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Le journal de Charly

De
374 pages

89, 60, 88, voilà à quoi l’on pourrait réduire Evangeline Dimastromoretti, si un matin de juillet elle n’avait pas éprouvé le besoin d’opérer un virage à 180° pour que sa vie de mannequin célèbre, héritière de l’une des plus importantes compagnies mondiales de la grande distribution, se meuve en une singulière remise en question qu’elle viendra consigner jour après jour sur son journal de bord.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-68170-6

 

© Edilivre, 2015

Citation

 

 

« L’androgynie suggère un esprit de réconciliation entre les deux sexes »1

Le journal de Charly

 

 

Quatre vingt neuf, soixante, quatre vingt huit ! Dit comme cela, vous vous demandez peut-être ce qui se cache derrière ces trois nombres ? D’aucuns pourraient penser qu’un bien nommé, « Pari Mutuel » n’est pas étranger à tout cela, et vous vous êtes peut-être déjà précipité dans la poche de votre blouson pour vérifier si trois chevaux arrivés en tête de course, pourraient être en mesure de mettre un peu de beurre, si ce n’est même pourquoi pas, une motte entière, dans vos épinards ?

Si tel est le cas, je vous prie de bien vouloir m’excuser de vous avoir induite en erreur de la sorte car il n’est nullement question ici d’un quelconque résultat qui aurait pu vous convaincre de la pertinence de vos pronostics hippiques, pour ne pas dire épiques, tant il est vraisemblable que vous n’êtes pas de ceux qui parlent à l’oreille des chevaux.

89, 60, 88, peut-être, qu’ainsi rapportés, ces nombres révélés par un mètre ruban seront plus enclin à vous faire comprendre de quoi je parle ici.

Oui, c’est bien ça ! Il s’agit bien de ce que Mère Nature a bien voulu m’accorder quand il fut question pour moi de revêtir mon apparence de femme. C’est vrai, au risque de choquer certains d’entre vous, je le dis tout de go ! Je ne suis pas loin des mensurations dites « idéales », si l’on s’accorde à penser qu’un 90, 60,90 puisse être le mètre étalon d’un corps parfait.

En même temps que serait un corps s’il ne se réduisait qu’à un tour de poitrine, un tour de taille, et un tour de hanche ?

Une bouteille de coca-cola !

Oui, ce n’est pas faux ! N’oublions pas que le design imaginé en 1915 par un aujourd’hui célèbre souffleur de verre, dénommé Alexander Samuelson2, représente « la forme parfaite » avec ses lignes galbées rappelant celles d’une jupe fourreau.

Ce serait cependant quelque peu réducteur de ne me réduire qu’à trois pauvres petits nombres, sans y adjoindre quelques autres mensurations, telles qu’un bonnet D, 1m20 de jambes galbées pour une taille totale qui frise les 1m81, et 60 petits kilos, judicieusement répartis là, où il faut.

Messieurs, je vous saurai gré de bien vouloir me regarder dans les yeux, s’il vous plaît !

J’imagine aisément que cette façon que j’ai de me présenter en agace plus d’un, ou devrais-je plutôt dire, plus d’une, car pour ce qui est de ces messieurs, je ne doute pas de l’intérêt qu’ils portent dorénavant à chacun de mes mots. Il est fort probable même, que ces simples mensurations énoncées prouvent qu’aussi antinomique que cela puisse paraître, un homme est tout aussi cérébral qu’une femme, quand il s’agit de laisser vaquer son imagination, et ainsi faire que de simples nombres se meuvent en un alléchant scénario dans lequel, oh ! Surprise ! Il s’attribue le rôle principal à mes côtés.

Oui, je sais ! Assise là, sur la terrasse de mon loft new-yorkais, on me dirait tout droit sortie de l’un des plus glamours clichés de Brian Duffy3. Pourtant au risque de vous surprendre, je ne suis pas là en train de prendre la pose pour un quelconque photographe aussi célèbre et talentueux puisse-t-il être.

