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Le Frère de la Côte

De
240 pages

Ce superbe roman est le dernier éclat d'un phare de la littérature, le dernier ouvrage publié du vivant de Joseph Conrad. Amour, guerre, espionnage mêlent leurs trames et brisent des destins. Par exception dans l'oeuvre de Conrad, l'action se passe sur les côtes de France


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Contenu
1.Chapitre 1 2. Chapitre 2 3. Chapitre 3 4. Chapitre 4 5. Chapitre 5 6. Chapitre 6 7. Chapitre 7 8. Chapitre 8 9. Chapitre 9 10. Chapitre 10 11. Chapitre 11 12. Chapitre 12 13. Chapitre 13 14. Chapitre 14 15. Chapitre 15 16. Chapitre 16 17. table des termes de marine utilises dans l 18. PubWeb
FRANCE
2, rue des 4 Moulins
27400 LOUVIERS
Editions l’Ancre de Marine
Le Frère de la Côte
www.ancre-de-marine.com
Traduit par G. Jean-Aubry
pour la présente édition.
ISBN : 9782841412648
© Franck Martin — 2 012 — Louviers — France
Tous droits réservés.
Joseph CONRAD
Chapitre 1
Entré à la pointe du jour dans l’avant-port de Toulon, après avoir échangé de bruyants saluts avec un des canots de ronde de l’escadre qui lui montra où prendre son mouillage, le maître canonnier Peyrol jeta l’ancre du bâtiment fourbu et délabré dont il avait la charge, entre l’arsenal et la ville en vue du quai principal. Au cours d’une vie que tout le monde eût trouvée remplie de merveilleuses aventures, mais dont il n’avait jamais pris la peine de s’étonner, il était devenu si peu démonstratif qu’il ne poussa pas même un soupir de soulagement en filant son câble. Cela marquait pourtant le terme de six mois passés à courir la mer avec une cargaison de prix sur une coque passablement endommagée, à ne vivre la plupart du temps que de rations fort chiches, toujours exposé à voir surgir quelque navire de guerre anglais, à une ou deux reprises sur le point de faire naufrage et plus d’une fois à deux doigts de se faire capturer. Mais à vrai dire, le vieux Peyrol avait été prêt, dès le premier jour, à faire sauter son précieux bâtiment, et cela sans la moindre émotion, car tel était son caractère formé sous le soleil des mers de l’Inde au cours de combats plus ou moins légitimes, où l’on se disputait un butin dissipé aussitôt qu’obtenu, au prix d’une vie presque aussi précaire et remplie d’avatars et qui n’avait pas duré moins de cinquante-huit ans.
Tandis que son équipage d’épouvantails affamés, racornis et avides, comme autant de loups, d’aller goûter les délices du rivage, s’empressait dans la mâture à serrer des voiles presqu’aussi minces et aussi rapiécées que les chemises sales qu’ils avaient sur le dos, Peyrol examinait attentivement le quai. Des groupes s’y étaient formés à la vue du nouvel arrivant, et Peyrol, remarquant parmi eux bon nombre d’hommes à bonnets rouges, se dit : « Les voici donc ! » Parmi les équipages qui avaient porté le drapeau tricolore dans les mers de l’Orient, il y en avait des centaines qui professaient les principes des sans-culottes : « Des vantards et des bavards ! » avait-il pensé. Mais maintenant, il pouvait contempler cette engeance même, à terre. Ceux qui avaient vraiment fait la Révolution : la chose même. Peyrol, après un long regard, descendit dans sa cabine pour s’apprêter à aller à terre.
Il rasa ses fortes joues avec un véritable rasoir anglais, cueilli jadis dans une cabine d’officier sur un vaisseau de guerre capturé par un navire à bord duquel il servait alors. Il mit une chemise blanche, une veste bleue à boutons de métal et à col montant et passa un pantalon blanc, avec un foulard rouge en guise de ceinture. Coiffé de son chapeau noir luisant et à calotte basse, il faisait un très digne chef de prise. De l’arrière, il héla un batelier et se fit conduire au quai.
