Le doux parfum des jacarandas

Le doux parfum des jacarandas

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Description

Tout semble réussir à Nina O’Reilly, professeure de littérature respectée dans sa ville de Rochester en Angleterre. Véritable phénomène des réseaux sociaux, elle tient un blog littéraire suivi par des milliers d’abonnés. À l’aube de ses trente ans, elle s’apprête à devenir une femme comblée en épousant James, son fiancé de longue date. Mais le scénario idyllique de sa vie dérape lorsque James la quitte le jour même de leur mariage.
Abattue, Nina plaque tout et s’installe chez sa sœur à l’autre bout du monde dans l’espoir de redonner un sens à sa vie. À Brisbane en Australie, elle tente de se réinventer au cœur de la vie familiale mouvementée des Astley. Déterminée, elle se donne deux objectifs : refaire confiance aux hommes et rédiger un roman.
Son destin bascule en rencontrant un vieux peintre grincheux dans le parc du quartier huppé de New Farm. Intriguée par les aquarelles représentant uniquement des arbres jacarandas en fleurs, elle se lie d’amitié avec Walter Pearson qui lui raconte un pan incroyable de son passé, une intrigue sur fond d’amours impossibles dans l’Australie des années 50 alors rythmée par le son légendaire du rock’n’roll.
En plus de trouver l’inspiration pour son premier roman, Nina croise le chemin de Matthew, avocat d’affaires et héritier d’un puissant empire hôtelier. Mais elle ne réalise pas encore que ses relations avec Walter et Matthew vont contribuer à faire éclater au grand jour un secret de famille dissimulé depuis plus d’un demi-siècle.

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Date de parution 06 novembre 2017
Nombre de lectures 2
EAN13 9791026213581
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Caroline Dumontet Le doux parfum des jacarandas
© Caroline Dumontet, 2017
ISBN numérique : 979-10-262-1358-1
Courriel : contact@librinova.com Internet :www.librinova.com
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Brisbane, Australie
Octobre 1956
Prologue
En ce samedi après-midi pluvieux, l’American Milk B ar fourmillait de monde ; une multitude d’adolescents trépignant autour du compto ir derrière lequel s’affairait une jeune fille aux joues constellées de taches de rous seur. Son épaisse chevelure blonde avait été sanglée dans un bandeau dont les motifs s ’accordaient parfaitement avec ses petites puces d’oreilles en tissu rouge à pois blan cs. Le regard concentré, elle griffonnait sur son carnet les commandes des client s impatients de savourer une coupe de glace double saveur ou leur milkshake favori rec ouvert d’une montagne de crème chantilly saupoudrée de poudre de cannelle. Puis, u ne fois la commande prise, elle adressait un sourire furtif à son interlocuteur, gl issait machinalement son crayon à papier derrière l’oreille et se penchait vers sa mè re pour lui remettre le nom des desserts demandés. D’une quarantaine d’années, Mrs Lloyd était une petite femme potelée dont les formes généreuses dépassaient de s on grand tablier blanc à rayures vertes. De la sueur perlait sur son front où quelqu es mèches grisonnantes restaient collées. Le souffle court, elle tira le torchon qui reposait sur son épaule et s’essuya le visage avant de faire disparaître le tissu sous le comptoir avec le linge de table usagé.
— Heureusement que tu es là pour nous aider ma p’ti te Sandy, souffla-t-elle à sa fille qui lui adressa un sourire en coin tout en no tant une énième commande.
