Le Camouflet

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92 pages
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Les protagonistes des onze nouvelles qui composent ce recueil ont la manie d'envoyer des camouflets à leurs semblables, et réciproquement. Le Président-Délégué Général glouton, des employés revanchards, le convoyeur étourdi, des associés lunatiques, le pasteur vicieux, l'épouse infidèle, les politiciens pervers ont des torts envers leurs compatriotes, et confirment la thèse selon laquelle l'homme est un loup pour l'homme.

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Date de parution 01 décembre 2011
Nombre de lectures 14
EAN13 9782296475090
Langue Français

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Le Camouflet
Écrire l’Afrique Collection dirigée par Denis Pryen
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Kapashika Dikuyi
LeCamouflet
Nouvelles
L’HARMATTAN
©L'HARMATTAN,2011 5-7,ruedel'École-Polytechnique;75005Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56254-7 EAN : 9782296562547
Pour Madeleine MBOMBO, la lanterne qui illumine mon ténébreux univers.
K. D.
LE CAMOUFLET
Piqué par on ne sait quelle guêpe, René Mpakasa annonça solennellement qu'il rompait les amarres avec la dictature. Par la même occasion, il résolut de convoler en justes noces avec la démocratie. S'ingéniait-il à blanchir ses mains salies jusqu'aux os, comme certains de ses collègues chefs d'Etat ? Venait-il d'opter pour la « démocratie dictatoriale » ou la « dictature démocratisée », comme les faux démocrates qui pullulent sous les Tropiques ? Une réponse négative à cette dernière question renverserait même la personne la plus naïve du monde.
Grâce à l'argent du contribuable, outrageusement stoïque, son excellence René Mpakasa, Président de la République de Buanga, prit la décision de fêter avec faste le vingtième anniversaire de son accession au pouvoir. Pouvoir conquis à la faveur d'un putsch. Pour marquer l'événement d'une pierre plus blanche que le kaolin, Mpakasa adressa une invitation à sa er Majesté Lolendo 1 qui, quelques années auparavant, s'était autoproclamé Empereur d'un pays à peine viable. Mpakasa vouait un respect frisant l'adoration aux monarques, car ils n'ont pas besoin d'urnes pour caresser le pouvoir dans le sens du poil.
Les manifestations prévues pour commémorer cet événement cocasse s'étalaient sur trois jours. Trois jours chômés et payés ! Même les pays développés ne s'offrent pas de telles vacances !
Le premier jour était réservé à l'imposant défilé des soldats de Buanga, prédateurs impénitents, totalement acquis à la cause du Maréchal Mpakasa.
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Un match de football eut lieu le deuxième jour. Il opposa les « buffles » de Buanga aux « crocodiles » d'un pays voisin. Le sport était une sorte d'évasion, pour les sujets de Mpakasa. Ne leur permettait-il pas d’oublier provisoirement les affres de la dictature ? Le même jour, Monsieur Mpakasa, demanda à tous les brasseurs du pays de distribuer à foison, aux frais de l'Etat, leur breuvage blond à la population. Une bonne cuite ne peut-elle pas contribuer à l'abêtissement de la masse ?
Le troisième jour ne se dépouilla pas d'excentricité : dans la matinée, le Président Mpakasa et son distingué hôte assistèrent à une représentation théâtrale. La pièce jouée par le Théâtre National de Buanga était l'œuvre du Responsable de l'Animation et Propagande du « parti politique » dont Monsieur Mpakasa était le Président-Fondateur. La pièce retraçait l'histoire d'un adolescent appelé... René Mpakasa. Ce dernier avait notamment sauvé des crocs acérés des caïmans une femme qui s'était avisée de puiser de l'eau dans un marigot infesté de ces redoutables sauriens.
Dans la soirée, Mpakasa donna un banquet en l'honneur de son invité. Toutes les notabilités de Buanga y assistaient. Un événement à la fois fortuit et intempestif intervint au moment où le Président Mpakasa prononçait le discours dans lequel le mot « démocratie » revenait comme un leitmotiv : toutes les lumières s'éteignirent. La ville tout entière fut plongée dans le noir. Craignant quelque attentat, les gardes du corps plaquèrent leurs protégés sur le plancher. Les anges gardiens les plus zélés dégainèrent prestement en guettant tout bruit suspect. Fâcheuse coupure d'électricité ! Avait-elle été déclenchée par une main vicieuse ? Etait-elle imputable aux aléas de la technique ? Pourquoi la puissante génératrice de la Présidence ne palliait-elle pas ce désagrément ? Mpakasa conclut qu'un commando impudent voulait attenter à ce qu'il avait de plus précieux : le pouvoir. D'une voix éteinte, il demanda à son garde du corps le plus rapproché de tirer quelques coups de pistolet en l'air, puis de descendre quiconque oserait manifester une velléité d'attaque. Le soldat s'exécuta. Personne ne bougea. Dans les ténèbres de l'immense salle de banquet attenant au
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bureau du Président Mpakasa, le silence devenait long, angoissant. Tels des reptiles apeurés, les convives quittèrent la salle en rampant fébrilement. Triste fin d'une soirée qui s'annonçait éblouissante !
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André Makwala, Président-Délégué Général de la Compagnie d'Electricité de Buanga fut convoqué par le Président de la République. Ce mandement n'était pas étranger à la coupure d'électricité de la veille. Le chef de l'Etat considérait cet incident comme un outrage envers l'Empereur, une trahison, un sabotage, un affront, une insulte. Bref, un crime de lèse-majesté. En effet, le fait de pousser un monarque à ramper comme un vulgaire lézard, à heurter violemment sa noble tête contre un bac à fleurs, constitue un délit.
er Lolendo 1 n'était pas sorti indemne de ce drame : l'une de ses arcades sourcilières était ouverte. Il ruminait son désappointement, en dépit d'excuses psalmodiées par le Président. Celui-ci avait une mine contrite et craignait de perdre un ami dont le postérieur adhère au trône. Inconditionnellement.
En s'introduisant dans le vaste bureau du Président Mpakasa, André Makwala comprit qu'il avait affaire à un lion blessé. Les yeux du fauve crachaient le feu ; sa gueule béante découvrait des crocs tranchants ; ses rugissements offensaient les délicats tympans de l'infortuné. De ces cris effroyables, Makwala ne retint qu'une chose : son éviction. Il préférait l'échafaud à l'éviction. Qu'allait-il devenir ? Il avait délibérément confondu la caisse de la société avec sa propre tirelire. Comme il avait un goût immodéré pour le luxe, il achetait à un rythme époustouflant villas, yachts, voitures, meubles prestigieux, bijoux. Il s'amusait aussi à réaliser les phantasmes les plus burlesques : chaque week-end, il allait voir des films pornographiques en Europe ; il organisait des orgies,
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