Le clandestin du Mato Grosso
132 pages
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Description

L'auteur raconte, avec humour et sensibilité, les tribulations d'un trader ego-excentrique dans l'asile glacial de la cupidité et de la jalousie, le destin d'un gros industriel aux activités souterraines, propriétaire d'une immense fazenda cernée par la jungle amazonienne. Cette fresque colorée retrace une passionnante chronique des dessous du jeu financier, de l'ampleur des pratiques douteuses, des tractations occultes.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2009
Nombre de lectures 29
EAN13 9782336277509
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0073€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le clandestin du Mato Grosso
Les dessous de la crise financière

Max Moreau
© L’Harmattan, 2009
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296078383
EAN : 978Z296078383
Du même auteur
Le management pratique de l’entreprise, Editions Economica.
Prix du meilleur ouvrage économique. FFF 79
La maîtrise de l’énergie,
Editions Economica.
L’économie de la Polyénergie,
Editions Economica.
Prix Sadi-Carnot, prix de l’Energie.
Energie : Guide Pratique en cent questions,
Editions Economica.
L’Embauchoir. Cent vingt réponses au plein emploi,
Editions L’Harmattan.
La mousse bleue,
Roman, Editions Le Luy de France.
Télescopages,
Essai, Editions Atlantica.
Une brassée de roses-thé,
Roman, Editions Atlantica.
L’audace écarlate,
Roman, Editions du Compas.
Le révolté de Blagnac,
Roman. Editions Atlantica
Sixième B,
Roman. Editions Atlantica
Les choux de Bruxelles,
Roman. Editions Atlantica.
Chroniques
La Gestion prévisionnelle de l’entreprise. C.J.P.
La Productivité du bâtiment. Batibat. F.N.B.
Un Manager efficace pour une entreprise performante.
La Maîtrise du Temps, source de performance.
La Formation des responsables maintenance dans l’Hôtellerie.
Le Marketing des Economies d’énergie.
Incendies : l’Expert judiciaire ; spécialiste ou généraliste ? Experts.
Internent : moteur ou frein au Management performant ?
Les enjeux économiques français à l’aube du millénaire.
Académie de Béarn.
Réceptions de Thierry Moulonguet et Jean Poulit.
Académie de Béarn.
Nouvelles
Gazon pervers. Golf européen.
Mirages. Escales d’auteurs. ACCOR.
Avertissement au lecteur
En dehors de personnages publics de pure convention, il est possible que des personnes actuellement vivantes soient confondues, à tort, avec des héros du récit.
Ces ressemblances sont hasard ou coïncidences et ne sauraient en aucun cas engager la responsabilité de l’auteur qui a voulu faire oeuvre d’imagination...
Sommaire
Page de titre Page de Copyright Du même auteur Avertissement au lecteur Personnages du Roman 1. Prologue 2. Henrique le magnétique 3. Escapade catalane 4. Krach 5. Mafia Blues 6. F.B.I. Portés disparus 7. Rédemption
Personnages du Roman
Virginie BARLO. Maîtresse de Ghislain de Grafenried.
Angelina BARRIGUINHA. Institutrice à Piorini.
Brenda . Maîtresse de Rudy Zweig.
Jean-Philippe CABROL . Lobbyiste furtif.
Nino CASONI . Mafioso.
Luis ETCHEVERRIA. Directeur de Banque à Mexico.
Ghislain DE GRAFENRIED. Président de l’U.B.H.
Diamentina . Cuisinière de Henrique Souza.
Fiona. Maîtresse de Calixte Lacoste.
Hans-Peter HAUSTEIN . Chercheur du trésor nazi.
Peter KRUTZ . Chef de Salle des Marchés à l’U.B.H.
Frida KUCH . Gestionnaire de comptes en déshérence.
Raphaël KULLMANN . Policier zurichois.
Judith LABAT . Epouse de Patrice Labat.
Patrice LABAT . Meilleur ami de Jean-Philippe Cabrol.
