Le bout de l'île

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155 pages
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Description

À l’est de l’île de Montréal s’étend une pointe de terre qui, autrefois, était couverte de trembles, d’où son nom de Pointe-aux-Trembles. C’est là que François-Gabriel Dumas, alias Gaby, a passé sa jeunesse dans les années soixante-dix. À l’époque, ce n’était qu’une agglomération de paroisses, c’est-à-dire ni un tout à fait un village, ni la banlieue qu’elle est devenue dans les années quatre-vingt. À l’ombre du plus grand complexe pétrochimique de l’est du Canada dont les cheminées « brûlent jour et nuit » (Richard Séguin), Gaby affronte les voyous du quartier dans un match de ballon-chasseur à la suite duquel il se fera un nouvel ami et connaîtra son premier amour, un amour juvénile, encore pur et innocent.
Le bout de l’île est le roman de la transition, le roman du passage à l’adolescence comme chacun de nous a dû vivre. À l’instar du roman de Robert Sabatier, Les allumettes suédoises, il appartient au genre du récit de l’enfance, un genre qui ne se démode jamais et qui, quel que soit la provenance de l’auteur, recèle une portée toujours universelle.

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Date de parution 01 février 2011
Nombre de visites sur la page 81
EAN13 9782923916224
Langue Français