Pendant ce temps, la foule s’était considérablement accrue. Peyrol la parcourut des yeux sans paraître y porter grand intérêt, quoiqu’il n’eût, jamais de sa vie à vrai dire, vu autant de blancs réunis pour regarder un marin. Après avoir été un écumeur de mers dans de lointains parages, il était devenu étranger à son pays natal. Pendant les quelques minutes que mit le batelier à le conduire jusqu’aux marches, il se fit l’effet d’un navigateur débarquant sur une terre nouvellement découverte.
À peine eut-il mis le pied à terre, la populace l’entoura. L’arrivée d’une prise faite dans des mers lointaines par une escadre de la République n’était pas à Toulon un événement quotidien. De singulières rumeurs avaient déjà couru. Peyrol joua des coudes parmi la foule ; elle faisait des remous derrière lui. Une voix cria :
« D’où viens-tu, citoyen ?
- De l’autre bout du monde ! » répondit Peyrol.
Ce n’est qu’à la porte du Bureau de la marine qu’il put se débarrasser de ceux qui le suivaient. Il fit à qui de droit son rapport en qualité de chef de prise d’un bâtiment capturé par le citoyen Renaud, commandant en chef de l’escadre de la République dans les mers de l’Inde. On lui avait bien donné l’ordre de faire route sur Dunkerque, mais il déclara qu’après que ces sacrés Anglais lui eurent donné la chasse à trois reprises entre le cap Vert et le cap Sparte ! il avait décidé de passer en Méditerranée où, d’après ce qu’il avait appris d’un brick danois rencontré en mer, ne se trouvait alors aucun navire de guerre anglais. Il arrivait avec les papiers du bord, les siens également ; tout en ordre. Il déclara aussi qu’il en avait assez de rouler sa bosse sur les mers, et qu’il éprouvait vraiment le besoin de se reposer quelque temps à terre. Jusqu’à ce que les formalités fussent terminées, il resta toutefois à Toulon, à se promener, par les rues, d’une allure tranquille, jouissant de la considération générale sous la dénomination de « citoyen Peyrol », et regardant tout le monde froidement dans les yeux. La réserve qu’il gardait sur son passé devait naturellement faire naître mainte histoire mystérieuse. Les autorités maritimes de Toulon avaient sans doute sur le passé de Peyrol des idées moins vagues, encore qu’elles ne fussent pas nécessairement plus exactes. Dans les divers bureaux maritimes où l’amenèrent ses obligations, les pauvres diables de scribes et même quelques-uns des chefs de service, le regardaient avec insistance aller et venir, toujours très proprement vêtu, et tenant un gourdin qu’il laissait toujours à la porte avant d’entrer dans les bureaux des officiers, quand il lui fallait avoir une entrevue avec l’un ou l’autre de ces « galonnés ». Ayant, d’ailleurs, coupé sa cadenette et s’étant abouché avec quelques patriotes notoires du genre jacobin, Peyrol n’avait cure des regards ni des chuchotements des gens. Celui qui le fit presque se départir de son calme, ce fut un certain capitaine de vaisseau, avec un bandeau sur l’œil et un uniforme très râpé, qui faisait on ne sait quel travail d’administration au Bureau de la marine. Cet officier, levant les yeux au-dessus de papiers qu’il examinait, fit à brûle-pourpoint cette remarque :
« En somme, vous avez passé le plus clair de votre vie à écumer les mers. Vous avez dû être autrefois déserteur de marine, quelque nom que vous vous donniez à présent. »
Les larges joues du canonnier Peyrol ne tressaillirent même pas.
