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La Soutane

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Livres
279 pages

Description

Dans ce livre, l'auteur veut montrer qu'il existe un chemin autre que l'hypocrisie et le cynisme tels qu'ils sont décrits par certains auteurs contemporains comme Michel Houellebecq. C'est l'amour en tant que chemin souvent ardu, toujours exigeant, et qui passe par la connaissance de soi, de ses limites et de ses motivations en général inconscientes et souvent perverses. Nous héritons des comportements acquis durant l'enfance et l'adolescence, personne n'y échappe. Mais il est possible d'en prendre conscience et de s'en libérer afin de devenir de plus en plus soi-même. Ce roman, à la fois sérieux et amusant, met en scène un repris de justice à sa sortie de prison, qui décide de quitter son pays, et son fils qui part à sa recherche.

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Informations

Publié par
Ajouté le 08 février 2006
Nombre de lectures 114
EAN13 9782748177824
Langue Français
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2 La Soutane
3 4 Maurice Matthey
La Soutane

Roman






Éditions Le Manuscrit
5
























© Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com
ISBN : 2-7481-7783-5 livre numérique
ISBN 13 : 2-7481-7783-5 livre numérique
ISBN : 2-7481-7782-7 livre imprimé
ISBN 13 : 9782748177824 livre imprimé
6






Du même auteur

Myosotis, Éditions Le Manuscrit
novembre 2004
9






Ce roman est une fiction et toute
ressemblance avec des personnes existantes ou
ayant existé, ou avec des événements ayant eu
lieu, ne serait que pure coïncidence.
11






« Simul justus et pecator »
1Martin LUTHER

1
Traduction : (L’être humain est) « à la fois saint et pécheur, bon et
mauvais. »
Voir aussi : Romains 7/14-21

1. MON PÈRE ME MANQUE
– Ton père est un vieux dégoûtant, alors
cesse donc de m’en parler !
– Je ne te permets pas de l’insulter !
répliqua vivement Michel.
– Ouais ! Il n’a pourtant pas fait de la
taule pour rien que je sache, ricana Eric.
– Ce n’est pas une raison suffisante.
– On en parlait justement l’autre jour avec
Mario. On se demandait pourquoi tu revenais
toujours sur ce sujet. Tu ferais mieux de
l’oublier.
– Mais mon père me manque !
– Eh bien ! Apprends à t’en passer. Ce
n’est pas un type intéressant.
– Il a plein de qualités et c’était un bon
père, dit Michel en baissant la voix.
– Tu parles ! Un père qui viole sa fille…
– Il n’a jamais violé personne !
– C’est ça ! Continue de prendre sa
défense. En tout cas ce n’était pas un enfant de
cœur, pour un pasteur ! C’est du propre !
15
– Mon père a été condamné pour attentat
à la pudeur.
– Justement ! Un attentat c’est violent et
cruel ! Non ?
– Tu n’as rien compris, Eric. Ce que la
Justice appelle attentat à la pudeur n’a rien à
voir avec un attentat terroriste.
– Ah oui ? fit Eric narquois. Qu’est-ce
que c’est alors ?
– Si tu embrasses sur la bouche une fille
de moins de seize ans, même consentante,
c’est un attentat à la pudeur.
– Tu rigoles ou quoi ?
– Non ! Et si tu la caresses sur les seins ou
la chatte, c’est pareil.
– Et pour ça on va te coller quatre ans de
prison ? demanda Eric incrédule.
– Oui, c’est comme ça.
– Je n’arrive pas y croire.
– Pourtant c’est la vérité.

Il y eut un silence. Le restaurant était encore
vide à cette heure-là. Michel qui travaillait
comme pizzaïolo, s’affairait devant le feu qu’il
venait d’allumer dans le four en briques. On
entendait les bûches crépiter et de la fumée
s’échappa. Eric restait songeur, tripotant le
revers de son blouson de cuir.