Calixte LACOSTE . Ami de Jean-Philippe Cabrol.
Peter LAWSON . Pyromane.
Maria . Gouvernante de Henrique Souza.
Jeanne & Robert MARTIN . Résistants français.
Georges Walter MITCHELL . Agent Principal du FBI.
Robert MUELLER . Directeur du FBI.
Hans OPPACHER. Gestionnaire de comptes nazis.
Sarah PITOWSKAIA. Témoin d’un incendie volontaire.
Karla REISINGER Maîtresse de Jean-Philippe Cabrol.
Mariano RINO . Complice de Nino Casoni.
Danièle ROBERTI . Epouse de Gilles Roberti.
Gilles ROBERTI . Bâtonnier au Barreau de TOULOUSE.
Jacques SHAMBRER. Figure de la Résistance française.
Henrique SOUZA. Fazendeiro.
Piero TARDINI . Directeur du casino « Dunes ».
Don TIMORA . Chef de la mafia newyorkaise.
Dick WAWRINKA . Stagiaire hacker à l’U.B.H.
Hans ZUBER . Pilote privé de Henrique Souza.
Rudy ZWEIG. Trader à l’Union des Banques Helvètes.
Avec amour à Chris,
A Catherine, Corinne, Valérie, Philippe, Arnaud et Pascal.
A Louisa, Maeve et Olivier.
A Sophie, Charlotte, Elena, Dimitri, Alexis, Caspar et Baptiste.
A Marie, Jérôme, François, Jean-Paul, Jean-Michel, pour leur aide précieuse,
A mon Editeur qui m’a fait confiance.
1. Prologue

Plan the trade and trade the plan. Planifie ce que tu vas faire et fais ce que tu as planifié .
ZURICH, Salle des Marchés de l’U.B.H., mardi 2 Septembre 6.10 heures.
RUDY ZWEIG ALLUME SON ORDINATEUR APPLE, introduit son mot de passe et pointe son index sur la prise d’empreinte biométrique. La procédure à observer pour s’identifier et débloquer le code d’accès. Les huit écrans noirs de dix-neuf pouces qui séquestrent son bureau s’illuminent de flots fluorescents, opale et azur. Un défilé d’annonces lumineuses écarlates empourpre le panneau d’actualités et embrase ses convoitises. Guichetier de la bourse, geôlier de la globalisation, bretteur de la spéculation, claustré dans un mutisme austère, Rudy est à l’affût.
Sa table-bureau éveille les démons d’un mini-salon de bureautique. Outre les terminaux des agences Telerate , Bloomberg et Reuter qui diffusent les news , une station SUN avec quatre fenêtres ouvertes sur la Suisse, les Etats-Unis, l’Allemagne et la France, centralise les cours de bourses. Des graphiques d’indices jaune paille et des contrats future à terme à trente jours rose-thé, dispensent une visualisation globale des écarts profitables entre deux cours. Ils permettent la simulation explicite tendancielle et autorisent une intervention instantanée si nécessaire.
Quatre consoles dédiées à chacun des pays reliées à leurs claviers, blanc cerclé carmin, cobalt, émeraude ou sable, dupliquent les fluctuations des indices boursiers, éperonnent la transmission d’ordres collectifs. Un central téléphonique curviligne, chevillé de quatre combinés et d’un téléphone rouge, encercle deux portables Mac et un étui à cigares. Fourreau qui sert à camoufler le cellulaire personnel de Rudy, dont l’utilisation est proscrite. Sur un tapis velouté de mousse grise glissent deux souris connectées à un ordinateur central.
