dougoutigui vit au loin une foule bruyante s’appro-cher au son de tam-tams. Au milieu, entouré d’une nuée d’enfants trépignant de joie, Badianguine tenait un drapeau, et esquissait quelques pas de danse. La foule s’immobilisa devant les notables, et les tam-tams crépitèrent de plus belle, amplifiant la clameur et le vacarme de la foule et attirant beaucoup de badauds et de curieux. Puis un homme surgit et demanda le silence : « Dougoutigui, dit-il, votre fils Badianguine vient d’être sacré champion de lutte à l’issue d’un tournoi qui a regroupé les cinquante meilleurs jeunes de notre province, nous sommes venus l’accompagner et vous présenter son trophée ». Dougoutigui demanda à N’fa Zanke de s’approcher et lui murmura quelque chose à l’oreille. L’accueil sans être tiède n’était pas à la hauteur des attentes du jeune lutteur ; il lisait une vague déception sur le visage de ses parents adoptifs.
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Franchement peu heureux, N’faZanke se leva, ajusta sa chéchia blanche, s’appuya sur son bâton qu’il ne quittait jamais et remercia la foule au nom du chef de village et de toute la notabilité. Puis la foule se dispersa et se dirigea vers la grande place pour continuer à festoyer et à danser jusqu’au petit matin. Tard dans la nuit, quand toute la maisonnée se fut cou-chée, N’fa Zanke tambourina à la porte de son fils qui se réveilla en sursaut, surpris par cette visite impromptue de son père : « Mon fils, ton rang d’enfant de chef ne te per-met pas de te battre dans les arènes comme un gladiateur, ta place est dans la cour de Dougoutigui, une école d’initiation et de formation aux arcanes du commandement et du pou-voir. Un jour viendra où ni moi, ni Dougoutigui ne serons de ce monde ; avec ton frère Hamadi, tu feras alors certai-nement partie de l’élite intellectuelle qui prendra en mains les destinées de Fassoba. Sache qu’un matin, très tôt, un grand saint, venant des lointaines provinces du nord et en partance pour le pays des Maures, fit une courte escale ici. Il ne passa qu’une nuit sur place, avant de reprendre sa route le lendemain, avec ses talibés ; mais il lança la prédiction suivante : ‘Vous allez bientôt recevoir un jeune orphelin d’un village voisin qui dirigera ce pays dans un avenir pas lointain’. Depuis, on ne l’a plus revu. Nous avons fait déjà les sacrifices nécessaires que l’homme de Dieu a prescrits. Il a remis ce talisman pour toi, son totem est la mauvaise gouvernance. Tant que tu dirige-ras ce pays dans la crainte de Dieu, la transparence, le strict respect de ses intérêts et de ses populations, notamment les plus démunies, ton pouvoir sera à l’abri des convulsions et des soubresauts porteurs de graves périls ; si par malheur tu t’en éloignais ton il serait emporté comme un fœtus de
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paille par des mouvements populaires violents, spontanés et imprévisibles ». Avant de prendre congé de lui, N’fa Zanke lui fit des bénédictions, et de nouveau insista : « Mon enfant, fais de la bonne gouvernance ton sacerdoce, elle sera pour toi une carapace qui te rendra invulnérable ». Le lendemain, Dougoutigui l’inscrivit à l’école coranique de Cheick Mansour Ly, l’imam du village. Le petit répétait à tue-tête des versets coraniques avec d’autres gamins de son âge. Tous les matins, il se consacrait à cet exercice rituel entre sept et huit heures avant d’aller à l’école des Blancs. Il fut reçu brillamment à tous ses examens de fin d’année, avec inscription au tableau d’honneur. Chaque année, un concours de recrutement d’institu-teurs était organisé parmi les meilleurs élèves de Fassoba. Badianguine , à l’issue d’épreuves difficiles , fut déclaré par le jury major de la promotion et sélectionné pour parfaire sa formation dans le pays des Blancs.
L’instant tant attendu et tant redouté arriva : la doulou-reuse séparation. La nuit Badianguine ne put fermer l’œil. Il tournait et se retournait sous sa couverture. Les idées se télescopaient en désordre dans sa tête : il pensait à Dougoutigui, à N’fa Zanke, à son séjour dans ce pays loin-tain, avec son froid glacial ponctué de chutes de neige et de ses routes couvertes de verglas. Mais la curiosité de décou-vrir un monde nouveau reprenait vite le dessus et atténuait ses appréhensions. Le lendemain matin, il prit sa trousse de toilettes et se dirigea vers le fleuve. Il se débarrassa rapidement de ses habits et plongea dans l’eau calme et fraiche ; en quelques brassées il rejoignit la petite île loin des berges. Il s’étala de tout son long sur le sable fin et froid, ferma les yeux et se
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