Une rangée de thuyas dans d’imposantes jardinières art-déco sur ma droite, un table en céramique et fer forgé, une carafe de jus de fruits frais pressés du jour, une tasse de thé, quelques viennoiseries, qu’y a-t-il dans tout cela de glamour en fait ? Si ce n’est oui, peut-être, ce simple peignoir de bain en coton blanc qui cache un corps à peine sorti de la douche, à qui je m’astreins à assurer un équilibre imposé par mes longues jambes posées délicatement sur cette table alors que je me balance lentement sur les deux pieds d’une chaise qui craint à tout instant de se retrouver les quatre fers en l’air.

Oui, je suis bilingue ! Quelle question ! Pourquoi croyez-vous que je sois en train de feuilleter, The Guardian ? Ne voyez-vous pas, là tout autour de moi, posés sur la table, ou encore, là par terre au pied de ma chaise, ces quelques journaux, que j’ai un grand plaisir à éplucher chaque jour ? C’est incroyable tout de même ! Est-ce si surprenant qu’une fille telle que moi puisse lire en prenant son petit-déjeuner, autre chose qu’un ramassis de potins dans de pauvres magazines people ?

Au risque de me répéter, je ne suis pas en train de prendre la pose pour un quelconque photographe. Je veux bien croire que tout semble ici réuni pour un séduisant cliché, cependant si cliché il y a, c’est certainement celui de penser qu’il s’agit là d’une vulgaire mise en scène orchestrée par un photographe qui s’adjoint les services d’une jolie fille à qui il pose dans les mains un journal pour lui donner un je ne sais quoi de contradiction.

En disant cela, comment pourrais-je vous en tenir rigueur ! N’ai-je pas moi-même réduit ma présentation à une simple suite de mensurations ?

Oui, je sais, je dis tout et son contraire ! En même temps n’est-ce pas ce qui justifie que nous soyons en train de discuter ensemble aujourd’hui ?

Je m’explique…

Je suis ce que l’on appelle une belle plante. Dire le contraire serait jouer d’une fausse modestie qui ne pourrait que rajouter plus de prétention à ces mots que je vous offre depuis les premiers instants de notre rencontre. Appeler un chat, un chat, n’est pas je pense, ce qu’il y a de plus condamnable quand on désire être la plus honnête qui soit avec son interlocuteur.

Au plus loin que je puisse me souvenir, j’ai toujours été belle. Oui, belle ! Que puis-je dire d’autre ? A cinq ans déjà, mes parents n’ont eu de cesse de m’en convaincre en faisant de moi, une petite poupée que des centaines de clichés sont venus immortaliser dans des magazines de mode. D’abord petite princesse, je me suis rapidement transformée au fil des années en un modèle à la fois sexy et glamour que de grandes marques de dessous chics ont su flasher sous toutes les coutures pour s’allouer les services d’un corps à la fois longiligne et plantureux. Par bien des détails, je suis ce que l’on pourrait appeler une exception dans ce monde où l’on a de cesse de rechercher une soi-disant beauté qui ne s’embarrasse pas de quelques anorexies bien utiles quand il s’agit d’aller défiler à la Fashion Week, qu’elle soit de Paris, de Milan ou de quelques autres capitales dans lesquelles on aime découvrir la nouvelle collection d’un grand couturier.

Face à toutes ces beautés diaphanes, pour ne pas dire cachectiques, ma peau hâlée, mes soixante petits kilos, mon mètre quatre vingt un, mon bonnet D, et mes fesses rebondies, m’ont tout naturellement amené à être remarquée par de célèbres marques de lingerie qui ont su apprécier semble-t-il chacune de ces courbes qui ne pouvaient que satisfaire les exigences de créations au demeurant minimalistes, du moins en ce qui concerne, les quelques dizaines de centimètres de tissus utilisés.