16
– N’est-ce pas toi qui me racontais que tu
avais dragué une brésilienne, en boîte, un soir ?
demanda Michel.
– Ouais ! Une super nana ! Elle avait une
croupe extraordinaire.
– Tu l’avais emmenée chez toi…
– Et on a baisé comme des bêtes. C’est
qu’elle en redemandait, la salope ! Une vraie
chienne en chaleur.
– Tu m’avais dit aussi que le lendemain
matin, lorsque vous preniez le petit déjeuner,
tu as appris qu’elle n’avait que treize ans.
– Ouais ! Ouais ! C’est vrai. Et je l’ai
foutue à la porte.
– Eh bien ! Aux yeux de la Loi, c’est un
viol !
– Quoi ? Je ne l’ai pas violée. Elle était
non seulement consentante, mais vraiment
insatiable !
– J’ai compris. Mais la loi est ainsi faite
que si tu as une relation sexuele avec une
mineure de moins de seize ans, c’est considéré
comme un viol. Et ça vaut dix ans de taule !
– Quoi ? fit Eric éberlué.
– Eh oui ! C’est comme ça mon vieux.
– Ce sont des conneries !
Michel reprit :
– Tout à l’heure tu me parlais de Mario.
– Ouais ! Et alors ?
– Il a une sœur qui s’appelle Floriana.
17
– C’est vrai.
– Je suis sorti avec cette fille pendant
quelques semaines.
– Ah ? Je ne savais pas. Et… c’était un
bon coup ?
– Non ! Complètement coincée ! Et pour
cause : elle m’a raconté que son frère avait
commencé à lui demander de sucer sa queue
lorsqu’elle avait à peine douze ans. Et leur petit
manège a duré pendant deux ou trois ans.
– Quoi ? Tu déconnes !
– Non, je suis sérieux. Elle avait un grand
besoin de se confier car elle n’avait jamais pu
en parler avec personne.
– Je savais que Mario et sa sœur étaient
très proches, mais là tu m’en bouches un coin !
fit Eric.
– Mon cher, si un juge venait à apprendre
cela, Mario serait poursuivi d’office pour viol
sur mineur.
– Incroyable ! Je n’en reviens pas, dit
encore Eric visiblement gêné.
Un autre silence s’installa entre les deux
compères. Michel et Eric se connaissaient
depuis l’école primaire et s’estimaient comme
des frères.
– Tu comprends maintenant pourquoi je
ne supporte pas qu’on insulte mon père. Je
trouve grotesque que ceux qui ont fait pire que
lui se permettent de le critiquer.
18
Eric ne dit rien. Il était abasourdi. C’était
comme si le plafond de la pizzeria lui était
tombé sur la tête. Finalement, il se pencha en
avant et dit, en chuchotant :
– Tu ne vas pas nous balancer, au moins ?
– Ça va pas la tête ? J’en ai rien à foutre
de vos histoires de fesses.
– Ah bon ! fit Eric soulagé.
– Ce que j’essayais de te dire avant qu’on
parle de toutes ces sottises, c’est que j’ai donné
mon congé. Aujourd’hui, c’est mon dernier
jour de travail.
– Moi qui croyais que tu te plaisais ici !
– Oui, mais je vais partir.
– Pour aller où ?
– Je pars pour Naples à la recherche de
mon père, expliqua Michel.
– A Naples ?
– Oui, mon père a disparu depuis deux
ans. En fait, depuis sa sortie de prison,
personne ne sait où il est. J’ai fait des
démarches auprès de la police pour qu’on
entreprenne des recherches.
– Et ils ont trouvé quelque chose ?
– Seulement sa carte d’identité, à Naples,
justement.
– C’est un peu mince comme piste, ne
trouves-tu pas ?
– Oui, mais c’est tout ce que j’ai.
– Comment vas-tu faire là-bas ?
19
– J’irai voir les flics pour tâcher d’obtenir
