La traque blanche

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255 pages
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Le maître-chien ne répondit pas tout de suite, puis avec un timbre plus pâle que d’habitude murmura : « Ils n’ont pas froid Lieutenant, pas du tout : ils ont senti quelque chose qui les inquiète ». Il regarda Marine dans les yeux et ajouta d’une voix d’outre tombe : « En fait ils sont morts de trouille ». Méribel 21 janvier : la saison touristique bat son plein, mais lorsqu’un conducteur de dameuse disparaît en pleine nuit Marine Lansec, jeune Lieutenant de gendarmerie, découvre avec effroi que la montagne abrite peut-être un redoutable secret. Théo de Roncevaux, gloire de la Crim, ne s’attend pas non plus à réveiller les instincts meurtriers d’un moine lorsqu’il décide d’aider une fillette surdouée à retrouver son père. Personnages attachants, intrigue haletante, rebondissements permanents, ce thriller ne laisse aucun répit et vous entraîne dans l’aventure sur grand écran.

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Date de parution 06 janvier 2012
Nombre de visites sur la page 6
EAN13 9782312007526
Langue Français

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La traque blanche
Dominique Alba
La traque blanche
LES ÉDITIONS DU NET 70, quai Dion Bouton 92800 Puteaux
© LesÉditivns du Net 2012 ISBN : 978-2-312-00752-6
1
Henri Duval bailla pour la troisième fois en moins de sept minutes. Dehors la neige tombait drue et seules les bourrasques de vent interrompaient les lignes verticales et régulières des fl ocons. La dameuse progressait difficilement sur la pente N ord du Mont Vallon, l’une des nombreuses pistes de Méribel et ni les phares ni l’essuie glace ne permettaient à son conducteur d’avoir une visibilité supérieure à quelques mètres. Duval n’en avait cure. Il connaissait les pistes par cœur pour les avoir pratiquées depuis plus de dix ans. Son collègue Pierre Pasquier devait être à quatre cents mètres en contrebas, décalé sur la droite afin de couvrir le plus de piste possible. Henri Duval regarda le tableau de bord et la montre qui indiquait 3 h 34. Il travaillait depuis deux heures. La radio se mit à clignoter puis à crachoter : « 315 ici contrôle. Ca va Henri ? » « Contrôle de 315. R.A.S. Travail difficile et visibilité nulle. Le vent ne nous gène pas trop. N’hésites pas à nous amener des croissants et du café chaud si tu n’as rien à faire ». « J’y penserai. Terminé ». Au cœur de la station, Georges Sarron surveillait la progression de son parc de dameuses. Il n’aimait pas ce temps chargé. Ses conducteurs connaissaient parfaitement la station mais cela n’avait pas empêché l’un d’eux de verser dans un ravin il y a quelques années. Il consulta pour la deuxième fois la prévision météo. Le vent devait se calmer et les chutes de neige devenir éparses à partir de 5 heures du matin. Trente ans de vie en montagne lui chuchotaient que les prévisions de Météo France ne seraient pas tenues aujourd’hui et qu’au contraire le temps allait encore se dégrader. Il hésitait à appeler le directeur de l’exploitation pour proposer d’ajourner la nuit de travail et faire rentrer ses équipes. Puis il décida de se donner encore une heure de réfl exion. 700 mètres plus haut Henri Duval continuait inlassablement à travailler la piste; Le moteur de la dameuse envahissait la cabine de son grondement sourd et rageur. Depuis quelques minutes Duval avait l’impression qu’un autre bruit s’ajoutait à celui de son moteur. Il regarda successivement tous les cadrans de son tableau de bord et demanda à l’ordinateur une vérification complète. La dameuse paraissait en parfait état. Le deuxième bruit sembla se répéter, devenir plus audible. Il semblait venir de l’extérieur. Une autre dameuse ? « 316 ici 315. Pierre tu m’entends ? » « Salut Henri ! Tu m’offres un café ? » « Où es tu ? » « A quelques mètres du pylône quatre. Il y a un problème ? » « Je croyais que tu étais près de moi. J’ai cru entendre quelque chose. Tu n’entends rien ? » « Comment veux tu que j’entende quelque chose avec tout ce boucan ! Déjà le moteur alors avec le vent en plus … » « Ouais ! OK désolé. » « Si tu entends des voix tu peux toujours aller à Lourdes, ils recrutent. » « Tu sais bien que je ne sais que piloter des dameuses. » « Dameuses ou chaises roulantes quelle différence. Certaines sont à moteur. » Henri commençait à rire quand il entendit et cette fois plus distinctement une sorte de râle. Ce n’était absolument pas un bruit habituel et encore moins en haut d’une montagne sous les bourrasques de neige. Il eut la tentation de rappeler Pierre mais la peur d’être ridicule pour la deuxième fois lui fi t renoncer à sa pulsion première. Il voulait en avoir le cœur net et coupa le moteur de son engin. L’impression de silence fut saisissante. Puis rapidement le bruit du vent en rafales occupa l’espace. Duval se demandait bien ce qu’il pouvait espérer voir ou entendre avec une météo pareille. Il tendit l’oreille. Pour la deuxième fois mais cette fois moins distinctement il eut l’impression d’entendre à nouveau ce bruit, non pas un râle mais plus une sorte de souffle saccadé, paradoxalement plus éloigné. Comme si le fait d’avoir coupé son moteur le rendait moins perceptible. Il se demanda si son imagination lui jouait des tours mais c’était bien la
première fois qu’il entendait un bruit de la sorte dans la station. La neige tombait un peu moins à présent et la visibilité s’était légèrement améliorée. Duval y voyait maintenant à 20 mètres environ, mal mais il voyait. Il redémarra le moteur de la dameuse et repris son travail. Il avait beau essayer de se raisonner, son cœur battait la chamade : il avait peur. Il se surprit à jeter des coups d’œil à droite et à gauche, à regarder dans son rétroviseur. Il arrivait maintenant en haut de la combe. Il pouvait deviner le poste qui marquait l’arrivée des bennes, un peu plus loin sur la droite. De loin la bâtisse semblait floue, bougeant au gré des rafales de neige. Duval s’apprêtait à faire demi-tour pour attaquer la piste dans l’autre sens mais il n’arrivait pas à détacher son regard du poste d’arrivée des bennes. Le hangar semblait légèrement déformé, sur la droite. Comme si on avait rajouté quelque chose. Il arrêta la dameuse pour prendre les jumelles dans la boîte à gants. Au début, à cause du temps il eût un peu de mal à faire le point. L’absence totale de lune ne permettait pas de voir beaucoup mieux d’ailleurs et la dameuse n’était pas idéalement placée pour que ses phares éclairent la scène. Il lui sembla distinguer quand même une sorte de grosse boule, foncée. Chose étonnante la neige ne semblait pas y adhérer et c’est la différence de couleur qui attirait l’œil. La radio se mit à crachoter et le fit sursauter sur son siège : « 315 ici contrôle. Que se passe t –il Henri ? Cela fait 5 mn que tu ne bouges plus. » Chaque dameuse possédait un boîtier qui permettait au contrôle de la station, via un système GPS, de suivre ses allées et venues. « Contrôle ici 315. Non pas de problème. Désolé, j’ai renversé du café dans la cabine et je suis en train de nettoyer. Je repars, j’attaque la descente. » C’est pas le moment de délirer, pensa Duval. Ils vont me prendre pour un fou et penser que je ne supporte plus la solitude. Il termina son demi-tour et engagea la dameuse dans la descente Les phares de l’autre dameuse qui remontait la pente le ramenèrent à la réalité et le rassurèrent. Pour le coup il avait envie d’un café et prit la Thermos sur son siège. Il était déjà en retard sur le programme et entreprit donc de se servir tout en conduisant. Un choc sourd à l’arrière de la dameuse le fit bondir de son siège et la tasse lui échappa des mains. Le café lui brûla la cuisse le faisant hurler de douleur. Il bloqua la dameuse et se retourna pour voir ce qu’il se passait quand un deuxième choc, cette fois à l’avant le prit à nouveau par surprise. Il regarda cette fois à travers le pare brise. Il y avait quelque chose sur la dameuse et cette vision déclencha une vague de terreur qui le liquéfia. Il se mit à hurler lorsque le pare brise vola en éclat. Il eut à peine le temps de sentir une odeur putride, son visage se déchira et il s’évanouit au moment ou les premières gouttes de sang aspergeaient la cabine.