Oui, et alors me direz-vous ! Ceci ne justifie certainement pas l’agacement dont je vous ai fait part quand vous vous êtes étonné semble-t-il que je puisse lire The Guardian au petit-déjeuner ! Comme vous semblez vouloir me le faire entendre, Guardian ou pas, je n’en reste pas moins une femme qui n’a de cesse de vouloir mettre en avant sa beauté, et ce n’est certainement pas ce que je viens de vous raconter qui vous convaincra du contraire.

Certes, je le conçois, mais au risque de vous surprendre, il s’agit là d’un passage obligé pour que vous puissiez comprendre qui je suis réellement. C’est vrai, je n’ai fait jusqu’à présent que m’extasier sur ce paraître que je prends un malin plaisir à vous décrire dans les moindres détails, mais aussi exaspérant que cela puisse s’avérer c’est ce que je suis, et c’est surtout ce qui fait qu’aujourd’hui, vous soyez en train de m’écouter.

Je m’appelle Évangeline, du moins c’est le prénom que mes parents m’ont donné, et avec lequel ils ont toujours voulu m’appeler. Mais bon ça, on sera toujours à temps d’en rediscuter plus tard ! Et, oui, je suis belle, belle à en rendre verte de jalousie bon nombre de femmes avec qui dois-je dire, j’ai toujours entretenu des relations pour le moins compliquées. Petite dernière d’une riche famille d’industriels, cela aurait certainement suffi à satisfaire l’appétit de mon banquier. Comme on ne prête qu’aux riches semble-t-il, voilà qu’à vingt six ans je n’ai pas même touché ne serait-ce qu’un centime d’euro de cette dotation familiale. Pourtant je vous l’assure, il vous suffirait d’ouvrir l’un de mes dressings pour prendre conscience que je ne suis pas de celles qui s’habillent et se chaussent chez le petit soldeur du coin. Non bien au contraire, qu’ils soient italien, new-yorkais ou encore français, il n’y a pas un créateur de Haute couture qui n’ait pas trouvé sa place sur l’un de mes innombrables portiques. Vous parler de ma collection de chaussures serait je pense un affront, mais pour ne citer qu’une marque, je vous dirai que si en France, il existe autant de fromages qu’il y a de jours dans une année, en ce qui me concerne, je pense en toute simplicité avoir peu ou prou autant de Louboutin4.

Dans ma chambre de notre propriété familiale, mon appartement à Barcelone, mon Loft sur la Vème Avenue à New York, ou encore mon petit pied-à-terre à Milan, je mets au défi quiconque le voudra de ne pas y trouver un dressing dans lequel bon nombre de personnes voudraient pouvoir s’y installer avec femme et enfants.

Comment me suis-je payée tout cela ? Eh bien, comme je vous le disais, sans jamais avoir touché ne serait-ce qu’un centime de la fortune que mon petit papa a pourtant viré sur mon compte bancaire alors que je n’avais pas encore dix huit ans. Pourquoi aurais-je eu besoin de le faire en fait ? Mes innombrables contrats avec de grandes marques de Haute couture sans parler d’un contrat d’exclusivité mirobolant avec une certaine Victoria5 qui n’a de secret que le montant qu’elle m’a versé pour faire de moi son égérie, ont suffi à m’assurer un train de vie à la hauteur de mon goût pour les belles choses, quelles soient de tissus, de cuir, ou tout simplement au dernier étage de fantastiques buildings aux quatre coins du monde.

J’ai bien conscience que pour certains d’entre vous tout ceci ne fait que rajouter plus que d’eau à votre moulin pour pouvoir me lancer certainement avec un mépris à peine dissimulé : « Oh ! Pauvre petite fille riche, qu’as-tu de si important à nous raconter pour venir nous narguer de la sorte avec tes liasses de billets et ton corps parfait ? »

Au risque de vous froisser, je tiens tout de même à vous préciser que personne ne vous a obligé, et ne vous oblige à m’écouter ! De plus, politesse oblige, si je dois répondre à votre question, je vous dirais en toute objectivité : « Des liasses de billets, ok ! Un corps parfait, oui c’est vrai ! Mais que faites-vous donc des traits de mon visage qui à eux seuls m’ont aussi assuré quelques centaines de clichés ? ».

