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La vie scolaire

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Description

"La Vie scolaire, roman initialement paru en 2002 et révisé par Emmanuel Tugny pour cette édition, est le seul roman de cet auteur prolifique à mériter la qualification de "naturaliste", au sens historique du terme. Le récit accompagne avec une redoutable précision le lent et inéluctable détraquement d'une psychè et de la parole dont elle dispose au contact d'un "milieu" scrupuleusement dépeint. Bien entendu, le naturalisme de Tugny est un naturalisme d'aujourd'hui, un naturalisme où ne se distinguent pas fatalités de l'évolution du sujet romanesque et de celle de la langue qui en fait une forme littéraire. La Vie scolaire décrit, dans une sorte de diaporama tragicomique, la dérive d'un enseignant affecté en province au cours d'une période de grève, entre amour en contexte professionnel, nécessités ou épreuves du métier, du couple, de la famille. La Vie scolaire, c'est, comme l'écrit Pierre-Marc de Biasi, préfacier du roman, l'itinéraire d'un "suicidé de la société" refusant, entre lassitude, abandon et révolte, de se plier aux exercices imposés d'une existence "académique".".

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Nombre de lectures 25
EAN13 9782376419013
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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L A N G A G E D U L O G O S J E V I E N S V E R S L U I J E T E N D S
G W E N C A T A L Á L ’ É D I T E U R
la vie scolaire , , elegie
préface de PierreMarc de Biasi
E M M A N U E L T U G N Y L ’ A U T E U R
Préface Génération crépuscule
Et sî e pîre restaît toujours àvenîr ? Un zest de nîhîîsme n’est pas rare dans es cocktaîs îttéraîres d’aujourd’huî. Maîs îcî, méfiez-vous ! I s’agît vraîment d’autre chose. La Vie scolairen’est pas un îvre rassurant. La mort vous y attend au coîn de chaque page, vîsîbement à son aîse, dans cette înfinîe processîon de paroes dérangées quî sautent auvîsage dès es premîères îgnes. C’est a angue du crépuscue, es crîs du masque, a partîtîon tragîque d’un étouFement. La îtanîe des appes désespérés, des phrases racassées, des mots répétés, des ormues estro-pîées, des apostrophes sans destînataîres, des dîaogues zappés, des confidences ravaées comme des sangots, des asyndètes dououreuses, des excuses mêmes, finît par composer ’îmage înexorabe d’une suFocatîon totae au peroxyde d’azote. Le vocan étaît mûr. I a craché ses vapeurs. Maîntenant, c’est a nuît. Spécîaement en peîn jour, c’est a nuît.
À ’espérance sourde, însîstante, maîs muette parce que devenue înormuabe, d’une exîstence souveraîne et flamboyante quî seraît ee-même sa propre questîon, quî airmeraît son désîr însatîabe d’ébouîssement — d’une vîesolaire— s’est substîtuée, comme ça, un beau jour, à notre însu, a désîusîon d’une survîe crépuscuaîre quî
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ne parvîent même pus à artîcuer a moîndre doéance sur e sort quî est aît. Comme toujours, ce sae coup, îs ’ont accompî à a dérobée, entre chîen et oup. Un sîmpe ajout, et tout a été dît : une ettre, « c » (’opacîté de ’étant « c’est... », ou ’apomb du je « saîs ») quî vîent subreptîcement se oger entre e « s » (« est-ce ? ») et a pure béance umîneuse du « o », et — patatras ! — d’un coup, tout s’est obscurcî : a vîe, desolaireest tout entîère devenuescolaire,încapabe d’airmer autre chose que a persîstance organîque des corps à demî asphyxîés à se traïner, poumons serrés, dans un dédae de routînes et de non-sens, de maentendus et de bessures subîes et înflîgées.