Toutes les tables étaient occupées par les jeunes d u quartier de Fortitude Valley et de ses environs ; les conversations bruyantes s’ entremêlant dans une joyeuse cacophonie. Des lunettes œil de chat plantés dans s es cheveux châtains, une adolescente fendit la foule d’un pas décidé en dire ction de l’alcôve située au fond de la salle. Un carré de soie vichy délicatement noué aut our du cou, Madeleine Wingham arborait un port de tête altier et une démarche ass urée sublimée par les mouvements de sa robe corolle rose poudré. Le claquement de se s talons sur le carrelage suranné se noyait dans le vacarme des discussions qui satur aient l’atmosphère. Elle ne prêta aucune attention aux quelques bribes de discussion qui parvenaient jusqu’à ses oreilles ornées de boucles d’oreilles clips. Lorsqu ’elle s’arrêta enfin devant l’imposant juke-box, Madeleine sursauta et laissa échapper un petit cri de surprise. Une main recouverte d’un gant résille blanc venait de lui ta poter l’épaule. — Maddy, fais-moi plaisir, choisis un titre qui swi ngue, demanda une petite voix aigüe. Un milkshake à la main, sa meilleure amie Betty ven ait de la rejoindre et se dandinait tout en sirotant sa mixture vanillée. Du coin de l’œil, elle avait repéré un spécimen masculin à son goût et tentait déjà d’atti rer son attention avec son regard de velours. — Je t’ai déjà dit à quel point j’aimais cet endroi t ? minauda-t-elle en saluant de sa main gantée le jeune homme habillé aux couleurs de l’équipe de cricket junior de la ville. — Seulement des centaines de fois, ironisa Madelein e en regardant par-dessus son épaule pour découvrir la qualité du gibier du j our. Alors même qu’aucune note ne s’échappait encore du juke-box, Betty se trémoussait déjà de manière lascive. Un sourire en coin, Madeleine lui lança un regard teinté de reproche.
— Tu es une indécrottable séductrice !
Elle pivota de nouveau la tête vers le juke-box et desserra le fermoir de son sac à main baguette, révélant une doublure de coton bleue marine solidement fixée à l’armature métallique brossée en laiton. Elle sorti t de la poche zippée quelques pièces qu’elle glissa dans le monnayeur. Un déclic. Puis l a machine se mit en branle, émergeant doucement de son long sommeil. — Mmm, celui-ci ! fit-elle en appuyant sur l’un des boutons. Un vinyle tomba sur le plateau, des lumières se mir ent à clignoter puis retentirent les premières notes deBlue Suede ShoesCarl Perkins. Les yeux fermés et un par sourire illuminant les traits fins de son visage, M adeleine rejoint Betty dans sa chorégraphie improvisée. Elles se déhanchèrent au r ythme de la chanson, leurs souliers vernis réchauffant le carrelage froid et c raquelé. Emportée par l’air festif, Madeleine tournoyait sur elle-même, oubliant le mon de qui existait alentour. Désormais adossée contre la colonne jouxtant le juke-box, Bet ty se laissait draguée par un certain Lawrence doté d’un humour ravageur et d’un physique de sportif.
La clochette de l’établissement ne cessait de tinte r au fil des allées et venues des clients. Mais personne ne la remarquait, noyée dans le flot bruyant des conversations et la musique qui poussait de nombreux adolescents à oser quelques pas de danse entre les tables et les chaises. Au milieu de cette tumultueuse ambiance, trois copains chichement vêtus tentèrent de se frayer un chemin j usqu’au comptoir. — C’est pourtant pas la fête nationale ! s’étonna N eil en glissant une cigarette derrière l’oreille. J’ai vraiment envie d’une glace . Vous venez ? Il fit signe à ses deux amis de le suivre. Quelques pas derrière lui, Barry interpella Walter d’un coup de coude.
— Regarde, dit Barry, l’index dirigé vers le fond d e la salle où Madeleine dansait encore comme si elle était la seule personne présen te dans la salle. Une expression mêlant béatitude et incertitude se p eignit sur le visage de Walter. — C’est elle, dit-il dans un souffle presque inaudi ble.
— Un jour, faudra que tu te décides à aller lui par ler, observa son ami, une pointe d’agacement teintant sa voix.