Dans le milieu, on m’a très rapidement appelé, « The Eyes », en français dans le texte pour les non anglicistes, « Les yeux ». Que puis-je vous dire, c’est comme cela, voilà tout ! Pourquoi devrais-je m’interdire de dire les choses telles qu’elles sont ? Il est d’usage de dire dans certains cas, qu’une fée s’est penchée sur le berceau d’une enfant, que puis-je y faire moi, si en 1987, ce n’est pas une fée, mais le symposium annuel de l’association mondiale des Fées qui s’est attardé sur mon couffin ? On dit de moi, que j’ai un visage parfaitement symétrique, avec ce que l’on nomme un « ratio optimum », à savoir des proportions irréprochables qui font que la distance qui sépare ma bouche, mes joues, mes yeux et mon front, soit parfaite. Des joues hautes, des lèvres pulpeuses, un teint délicatement hâlé, un petit nez, et de larges yeux vert émeraude, habillés de longs et épais cils noir en parfaite harmonie avec mes longs cheveux légèrement bouclés d’un brun à la fois profond et éclatant.

Pour tout vous dire, mon coiffeur visagiste qui est bien loin d’être sensible à une quelconque beauté qui ne soit autre qu’un beau gars bien musclé avec une barbe de deux jours, dit pourtant de moi que j’ai une beauté explosive, naturellement ultra-sexy, qui flirte avec une quasi perfection, qui, s’il n’était pas ce qu’il est, pourrait hanter ses nuits ou du moins, lui donner quelques émotions jusqu’alors inenvisageables pour lui.

Je sais ! Je sais ! Plus ça va, plus je vous agace ! Vous pensez même que je ne suis qu’arrogance et prétention, ce qui, apparence oblige, vous convainc qu’il n’y a d’intérêt vraisemblablement qu’à me regarder, mais certainement pas, à savoir ce que j’ai dans la tête !

Une crevette ? Pourquoi chuchotez-vous ainsi ? Ne croyez pas que cela me contrarie, j’ai bien des fois entendu de telles choses à mon propos : « Les femmes sont comme les crevettes, tout est bon sauf la tête ! » Loin de me choquer, cette réflexion m’a toujours fait sourire, si ce n’est même rire aux éclats la première fois que je l’ai entendu.

Quoi que vous puissiez en penser, je sais au plus profond de moi, que je représente pour bon nombre de gens la caricature même de la « Bomba Latina » à qui l’on ne demande qu’une seule et unique chose, paraître, et surtout éviter qu’un quelconque discours puisse venir parasiter ce fugace intérêt que l’on pourrait porter à sa petite personne.

Pourtant, si je poursuis ma présentation avec cette honnêteté qui a plus d’une fois j’imagine, chatouillé votre égo, je ne peux que me répandre une fois encore sur moi-même en vous annonçant, qu’aussi surprenant que cela puisse paraître, je ne fus pas la dernière à être servie quand il fut question de distribuer des neurones.

Baccalauréat à quatorze ans et des poussières, major de ma promo à seize, diplômée de l’une des plus prestigieuses écoles internationales de commerce, je crois bien que de ce côté là aussi, je frise l’indécence d’une réussite arrogante. En aparté, je vous dirai aussi, que l’on peut rajouter à tout cela si nécessaire, un petit chapelet de langues étrangères dont j’ai la prétention de maîtriser toutes les nuances, et ce, depuis déjà ma plus tendre enfance.