Epicentre des convulsions boursières, vestibule des ébranlements des cours, c’est l’antre obscur de la spéculation. Un terme qui offre toujours à la pensée une connotation malsaine, voire mafeuse. L’initié n’est-il pas doublé d’une canaille, l’agioteur d’une fripouille, le banquier d’un escroc ? Et tous ces boursicoteurs ne tâtonnent-ils pas dans les ténèbres maléfiques de la tricherie ? Oratoire où le trader dit sa messe, singulière loge de communication dressée contre la sociabilité spontanée. La rudesse des décisions et la brusquerie des répliques échappent aux règles élémentaires de civilité. Dans ce curieux box de traders le discours et la gestuelle convaincants se délitent en ordres aveugles, en prescriptions mécaniques ou en répliques ordurières. C’est l’asile glacial de la cupidité, de la jalousie, au carrefour de l’informatique répartie, de la télématique imbriquée où l’on se méprend sur le sens de la convivialité.
Dans ce climat anxiogène, l’exubérance des marchés asphyxie le trader. L’angoisse tenaille sa gorge, oppresse son plexus, excite son esprit. Entre le bonus euphorisant des gains et le malus déprimant des pertes, l’on n’y rencontre ni son cœur, ni sa vérité morale, ni ses soucis quotidiens. Car le credo absolu intransgressable, le dogme coutumier immuable, impose une obligation impérative :

« FAIRE TOUJOURS PLUS DE PROFIT ».
Rudy n’a guère le temps de s’extasier devant la peinture abstraite aux éclats métalliques, masquée illico par une polyphonie nomographique. L’actualité économique et financière se congèle en interface d’opportunités. Il veille comme une sentinelle. Fiévreux, la rétine aux aguets, l’ouïe sensible et fine, il scrute les oscillations du marché japonais, sonde les fluctuations des cours asiatiques, constate l’apathie des bourses occidentales. Guetteur vigilant il épie si quelques signes illusoires ponctuent l’actualité et abusent les investisseurs : Indices alarmants de crise émanant d’un institut de sondage en quête de reconnaissance, recommandation infondée d’un gourou imbibé de stoïcisme ou de brandy, déclaration intempestive d’un ministre bafoué et persiflé avec férocité au G7, dénonciation d’un cartel de financiers par un repenti de la mafia avec récidive en option, assassinat d’un gauchiste malgache à Oulan Bator, dissolution d’un comité assurant la protection des marmottes sénatoriales, séisme force 7 aux Galàpagos, harcèlement de Talibans sur les sentes parfumées au pavot du Kandahàr, menace de dingue à Ziginchor, ou de grippe aviaire à Yokohama... En bref, tous les fantasmes évanescents, les hallucinations pitoyables de l’imagination, qui agrègent le patrimoine génétique de l’illogisme boursier. Futilités aptes à déstabiliser les marchés.
Rudy Zweig redouble d’attention, car dans la nuit son taux de testostérone a brusquement augmenté. Il a reçu un texto sur son cellulaire BlackBerry Pearl 8110.

Fed - 1/2, demain 03.09., 3.00h PM Wash. ZOLA***

Ce flash crypté, communiqué par le complice dissimulé à Washington, le prévient que la Federal Reserve Boyard, la Fed, va diminuer ses taux directeurs d’un demi-point à 15 heures le 3 Septembre (heure de Washington). ZOLA suivi de trois astérisques authentifie la signature de son correspondant.
Ce scoop sensationnel relève du délit d’initié. Infraction résultant de l’utilisation d’une information confidentielle sur le marché boursier mondial réglementé, et qui peut être sévèrement sanctionnée. Rudy devra donc utiliser cette initiative de la Fed à bon escient, avec précaution. Un court laps de temps dont il doit profiter pour anticiper le succès d’un retournement de tendance, le sursaut boursier prévisible, et devancer les investisseurs institutionnels avant l’annonce officielle, s’offre à lui. Un coup de poker précoce pour empocher d’énormes plus-values et rafler le jackpot. Encore lui faut-il en prévoir l’ampleur !