Les mots sont maades. Pas d’une maadîe rare : de eur terrîbe maadîe ordînaîre de mots, d’un ma endémîque quî travaîe notre syntaxe et notre exîque dans toutes es bouches où se rumîne e angage de a bêtîse, es mots bîen sentîs, trop à propos, es mots sî souvent dîts, es mots bandîts et es mots maudîts.La Vie scolaireest un dîctîonnaîre des îdées reçues tordu par a poîgne ara-mîneuse d’Artaud e Momo, un documentaîre du suîcîdé de a socîété, maîs dans aversîon sous-tîtrée par Caude Aègre, un cauchemar de vîe quotîdîenne saîsî dans sa ugacîté, une exîstence appîquée à ne pas se tromper, avec pour tout horîzon cette trop pausîbe désespérance organîsée, hîérarchîsée, normaîsée d’un monde quî, sans y prendre garde, s’est coué comme un pâtre dans a métaphore généraîsée du scoaîre. Tout est scoaîre.
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Le narrateur est un drôe d’oîseau, encore tout jeune, dont on a brîsé conscîencîeusement es aîes jusqu’à es désartîcuer. I y a un peu de rouge sous es pumes. I rampe. Son ramage se rapporte à son pumage. I bégaîe. Les autres, ses coègues, es éèves, ses supérîeurs, sa emme, a fie qu’î aîme, son enant « Lunette » née handîcapée, e phîosophe syndîqué, ne sont autour de uî que es îmages de sa propre reptatîon, au ras des préjugés, des stéréotypes, des cîchés, des phrases toutes aîtes dans esques tous pataugent comme dans e bîtume d’un naurage. Le roman, s’î s’agît d’un roman — car j’y verraîs quant à moî surtout un or-mîdabe îvret d’opéra, a partîtîon cruee d’une sorte de théâtre de notre mémoîre ordînaîre — e texte, donc, nous transporte be et bîen au cœur d’un vertîge : cette « aspîratîon au vîde » où s’eFondrent aussî bîen es représentatîons que es pauvres figures de rhétorîque avec esquees se abrîque ce qu’on appee pompeuse-ment a réaîté. Bureaux, voîtures, jardînet, conseîs de dîscîpîne, appartements, baancees, grandes suraces, petîtes phrases, traîn régîona, évauatîon, moyennes, recycage, angue de boîs : c’est e tîssu même de notre quotîdîen quî est devenu pédagogîque, avec pour seu mot d’ordre « apprendre aux gens à aîmer d’amour proond es mécanîsmes du pîre ».
La Vie scolairene dénonce pas un état de aît : se bornant à décrîre e néant quî nous envîronne et peut-être nous pénètre, ee ne porte aucun acte d’accusatîon caracté-rîsé, maîs aîsse entrevoîr que cet état de aît cherche
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à s’édîfîer en patrîmoîne, en egs. Tout a été mîs au poînt, métîcueusement, pour que a peste învîsîbe se communîque et que nu n’y échappe. Maîs communî-quer, génîe de notre temps, ne suiraît pas à satîsaîre e grand maïtre. I aut encore que cea se transmette, au-deà du cerce étroît de notre espace, dans e temps de ceux que nous ormons à nous ressember, à nous succéder. Transmettre ’amour du pîre, voîà à quoî tra-vaîe notre rée transormé en une gîgantesque écoe déboussoée. LaVie scolairen’est pas seuement un antî-roman de ormatîon, un roman de a route îmmobîîsée dans une împasse. C’est e récît d’une maédîctîon dont es temps présents (ceux quî se mîrent cavaîèrement dans e mîroîr stendhaîen) ne constîtuent qu’une pre-mîère étape : une maédîctîon sans transcendance, aussî înassîgnabe et îmmanente que es mots quî nous tra-versent (hypocrîte ecteur, es-tu certaîn de n’avoîr jamaîs baouîé une de ces phrases tordues, un de ces apsus ancînants que tu îs à regret dans e roman ?) et dont e pouvoîr de nuîsance reste apparemment e seu hérîtage qu’î nous soît oîsîbe de éguer.
La Vie scolairepeut se îre comme une pauvre hîstoîre d’amour împossîbe, genre roman photo, ou prosa-quement comme un reportage sans compromîs sur e destîn des personnes enseîgnants, genre Bourdîeu, ou comme un florîège des aphasîes contemporaînes, que saîs-je encore ? Maîs chacun de ces chemîns secondaîres n’est vraîment pratîcabe que rapporté à a confluence d’une voîe prîncîpae de a narratîon quî nous raconte
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