Bon ! Maintenant que vous savez peu ou prou qui je suis, vous vous demandez certainement quel intérêt il pourrait y avoir à poursuivre cette conversation qui n’a fait que feuilleter un insolent curriculum vitæ agrémenté d’un book en lieu et place d’une pauvre photo qu’un vulgaire photomaton aurait recrachée moyennant quelques euros ?

Vous interrogeriez-vous de la sorte, si je n’étais pas celle que je suis ? Là est toute la problématique de ma condition en fait ! Pourquoi serait-il si surprenant que vous puissiez avoir du plaisir à poursuivre cette discussion ?

C’est tout de même incroyable que le simple fait d’être belle, riche et intelligente, soit ainsi révélateur d’un rejet quasi épidermique de votre part ! Vous auriez certainement préféré que je vous annonce, que je suis moche, mal foutue, sans le sous, et bête comme mes pieds ! Ce qui au demeurant ne pourrait que vous satisfaire toujours davantage, sachant que je mesure un mètre quatre vingt un et que cette expression vient tout simplement du fait que les pieds sont à l’extrémité inverse du siège de la pensée.

Eh bien non ! Je suis ce que je suis, et si pour vous, seule une Bridget Jones6 mérite que l’on s’intéresse à son journal intime, je vous le dis comme je le pense, vous aurez certainement beaucoup de mal à accepter, qu’un amant aussi beau et séduisant que le Daniel Cleaver de Bridget, ne se retrouve pas à mes côtés à disserter sur la taille hors norme d’une culotte qui ne remplacera jamais l’un de mes incontournables strings, taille 36.

C’est tout de même malheureux, d’être ainsi réduit à ne pouvoir apprécier que ce qui paraît être le plus proche de nous, ou pire encore, ce qui pourrait nous convaincre que l’on n’est pas si mal loti en fait !

A vrai dire, n’est-ce pas là, une manière de se satisfaire de ce que l’on est et ce que l’on a, en rejetant de la sorte le « plus » au bénéfice du « moins » ?

Autrement dit, n’est-ce pas aussi une manière d’accréditer la thèse d’un certain Voltaire qui écrivit : « Le malheurs des uns, fait le bonheur des autres7 » ?

Si tel est le cas, j’imagine que vous n’aurez aucun plaisir à me suivre dans ce journal intime que je viens de débuter alors que gisent à mes côtés ces « Guardian », « Washington Post », « Wall Street Journal », « Financial Times » qui m’ont accompagnée durant les premières heures de cette journée.

En effet, si pour vous seul est digne d’intérêt le quotidien d’une fille qui se tortille le matin sur son lit pour enfiler un jean trop serré, et qui faute de, finie par se convaincre avec une malhonnêteté certaine que cela ne peut être qu’un nouveau caprice de son lave linge qui s’est une fois encore acharné à le rétrécir de deux bonnes tailles, je présume que vous aurez le plus grand mal à trouver un quelconque plaisir à me lire.

En fait, en m’interrogeant de la sorte, je ne fais que reprendre une question qui fit, et fait les beaux jours de quelques sujets de dissertation sur lesquels des milliers de lycéens en classe de 1ère sont venus pour bon nombre d’entre eux se casser les dents : « Pour apprécier un écrit, le lecteur a-t-il besoin de s’identifier au personnage ? »

Comme je n’ai certainement pas la prétention de pouvoir répondre à cette question à votre place, et comme je n’aurai aucun plaisir à me replonger dans ce type d’exercice littéraire imposé par de pauvres professeurs en mal d’inspiration, je pense judicieux de laisser blanches les quelques lignes de cette page, ce qui vous donnera peut-être le temps de réfléchir à tout cela, et qui sait me retrouver dans quelques instants !

 

 

Dimanche 14 juillet 2013 – New York – 9h45

Si ma mémoire ne me trahie pas, je crois bien que cela doit bien faire mon dixième journal intime que je débute depuis que mes doigts servent à autre chose qu’à balancer à terre un hochet que mes parents n’ont eu de cesse de ramasser pour le remettre près de moi, en lançant avec fierté : « C’est une petite coquine ça ! Crois-moi, elle aura du caractère, il n’y a aucun doute possible ! ».

