Le jour des morts

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Lors d’une grande exposition pour le centenaire de Frida Khalo, un petit carnet noir, découvert dans ses affaires personnelles après sa mort, fut mystérieusement dérobé au cours du vernissage… Après un terrible accident de voiture, et sa « première mort », Frida avait conclu un pacte avec la Mort en personne : elle survivrait à ses blessures mais en contrepartie elle lui préparerait chaque année des offrandes très particulières. Depuis, elle notait dans ce carnet les recettes secrètes à réaliser le Jour des morts, une date sacrée célébrée à travers tout le Mexique par des fêtes, des réunions et des présents… La souffrance de son corps meurtri, sa passion pour son mari – le peintre Diego Rivera – et sa vie tumultueuse achèveront de la détruire.

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Date de parution 06 octobre 2015
Nombre de visites sur la page 111
EAN13 9791031900322
Langue Français

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Lors d’une grande exposition pour le centenaire de Frida Khalo, un petit carnet noir, découvert dans ses affaires personnelles après sa mort, fut mystérieusement dérobé au cours du vernissage… Après un terrible accident de voiture, et sa « première mort », Frida avait conclu un pacte avec la Mort en personne : elle survivrait à ses blessures mais en contrepartie elle lui préparerait chaque année des offrandes très particulières. Depuis, elle notait dans ce carnet les recettes secrètes à réaliser leJour des morts, une date sacrée célébrée à travers tout le Mexique par des fêtes, des réunions et des présents… La souffrance de son corps meurtri, sa passion pour son mari – le peintre Diego Rivera – et sa vie tumultueuse achèveront de la détruire.
« Quand Frida avait-elle cessé d’être la jeune îlle aux longues tresses et au maquillage léger pour se transformer en cette femme bariolée, outrageusement mexicaine avec ses longues jupes de coton, ses corsages d’Oaxaca et ses lourds colliers aztèques ? […] Elle se regarda dans le miroir et découvrit une étrangère. Sa toilette exotique de jeune indienne excitait le désir de Diego. À son insu, elle s’était peu à peu transformée en œuvre d’art. Elle s’était inventée autre pour s’exhiber. »
Francisco G. Haghenbeck (Mexique, 1965) est écrivain et auteur de B.D., notamment de la série conçue pour le gouverne-ment mexicain :Los 7 pecados capitales. On lui doit également les romans :El código nazi et Aliento a Muerte. Il a reçu le prix du récit court de Oaxaca ; le prix La Bisagra de Puerto Vallarta et le Prix National de Roman au Mexique pour le romanTrago Amargoen 2006.Martini Shoot(2011) chez Denoël.
Traduit de l’espagnol (Mexique)
par Albert Bensoussan
38 recettes illustrées
15 €
F. G. Haghenbeck
Le jour des morts
Francisco G. Haghenbeck
Le jour des morts roman
L’Herne L’Herne Couverture : © Caroline Lecomte
LE JOUR DES MORTS
Roman
Affectueusement à Luis et Susy, qui ont su arracher la passion à la vie.
© Editorial Planeta Mexicana, 2009
Première publication au Mexique en 2009. Titre original :Hierba Santa his agreement by arrangement wit SalmaiaLit and Editorial Planeta Mexicana
© Éditions de L’Herne, 2012 22, rue Mazarine 75006 Paris lherne@lherne.com www.lherne.com
F. G. Hagenbeck
LE JOUR DES MORTS
Traduit de l’espagnol (Mexique) par Albert Bensoussan
L’Herne
UN VOL MYSTÉRIEUX
Parmi les objets personnels de Frida Kahlo destinés à la grande exposition en son hommage au Palais des Beaux-arts, rue de Londres, dans le beau quartier de Coyoacán, on découvrit un petit calepin noir intitulé : «Pour le Jour des morts». C’était un recueil de recettes de cuisine pour préparer les offrandes aux défunts. En effet, selon la tradition, le 2 noembre, ces derniers ont la permis-sion divine de revenir sur terre, et leurs proches les accueillent en 1 installant un autel composé dezempaxuchitl, la fleur des morts, de pains sucrés, de nostalgiques photos du passé, d’images pieuses, d’encens aux odeurs mystiques, de jolies têtes de mort en sucre, de cierges pour éclairer le chemin vers l’autre vie, ainsi que de leurs petits plats préférés. Dévoilé pour la première fois, ce carnet devait être le clou de l’exposition. Son existence confirmait la passion de Frida pour ses mystérieux autels des morts.
Le jour de l’ouverture du vernissage, il avait disparu.
1. Lezempaxuchitlest une eur couleur jaune ou orange, originaire de Mexique, connue aussi sous le nom de « rose d’Inde » et appelée « eur des morts » parce que les Mexicains en ornent les autels en hommage à leurs défunts le Jour des morts ; c’est l’équivalent de notre chrysanthème.
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CHAPITRE I