2
Le Lieutenant Marine Lansec de la gendarmerie nationale regardait le périmètre de la scène de l’accident avec désolation. Certes la zone avait été balisée mais les autres dameuses alertées par le PC opération étaient arrivées bien avant et tous les conducteurs s’étaient déjà approchés plusieurs fois laissant des centaines de traces sur la neige ainsi que sur la dameuse accidentée. Pour comble de malchance la neige continuait à tomber en abondance et le vent se chargeait d’effacer le reste. Marine se demandait aussi pourquoi la Gendarmerie nationale se plaisait à affecter une Bretonne dans un endroit aussi peu hospitalier et surtout aussi loin de la mer ! Elle avait examiné l’intérieur de la dameuse. Il était couvert de sang mais on ne trouvait pas de trace de corps. Le pare brise avait explosé mais il semblait avoir explosé vers l’extérieur et non vers l’intérieur du véhicule. Comme si le conducteur lui-même s’était jeté au travers de son pare brise. Possible mais dans ce cas où était ce foutu corps et pourquoi l’intérieur était-il couvert de sang ? Marine se tourna vers le gendarme le plus proche : « J’ai demandé les chiens ! Où sont-ils ? » « Ils arrivent Lieutenant, 5 minutes pas plus » « Et la brigade scientifique que fait-elle ? Elle devrait être là depuis 1 heure ! » « Elle est apparemment bloquée sur la route, ils viennent d’Annecy avec une berline classique. On vient de leur envoyer un 4x4 » Marine remercia tandis qu’un groupe de conducteurs s’approchait. « On n’aime pas ça du tout Lieutenant, tout cela sent la merde jeta le premier d’entre eux « On devrait retrouver le corps d’Henri vu le sang qu’il a perdu il est forcément pas loin « Et avec ce temps seules les dameuses peuvent se déplacer fi t un troisième y’a forcément un loup. Enfin un problème je veux dire » comme si le mot loup donnait des frissons à tout le monde. Marine essaya son masque. Putain de temps, putain de région pensa t-elle et dire que je viens d’arriver depuis 6 mois à peine. « Messieurs je vous demande tout d’abord de rester maître de vos émotions. Vous êtes des conducteurs professionnels, aguerris et même si les circonstances sont exceptionnelles vous vous devez de vous contrôler. » Marine les regarda à tour de rôle dans les yeux et vit que son petit discours fonctionnait. Parle aux couilles des mecs, disait ma grand-mère, c’est là qu’ils ont les oreilles ! « Nous attendons les chiens d’avalanche et aussi la brigade scientifique. De plus j’ai demandé que la zone soit patrouillée par un hélicoptère dès que la masse nuageuse le permettra. Quand à vous laisser faire une battue ce n’est pas acceptable. Nous avons déjà perdu un de vos amis ce n’est pas le moment de jouer vos vies. » Le premier conducteur la regarda : « Vous pensez qu’il y a toujours du danger et que nous risquons nos vies ! On dirait que vous en savez beaucoup plus que vous dites !! » « Je ne sais rien du tout et c’est justement pour cela que je ne veux pas prendre de risque. Donc les gars vous allez retourner sagement dans vos tondeuses et vous me laissez faire mon travail. Quand j’aurai besoin de savoir comment on dame une piste, je vous ferai signe » lâcha Marine en s’éloignant du groupe pour se rapprocher de l’équipe radio. « J’adore ce genre de nana » fit le premier conducteur « au moins dans un lit, je suis sûr qu’elle mène le bal !» Déclenchant le rire gras de toute la troupe. « Où sont mes chiens ? Tassaud ! Où sont mes chiens ? » « Ils arrivent Lieutenant, regardez, on voit les lumières de la dameuse qui les transporte » Marine plissa des yeux et aperçut en effet les contours fl ous des phares de l’engin. La porte s’ouvrit et trois chiens de montagne dont un berger allemand splendide s’ébrouèrent dans la neige. Les trois maîtres-chiens se portèrent au devant de Marine : « Nous devons retrouver le corps du conducteur de la dameuse. Logiquement vu la quantité de sang qu’il a perdu, il n’a pas pu faire plus de 100 mètres par ce temps et avec cette couche de neige meule. Vous rayonnez donc de la dameuse sur 100 mètres chacun