Il pressent que Ben Bemanke, le Président de la Fed, va frapper fort pour juguler la chute de la consommation outre-Atlantique, éviter la récession et enrayer la déconfiture des subprimes, le crédit hypothécaire américain. A huit jours d’intervalle, il va réitérer avec promptitude une baisse vigoureuse, propice à déconcerter la finance mondiale et soulager les hedge funds victimes des restrictions de crédit. Est-ce l’annonce d’une simple correction ou les prémisses d’un krach ?
A CINQ HEURES CE MATIN la sonnerie irritante du radioréveil fit sursauter Rudy et interrompit son cauchemar. La poursuite endiablée dans des catacombes sordides par un fantôme sur ses talons qui tentait de lui ravir un sac d’or juché sur ses épaules. Dans l’obscurité, l’esprit agité, il cherchait à savoir où il était, car tout tournait autour de lui. Rudy marqua une pause, inspira à pleins poumons, bondit du lit, se doucha, enfila son costume trois pièces de flanelle grise, avala un expresso et, flanqué d’un pilot-case de cuir fauve, quitta son domicile. Un loft zen joliment aménagé dans un immeuble cossu au bord du lac qui domine l’immense forêt de conifères aux portes de Zurich.
Après dix minutes de marche d’un pas rapide, il frôla les grilles de l’église Fraumünsder . Nyctalope, avec ses yeux de chat, il découvrit les reflets de la lune qui jouaient sur les vitraux de Marc Chagall et d’Augusto Giacometti. Puis il gagna l’artère commerciale de la Bahnhofstrasse au cœur de Zurich. A quelques encablures du point d’orgue de la perspective historique, ciselée par un esthète couturier en tissu urbain. Encadrée de bâtiments oblongs, la tour de l’Union des Banques Helvètes aux nuances éphémères de miroirs translucides hérisse ses mégatonnes de verre et d’acier. Démonstration symbolique d’opulence, de solvabilité et de confiance.
Dans l’immense hall d’entrée gainé de marbre gris micacé, cinq jolies hôtesses d’accueil, tailleur prune, foulard de Madras rose, formatées au standard bancaire, éclairent leurs sourires à l’approche de Rudy Zweig. Des cerbères en costume sombre et au regard sévère entourent les portillons électroniques. Nanti de son badge immatriculé « 0-0-411 », Rudy accède à l’ascenseur dédié à la Salle des Marchés du 17ème et au 18ème, l’étage noble de Direction du paradis hyalin. Il franchit deux sas de sécurité et débouche sur l’open space , baptisé « Omega One ».
Ce vaste bureau paysager, arboré de plantes vertes exotiques et de rameaux fleuris, où l’on perçoit les secrètes et continuelles chuchoteries, les émotions et les liaisons intimes, s’est désagrégé au fil des ans en un souk assourdissant. Une sorte de patchwork électronique qui laisse affleurer un entassement d’ordinateurs, de téléphones, de cellulaires, de terminaux, d’écrans, de calculatrices, et de coffres de rangement. Les rayons de la bibliothèque sont garnis de manuels : The Psychologie of Trading de John Willey & Sons, Traders, Entrez dans la Zone, The Market Wizards la bible des traders aux Etats-Unis, L ’Art du trading, les ouvrages de psychologie de Kiev, Douglas, Steenbarger, Where are the customers Yachts ? ou la collection des performances des meilleurs traders de la planète, compilée par le magazine Managed Accounts Reports.
La structure alvéolaire ouverte du plateau des purs-sangs de la finance s’est clivée en une texture cellulaire carcérale. Un rucher en effervescence, agité, inquiet, anxieux, angoissé, miné par son job, muré dans une grande mélancolie, constamment stressé, flippé par des révélations hallucinatoires. A cette heure matutinale la Salle des Marchés est à moitié vide. La majorité des opérateurs téléphone, certains discutent avec animation, d’autres sont enchaînés à leurs ordinateurs ou scotchés aux écrans. On perçoit la bruyance analeptique d’une armée en marche. Des bruissements sourds, des gémissements alternatifs évoquant le ressac océanique, des grésillements numériques s’absorbent dans le bourdonnement de la fourmilière. Un open space qui frémit et excite la sensibilité des traders qui gesticulent. Des stimuli morcelés, discontinus, leur projettent une problématique dont on imagine les défis et les périls. Ce n’est pas encore l’heure de l’excitation, du brouhaha, du charivari assourdissant et des grands éclats.