Walter fit une moue gênée tout en haussant les épau les d’un air résigné. Ce n’est pas comme si les occasions avaient manqué. Il crois ait la mystérieuse beauté brune aux yeux vert émeraude toutes les semaines (ou pres que) par un hasard parfaitement calculé. Parfois, il faisait même un détour spécial après le travail pour avoir une chance d’apercevoir la silhouette voluptueuse tantôt drapé e dans de jolies robes seyantes tantôt dans un uniforme scolaire austère. Peut-être pourrait-il un jour l’inviter à voir un film au Boondall Drive-in ? Un après-midi, il avait surpris une conversation entre elle et la serveuse. Ce fut ainsi qu’il apprit qu’elle s’ap pelait Madeleine et qu’elle avait dix-sept ans, comme lui. Et qu’elle fréquentait un établisse ment scolaire très sélect. Pas comme lui. Il n’avait toujours pas trouvé le courage de s urmonter un obstacle invisible ; cette petite voix décourageante lui rappelant sans cesse qu’un pauvre ouvrier sans instruction dans son genre n’avait aucune chance av ec une belle mondaine de la haute. Elle était destinée à une vie qui lui serait pour toujours inaccessible.
Tentant de chasser ces idées noires de son esprit t orturé, Walter secoua la tête, se frotta la nuque et emboîta le pas de Barry. Ce j our-là encore, il observerait de loin celle qui hantait ses pensées de jour comme de nuit ; cette belle inconnue qui avait trouvé le chemin de son cœur alors qu’elle ignorait tout de son existence.
Chapitre 1
Londres, Angleterre Avril 2016 La première journée du salon du livre battait son p lein. Au cœur de la foule dense, une jeune femme à la chevelure des blés déambulait dans les allées en ébullition du centre de congrès Olympia situé à l’ouest de Londre s. Les rayons du soleil printanier perçaient sans difficulté à travers l’immense verri ère, inondant de lumière les nombreux étals débordant de livres. Se délectant de l’ambian ce festive qui régnait tout autour d’elle, Nina O’Reilly était à l’affût des dernières nouveautés littéraires. Adepte assumée des histoires romantiques qui finissent bien, elle enchaînait la lecture des synopsis, en quête de romans qui la plongeraient dans un tourbil lon de sentiments mielleux tout en la faisant voyager vers des contrées lointaines. Pr évoyante, elle s’était armée de ballerines tapissées de semelles rembourrées qui lu i donnaient l’impression de fouler un sol de marshmallows. La jeune femme était prête à parcourir des kilomètres pour dénicher les nouveaux romans qui viendraient peuple r ses bibliothèques bondées.
Trottinant gaiement comme une fillette dans un maga sin de bonbons, elle ne savait plus où donner de la tête face à tant de cho ix alléchants ; son épaisse crinière bouclée suivant le rythme effrénée de ses mouvement s. Rayonnante, Nina dégageait une énergie communicative, décochant des sourires c ontagieux à tous ceux qui croisaient son doux regard noisette. À l’aube de se s trente ans, tout semblait réussir à cette jeune professeure de lettres qui figurait par mi les blogueuses littéraires les plus influentes sur les réseaux sociaux. Déterminée, ell e œuvrait depuis les premières heures d’ouverture à se présenter auprès d’une mult itude de responsables de maisons d’édition en vue de développer sa liste de contacts presse.
— Isabel Blanchard ? dit Nina. Oui, je la connais t rès bien. Nous nous sommes revues lors du déjeuner annuel des blogueurs organi sé la semaine dernière par les éditions Gilbert Press. — C’est un petit cercle où l’on se connaît bien, af firma une femme d’une cinquantaine d’années au regard suffisant. Ses cheveux blancs remontés en chignon et son nez a quilin soulignaient davantage son allure sévère et hautaine. Son badge indiquait qu’elle occupait le poste de directrice de collection au sein de la maison d’ édition BuzzBooks. Cette dernière venait de faire la une des journaux après avoir déc roché pour le marché britannique les droits de publication du plus gros best-seller amér icain de ces dix dernières années. Cela laissait Nina rêveuse. Ne serait-ce pas mervei lleux de voir son propre livre devenir l’objet de convoitise de tous les grands noms de l’ édition ? Mais la jeune femme devait bien reconnaître qu’il était fort peu probable que ses manuscrits suscitent un jour un tel engouement. Elle fourmillait d’idées et avait comme ncé l’écriture de romans qui étaient tous, sans exception, tombés aux oubliettes. Lorsqu ’elle ne préparait pas ses cours ou ne corrigeait pas des piles de copies, elle consacr ait son temps libre à la rédaction de ses critiques littéraires très suivies par des mill iers d’abonnés. Les livres envoyés gratuitement par les services presse des maisons d’ édition s’empilaient dans son bureau — autant de mondes fascinants dans lesquels elle adorait s’immerger. Toutefois, Nina savait en son for intérieur qu’un r oman digne de ce nom sommeillait en elle. Il lui fallait simplement trouver la petite é tincelle qui déclencherait le feu d’artifice. Vers 18 h 15, les haut-parleurs de la salle de cong rès annoncèrent la fermeture imminente du salon. Les bras chargées de précieuses trouvailles, Nina se rendit en
quelques minutes à la station de métro Kensington O lympia où elle emprunta la ligne District jusqu’à la gare Victoria. Alors qu’elle at tendait patiemment son train sur le quai n° 6, son téléphone se mit à vibrer dans sa poche.
