Le démon de midi

Le démon de midi

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176 pages
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Gravié et Formane sont mariés depuis 21 ans et ont 4 enfants magnifiques. Ils forment un couple parfait, envié de tous. Mais, derrière cette façade de rêve, se cache une toute autre réalité qui éclate aux yeux du monde lorsque le malheur frappe à la porte de la famille.

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Ajouté le 01 octobre 2018
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Langue Français
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LE DÉMON DE MIDI
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Jeanne Tessia
Le démon de midi
01 BP 1807 Abidjan 01 fratmat.editions@fratmat.info République de Côte d’Ivoire
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Dans la même collection
- Isaïe Biton Koulibaly,Et pourtant elle pleurait, roman, 2005, 304 p. re e e - Isaïe Biton Koulibaly,La bête noireédition,, roman, 1 et 3 , 2 2008, 2011 et 2014, 280 p. - Isaïe Biton Koulibaly,Le lit est tout le mariage, nouvelles, 2009, 144 p. - Mesmin Komoé,Reine de la rue princesse, nouvelles, 2010, 148 p. - Collectif,50 ans d’indépendance de la République de Côte d’Ivoire en 10 nouvelles, 2010, 184 p. - Collectif,50 ans d’indépendance de la République de Côte d’Ivoire en 14 nouvelles, 2011, 244 p. e - Camara Nangala,Le printemps de la libertéédition,, roman, 2 2011, 372 p. - Éric Bohème,Zone 4, roman, 2012, 422 p. re e - Hamitraoré,Le couteau brûlantédition, 2012 etet 2 , roman, 1 2014, 72 p. - Kajeem,Le petit garçon qui peinait à parler, nouvelles, 2012, 92 p. - Isaïe Biton Koulibaly,Le jour de demain, roman, 2013, 280 p. - Alain Tailly,John Ziguéhi, roman, 2015, 252 p.
© Frat Mat Éditions, Abidjan, 2016. ISBN : 978-2-84948-201-8 Tous droits réservés pour tous pays.
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Ini était en proie au doute : l’après-midi était bien avancé, et rien dans les préparatifs de la fête ne semblait aller comme elle le voulait. La fébrilité commençait à la gagner. Le pas nerveux, elle traînait le majordome d’une pièce à l’autre de la demeure. Le coiffeur, un célèbre artiste de la capitale, venait de se retirer avec son équipe. Ini était une cliente de longue date, il lui avait donc fait la faveur de la coiffer à domicile, dans un salon privé de l’imposante résidence. C’était un jour spécial pour elle, et il avait tenu à lui éviter le déplacement, les embouteillages et leur cortège de stress. Après cet intermède esthétique, Ini était de retour aux affaires… avec la désagréable impression que l’organisation avait stagné durant son absence et qu’il fallait réveiller tout ce beau monde qui semblait somnoler. Elle faisait la navette entre la cuisine, le salon, la réserve et les jardins, où devait avoir lieu la réception. Elle s’approchait d’un domestique, inspectait ce qu’il faisait ; en interpellait un autre au passage, vérifiait ce qu’il transportait ; donnait mille instructions qui, la plupart du temps, contredisaient celles qu’elle avait données plus tôt.