L’immense confusion, la sombre anarchie, le désordre apparent masquent une partition méthodique des activités financières. Peter Krutz est le chef de Salle des Marchés. Quinquagénaire de petite taille, cynique, féroce et méprisant, il est aussi robuste et dépourvu d’humour qu’un hippopotame. Préoccupé par l’idée d’une mort subite, ravagé par seize années de luttes financières. Deux ou trois idées qui sont nécessaires, selon lui, pour résoudre tous les problèmes d’une salle de marchés, tournoient dans sa tête à vitesse supersonique. Sous sa férule despotique, six traders se débattent face aux pressions boursières. Une trentaine de personnes anime le Front Office , la salle des marchés des opérateurs qui prennent des positions, décident et concluent les transactions. Répartis sur 7 familles de produits dérivés courent les risques en cherchant fortune. Les Contract for Difference jouent sur les écarts de cours des actions, des devises, des matières premières et des indices internationaux. Les contrats Futures interviennent sur les mêmes produits mais qui sont des contrats à terme. Les Certificats Turbos se sécurisent par des barrières désactivantes et des niveaux de référence. Le Forex mise une prise de position 5 à 400 fois supérieure à la somme déposée sur un compte ouvert. Les Warrants parient une option négociable en Bourse émise par une Banque avec droit d’achat (call) et droit de vente (put). Les Clickoptions risquent une gamme de Turbos et de Warrants plus complète. Le SDR (Service de Règlement Différé) propose d’acheter à crédit et de vendre à découvert.
Des market-maker, ferrailleurs du marché sur options, frétillent sur les fourchettes de prix des spots, le marché au comptant des devises, des cash action, ou des obligations d’Etat. Plus loin des traders se tracassent sur des produits structurés, des scalpers jonglent avec des positions éphémères, des days traders tourmentés anticipent les fluctuations d’une séance, et des swing traders s’inquiètent des lourdes positions détenues pendant plusieurs jours. Des ingénieurs informaticiens arrivent en ordre dispersé dans leur laboratoire pour assurer la fiabilité des communications.
Dans l’interdépendance de leurs transactions et de leurs connivences, les traders, par solidarité de caste, s’épaulent, s’entraident, défendent leurs positions, sans renoncer à leur propre indépendance. Cette solidarité organique, conventionnelle, imposée par la préservation de leurs gains et de leurs privilèges, et qui se fonde en émulation, asservit leur indépendance, sans toutefois les exempter de conflits. Mégalomaniaques, envieux les uns des autres, le clan de la morgue dédaigneuse se fissure à chaque course à l’échalote. De la dérive sournoise de la trahison au délire psychiatrique de l’accablement extrême.
En sauvant les apparences de l’unité de façade. Badigeonnés d’une couche d’orgueil, suzerains, ils snobent les contrôleurs du Back Office leurs vassaux, et les affublent de tous les noms d’oiseaux qui cherchent la petite bête. Fébriles comme des psychopathes, ils marchandent la rationalité et la folie, hésitent entre le calcul et le jeu. Parfois ils hoquètent entre l’exil et l’asile. Car, à l’exception de celle de Rudy Zweig, les armoires à pharmacie de la plupart des traders, regorgent de Spasfon , de Marlox ou d’Aspegic , une quantité monstrueuse apte à secourir tout le Burkina Fasso. Elles abritent aussi des réserves cachées de stupéfiants : drogue, coke, crack ou héroïne.
Les traders s’habillent chic, à la dernière mode des meilleurs faiseurs de Savil Road. Costume trois pièces rayé anthracite, chemise bleu clair, cravate jersey marine compatible au micro-cravate des appareils téléphoniques et des logiciels de reconnaissance vocale. Leur grande élégance dissimule la grossière âpreté de leurs moeurs. Toujours prompts à l’insolence.