Toujours OK pour le dîner de demain de soir ? xx Ca therine Elle s’empressa de répondre tandis que les phares d ’un train en approche vinrent aveugler des voyageurs impatients de rentrer chez e ux. Bien sûr ! Je dois absolument rencontrer le nouvel homme qui partage la vie de ma meilleure amie !! xxx Nina
En ce début de soirée, le train n’était pas bondé. Nina trouva sans peine un siège où elle lirait paisiblement durant toute l’heure de trajet qui la séparait de sa bien-aimée campagne du Kent. Au fond de la voiture, quelques a dolescentes gloussaient tout en écoutant le dernier tube d’une pop star en vogue. N e parvenant pas à faire abstraction de leur présence bruyante, la jeune femme préféra a bandonner sa lecture, son regard allant se perdre sur le paysage de la banlieue angl aise qui défilait par la fenêtre à mesure que le train filait à toute vitesse vers ses multiples arrêts, dont la gare de Rochester où elle descendit en compagnie d’une poig née de voyageurs. Pendant quelques brefs instants, ils apportèrent un peu de vie à une gare fantôme faiblement éclairée.
Sur le petit parking, elle reconnut immédiatement l a berline gris métallisé de James. Il démarra le moteur et alluma les phares, p iégeant Nina dans une lumière blanche éblouissante.
— Eh bien, je sais ce que ressent un lapin sauvage sur une route de rase campagne maintenant, dit-elle d’un air goguenard en s’installant sur le siège passager en cuir.
Elle déposa son butin sur la banquette arrière, pui s se pencha vers le siège du conducteur pour embrasser son fiancé. Des cernes se dessinaient sous ce délicieux regard chocolat qui avait su la faire fondre alors qu’elle n’était encore qu’adolescente.
— Bonsoir, mon amour, souffla-t-elle. Tu as pu te reposer cet après-midi ?
Il haussa les épaules en guise de réponse. James ét ait rentré la veille d’un voyage d’affaires en Australie. Directeur commercia l d’un grand groupe, il consacrait beaucoup de temps à rencontrer les équipes régional es de la multinationale partout dans le monde. Nina constata que le baiser de son f iancé manquait de conviction et d’affection. Elle tenta de faire fi de ce sentiment désagréable en incriminant le sempiternel décalage horaire.
— Tu as passé une bonne journée ? s’enquit James en s’engageant sur la route principale.
Nina opina de la tête avec enthousiasme, les yeux e ncore pétillant d’étoiles. Quelques minutes plus tard, la berline était garée à sa place habituelle, le long d’une rangée de maisons typiquement britanniques. Bordées de plantes méticuleusement entretenues, quelques marches menaient à l’imposant e porte en chêne. Le sol humide portait encore les traces d’une forte averse.
Dans le hall d’entrée, Nina posa son cabas sur la t able console en manguier massif et alluma la petite lampe en bois flotté don t la lumière tamisée offrait une ambiance feutrée aux vertus apaisantes. La main gli ssée dans le sac en toile, elle en retira un roman, piaffant d’impatience de discuter avec James de ce petit trésor déniché quelques heures plus tôt.
