Le Dernier des Kalinagos de Jonnacaira

Le Dernier des Kalinagos de Jonnacaira

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Livres
222 pages

Description

On peut se demander si la littérature et le futur ont un langage commun et quel langage, mais s'agissant de la mémoire ou du passé, la même question semble admissible quand il faut oublier, coûte que coûte, et que tout a été fait par l'histoire, pour que peu de traces subsistent aux exactions commises par une civilisation fondée sur le christianisme. Une civilisation qui a pris la parole d'un dieu de paix et de fraternité comme symbole de l'expansion coloniale. Aujourd'hui, de nombreux peuples se cherchent parce qu'ils ignorent presque tout de leur propre identité culturelle. Ce roman fouille au plus profond de la mémoire collective de la France et des Caraïbes, depuis le début de la colonisation de l'île de la Martinique, appelée Jonnacaira par les premiers habitants de ce bout du monde américain, les Kalinagos. Un roman qui joue de la fiction pour raconter la fin d'un peuple fier et dominateur, très différent de ce qu'en disait le Père Labat et bien d'autres historiens au service d'une idéologie dominatrice, quasi-exterminatrice. Il faut bien dire ce qui a été, les Amérindiens de Madinina ont subi un quasi-génocide par le fait militaire français, il y a déjà plus de trois siècles, avant que l'esclavage ne s'implante définitivement. Des femmes et des hommes ont vécu cette tragédie que le roman retrace avec des accents qui facilitent la fiction littéraire. Une démarche presque sociologique introduit le lecteur dans la vie quotidienne, il y a trois siècles. Des vérités historiques sont mises à l'épreuve de l'écriture littéraire, comme si leur contradiction devait servir la bonne cause d'aujourd'hui.