Cette nuit de juillet ne ressemblait à aucune autre. Les pluies s’étaient retirées du ciel en laissant un manteau noir piqué d’étoiles, lavé de ces nuages poisseux qui se délestaient de leurs larmes sur la ville. Par intervalles, un vent léger sifflait tel un garnement entre les arbres d’une pompeuse maison bleue qui somnolait dans la torpeur de l’été. Et c’est précisément au cours de cette nuit paisible qu’un martèlement continu envahit les rues de Coyoacán. Les sabots d’un cheval claquant sur les pavés annonçaient à tous l’arrivée d’un étrange visiteur. Les habitants de Coyoacán plantèrent là leur dîner pour aller regarder par l’œilleton de la porte. Ils aperçurent alors l’énigma-tique coursier nimbé de ce souffle d’air propre aux défunts et aux spectres. Un chien rageur aboya sur le mystérieux cavalier mais sans troubler la majestueuse monture blanche, et moins encore celui qui la montait : un homme austère vêtu d’une casaque brune, bardé de revolvers. Coiffé d’un chapeau de paille grand comme un dôme, regard d’acier et grosse moustache en crocs. Sur son passage les anciens verrouillaient leur porte à double tour, plus la barre en bois. Ils avaient encore en mémoire la Révolution et ses messagers porteurs de ruine et de désola-tion. Le cavalier s’arrêta à l’angle de la rue de Londres, devant une façade bleu cobalt qui tranchait hardiment sur le voisi-nage. De chaque côté du porche, deux baies vitrées comme de gigantesques paupières. Le cheval piaffa nerveusement, bientôt calmé quand le cavalier lui flatta l’encolure. Ajustant chapeau et
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revolvers, l’étranger tira sur le cordon de la cloche. L’entrée de la bâtisse s’éclaira aussitôt, révélant une nuée d’insectes bour-donnant. Chucho, l’homme à tout faire, ouvrit au visiteur et en resta pétrifié. Il le fit passer avec moult signes de croix et unAve Maria. Sans mot dire, l’homme traversa à grandes enjambées le vestibule entre plantes exotiques et statuettes précolombiennes. La maison mêlait objets de douleur et souvenirs de joie, rêves passés et gloires présentes. Sa propriétaire attendait le visiteur dans sa chambre. Cet homme en connaissait par cœur la topographie. Meubles traditionnels, énormeJudasmoustachu en carton destiné non à flamber à Pâques, mais à servir de modèle pour un prochain tableau, têtes de mort en sucre, grimacières, funèbres figures aztèques, livres épars, révolutionnaires. Il traversa le salon où étaient passés tant d’artistes qui changèrent leur pays et de leaders qui transformèrent le monde. Sans un regard sur les antiques photos de famille, ni sur les peintures ivres de mezcal. Puis la salle à manger boisée, bruissant encore de rires légers et de réunions tapageuses. La Maison bleue se plaisait à recevoir. Le cavalier était un vieux complice de la patronne. Dès qu’elle le vit, Eulalia, la cuisinière, courut à la cuisine, cœur de ce bâtiment inerte, préparer colla-tion et boisson. Plus qu’une simple demeure, la Maison bleue était le sanctuaire, le refuge, l’autel de sa patronne. La Maison bleue était Frida. Entassant là les souvenirs de son passage ici-bas. Un lieu où Lénine, Staline et Mao Tsé-toung coexistaient avec de rustiques retables de la Vierge de Guadalupe. Autour du lit en cuivre, poupées de porcelaine rescapées des guerres, voitu-rette en bois rouge sauvée des flots, boucles d’oreille en forme de mains, ex-voto en argent. Évoquant les désirs oubliés de Frida, peintre de passion, maîtresse de mélancolie. Un miroir inclé-ment, au ciel de lit, s’obstinait à refléter le sujet de toute son œuvre : elle-même.
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L’étranger pénétrant dans sa chambre, Frida tourna vers lui son visage douloureux. Leurs regards se croisèrent. Émaciée, lasse, elle avait l’air d’avoir vécu plus qu’un demi-siècle. Ses yeux café jetaient un regard lointain, égaré. Effet de la drogue injectée pour calmer ses douleurs, et de la tequila pour noyer ses désa-mours. Leur flamme, quand elle parlait art, politique, amour, s’étouffait en tristesse ou lassitude. Prisonnière d’un corset, elle bougeait à peine. Sa jambe seule s’agitait à la recherche de sa compagne amputée. Frida dévisagea son visiteur, se rappela ses précédentes rencontres, ses malheurs. Oui, elle attendait sa visite. Dans un effluve de terre et d’humus, le Messager avait enfin accouru à son appel. Le Messager, debout près d’elle, posa un regard étincelant sur ce corps brisé. Frida leva la tête comme pour s’enquérir. Il toucha de la main son large chapeau, tout allait bien. Frida appela Eulalia pour s’occuper de son invité. Son ton était acide, amer. La cuisinière surgit avec un plateau orné de pétales de rose blanche. Recouvert d’un napperon brodé d’oiseaux où se lisait « Elle». Le posa sur la table de chevet. Avec son offrande : bouteille de tequila et amuse-gueule. Eulalia servit deux coupes en verre soufflé, du même bleu que la maison, assorties de 2 3 4 5 sangritas,tacos,pico de gallo,panelaau four, citrons en quar-tiers. Puis vida la place. Elle ne cessait de frissonner en présence de l’étranger à cette heure avancée de la nuit. Et elle assura aux autres domestiques que son corps ne projetait pas d’ombre. Puis récitaAve Mariaet Pater Nosterpour conjurer le mauvais œil.
2. Lasangritaest une boisson froide à base de jus d’orange, de citron, de piment, d’oignon et de tomate. 3. Letaco, en-cas classique de la cuisine mexicaine, est composé d’une crêpe de maïs, garnie de divers ingrédients (viande, poisson, légumes…). 4. Tomates coupées en dés, oignons et piments. 5. Fromage typique du Mexique.
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