— Oh, je suis certaine que celui-ci sera un véritab le succès en librairie… Elle tourna vers lui une couverture bariolée, mais constata que James avait déjà le
dos tourné. L’excitation qui éclairait son visage s ’évanouit aussitôt, la déception se peignant maintenant sur ses traits. — J’ai acheté un plat de tacos et d’autres spéciali tés mexicaines pour le dîner. Ça te dit une série ce soir ?
Vexée que son fiancé ne montre que peu d’intérêt au x fruits de son expédition londonienne, Nina se rembrunit et rangea le livre d ans le sac souvenir arborant le logo du salon. — Un soir de semaine tout ce qu’il y a de plus norm al, murmura-t-elle. Dépitée, la lectrice désenchantée traîna des pieds jusque dans la cuisine.
Rochester, Comté de Kent
Chapitre2
Le réveil sonna à sept heures précises. Dissimulée s ous la couette, Nina chercha de la main le torse chaud de James. En vain. Elle r emarqua avec amertume que son fiancé avait déserté le lit conjugal dans la plus g rande discrétion. Reposant sa main gauche sur l’oreiller désormais froid, elle contemp la pendant quelques minutes son annulaire couronné d’un diamant marquise, méditant sur le parallèle entre son solitaire et sa solitude.
Trois ans plus tôt, elle se fiançait à James lors d ’un weekend romantique à Paris. Ils avaient flâné dans le jardin des Tuileries, vis ité la tour Eiffel et déambulé sur les champs Élysées avant de dîner sur un bateau-mouche sillonnant la Seine. Au clair de lune, ils avaient dansé quelques pas, le vent chaud de l’été caressant leur peau. Alors qu’ils longeaient le site de la cathédrale Notre-Da me, James s’était subitement agenouillé, arrachant des soupirs d’étonnement chez les passagers présents à bord du bateau. Nina se remémora avec émotion cet instant p récis. Il avait porté sur elle un regard d’adoration absolue. Ou était-ce une curieus e expression traduisant l’angoisse d’un éventuel rejet en public ? Cet homme charismat ique et accompli lui avait demandé sa main sous le regard attendri d’une poignée d’étr angers qui devinrent l’espace de quelques secondes des amis témoins d’une scène inti me inoubliable. Depuis lors, Nina n’avait cessé de clamer qu’il s’agissait du moment le plus heureux de sa vie.
Fidèle à elle-même, la jeune femme avait pris en ma in les préparatifs et commencé à planifier leur vie de couple marié. Offi ciellement ensemble depuis l’adolescence, ils se connaissaient depuis l’enfanc e. Au bout de tant d’années de vie commune, James acceptait enfin de passer à l’étape supérieure. Il lui avait régulièrement répété qu’il tenait à assoir sa carri ère avant de l’épouser. Le moment venu, tout s’était enchaîné très vite ; Nina plonge ant tête la première dans ce tourbillon de changements tant espérés. Ils avaient rapidement quitté leur appartement pour emménager dans une maison de ville quelques kilomèt res plus loin dans un secteur résidentiel huppé pour offrir un cadre de vie paisi ble à leurs futurs enfants. Maintenant que James était prêt à s’engager, Nina n’avait plus de raisons de passer sous silence ses envies de maternité, dressant de longues listes de prénoms et proposant des palettes de couleurs pour la future nursery.
Un flash traversa l’esprit de la jeune femme ; le s ouvenir de la réaction pantoise de James lorsqu’elle lui expliqua qu’il ne fallait pas attendre de tomber enceinte pour réserver une place en crèche, leur nombre étant trè s rare. Il en avait recraché sa cuisse de poulet ! « C’est une plaisanterie ?! », lui avai t-il rétorqué, incrédule. Elle s’était peut-être laissé emporter par l’excitation ce jour-là.
Au fil des semaines, Nina constata que son conjoint ne partageait pas son enthousiasme. Chaque fois qu’elle pensait avoir fix é une date pour le mariage, James finissait par lui annoncer un empêchement quelconqu e. L’étonnement céda sa place à la frustration puis au ressentiment. Plus James rep oussait la date du mariage, plus Nina se montrait pressante et planifiait dans les m oindres détails leur vie sur les prochaines décennies, un décalage qui aboutit inexo rablement à des disputes de plus en plus fréquentes dans le couple.
