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La vigne au diable

De
121 pages
Jeanne FAURE est professeur d'anglais et originaire du Lot-et-Garonne. Elle vit en partie en France, en partie en Allemagne. Elle a déjà publié un livre en France et un livre en Allemagne.Dans ce roman, l'auteur parle du passé de ses ancêtres et décrit la vie dans un village de Gascogne, avec ses instants de bonheur, amis aussi ses querelles de clocher.Mélanie avait écrit: "C'est là que Zarah est venue se réfugier. Que restera-t-il dans nos coeurs du souvenir de Zarah? Parfois, les nuits de brume, une ombre se détachera, hérissée et livide. Témoin séculaire, elle assistera, muette, aux petits drames des humains qui s'agitent dans leur propre toile, tissée au gré de leurs vices ou de leurs caprices ou d'événements imprévus."
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LavigneaudiableFran oise Hoff
Lavigneaudiable
ROMAN' manuscrit.com, 2002
ISBN: 2-7481-0759-4 (pourlefichiernumØrique)
ISBN: 2-0758-6 (pour le livreimprimØ)Avertissement de l Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrands Lecteurs(libraires,revues,critiques
littØraires etde chercheurs),ce manuscritestimprimØ telunlivre.
D Øventuelles fautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueuse de
lamiseenformeadoptØeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l ouvrage, le texte en l Øtat.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de lA’ sile Popincourt
75011 Paris
TØlØphone:0148075000
TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comA-t-on oubliØ l histoire du spectre de la Vigne au
Diable ?
Il ne reste que cette crainte dans les cuœ rs.
ElleplanedepuisunsiŁclesurlavigne,voiledebrume
et de mystŁre.
C est là qu elle est venue se rØfugier, elle s est cou-
chØe sur l eau, comme on retrouve le nØant maternel,
lamusiqueoriginelle. L eauquiglacelesmembreset
vous dØlivre.
C Øtaitl hiveretsoncorpss estgivrØ. Elleflottaitsur
l eau, OphØlie habillØe de givre, des fils de dentelle
blanche ornaient sa chevelure noire, papillon de la
nuit.
7HISTOIRE DE M LANIE
C Øtait l’automne 1872.
Cematin,AndrØLabordes estlevØàl aubepour
aller chasser. Il arpente les vignes, le canon du fusil
dirigØ vers le sol, son chien Pointer, Dick, sur ses
talons.
AndrØavingt-cinqans,c estunpetitpropriØtaire
terrien. Il aime ces dimanches de libertØs, ces mati-
nØes de brumes automnales. En bas, de l autre c tØ
de la vallØe de la Garonne le coteau ouatØ se devine
à peine.
Il y a deux heures qu AndrØ marche, son tableau
dechasseestassezmaigre: unliŁvreetdeuxperdrix,
c’esttoutce qu il ramŁneraàsa mŁre aujourd’hui.
AprŁs avoir traversØ le bois et la route, il arrive
dans la vigne et dØcide de faire une pause. Il ouvre
samusette,ensortsoncasse-croßteetsabouteillede
vin. Tout en mangeant son saucisson et son pain, il
lanceàDickquelquesmorceauxdesamichedepain.
Dickle suitdesesyeuxfidŁlesen agitant saqueue.
Bient t, un froissement de feuillage Øveille l at-
tentiondupointerquitrottineendirectiondubosquet
longeant la vigne. AndrØ, intriguØ, suit son chien
vers les arbres qui bordent le ruisseau.
9La vigne au diable
Tout d abord, il ne distingue qu une vague sil-
houetteentreles arbres. Puis,l’aurore naissantetra-
versant le feuillage, il aper oit la jeune fille. De
longs cheveux noirs cachent en partie son visage
qu’illuminentdeuxgrandsyeuxverts.Sapeauest
brune et une robe longue dØchirØe habille son corps
ØlancØ et svelte.
AndrØ croit deviner de la crainte dans ses yeux
verts posØs sur lui. Appelant son chien, il se dirige
lentementverssonapparition. Celle-cirecule,apeu-
rØeetfaroucheetseretrouvecoincØecontreunarbre.
Deseslongsdoigts,elletentedereleversescheveux
et dØvoile le galbe parfait de son visage.
Jusqu cet instant, la vie d’AndrØ avait toujours
ØtØ bien rØglØe. Ses parents, parmi les hoberaux les
plus aisØs du village, l avaient ØlevØ en fils unique.
AprŁs l’Øcole communale, il avait ØtudiØ dans un
collŁge de NØrac, la ville la plus proche, et y avait
passØ son Brevet SupØrieur. On le respectait pour
soninstruction,iljouaitduviolonets’adonnaitàses
passions : la chasse et la musique.
Maisilnevivaitpaslacanneàlamain,ainsiqu on
le disait, à cette Øpoque, des riches hobereaux dont
letravailconsistaitàlaissertravaillerleursmØtayers.
On le voyait souvent dans les champs soigner ses
vignes, en compagnie des journaliers et des saison-
niers,iltaillaitlessarments,sarclaitl herbeentreles
rangØes et Øtait toujours le premier levØ.
