La sombre clarté des profondeurs
137 pages
Français

La sombre clarté des profondeurs

-

Description

Fille de mineur, Emilia a passé sa jeunesse dans les Andes, au village minier de Qellococha, situé très haut en altitude, tout près des nuages. Elle quitte ses montagnes pour une ville française où jadis, on exploitait le charbon. C'est là qu'elle rencontre Marc, un jeune chômeur introverti qu'elle va convier à un étrange voyage. Mais où va les mener ce vertigineux périple ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 02 février 2018
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140061059
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

rs
Alain Dumas
La sombre clarté des profondeurs
Roman
La sombre clarté des profondeurs
collection Amarante
La sombre clarté des profondeurs
Amarante Cette collection est consacrée aux textes de création littéraire contemporaine francophone. Elle accueille les œuvres de fiction (romans et recueils de nouvelles) ainsi que des essais littéraires et quelques récits intimistes.
La liste des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée site www.editions-harmattan.fr sur le
Alain Dumas La sombre clarté des profondeurs Roman
Du même auteur La vaine comédie, roman, L’Harmattan, coll. « Amarante », 2016.© L’Harmattan, 2018 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-14082-7 EAN : 9782343140827
Il n’y a que le ciel d’un bleu absolu et, en dessous, une terre où pousse une herbe grise. C’est presque plat, à peine vallonné. Il y a, au loin, de très hauts sommets couverts de neige. C’est une image, rien qu’une image immobile. Les couleurs sont éclatantes, presque saturées. Si on la regarde de très près, on constate que l’image n’est composée que de points minuscules rouges, verts et bleus, très lumineux. Lorsqu’on s’en éloigne, cette multitude de points forme à nouveau cette scène, si réelle dans son irréalité. Pas mal! dit Marc à haute voix en observant l’écran, stylo à la main, pensif. Se penchant vers un carnet de notes, il inscrit :le virtuel possède sa propre réalité.Il revient à l’écran et s’immerge dans sa contemplation. La très haute définition permet de percevoir jusqu’au moindre brin d’herbe, les minuscules cailloux qui parsèment le sol, une mousse sur un rocher, à gauche. Une touche sur le clavier de l’ordinateur et voilà que les herbes se courbent sous une brise légère. Pas d’autres mouvements que celui-ci. Juste le calme d’un paysage de haute montagne, dans un air transparent et sous un soleil éclatant. Marc répète : pas mal!* Ici aussi, il n’y a que le ciel d’un bleu absolu et en dessous, une terre où pousse une herbe grise. Ici aussi, c’est presque plat, à peine vallonné. Il y a, au loin, de
7
très hauts sommets couverts de neige. Au milieu de cette plaine, une piste en terre et un vieil autobus qui se traîne, capot proéminent, pneus fatigués, carrosserie bariolée, toit couvert d’énormes baluchons. Au cul du véhicule, en lettres chantournées, une inscription : Guide-moi Seigneur de Muruhuay. Le vieux bus progresse péniblement, évitant avec précaution les trous qui jonchent la piste. Le chauffeur connaît bien les pièges de la route n° 456, celle qui traverse le froid des hauts plateaux, passe par la région des mines, puis descend vertigineusement vers les contrées torrides. Engoncé dans un blouson crasseux, l’homme n’est plus très jeune. Son visage est fatigué et son bras droit se prolonge en une sorte de prothèse métallique, long levier de changement de vitesse pénétrant les entrailles graisseuses du véhicule. Dans la tiédeur de l’habitacle, la trentaine de passagers forme une masse compacte, un peu molle, anesthésiée par les relents de gas-oil, dodelinant au gré des chaos, tentant de s’y adapter. Cet agrégat est constitué d’hommes vêtus de costumes élimés et portant chapeau, de femmes portant les mêmes chapeaux, arborant jupe ample et colorée, mante tout aussi colorée, donnant le sein à des bébés au visage couperosé, agrippant des baluchons d’où émergent parfois des feuilles deruda, des fanes de légumes, voire des têtes de gallinacés. D’autres femmes, vêtues à l’Européenne, vont tête nue, portent gilet de laine, pantalon brun. Les visages sont burinés, tannés par le soleil, les nez aquilins, les cheveux luisants et noirs, même ceux des vieux. On somnole malgré la musique tonitruante crachée par les haut-parleurs qui dodelinent aux quatre coins du bus. C’est un huayno chanté par une voix aigüe accompagnée de mandolines, de guitares
8
et de tambour. Personne n’écoute vraiment, mais cet air permet au chauffeur, plus qu’aux passagers, de trouver une vague compensation à sa tout aussi vague solitude. La chanson le ramène au village, un village natal. Elle parle d’amours contrariés dans la beauté et la douceur d’une vallée. Prise en étau entre le métal d’une fenêtre et la chair flasque d’une matrone, une jeune fille regarde vers l’extérieur. Son visage émerge à peine du col d’un anorak bleu. Elle a posé une couverture sur ses genoux et serre dans ses bras une sacoche d’ordinateur portable. L’appareil est précieux, car il contient la thèse à laquelle, depuis des mois, elle consacre presque tout son temps. Mais pour l’instant, elle pense à autre chose. Elle pense à ses parents qu’elle va bientôt retrouver après un an d’absence, elle pense à sa mère qui, à l’heure qu’il est, doit être en train de préparer le thé, les épis de maïs et le fromage un peu rance du petit-déjeuner dominical. Son père n’ira pas à la mine aujourd’hui. Sa mère se rendra à la messe un peu plus tard. Quant à elle, elle arrivera au campement de Qellococha en début d’après-midi, si le véhicule accepte de se traîner jusqu’aux 4527 mètres d’altitude du col. De là, il lui faudra marcher, car le bus ne s’y arrête que quelques minutes, le temps pour les passagers d’uriner dans le froid ou de prendre à la hâte une boisson chaude au petit débit de boisson édifié au sein de ces solitudes. Le bus poursuivra sa route vers Chiripampa, puis vers les vallées chaudes qui mènent à la grande forêt. Emilia, car la jeune fille s’appelle Emilia, devra parcourir à pied les cinq kilomètres qui séparent la route des mines, à moins qu’un camion de passage n’accepte de l’y conduire. L’odeur entêtante de laruda
9