Finalement, une année de thérapie de couple leur av ait permis de se rapprocher au point de convenir d’une date définitive. Ce sera it un mariage en juillet, en plein cœur de l’été, une saison favorable à l’amour. Nina pens ait que son couple avait traversé avec succès cette tempête et que le meilleur restai t à venir. Elle avait accepté
d’engager unwedding-plannerementalléger le poids que l’organisation de l’évén  pour faisait peser sur leur quotidien. Suivant les conse ils de la psychologue, la future mariée avait également cessé de souligner son désir ardent de fonder une famille. « Ne forcez pas les choses », lui avait-elle suggéré. Au cours de ces douze derniers mois, leur couple en était ressorti plus uni que jamais, de l’ avis de Nina à tout le moins.
Ses yeux toujours rivés sur le solitaire, la jeune femme se demanda s’il était toujours aussi difficile de construire un quotidien à deux. James avait été sa seule et véritable relation durable. Elle ne possédait pas d e point de comparaison. Heureusement, elle songea au dîner prévu le soir-mê me chez Catherine. Forte d’un tableau de chasse à faire pâlir les plus grands cas anovas, sa meilleure amie trouvait toujours les mots justes pour la réconforter.
Assise à son bureau, Nina alluma son ordinateur, po sant à côté de son clavier une tasse fumante qui dégageait une délicieuse odeur de café moka. Elle consacra une grande partie de la matinée à revoir ses plans de c ours et à noter les dernières dissertations de ses élèves. Une fois libérée de ce s tâches, elle s’accorda un moment de détente en filmant une vidéo pour sa chaîne YouT ube qui était suivie par de nombreux accrocs à la lecture. Elle évoqua sa visit e au salon du livre et présenta son coup de cœur littéraire du mois, une romance inspir ée de l’univers de Bridget Jones. Seule face à sa caméra, elle s’apprêtait à achever son monologue lorsque la sonnerie de Skype se mit à retentir, ruinant ainsi la prise. Toutefois, le nom s’affichant à l’écran lui redonna immédiatement le sourire.
G’dayma sœur ! Nina adorait saluer sa sœur à l’australienne. Elle avait l’impression que cela les rapprochait malgré la distance. — Je ne te dérange pas, j’espère. Comment vas-tu ?
— Je pensais justement t’appeler dans la journée po ur discuter de ton arrivée. Le mariage est dans trois mois. T’as enfin acheté tes billets d’avion ? — Rassure-toi, je ne vais pas manquer le mariage de ma petite sœur… Je reviens de l’agence et j’ai mon billet ! Regarde ! La jolie rousse agitait le précieux sésame à l’écra n.
— Tu auras donc bel et bien un témoin à ton mariage ! — « Mon » billet ? répéta Nina. Qu’en est-il de Sam et des enfants ? L’expression de joie qui illuminait le visage d’Amy s’évanouit aussitôt. Elle se rembrunit et, tout en affichant un air contrit, ajo uta :
— Malheureusement, Sam restera ici à Brisbane avec les enfants. Il ne pourra pas s’absenter de son travail. Ils sont toujours en sou s-effectif à l’hôpital. Ses parents, Nancy et George, viendront de Melbourne pour l’aide r à s’occuper des enfants qui, avouons-le, étaient un peu déçus de ne pas pouvoir faire l’école buissonnière !
— C’est dommage… J’aurais voulu qu’ils soient tous là. Mais c’est vrai que l’année scolaire est différente de ton côté de la p lanète. Ils commencent leur troisième trimestre en juillet, pas vrai ?
La longue chevelure rousse d’Amy virevolta tandis q u’elle acquiesçait de la tête. — J’avoue avoir toujours du mal à me faire à l’idée que l’année scolaire démarre en janvier là-bas ! Nina aurait souhaité se marier entourée de toute sa famille, mais elle saurait se contenter d’une réunion familiale partielle, sachan t qu’elle avait déjà eu du mal à s’accorder avec James sur une date. « Les concessio ns et les compromis sont les