d’autres renseignements. Et je vais prendre des
photos de mon père et les montrer aux gens.
– Bon courage !
– Je sais, cela paraît impossible mais il faut
que je fasse quelque chose. Je ne peux pas
rester les bras croisés.
– En tout cas on peut dire que ton père te
manque. C’est incroyable ! Moi, depuis que
mon vieux est parti, j’ai tout simplement
tourné la page.
– Chacun vit sa vie comme il peut. Moi, je
ne supporte pas qu’on fasse de mon père un
vagabond.
– Personne ne fait rien ! C’est lui qui s’est
mis dans la gonfle, tout seul. Il n’a qu’à se
débrouiller, maintenant.
Michel ne répliqua pas. Il était en train de
façonner des boules de pâtes. Tous les
ingrédients pour la pizza étaient alignés, dans
de gros bols, sur la table de travail. Un nuage
de farine s’élevait dans l’air pesant du
restaurant. On allait mettre en marche la
climatisation.
– Et quand compte-tu revenir parmi
nous ? demanda Eric.
– Je n’en sais rien. J’ai tout liquidé, mon
studio, mon boulot. Je suis libre. Avec mes
économies, je pense que je peux tenir au moins
une année.
20
– Une année ? T’es complètement cinglé !
– Je ne veux pas être stressé ni limité par
le temps, expliqua Michel.
– Les grandes vacances, quoi !
– On peut voir les choses comme ça.
– Incroyable ! Je n’en reviens pas, fit Eric
au comble de l’étonnement. Et le grand départ
c’est pour quand ?
– Après-demain.
– Quoi ? Si vite ? Mais pourquoi ne m’en
as-tu pas parlé plus tôt ?
– Pas facile d’aborder ce sujet avec toi, dit
calmement Michel en esquissant un sourire.
– J’espère au moins que tu m’enverras des
cartes postales ?
– Oui, ne t’en fais pas.
– Je trouve étonnant l’attachement que tu
as pour ton père. Ta sœur et toi n’êtes-vous
pas des enfants adoptés ?
– Oui, et alors ?
– Euh ?… je pensais que c’était différent.
Je ne sais pas… moins d’attachement puisque
vous n’êtes pas du même sang… ni de la
même race.
– Foutaises ! La couleur de la peau n’a
rien à voir là-dedans. Et le sang est rouge
quelle que soit la race ! fit Michel agacé.
– Ouais ! Je sais. Et ta sœur, elle part avec
toi ?
21
– Non, pour elle c’est différent. Elle ne
semble pas encore prête à revoir mon père.
– Ça, je peux comprendre !
– Pas pour les raisons que tu crois. En
fait, elle a été profondément blessée par le
regard et les sous-entendus que les gens
faisaient à son égard.
– C’est pas plutôt son père qui l’a blessée,
traumatisée, même ? dit Eric.
– Pas vraiment non ! Tu sais, ma sœur et
mon père étaient très complices…
– J’imagine !
– Et ma sœur souffre à la fois de la
séparation brutale d’avec notre père et du fait
qu’on l’a condamné comme un criminel, alors
que c’était un homme bon et généreux. Jamais
il n’aurait voulu nous faire du mal.
Malheureusement, ses gestes ont transgressé la
Loi, ma mère l’a appris et l’a dénoncé.
– Nom d’un chien ! Quand je pense que la
petite brésilienne pourrait me dénoncer, fit
soudain Eric saisi d’une terrible angoisse.
– Eh oui ! Mon vieux. Ce genre de
situation n’est pas facile. Prends garde à toi à
l’avenir et ne fait pas de bêtises !
Les premiers clients entraient et
s’installaient. C’était bientôt midi. Eric serra la
main de Michel et, sans rien dire, quitta les
lieux.