« En admettant, répondit-il avec assurance, ça s’est passé du temps des rois et des aristocrates. Et maintenant, je vous ai remis une prise et une lettre de service du citoyen Renaud, commandant dans les mers de l’Inde. Je puis aussi vous donner les noms de bons républicains qui, dans cette ville, connaissent mes sentiments. Personne ne peut dire que j’ai jamais été anti-révolutionnaire de ma vie. J’ai bourlingué, dans les mers d’Orient pendant quarante-cinq ans, c’est vrai. Mais, permettez-moi de vous faire observer que ce sont les marins restés à terre qui ont laissé l’Anglais entrer dans le port de Toulon. » Il fit une pause et ajouta :
« Quand on y pense, citoyen commandant, les petits écarts que moi et mes pareils nous avons faits à cinq mille lieues d’ici, et il y a vingt ans de cela, ne peuvent pas avoir beaucoup d’importance par ces temps d’égalité et de fraternité.
- En fait de fraternité », remarqua le capitaine de vaisseau à l’uniforme râpé, « je crois bien qu’il n’y a guère que celle des frères de la côte qui vous soit familière. »
- Elle l’est à tous ceux qui ont navigué dans l’océan Indien, sauf les poules mouillées et les novices, reprit sans se démonter le citoyen Peyrol. Et nous avons mis les principes républicains en pratique bien longtemps avant qu’on ne songeât à une république : car les frères de la côte étaient tous égaux et élisaient leurs chefs.
- C’était un abominable ramassis de brigands sans foi ni loi », répliqua agressivement l’officier en se rejetant en arrière dans son fauteuil, « vous n’allez pas me dire le contraire. »
Le citoyen Peyrol dédaigna de prendre une attitude défensive. Il se contenta de déclarer d’un ton tranquille qu’il avait remis sa prise, en règle, au Bureau de la marine, et qu’en ce qui le concernait, il possédait un certificat de civisme émanant de sa section. Il était un patriote et avait droit à son congé. L’officier l’ayant renvoyé d’un signe de tête, il reprit son bâton derrière la porte et sortit du Bureau de la marine avec le calme parfait d’une conscience tranquille. Son large visage au type romain ne laissa rien paraître aux malheureux gratte-papier qui chuchotaient sur son passage. Une fois dehors, il continua à regarder tout le monde dans les yeux comme il avait coutume de le faire : mais le soir même il disparut de Toulon. Ce n’est pas qu’il eût peur de quoi que ce fût. Son esprit était aussi calme que les traits de son visage coloré. Personne ne pouvait savoir ce qu’avaient été ses quarante et quelques années de vie à la mer, à moins qu’il ne voulût bien le dire lui-même. Et il ne se souciait aucunement d’en dire plus qu’il n’en avait dit à cet indiscret capitaine avec son bandeau sur l’œil. Mais il ne voulait pas avoir d’ennuis pour certaines autres raisons : il se souciait moins encore de se voir envoyer rejoindre l’escadre que l’on équipait à Toulon. Aussi, à la tombée du jour, franchit-il la porte qui donnait sur la route de Fréjus, dans une carriole haute sur roues et qui appartenait à un fermier connu dont l’habitation se trouvait sur cette route. Son bagage fut descendu et empilé à l’arrière de la carriole par quelques va-nu-pieds patriotes qu’il engagea dans la rue à cet effet. La seule indiscrétion qu’il commit fut de payer leurs services d’une bonne poignée d’assignats. Mais d’un marin d’apparence aussi prospère cette générosité n’était pas, après tout, bien compromettante. Il se hissa dans la voiture, avec tant de lenteur et d’efforts que le fermier ne put manquer de lui dire amicalement :
« Ah ! nous ne sommes plus aussi jeunes qu’autrefois, vous et moi.
- C’est qu’il y a aussi ma fâcheuse blessure ! répondit le citoyen Peyrol, » en se laissant
tomber lourdement sur le siège.