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Informations

Publié par
Date de parution 18 avril 2013
Nombre de lectures 10
EAN13 9782342005462
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Daniel Othily LE DERNIER DES KALINAGOS DE JONNACAIRA  
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0118577.000.R.P.2013.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2013
 Les premiers occupants connus de Joannacaira étaient les Arawaks venus du Venezuela, entre 300 et 400 ans, avant notre ère. En 295 avant Jésus Christ, une éruption de la montagne Pelée provoque la fuite des Arawaks qui quittent lîle pour ny revenir que vers lan 400. Vers 1 200 de notre ère, une nouvelle civilisation amérindienne, provenant des côtes guyanaises, appa-raît dans les Antilles : les Kalinagos ou Kalinas surnommés « Caraïbes ou Karibs » par les Européens. Ces Amérindiens sont différents des Arawaks dont la civilisation reposait sur la culture du manioc. « En temps longtemps », il semblerait que les Arawaks descendaient de peuples amérindiens dominateurs qui auraient mis en servitude complète dautres peuples dont seraient issus les Kalinas. Des guerres fratricides auraient favo-risé un renversement de rôles, conduisant les Kalinas à fuir, coûte que coûte, les terrains daffrontement, à la recherche dune liberté éternelle et de paradis hospitaliers. Leurs pratiques rituelles singulières pousseront les marins venus dEurope, à les qualifier danthropophages et à les rendre responsables de la disparition du peuple des Arawaks, à la notable exception des femmes. Une certitude, les Kalinagos nont pas mangé tous les envahisseurs de leurs terres. Certaines personnes bien autori-sées, affirment que les Amérindiens savaient distinguer les viandes humaines comestibles de celles qui ne létaient pas. En les qualifiant de cannibales, les Chrétiens espagnols puis fran-çais, se donnaient le droit et le pouvoir, de les traiter comme ils le faisaient avec les sodomites, notamment de les mettre en
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esclavage, sous une forme atténuée, différente de celle dont les nègres seront victimes. De fait, la mise en esclavage des Amé-rindiens visait la procuration gratuite de main-duvre. En raison de labsence dhommes, lîle est alors appelée « Île aux femmes seules ou Matinino » En effet, les Amérindiens dorigine Arawaks appellent alors lîle « Janucaira ou Jonnacaira. Christophe Colomb la rebaptise du nom deMartinique en lhonneur de saint Martin, fêté le jour de son entrée dans la baie du Carbet. Cependant, redoutant les Kalinagos, assez tôt, les Espagnols ne sintéressèrent plus à la Martinique ou à dautres îles voisines et laissèrent la place aux Français et aux Anglais. Selon les écrits de recherche du père Jean-Baptiste Du tertre, il semblerait que les Arawaks aient été considérés par les kalina-gos comme « des ennemis héréditaires. » Par contre, ils réservèrent aux Européens, un statut très différent. Dailleurs, ils les appelaient aussi Caraïbs ou karibs parce quils faisaient la guerre, contrairement aux Arawaks des îles qui ne possédaient pas darmes. On peut légitimement se demander si les « Caraï-bes » de cette époque neurent pas une vie bien meilleure que celle des Taînos, peuple pacifique résidant notamment sur lîle de Haïti, réduit en esclavage par les conquistadors espagnols. En 1541, les Français nomment lîle de la Martinique « Matini-na » sur leurs cartes de navigation. À cette époque, les Kalinagos se déplaçaient dîle en île, sur des bateaux construits avec larbre tropical, le gommier, devenu célèbre pour la qualité de son bois et lappellation dembarcations portant son nom. Ils se lancent dans des expéditions guerrières pour semparer des femmes et dautres biens. À cette occasion, il nest pas rare quils se transforment en anthropophages. Les Espagnols les qualifieront de « Can ou canibas » qui veut dire chiens, doù lappellation « Cannibales ». Il est vrai que la préhistoire hispa-nique avait également connu lanthropophagie entre les Néandertaliens installés dans la péninsule depuis près de 30 000 années et les Cros magnons venus du reste de lEurope et que
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les historiens identifient comme les ancêtres des hommes mo-dernes. En moins de mille cinq cents ans, ces derniers auraient fait disparaître les populations néandertaliennes résistant jusquà lextrême. La majorité des écrits rédigés par les hommes déglise sur la découverte relative à lanthropophagie des kalinagos tra-duit quils étaient choqués à un tel point, quils gommeront pour la plupart les qualités hospitalières dun peuple sociable et accueillant. Une méprise majeure qui ternira définitivement limage des Kalinagos, dits « Les Caraïbes » Dans un tout autre domaine, les aventuriers venus de lautre-bord de lAtlantique ne comprendront pas le rapport de ces populations à la nature et aux biens matériels. Les hommes à la peau blanche, venus du froid, diront deux, « Quils sont paresseux à lextrême, quils ne pensent guère au lendemain et ne font aucune provision, quils ne sont que des sauvages, qui ne se soucient ni de lor, ni de largent, ni des pierres précieuses » Selon eux, il sagit « dun peuple qui fuit naturellement le travail » Nous savons au-jourdhui que ces peuples fondaient leurs rapports avec la Terre, mère de lhumanité, sur des échanges équitables entre ce quils étaient en droit de prendre et ce quils devaient apporter. Cons-cients de leur dépendance envers lenvironnement, ils effectuaient les seuls prélèvements nécessaires à leur vie. Le souci écologique de lavenir guidait leur comportement jusque dans le respect des générations futures. Ils se sentaient respon-sables de leurs descendants jusquà la septième génération. Une réalité historique non contredite, les Kalinagos permettront aux navigateurs aventuriers dEurope dapprivoiser des espaces dé-paysant. Pour tout remerciement, ils seront chassés de leurs propres terres quils occupaient depuis plusieurs dizaines de siècles. Et cela, à une époque où la majorité des peuples euro-péens reconnaissent implicitement le droit régalien de la terre " au premier occupant ". Le nommé Du Parquet semparera de plusieurs îles dont Sainte Lucie et Grenade, en affirmant quelles revenaient au premier occupant. Il prendra le soin
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dacheter aux sauvages certaines terres occupées par les Caraï-bes en les payant avec la toile. Certes, Locke, Rousseau et autres doctrinaires du droit civil viendront élaborer des argumentaires spécifiques justifiant le nouveau sens juridique à donner à la propriété. Rousseau se fera le défenseur des « Sauvages » dont se moquera allègrement Voltaire. Pour justifier juridiquement le pillage des terres lointaines, les Européens écriront : quune contrée inconnue deux mais pas inoccupée, peut devenir une terre appropriable, parce quelle est seulement occupée par des « sauvages » qui ne peuvent pas se reconnaître possesseurs légi-times à jamais de forêts vierges. La raison tient à ce quils ne sont pas conscients dêtre libres et neffectuent aucun vrai tra-vail. Seuls le travail et la liberté conditionnent la non-usurpation et déterminent lacquisition du titre de propriétaire. Pourtant, à la lecture des écrits du Père Labat qui datent de 1694, nous sa-vons que les Caraïbes se traitaient selon le principe dégalité totale, à lexception des femmes, et que pour eux, la liberté était un droit ou un principe vital fondamental, sans que cela ne leur interdise de posséder des esclaves de guerre. Dès le XVIesiècle, pour les Européens, lusurpation deviendra un fait souverain créateur dun nouveau droit de propriété foncière. À cette épo-que, les Kalinagos navaient pas besoin du consentement du « Genre humain » pour occuper depuis des siècles les îles de la mer Caraïbe. Ils jouissaient dune possession acquisitive conti-nue. Linstauration dun État, a posteriori, aura pour objet, la légalisation après coup, dun droit doccupation par la force, cest-à-dire une souveraineté créée par le fait. Joannacaira tombe finalement aux mains des Français. Ils sinstallent comme lont fait les Espagnols dans dautres îles ou sur le continent américain. Quils soient navigateurs, évangélisateurs, gens darmes, ils restent dabord des aventuriers qui ont besoin despaces nouveaux et qui cherchent à sapproprier des riches-ses dautres contrées et dautres peuples. Ils veulent agrandir le royaume de France. Lexpansionnisme européen commence
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