22
Vers dix-sept heures, Michel pénétra dans le
bar du Port. Mais à sa grande surprise, il était
totalement désert. Le barman lui-même brillait
par son absence. Il allait repartir lorsqu’il
entendit une voix caverneuse :
– Je peux te servir quelque chose ?
C’était le patron qui venait d’apparaître sur
le seuil de la porte qui menait à l’arrière-
boutique.
– Euh ! Bonjour ?… en fait je cherche
Bruno.
– Comme tu peux le constater, il n’y a
personne.
– Que s’est-il passé ?
– Les poulets sont venus et ont embarqué
tout le monde ! On ne peut pas dire qu’ils
aident les petits commerçants ! dit le bougre
visiblement en colère.
– Et Bruno ? Il s’est fait aussi pincer ?
– Non ! Je ne l’ai pas vu depuis hier.
– Ok ! Merci ! dit Michel en sortant.
Bruno, un autre de ses copains d’école, était
un habitué du quartier des Pâquis. Il y avait
passé toute son enfance et en connaissait tous
les secrets. Il fréquentait le milieu de la
prostitution et c’est de ce côté qu’il fallait se
renseigner pour le trouver.
Michel était debout sur le trottoir en train
de réfléchir.
– Tu cherches de la compagnie ?
23
Il ne réagit pas, pensant que cela s’adressait
à quelqu’un d’autre.
– Eh ! Beau gosse, je te parle !
Michel se retourna. Une pute d’un âge
certain, petite et grosse, au teint blafard et aux
lèvres outrageusement passées au rouge, le
dévisageait de ses yeux porcins. Elle souriait,
mais cela ressemblait à une grimace. Michel en
eut froid dans le dos.
– Excusez-moi ! finit-il par dire.
– Tu veux tirer un coup ?
– Non ! Non, merci !
– Quoi ? Je ne te plais pas ? fit la rombière
sur un ton acerbe.
– Non, c’est pas ça. Je n’ai pas envie et j’ai
un rendez-vous, alors…
– Ouais ! Je vois. Ça va, j’ai compris !
La femme s’éloigna et Michel partit dans la
direction opposée, mais se ravisa et la rattrapa.
– Excusez-moi !
– Alors tu as changé d’avis ? fit la catin.
– Non ! Je voudrais savoir si vous
connaissez Bruno Cardoso.
– Pourquoi ? demanda-t-elle soudain
méfiante. Tu es flic ?
– Mais non ! Bruno est mon copain.
– J’aime mieux ça ! Va voir chez Marion,
la boîte à strip-tease. Tu le trouveras sûrement
là-bas.
– Merci !
24
Le night-club se trouvait deux rues plus loin
et Michel eut tôt fait de le dénicher. Fermé !
– Evidemment, à cette heure, c’est trop
tôt !
Michel se tenait là perplexe, ne sachant pas
quoi faire lorsqu’un homme s’approcha. A sa
carrure, on pouvait penser que c’était un
champion de body building ! Et son nez cassé
témoignait de furieuses bagarres dans le passé
de ce personnage peu sympathique.
– Tu cherches quelque chose ?
– Oui, je cherche un ami. On m’a dit que
je pourrais le trouver ici.
– Eh bien ! Moi, je suis chargé de la
sécurité et je veille à ne pas laisser entrer
n’importe qui ! fit l’énergumène en dévisageant
Michel. Qui cherches-tu exactement ?
– Bruno. Bruno Cardoso.
– Ah ! Bon ! Pas de problème, je vais
t’ouvrir. Le patron est là.
Les deux hommes pénétrèrent dans une
salle peu éclairée, parsemée de petites tables
rondes. Au fond, il y avait une scène et le long
de la paroi, à gauche, un bar puis une porte
qu’ils passèrent. Ils gravirent un petit escalier
et, au premier étage, le garde fit entrer Michel
dans un bureau.
– Michel ! Quelle bonne surprise !
Comment as-tu fait pour me retrouver ici ?
25
Bruno s’était levé pour serrer la main de son
vieux pote. Svelte, les cheveux noirs, lisses et
sans doute passés au gel, la moustache à la
Clark Gable, habillé d’un élégant complet gris
clair, d’une chemise jaune beurre frais et d’une
cravate rose bonbon, il donnait l’impression de
sortir tout droit d’un vieux film.
– Salut ! Je suis passé au bar du Port où
j’ai l’habitude de te retrouver, mais…
– Je sais ! Il y a eu du grabuge et les flics
ont emmené tout le monde au commissariat.
– Tu es bien renseigné !
– Ah ! Ah ! Ah ! Je connais ce quartier
comme ma poche ! fit Bruno en riant.
– Je voulais te voir pour te demander un
service.
– Pas de problème ! Qu’est-ce que je peux
faire pour toi ?
– Je pars après-demain pour l’Italie et je
voulais savoir si tu avais de la famille ou des
amis qui pourraient m’héberger.
– Tu tombes bien ! J’ai quelqu’un qui
pourra t’accueillir. Et en plus je t’offre de la
compagnie !
– Que veux-tu dire ! fit Michel étonné.
– Une des filles va partir car elle ne se
sent pas bien ici, et…
– Tu veux me coller une pute dans les
bras ? demanda Michel en pensant à celle qu’il
venait de rencontrer dans la rue.
26
– Non ! C’est seulement une strip-
teaseuse russe, une fille bien. Elle a vingt-et-un
ans et c’est un vrai canon. Je l’ai sautée deux
ou trois fois et, crois-moi, c’est un bon coup !
Mais il faut qu’elle parte. J’ai un copain qui est
prêt à l’embaucher dans sa boîte, à Venise. Tu
pourrais l’accompagner et lui servir de garde
du corps pendant le voyage !
– Décidément, tu es vraiment étonnant !
Mais ce n’est pas du tout ce que je cherche. Je
pars pour Naples et…
– Naples ? Qu’est-ce que tu vas faire si
loin ?
– Je vais retrouver mon père.
– Il habite là-bas ? Dans ce cas, il devrait
pouvoir te loger, non ?
– Le problème, c’est que je n’ai pas son
adresse.
– Je vois ! Et comment vas-tu faire ?
Naples, c’est une grande ville ! Et il y a la Cosa
Nostra ! fit Bruno en riant.
– Justement, cela m’aiderait si j’avais
l’adresse de quelqu’un de confiance qui
pourrait m’accueillir.
– Mon pauvre ami ! Je ne connais
personne. Je suis du Nord, moi !
Il y eut un silence.
– Qu’est-ce que tu veux boire ?
– Une bière.
27