Ainsi, de carriole en carriole, cahoté dans un nuage de poussière, entre des murs de pierre, par de petits villages qu’il se rappelait avoir vus au temps de son enfance, au milieu d’un paysage de collines pierreuses, de rochers pâles et d’oliviers poussiéreux, Peyrol arriva sans encombre jusqu’à une cour d’auberge dans les abords d’Hyères. Le soleil se couchait à sa droite. Près d’un sombre bouquet de pins dont les troncs étaient d’un rouge sang au soleil couchant, Peyrol découvrit un chemin défoncé qui se dirigeait vers la mer.
À cet endroit il décida d’abandonner la grand-route. Avec ses élévations couronnées des bois sombres, ses étendues plates, dénudées et pierreuses, quelques buissons noirs sur la gauche, tout ce pays avait pour lui la séduction d’une sorte d’étrange familiarité ; car il n’avait pas changé depuis son enfance. Les ornières mêmes, profondément marquées dans le sol pierreux avaient conservé leur physionomie et au loin, comme un fil bleu, n’apercevait-on pas la rade d’Hyères, et plus loin encore, cette masse couleur indigo qui était l’île de Porquerolles.
Il avait l’idée qu’il était né dans l’île de Porquerolles, mais, à vrai dire, il ne le savait pas avec certitude. La notion d’un père était tout à fait absente de son esprit. Le seul souvenir qu’il eût conservé de ses parents, c’était celui d’une femme grande, maigre, brune, en haillons et qui était sa mère. Ils travaillaient alors ensemble dans une ferme, sur la côte. Il se souvenait vaguement d’avoir vu sa mère faire la cueillette des olives, épierrer les champs ou manier une fourche comme un homme, infatigable et farouche, des mèches de cheveux gris balayant son visage osseux, et il se revoyait courant, pieds nus, derrière un troupeau de dindons, sans presque rien sur le dos. Le soir, le fermier les laissait dormir dans une espèce d’étable en ruine et qui n’était abritée que d’une moitié de toit ; ils s’étendaient l’un près de l’autre sur le peu de paille qui jonchait le sol. Et c’est là, sur une botte de paille, que pendant deux jours sa mère s’était débattue, en proie à la maladie, et qu’elle était morte la nuit. Dans les ténèbres, son silence, son visage glacé l’avaient rempli d’effroi. Il supposait qu’on l’avait enterrée, mais il ne savait où car, fou de terreur, il s’était enfui et ne s’était arrêté qu’à un endroit près de la mer nommé Almanarre, où il s’était caché à bord d’une tartane dont l’équipage était à terre. Il s’était réfugié dans la cale, parce que des chiens l’avaient effrayé sur le rivage. Il trouva là un tas de sacs vides, qui lui firent une couche magnifique, et exténué il dormit comme une souche.
Au cours de la nuit, l’équipage revint à bord et l’on fit voile pour Marseille. Ç’avait été une autre peur terrible, lorsqu’il s’était vu hissé sur le pont par la peau du cou et qu’on lui avait demandé qui il était et ce qu’il était venu faire là. Il n’y avait pas cette fois moyen de s’enfuir. Rien que de l’eau tout autour de lui et le monde entier — y compris la côte assez proche — qui dansait de façon inquiétante. Trois hommes barbus l’entouraient : il leur expliqua tant bien que mal qu’il travaillait chez Peyrol. Peyrol était le nom du fermier. L’enfant ignorait qu’il en avait un lui-même ; d’ailleurs il ne savait guère comment parler aux gens, ceux-ci n’avaient pas dû bien le comprendre. Toujours est-il que le nom de Peyrol lui était resté.
Là se bornaient ses souvenirs du pays natal, submergés par tant d’autres souvenirs, une multitude d’impressions d’océans sans fin, des côtes du Mozambique, d’Arabes et de nègres, de Madagascar, de la côte de l’Inde, d’îles, de détroits et de récifs, de combats en mer, de disputes à terre, de massacres désespérés et de soifs également désespérées, d’une succession de navires de toutes sortes, navires marchands, frégates ou corsaires, d’hommes audacieux et d’énormes bamboches.