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Pourquoi tel buffet avait-il été installé là et non pas plus loin? s’étonnait-elle. Djaty, le majordome, gérait la situation avec la maîtrise et le tact qui le caractérisaient. Il se gardait de faire remarquer à la maîtresse de maison qu’il n’avait fait que respecter ses instructions. Il se tournait simplement vers ses subalternes pour ordonner que tout soit immédiatement corrigé. Au même moment, les fleurs destinées à la décoration furent livrées. Cinq palettes pleines de roses. Ini faillit piquer une crise en les voyant. — Non, ce n’est pas vrai ! Vous n’avez pas osé ? Du rouge carmin ! Attendez, c’est une plaisanterie ? Non ! mais dites-moi, vous l’avez fait exprès ? J’avais pourtant dit du rouge pourpre et non ce que je vois là ! Ouh la la ! ma tête va exploser… Les livreurs étaient interloqués. Ils ne comprenaient rien à tout cela. Rouge n’était-il pas rouge ? — Ne me dites pas que c’est pareil pour toutes les palettes ! s’inquiéta la maîtresse de maison. Ah non, là, vous faites vraiment fort ! s’indigna-t-elle, après avoir passé en revue les palettes de fleurs. Ce sont des noces d’opale qu’on célèbre ! Vingt-et-un ans de mariage ! Vous entendez, je dis bien vingt-et-un ans ! Un amour qui a atteint sa majorité ! Et vous, vous m’amenez ce rouge brûlant, tout juste bon pour une amourette de collégiens ! Ini trépignait de colère. Elle était au bord de l’hystérie. Elle se promettait d’appeler sur-le-champ le fleuriste et d’exiger qu’on mette la main sur l’auteur de ce « sabotage » ; elle criait qu’on allait l’entendre, jurait qu’il y aurait un procès ! Depuis la cuisine où elle confectionnait des pâtisseries, Okia ne perdait rien de la scène. L’agitation de sa mère lui évoquait l’hyperactivité d’une abeille butineuse à la belle saison. Ini se laissait déborder par la pression que la solennité de l’occasion engendrait. Okia ne put s’empêcher de sourire. On pouvait accuser l’adolescente de manquer d’empathie, mais c’était plus fort qu’elle : tout ceci l’amusait. Sa mère était une véritable perfectionniste : elle se plaisait à tout contrôler jusque dans les moindres détails. Ainsi avait-elle toujours été une proie facile
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pour le stress. Car, en pareilles occasions, les choses se passent rarement comme on le souhaite ! Okia retira son tablier et sa toque blanche. Il lui fallait intervenir pour calmer le jeu. — C’est inacceptable, une incompétence pareille ! continuait de hurler Ini. — Ça va aller, maman ! Personne ne remarquera, tu peux me croire… — Mais si, moi je le remarque ! Et c’est très important à mes yeux ! — Je t’assure que ça ne prête pas à conséquence… D’ailleurs, avec tous les embouteillages qu’il y a en ville en ce moment, les fleuristes pourraient difficilement revenir à temps. Sans oublier que des roses comme tu en veux, il faudrait encore qu’ils en aient en stock… — Ce n’est pas mon problème ! Ils n’avaient qu’à être plus professionnels ! En tout cas, il est hors de question que je me satisfasse d’un travail bâclé ! Qu’ils réparent ça sans tarder ! Okia secoua la tête. Elle connaissait sa mère : quand elle se trouvait dans cet état-là, personne ne pouvait la raisonner. — Allez, viens maman ! Je t’enlève ! décida l’adolescente. Et, sans prêter attention aux protestations de sa mère, elle lui prit le bras, pour l’entraîner d’autorité. — Mais maman, tu ne vois pas que tu retardes les préparatifs en étant la source de tension ? lui reprochait gentiment Okia, alors qu’elles s’acheminaient vers l’intérieur de la résidence. Avant de disparaître, Okia fit signe à Djaty de réceptionner les fleurs. Celui-ci, soulagé, la remercia d’un « Bien joué ! », le pouce dressé au-dessus du poing refermé. Les deux femmes parvinrent à la cuisine où deux domestiques, en livrée, s’affairaient derrière des fourneaux. Pour la décoration de cet espace utilitaire, la maîtresse de maison avait retenu des tonalités claires et sombres : du blanc et du gris acier notamment, qui créaient une atmosphère sobre et saine à la fois.