Il faudrait que j’aille jeter un œil à l’occasion dans l’un des placards de ma chambre d’enfant de notre propriété familiale. Je ne serais pas étonnée de les retrouver bien rangés sur une étagère au côté de mes gribouillages d’enfants, qui soit dit en passant ont toujours convaincu mon petit papa du talent incroyable qui était le mien.

Est-ce sont goût pour Picasso ou encore Miro, dont il a acquis quelques peintures qui quittent de temps à autres le coffre-fort de son bureau pour venir garnir les murs de l’un des quatre salons de notre hôtel particulier du 16ème arrondissement de Paris ?

Je ne sais pas ! Mais ce qui est certain, c’est que je ne compte plus le nombre de fois, durant lesquelles il a imposé à quelques uns de ses invités de s’extasier sur mes barbouillages, alors qu’eux n’avaient d’yeux que pour ces millions d’euros qu’il avait cru bon d’exposer ce jour là ; Hiérarchie sociale et néocapitalisme, oblige !

Tout ça pour vous dire, que s’il s’agit encore d’un énième journal intime que je débute, il n’en reste pas moins certain qu’il ne se réduira pas cette fois-ci à quelques pages griffonnées sur un carnet à qui l’on attribue une soi-disant inviobalité en l’accoutrant d’un vulgaire petit cadenas qu’un simple trombone maternel ou paternel arrive à affranchir de tous ses secrets.

Non ! Cette fois-ci ce sera mon MacBook Air 13’’8 qui sera le siège de ce désir que j’ai aujourd’hui de m’accorder une pause pour mettre des mots sur le brouhaha d’un quotidien bien trop éphémère qui laisse malheureusement que très peu de place à l’introspection.

Assise sur la terrasse de mon loft new-yorkais en cette belle matinée de juillet, qu’est-ce qui a pu ainsi me convaincre de me répandre de la sorte sur un quotidien qui jusqu’alors n’avait provoqué en moi ne serait-ce que l’ombre d’une remise en question ?

Oui, vous avez bien entendu ! Remise en question ! Aussi paradoxal que cela puisse paraître eu égard à la manière avec laquelle j’ai eu de me présenter, je n’en reste pas moins une jeune femme insatisfaite. Oui ! Insatisfaite, d’autant plus aujourd’hui après la lecture de cet article du « Gardian » qui m’a fait me rappeler qu’il n’est pas aisé pour une femme aujourd’hui de trouver sa place dans un monde ou l’homme règne en maître absolu.

Comme une vulgaire recette de cuisine dans laquelle on énumère les ingrédients qui font qu’un plat est ce qu’il est, mon cher « Guardian » m’a rappelé que notre bonne vieille société ne compte que très peu de femmes dans ses Comex9.

1 % au Japon, 8 % en France, 11 % en Angleterre, 14 aux États-Unis, et oh ! Miracle, Guinness-Book adoré, un petit 21 % en Suède, qui place ce pays comme l’un des plus performants en matière de parité. C’est dire, l’absurdité du monde, dans lequel nous vivons !

Oui, j’imagine bien à quoi vous êtes en train de penser là !

Je ne suis qu’une pauvre chalala de compétition qui ne fait qu’enfoncer une porte ouverte pour se donner un semblant de consistance qui ne se réduise pas qu’à de prodigieuses mensurations !

Eh bien ! Je vous le dis comme je le pense, je vous emmerde tous !

Oui, tous ! Que vous soyez un homme, une femme, ou que sais-je d’autres qui se permettent de porter un jugement sur moi sous le seul prétexte que je suis ce que vous auriez toujours aimé être, et que vous ne serez jamais !