Au cours des années, il avait appris à parler intelligiblement et à penser avec suite et
même à lire et à écrire quelque peu. Le nom du fermier Peyrol, attaché à sa personne par son incapacité à donner de soi une idée claire, acquit une espèce de réputation, ouvertement dans les ports d’Orient, et secrètement, parmi les frères de la côte, cette singulière fraternité dont la constitution tenait à la fois de la maçonnerie et de la piraterie. Doublant le cap des Tempêtes, qui est aussi celui de Bonne Espérance, les mots République, Nation, Tyrannie, Liberté, Égalité et Fraternité, et le culte de l’Être Suprême, étaient arrivés là-bas sur des navires venus de France : nouveaux cris, nouvelles idées qui n’avaient pas beaucoup troublé l’intelligence lentement développée du canonnier Peyrol. C’était, semblait-il, des inventions de ces terriens dont Peyrol le marin ne savait pas grand-chose, pour ainsi dire rien. Maintenant, après cinquante ans de vie maritime légale et illégale, le citoyen Peyrol, à la barrière d’une auberge, contemplait le théâtre de sa lointaine enfance. Il le contemplait sans animosité, mais non sans être embarrassé d’y retrouver son chemin : ce doit être quelque part dans cette direction, pensait-il vaguement. Non, décidément il n’irait pas plus loin sur la grand-route…
À quelques pas de là, la patronne de l’auberge l’observait, favorablement impressionnée par les bons habits, les larges joues bien rasées, l’air comme il faut de ce marin. Tout à coup Peyrol l’aperçut.
Sa figure brune, son expression anxieuse, ses boucles blanches et son apparence rustique, lui rappelaient sa mère ; la femme, toutefois, n’était pas en haillons…
« Hé, la mère ! cria Peyrol. Avez-vous quelqu’un qui puisse me donner un coup de main pour porter mon bagage chez vous ? »
Il avait un air si engageant et parlait avec tant d’autorité que, sans la moindre hésitation, elle se mit à crier d’une voix grêle :
« Mais oui, citoyen ! on va venir, dans un instant ! »
Dans le crépuscule, le bouquet de pins, de l’autre côté de la route, se détachait très noir sur le ciel calme et clair et le citoyen Peyrol contemplait la scène de sa jeunesse misérable avec la plus grande placidité. Il se retrouvait là après cinquante ans, et en revoyant ces choses, il lui semblait que c’était hier. Il n’éprouvait à leur endroit ni amour ni ressentiment. Tout de même, il trouvait tout cela un peu singulier ; mais le plus singulier encore c’était cette pensée qui lui avait traversé l’esprit, qu’il pouvait s’offrir le luxe (si le cœur, lui en disait) d’acheter toute cette terre jusqu’au champ le plus éloigné, jusque là-bas où la route se perdait, dévalait vers les terrains plats qui bordaient la mer, où la petite masse lointaine, à l’extrémité de la presqu’île de Giens, avait à présent l’air d’un nuage noir.
« Dites-moi, mon ami, » dit-il d’un ton un peu doctoral au garçon de ferme à chevelure en broussailles qui attendait son bon plaisir. « Est-ce que ce chemin-là ne mène pas à Almanarre ?
- Oui, » répondit le paysan ; et Peyrol hocha la tête.
L’homme continua, en articulant lentement comme s’il n’avait pas l’habitude de parler :
« À Almanarre et plus loin, au-delà de ce grand étang, jusqu’à cette pointe, au cap Esterel. »
Peyrol tendait sa large oreille poilue. « Si j’étais resté au pays, pensait-il, je parlerais comme ce garçon. » Et à haute voix il demanda :
« Y a-t-il des maisons là-bas, au bout de cette pointe ?
- Bah ! un hameau, un trou, juste quelques maisons autour d’une église et une ferme où, de temps à autre, on vous donne un verre de vin.