Les marchés suisses, français, européens, américains et asiatiques sont dispatchés par zones concentriques autour du chef de desk . Ils éclatent en noyaux de marché comptant, gré à gré, terme, prêt-emprunt, obligations, options listées, warrants - droit d’achat ou de vente à un prix donné sur une période déterminée -, options OTC, produits dérivés assurés contre le risque virtuel de défaut de paiement par de gigantesques hedge funds spéculatifs pour leur immense majorité, qui échappent à un contrôle spécifique. Des produits sophistiqués fruit de l’ingéniosité financière de brillants mathématiciens. Ou l’on gagne quand le marché perd. L’incohérence aléatoire de la sphère financière avec la sphère économique découvre une problématique hasardeuse.
Un périmètre opacifié par des structures financières labyrinthiques aux règles de gouvernance élastiques, catégorisées solides par certaines agences de notation, constituant un délit d’escroquerie pour d’autres. Les bureaux des basket trading qui arbitrent les marchés à terme contre des paniers d’actions, sont pour l’heure inoccupés. On remarque l’absence des sales, les commerciaux intercesseurs auprès des clients pour leurs transactions, des experts juridiques, des ingénieurs en Recherche & Développement, des ingénieurs financiers qui répondent à la problématique formulée par les clients, des secrétaires et des stagiaires du middle office qui n’embauchent qu’à neuf heures à l’ouverture des bourses européennes.
Séparés par une vaste baie vitrée infranchissable, « la ligne Maginot >s, les employés du back-office, le service qui fournit le soutien administratif et logistique aux opérations menées par le front-office , gèrent les transactions en aval, envoient les confirmations sur support papier, ordonnancent les règlements et contrôlent la régularité des opérations des traders.
Face à trois salles de réunions et à la salle du morning meeting , un couloir empanaché de fumée tourbillonnante bleuâtre, blanchoyante, aux reflets gris perle, équipé d’une machine à café, d’une fontaine d’eau glacée et d’un distributeur de sandwiches, est le foyer des rumeurs, des chimères et des frivolités. C’était la seule source d’humanité de cette forteresse télématique exsangue, où les hommes partagent leurs soucis, leurs tourments, leurs épreuves ou leurs joies. Des connivences et des amitiés y fructifient.
CITOYEN SUISSE, FILS D’UN AMBASSADEUR et d’une avocate d’affaires, Rudy Zweig est un grand trader dans la pure tradition du capitalisme helvète. Son parcours académique n’a rien d’original. Après de brillantes études à Tokyo, Pékin, Le Caire, Londres et Paris, destinées diplomatiques où son père présentait ses lettres de créances, après Polytechnique, il obtient un MBA de la prestigieuse Colombia University. Un master « Probabilités et finance » à Paris-VI, la meilleure formation du top des traders de la finance mondiale, notamment les quants - traders quantitatifs spécialistes des produits dérivés -, clôture son cursus universitaire.
Car c’est à Paris, au cours d’une visite au Palais Brongniart à l’invitation d’un ami lycéen fils d’agent de change, que les caprices du hasard et une envie immodérée de jeux boursiers vont orienter sa destinée et amorcer sa trajectoire. Sous le « Péristyle aux Quatre vents », le ballet fantomatique des commis, des coursiers, des grouillots, des agents de change, des fondés de pouvoirs, des respectables, des fanfarons, des esbroufeurs, des bluffeurs ou des aigrefins, barbotait dans un marécage de morgue, d’équivoques et de trahisons.