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Deux larges baies vitrées laissaient entrer en abondance la lumière chaude de l’après-midi. Le long des murs couraient des meubles de rangement, au milieu desquels s’incrustaient un frigo-armoire et un double four. Au centre de la pièce, un grand espace partiellement occupé par le plan de travail : deux paillasses à angle droit entourées d’escabeaux. Au-dessus, un meuble de rangement descendait du plafond, supportant l’éclairage. Okia rabattit la porte de la cuisine. — Bon, je te séquestre ici jusqu’à nouvel ordre. Assieds-toi là et, surtout, tiens-toi tranquille, maman ! Elle désigna un escabeau à sa mère. Remettant sa tenue de travail, la jeune fille ouvrit le frigo à double battant. Elle piocha quelques denrées dans le compartiment « Fruits et légumes », puis se dirigea vers un robot de cuisine. Elle en revint quelques instants plus tard avec un grand verre d’un cocktail de sa fabrication : jus de pommes et de carottes, avec un nuage de lait écrémé. Okia se saisit d’une paille qu’elle plongea dans le breuvage. — Ne te fais pas de mauvais sang, maman ! Tout sera prêt à temps. Eh oui, tu es toute belle ! Tu seras la reine de la fête ! La reine detafête ! Le compliment réussit à décrisper un peu Ini. Elle prit le verre de jus de fruits et savoura quelques gorgées, puis demanda : — Et tes frères ? Okia sourit. Décidément, sa mère était incorrigible. Toujours en quête d’un sujet d’inquiétude ! — Ils se préparent, ne te tracasse pas. Ils veulent être tout beaux pour papa et toi. Okia avait repris ses pâtisseries, là où elle les avait laissées. Elle travaillait avec des gestes posés, précis, réfléchis ; et il y avait quelque chose d’apaisant à la regarder s’activer. Ini fit un effort sur elle-même pour vraiment lâcher prise. Elle posa le coude sur la paillasse et sa joue vint s’appuyer sur son poing fermé. Songeuse, elle réalisait le bonheur qu’elle avait d’avoir sa fille si disponible.
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Après Gadou, l’aîné de vingt ans, Okia était la seconde des quatre enfants du couple. Toutefois, rien dans son attitude n’était commun au comportement des cadets tels qu’on les imagine généralement : impatients, turbulents, témoignant de façon bruyante leur besoin de s’affirmer… Ini connaissait bien le sujet : elle était, elle-même, enfant cadet ! Non, si quelqu’un parmi sa progéniture correspondait à cette description-là, c’était bien Malé, sa seconde fille. L’adolescente de treize ans trahissait, en effet, un tempérament impulsif et une fâcheuse propension à s’approprier les affaires de ses aînés. Okia, elle, faisait preuve, depuis toute petite, d’un sens étonnant de la mesure et des responsabilités. Cela frappait toujours Ini, et c’était très curieux comme état d’esprit : cette impression de se sentir tout petit devant le déploiement de personnalité d’une enfant qu’on a portée dans son sein. À dix-huit ans, Okia possédait une force intérieure que rien ne semblait pouvoir ébranler. Ce qui lui valait, de la part de sa mère, une estime et une admiration particulières, bien distinctes de l’affection préférentielle qu’Ini éprouvait, par exemple, pour Kouko, le benjamin de cinq ans. Okia tira soudain sa mère de ses réflexions. — J’y pense, maman ! comment papa et toi vous êtes-vous connus ? C’est drôle ! mais tu ne me l’as jamais raconté ! La question avait fusé, spontanée, teintée de reproche. L’adolescente venait tout juste de relever un « manquement grave ». Sa mère eut un sourire, un grand sourire nostalgique…
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Gravié avait été l’un des premiers passagers à embarquer à bord du long-courrier d’Air Afrique. À peine installé sur le siège que lui avait indiqué l’hôtesse, il sortait une pile de documents de sa mallette : des propositions commerciales et des bilans comptables à étudier. Il s’y employait avec tant de concentration qu’il ne perçut pas immédiatement une présence, tout près de lui, dans l’allée.
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