Son pŁre, rØpublicain, alors que la majoritØ des
habitants du village Øtaient bonapartistes, lui avait
inculquØ une certaine idØe du socialisme et AndrØ
rŒvait d’ØgalitØ.
Sa mŁre, MØlanie, Øtait belle et autoritaire, elle
rŁgnait sur la maison, souveraine et sereine, lorsque
sesyeux,bleudebrumenelan aientpasdeflammes.
C est gr ce à elle et à sa passion pour la musique
qu AndrØ avait appris le violon.
10Fran oise Hoff
LamŁreetlefilspassaientdessoirØesdØlicieuses
àjouerensemble,ellel accompagnaitaupiano. Leur
morceau prØfØrØ Øtait l Adagio d’Albinioni. Ils ne
cessaientdeleperfectionner,ils ØtaitintØgrØàleurs
rŒves.
Le dimanche, on invitait les voisins et, tout en
savourant des g teaux confectionnØs par MØlanie
et dØgustant le vin du pays, on racontait des his-
toires ou Øcoutait AndrØ et sa mŁre jouer. Alors, les
bouches se taisaient, les regards se perdaient dans
des contemplations mystiques, certaines, dues plu-
ttô aubreuvagetroptentantqu’àl envoßtementdela
musique. Henri,lecantonnier,habitantàl autrebout
du village, avait un don inØpuisable de narrateur. Il
commen ait toujours par : « ˙a s est passØ il y a
vingtans…»,ou: «Dutempsdemagrand-mŁre…»
EttoutlemondeØtaitpersuadØquec Øtaitvrai. Il
racontait toujours les mŒmes histoires, mais comme
il en changeait les dØtails, elles avaient toujours un
airdejamaisentendu. IlØtaitquestionderevenants,
defeuxfolletsetdesorciŁres. EnjouantsonAdagio,
AndrØsesurprenaitàimaginerunede cessorciŁres,
cellequi vousenvoßte parsabeautØet sonmystŁre.
C estaucoursd unedecessoirØesqu AndrØavait
rencontrØ la fille du voisin, Chenard. Celui-ci Øtait
unpaysandefortunetrŁsmodeste,maisilavaittenu
à mettre sa fille ThØrŁse dans une Øcole libre oø
elle avait appris quelques rudiments de lecture et
d’Øcriture, de couture, de cuisine et d un certain sa-
voir vivre qui consistait surtout à savoir mettre ses
charmes en valeur, mŒme s·ils Øtaient d·une quasi
inexistence, afin d attirer le prØtendant adØquat aux
rŒves des parents.
CequifaisaitdireaupŁred AndrØ,Paul,queThØ-
rŁseavaitre uplut tuneØducationd oieblanche,et
quisignifiait,pourlui,uneØducationtournantautour
11La vigne au diable
destroisK.dontlalØgendes avØraplustardgerma-
nique. Paul disait cela en Øclatant d un rire sardo-
nique d athØe et de renØgat.
ThØrŁse avait dix huit ans. On ne pouvait pas
dire d elle qu elle fßt d une beautØ frappante, elle
avait cependant la fra cheur de la jeunesse, un petit
nezretroussØ,descheveuxch tainsetdesyeuxd un
marron sans Øclat. Bref, son apparence Øtait d une
mØdiocritØ agrØable, sans plus.
MØlanie pensait que ThØrŁse Øtait la femme, non
idØale, mais convenable pour son fils. Elle tiendrait
bien sa maison et, le cas ØchØant, pourrait travailler
dans les champs.
ThØrŁseetAndrØs ØtaientdoncretrouvØsfiancØs,
sans s Œtre jamais rencontrØs seuls. Le seul contact
qu ilsavaienteuavaitØtØquelquesfurtifsserrements
demains. AndrØn enavaitretirØqu uneimpression
irritantedepeaumoite. Sesrapportsaveclesfemmes
avaient ØtØ quelques flirts à des bals de campagne
qui avaient le plus souvent consenti à se donner à
lui, car il Øtait beau garçon. AndrØ considØrait son
futur mariage comme une formalitØ, un devoir de
familledontilseconsoleraitenchassantetenjouant
du violon.
L’aurorecommencemaintenantàtraverserlebois
et fait flamboyer le ch taigner oø s est adossØe la
jeune fille. Les rayons du soleil viennent Øclairer sa
chevelure et son visage. Le coeur d AndrØ bondit,
cette apparition dØpasse de loin, par sa beautØ, les
rencontres qu il a eues jusqu’à maintenant et mŒme
tous les produits de son imagination. Il entend son
Adagio et pense subitement qu il vient de rencon-
trer la perfection. Cette ferveur qui s insinue en lui
et dont la langueur lui chante de nouvelles modu-
lations. Un murmure qui na t de l aurore, longue
phrased uneviolence nostalgique àlaquelle rØpond
l orgue de deux notes graves et rassurantes. Puis
s ØlŁvelecrescendooøleviolonselaissebercerpar
12