prenant un tiers de la zone. OK ? » Marine s’assura que chacun avait compris puis d’un mouvement de tête lança la recherche. Elle se tourna à nouveau vers Tassaud : « Bon et la Scientifi que maintenant ??? » Tassaud parla à la radio. Marine n’entendit pas la réponse à cause du vent. « Ils sont à Moutiers ! » « Putain Moutiers ! » jura Marine « si ça continue il fera bientôt jour. » Les chiens s’étaient avancés vers la dameuse et portés par leurs maîtres avaient reniflé l’intérieur puis poussant des aboiements d’excitation commençaient à faire le tour de l’engin Apparemment la piste n’était pas facile à prendre car les trois chiens tournaient en rond depuis un moment. A 100 mètres de la dameuse toujours pas de trace, les maîtres-chiens faisant pourtant le maximum pour que les chiens gardent leur concentration. Marine décida de se porter à la limite des 100 mètres et interrogea le premier maître-chien : « Vous n’avez rien ? » « Non » « Peut-être que le corps a été projeté à plus de 100 mètres ? » « Faudrait un sacré impact et en plus l’avant de la dameuse n’a pas une égratignure » « Oui je sais. On ratisse quand même sur trois cents mètres. » « Ok c’est vous le patron » Le maître-chien fit signe à ses collègues de continuer. Mais il fallut se rendre à l’évidence : toujours rien. Marine était près d’eux. « Pas la peine de s’acharner. De toute façon, il n’a pas pu se déplacer seul de plus de trois cents mètres. Attendez moi ici je vais voir la Scientifique qui vient d’arriver » Les hommes de la gendarmerie scientifique commençaient à déballer le matériel. Leur chef, Jason Pollock, que tout le monde surnommait le British, à cause de son nom, émettait un sifflement admiratif et surpris en regardant l’intérieur de la cabine. « Bonjour Lieutenant cela fait plaisir de voir un visage charmant dans ce paysage austère » « Bonjour Jason, je ne sais pas comment vous pouvez voir mon visage sous cette capuche et derrière ce masque. » « Vous connaissez l’élégance britannique ma chère, je devrais dire la galanterie n’est-il pas ? » « Comme vous voulez Sherlock mais si vous me donniez une piste cela m’aiderait. Cela fait plusieurs heures que nous nous gelons à essayer de retrouver le corps d’un homme qui ne semble nulle part » « Vous voyez ma chère » dit Jason en montrant l’intérieur de la cabine » il y a là probablement les trois cinquième du sang de notre ami. » « Oui et alors ? » « Alors soit il est sorti tout seul et, dans ce cas, il n’aurait pas fait un mètre soit quelqu’un l’a sorti et dans ce cas cela m’étonnerait qu’il soit encore dans les parages » « Vous êtes en train de me dire que c’est un meurtre ? » « C’est un peu tôt pour l’affirmer. Disons que j’ai un doute » « Merci cela m’aide beaucoup » « De rien » répondit Jason sans paraître le moins du monde affecté par l’ironie de Marine. « De toute façon il va falloir transporter cette dameuse au labo pour effectuer tous les tests. Mais en attendant je vous suggère de laisser un petit cordon de sécurité et de faire rentrer votre équipe. » Marine opina et s’éloigna vers les autres conducteurs. « Messieurs on remballe, je vous demande simplement de ne pas passer près de la dameuse accidentée et d’être disponibles dans la station dès demain. Bonne nuit » Puis elle fit signe au reste de l’équipe de ranger le matériel. Les maîtres-chiens s’étaient rapprochés de la gare des télécabines pour s’abriter de la neige et du vent. Marine les rejoignit pour leur commander de rentrer aussi. Mais pendant qu’elle parlait, les chiens tournaient en rond en se collant contre leurs maîtres, la queue entre les jambes et tremblant de tous leurs membres. « Pour des chiens d’avalanche ils ne sont pas très résistants au froid vos artistes ! » Le premier maître-chien ne répondit pas tout de suite puis avec un timbre plus pâle que d’habitude murmura : « Ils n’ont pas froid Lieutenant, pas du tout, ils ont senti quelque chose qui les inquiète.
Il regarda Marine dans les yeux et ajouta d’une voix d’outre tombe : « En fait ils sont morts de trouille. »