Pourquoi devrais-je supporter ce mal-être qui vous contraint à ne voir de moi que ces courbes qui vous font baver d’envie ?

Je suis ce que je suis, et au risque de mettre définitivement fin à notre discussion, je vous dirais que ce n’est certainement pas moi qui vous ai invité à lire ce journal intime que je suis en train d’écrire.

Chacun est libre de faire ce que bon lui semble, cependant si vous restez là près de moi, il faudrait que vous compreniez une fois pour toutes que j’en ai soupé de vos réflexions. Je ne vous demande certainement pas de m’apprécier, mais seulement de bien vouloir respecter qui je suis, et ce, même si au plus profond de vous, vous n’espérez qu’une seule et unique chose, que je confirme par mes actes, que je suis bien celle que vous imaginiez.

Que puis-je y faire moi, si le ciel m’a tout donné ? Je ne vais tout de même pas m’excuser d’être ce que je suis pour satisfaire tous ces complexes qui font de vous des personnes aigries ? Ne pensez-vous pas qu’il serait bien plus constructif pour l’un comme pour l’autre de s’abreuver respectivement de ce que nous sommes pour avancer ensemble dans ce monde qui n’a de cesse de poser une étiquette sur chacun d’entre nous ?

J’ai bien conscience que nous n’avons certainement pas les mêmes priorités dans la vie. Pour vous, il s’agit j’imagine de vous assurer qu’un mois ne se résume pas à quinze premiers jours de vache maigre pour se finir sur quinze autres où il n’y a pas même un pauvre bovidé dans votre pré.

Et encore, s’il n’était question que de cela, hein ? Il y a j’imagine bien d’autres choses qui font que vos priorités soient si éloignées des miennes ! Quand il s’agit pour moi de savoir si aujourd’hui je vais mettre cette jupe, cette robe ou ce pantalon taille basse, il est davantage question pour vous de trouver un quelconque bout de tissus qui saura cacher ces quelques kilos de trop qui viennent incommensurablement vous narguer sur cette balance que vous avez eu le malheur d’acheter un jour.

Et admettons qu’en ce qui concerne votre poids, cela ne soit plus un problème pour vous, tant vous êtes convaincu que des filles comme moi ne peuvent exister qu’à travers de grands coups de Photoshop ; Vous devez néanmoins trouver ridicule que j’en fasse des tonnes sur ces pauvres pourcentages de Comex bien pauvres en jupons ?

Oui, j’imagine bien que vous n’ayez que faire de tout cela tant il est important pour vous de pouvoir déjà être assurée qu’une autre paire de fesses ne vienne pas remplacer les vôtres derrière cette caisse d’hypermarché qui vous a ouvert ses portes après votre bac + 5.

Soit, j’en conviens, mais n’est-il pas là simplement question d’un simple numéro gagnant qu’une despotique roulette aurait attribué à l’une pendant que l’autre s’acharne à faire tomber quelques pièces de monnaie d’un pauvre penny pusher10 ?

Ceci dit, est-ce une raison qui justifie que l’on ne puisse pas s’entendre ? Est-ce une raison qui puisse faire que mes priorités soient à tel point loin de vous que vous n’ayez aucun désir d’en connaître les tenants et les aboutissants, et que vous préféreriez en cela rejeter illico le moindre de mes états d’âme ?

Non ! Je suis persuadée que vous n’êtes pas comme cela ! Si tel était le cas, vous m’auriez quitté il y a bien longtemps déjà, et je serais sans nul doute bien loin de pouvoir partager avec vous ce que j’ai décidé de faire aujourd’hui après avoir lu cet article du Guardian.

Eh oui ! Parce qu’aussi étrange que cela puisse paraître, j’ai décidé de faire autre chose qui ne se réduise pas seulement à vous narguer tout en sirotant une tasse de thé sur la terrasse de mon loft new-yorkais !