Ameutés autour de la corbeille magique, dans un charivari assourdissant, un tohu-bohu d’ordres et de transactions contradictoires qui avaient lieu à la criée, un tintamarre de dissonances de taux annoncés par les coteurs, les spéculateurs, tantôt un bras levé, paume en dedans agitant les doigts, tantôt le bras levé, paume vers l’extérieur, doigt tendu désignant l’opérateur avec lequel ils veulent conclure, se transformaient en un véritable rucher en effervescence. Les capitalistes haleinaient les effluves du marché et rêvaient de fortunes qui s’y bâtissaient ou s’y engloutissaient. Le rythme endiablé de ces bourdonnements, de ces provocations et de ces excitations verbales, embrasait la Bourse.
Une passion frénétique commençait à dévorer Rudy. Il parfait sa formation en jonglant avec les abstractions algébriques, les algorithmes, au Polytechnicum de Zurich. Rendu célèbre par un de ses anciens élèves, le physicien allemand, Albert Einstein. Figure emblématique de la théorie de la relativité générale et de la gravitation, galvaudé par la formule E = mc2, ruminant sans cesse sur le dualisme onde-corpuscule, l’approche déterministe, la théorie quantique ou la recherche des invariants. Rudy y découvre l’utilité et la beauté, caractères essentiels de l’édifice mathématique qui côtoient l’art et s’en distinguent.
Cartésien, il affirme une logique rationnelle. Un raisonnement intuitif, déductif, inductif, guide ses spéculations mathématiques se rattachant aux idées fondamentales d’ordre et de grandeur. C’est là qu’il apprit à analyser le Marché suivant la théorie de Ralph Nelson Elliot. Une méthode complexe basée sur le concept que le marché se déplace par cinq vagues successives dessinant une tendance majeure. Il étudia aussi les suites de - 0,618 à 0,382 de la série Fibonacci pour projeter les oscillations antérieures qu’il appliqua lors de son stage chez Goldman Sachs.
Ensuite, il servit dans le corps d’élite des parachutistes des Grisons, où un entraînement intensif lui forgera un solide mental. Citoyen du monde, il parle couramment Français, Anglais, Arabe, Japonais, Chinois, et s’exprime sans bredouiller en Allemand et Espagnol.
LA TRENTAINE FREMISSANTE, la silhouette élégante, le corps bien charpenté, la taille cambrée, l’air conquérant et léger, Rudy Zweig déploie toutes les facettes de la séduction. Poil blond hérisse, taillé en brosse, faciès boucané, regard bleu Polynésie d’une surprenante mobilité, dents blanches éclatantes, il ressemble à s’y méprendre à Robert Redford dans un rôle de jeune premier à Hollywood. Un cœur ardent, une écorce rugueuse, une poigne d’enfer, une volonté inflexible, travestissent une impulsion généreuse. Son goût extrême de l’ordre, de l’organisation, doublé d’une intelligence vive, stimule son efficacité. Trader compétent, équilibré, libre de ses choix, maître de lui malgré un soupçon d’impatience masquée, capable de discipliner ses émotions à l’abri de l’agitation du marché. Son atout maître.
Un alliage ductile de charme et de pensée stratégique. Son sourire cache sa volonté de puissance. Infatigable, rigoureux, d’une curiosité extrême, son imagination vagabonde sur un clavier à plusieurs octaves.
Pour lui, la perfection de la recherche de l’information et la compréhension du mécanisme de l’économie globale, relèvent d’une ardente obligation. Il n’ignore pas la nature complexe de la mondialisation. Les sources, les causes, les dépendances, les effets de la macroéconomie révélés par des milliards d’équations. Un concept de globalisation de l’économie qui ne se maîtrise que par l’expérience. C’est en évaluant les entreprises, en y consacrant beaucoup de son temps, qu’il sera à même de déceler les meilleures opportunités. Il a saisi la relation entre le risque et la rentabilité, leur interconnexion, ainsi que la notion de volatilité, la propension des cours de Bourse à varier. Il sait aussi que les investisseurs ne sont pas rationnels, mais que sous la pression émotive, l’euphorie cède au pessimisme. Et que la diversification des placements servira à protéger de la méconnaissance et des insuffisances.

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