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Le bout de l'île
DANIEL DUCHARME
© ÉLP éditeur, 2010 www.elpediteur.com elpediteur@yahoo.ca
ISBN 9782923916033
Image de la couverture : Daniel Ducharme :mon équipe de basket, 1968.
Polices libres de droit utilisées pour la composition de cet ouvrage : Linux Libertine et Libération Sans
ÉLP éditeur, le service d'éditions d'Écouter Lire Penser, un site dédié à la culture Web francophone depuis 2005, vous rappelle que ce fichier est un lobjet unique destiné à votre usage personnel.
à mon fils Pascal-Ali
à mon ami Yvon Jacques, modèle involontaire de certains passages de ce récit
Note de l'auteur
À l’est de la ville de Montréal se trouve une ville du nom de Montréal-Est, ce qui n’a rien d’original compte tenu de sa position géographique. Bourgade plus que ville, elle compte sans doute plus d’unités industrielles que de constructions domiciliaires. Et encore plus à l’est – au bout de l’île de Montréal, en fait – s’étend une pointe de terre qui, autrefois, était couverte de trembles, d’où son nom de Pointe-aux-Trembles. J’y ai passé ma jeunesse dans les années soixante et soixante-dix alors qu’elle n’était qu’une agglomération de paroisses, ni un village, ni la banlieue qu’elle est devenue dans les années quatre-vingt. En ce temps-là, cette zone autrefois champêtre était largement occupée par l’industrie pétrochimique, pour laquelle bon nombre d’hommes et de femmes travaillaient. Des chemi-nées de ses usines – « qui brûlent jour et nuit », comme le dit la chanson de Richard Séguin – se dégageait une odeur
souvent nauséabonde que les vents d’ouest renforçaient. C’est sans doute ce qui expliquait qu’à Pointe-aux-Trembles les vents froids du nord étaient toujours les bienvenus, quelle que soit la saison.
C’est sur cette bande de terre où s’étalent d’ouest en est quelque cent avenues et dont l’espace habité, dans l’axe nord-sud, ne dépasse pas un kilomètre dans son secteur le plus étendu, que se déroulent les événements qui sont rela-tés dans ce récit.
Ces événements sont, bien entendu, fictifs, tout comme leurs héros, d’ailleurs, dont toute ressemblance avec des personnes existantes serait le fruit du pur hasard ou, à la limite, le résultat d'une malheureuse coïncidence. Des filles comme Lucie, Gisèle et Nicole, il en existait – et en existe sans doute encore – dans toutes les petites villes du Québec. Même chose pour les bandes de voyous qui, aujourd'hui, prennent le nom de gangs de rue et sont autrement plus ter-ribles que les Funny Brothers auxquels il est fait allusion dans ce récit. Par contre, le fleuve et son bord de l'eau sont toujours là, de même que le collège Roussin, transformé depuis lors en centre communautaire.
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Aujourd’hui, la petite ville de Pointe-aux-Trembles de ma jeunesse n’est plus, elle qui ne représente à peine plus que la moitié d’un arrondissement de la ville de Montréal. Mais quel que soit son statut, elle occupe toujoursle bout de l’île.
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Chapitre 1
Je sentais qu’il se passait quelque chose en moi, un change-ment que je ne pouvais identifier avec précision. Depuis mon anniversaire, le premier mai dernier, il m’arrivait la nuit de me réveiller avec le sexe si gonflé que je n’osais me lever de peur que mon frère Frédéric, qui partageait la même chambre que moi, s’en aperçût. Par ailleurs, j’avais ressenti, avant-hier au parc Saint-Jean-Baptiste, un léger plaisir à cet endroit déli-cat alors que je grimpais à la structure d’acier de la balançoire. Étrange sensation qui m’était inconnue jusqu’alors. Vraisem-blablement, je traversais un passage, une période de transition dont j’avais à peine conscience encore, car mes préoccupa-tions allaient vers le sport, et non vers le sexe.  En effet, je ne pensais qu’au sport, plus précisément au match de ballon chasseur que je devais disputer le lende-main matin. Cette finale opposait mon équipe à celle de la
sixième année A dont le chef était le redoutable Richard Pouliot, un garçon costaud qui avait dû redoubler au moins deux fois car il avait déjà du poil au menton. J’étais chef de classe de la sixième B mais, à côté de Pouliot, je ne faisais pas le poids. Petit, plutôt chétif, voire fluet, je faisais à peine mon âge. Toutefois, mon habileté et ma grande agilité de mouvement compensaient largement ma modeste taille. Pour gagner, je comptais sur l’aide du capitaine de mon équipe, Luc Piché, un solide gaillard qui me vouait une recon-naissance sans bornes depuis que je lui filais un coup de main pour faire ses devoirs, pour ne pas dire que je les faisais sou-vent à sa place. Comme Pouliot, Piché avait redoublé, mais il ne pouvait se permettre de le faire encore sinon son père le tuerait. C’est du moins ce qu’il me racontait, parfois, en me tendant d’un air malheureux un cahier fripé rempli de pro-blèmes d’arithmétique que je devais solutionner pour lui. Je savais qu’il disait vrai. Pour m’en convaincre, je n’avais qu’à voir les ecchymoses qui couvraient son visage les lendemains de remise du bulletin. Un jour même, peu de temps après qu’il eût coulé la dictée du vendredi, madame Signori l’avait ques-tionné à propos d’un bleu apparu sur son avant-bras. Pour se justifier, il avait marmonné une vague histoire de chamaillage avec ses frères... En bonne catholique respectueuse de l’ordre
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établi, notre maîtresse estimait qu’on devait limiter au mini-mum l’intrusion de l’État dans les familles, de sorte qu’elle n’était pas allée plus loin. Cela aurait été bien inutile, d’ailleurs, car tout portait à croire que, cette fois-ci, Piché réussirait son année scolaire pour enfin accéder en classe de première secondaire à l’école Daniel-Johnson et, du même coup, éviter la raclée que son père ne manquerait pas de lui donner en cas d’échec. Mais il s’agit là d’une autre histoire…
Toujours est-il qu’en cette nuit de juin, j’étais allongé dans le grand lit de fer que je partageais avec mon frère Frédéric, le cadet des garçons de la famille. Claude, l’aîné qui aurait quinze ans à l’automne, dormait sur le divan-lit du salon depuis quelques mois, un privilège que mes parents lui accordaient en raison de son âge car, jus-qu’alors, mes deux frères et moi avions toujours couché dans la même chambre.
Notre logement, pourtant, était beaucoup plus grand que le modeste trois pièces que nous occupions quatre ans plus tôt sur la rue Franchère et dans lequel nous étions six à nous entasser depuis la naissance de ma petite sœur, quelques mois plus tôt. Cette naissance inattendue fut d’ailleurs l’élément déclencheur, l’événement qui avait convaincu mes parents de la nécessité de déménager dans
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un logement plus grand et, par le fait même, de se rappro-cher de l’usine de Montréal-Est qui employait mon père depuis qu’il était en âge de travailler, c’est-à-dire depuis l’âge de douze ou treize ans. Au printemps 1965, mes parents quittèrent donc le quartier du plateau Mont-Royal où ils avaient toujours vécu, entourés de leurs familles – mes grands-parents, mes oncles et mes tantes –, pour s’ins-taller à Pointe-aux-Trembles, cette petite ville champêtre du bout de l’île de Montréal bâtie sur une bande de terre arable, bordée au nord-ouest par le plus important com-plexe pétrochimique de l’est du Canada et, au sud-est, fort heureusement, par les magnifiques cours d’eau que sont le fleuve Saint-Laurent et la rivière des Prairies.
Mais ce logement de six pièces au premier étage d’un semi-détaché de la 6e avenue, qui paraissait si grand au départ, avait rapidement démontré ses limites, car à ma petite sœur s’était ajoutée ma grand-mère maternelle, venue vivre chez nous après la mort de mon grand-père. Du coup, l’espace avait dû être réorganisé : une chambre pour mes parents, une pour ma sœur, une autre pour ma grand-mère et, enfin, la plus grande pour les trois garçons… jus-qu’à ce que Claude, à l’âge adolescent, occupât le divan du salon. Mais cela se vivait dans l’harmonie, sous l’œil bien-
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