Je suis certes particulièrement convaincue de mes attraits et de la chance que j’ai d’être ce que je suis, mais je ne vois cependant pas l’intérêt qu’il y aurait à ce que je poursuive cette conversation s’il ne s’agissait pour moi que de vous confronter plus que vous ne l’êtes déjà à la réalité de votre condition qui n’a certainement rien d’enviable.

Plus ça va, plus j’imagine, que vous aimeriez m’envoyer dans la figure l’une de ces bonnes vieilles gifles qu’un talentueux Claude Pinoteau11 a su immortaliser en la faisant claquer sur la joue d’une petite Isabelle qui regarde avec arrogance, un charismatique Lino Ventura qui ne peut contenir sa colère.

J’ai bien conscience que mon attitude puisse paraître déplaisante, pour ne pas dire provocante, mais pourquoi devrais-je m’interdire de dire les choses telles que je les pense ? Ne suis-je pas en train d’écrire sur mon journal intime ?

Je peux peut-être me tromper, mais pour moi s’il est un lieu dans lequel hypocrisie et dissimulation n’ont pas droit de cité, c’est bien dans ce type de journal qui se doit de recevoir des mots qui ne s’embarrassent pas d’une quelconque imposture.

D’un autre coté, c’est vrai que vous êtes en train de me lire, ce qui est au demeurant contraire à toutes les règles inhérentes à ce type d’exercice littéraire qui se voudrait dit-on, très intime et bien loin d’un quelconque désir d’exhibition.

C’est vrai, là est tout le paradoxe de notre rencontre et de cet échange que j’ai initié avec vous alors qu’a priori vous n’avez rien à faire à mes côtés.

En disant cela, je me rends compte qu’en fait, cela ne pourrait-être autrement car au plus loin que je puisse me rappeler, j’ai toujours eu cette tendance à m’inventer une amie imaginaire avec qui j’ai partagé mes jeux d’enfants, puis plus tard de longues discussions dans l’une des innombrables chambres d’hôtels dans lesquelles j’attendais l’un des mes bookers pour une énième série de photos.

D’aucuns verront là de quoi s’inquiéter pour ma santé mentale, pourtant je vous l’assure sauf erreur de ma part, je pense être tout à fait saine de corps, bon ça, vous le savez, et surtout d’esprit, et ça, je vous le concède, vous pourriez peut-être en douter.

Non, c’est juste que je suis ainsi, et qu’à l’heure où j’ai décidé de débuter ce journal intime, votre présence à mes côtés s’est imposée à moi. Me répandre dans un long monologue m’est tout bonnement impossible, alors comme je désire du fond du cœur poser ces mots sur le clavier de mon ordinateur, je ne peux que dialoguer avec vous jusqu’à envisager même que ce que vous considérez arrogant et prétentieux vous agace à un tel point que vous ayez envie de me gifler.

C’est bon ? On peut continuer ? Ou dois-je peut-être patienter encore quelques instants pour vous laisser le temps de contenir cette irrépressible envie que vous avez de marquer de votre empreinte cette joue qu’aucun amoureux de la Nature ne pourra jamais comparer à celle d’un joli petit hamster qui mange une carotte.

Ok ! Ok ! J’arrête ! En même temps, ce n’est pas moi qui me suis comparée à cet adorable petit rongeur quand je vous ai dit que mon visage avait ce que l’on nomme un « ratio optimum » !

C’est un comble tout de même ! D’un côté, vous donnez le bâton pour que l’on vous batte, et de l’autre, vous n’acceptez pas que l’on puisse s’en servir contre vous.

N’y aurait-il pas là quelques fausses modesties de votre part, juste pour vous assurer un compliment de ma part qui ne serait motivé que par une bienséance qui sied à ravir à tout bon hypocrite qui se respecte ?

Si vous-même vous dites que vos joues ressemblent à celles d’un hamster, c’est peut-être tout simplement parce que c’est le cas. En même temps, le mot Hamster, ne vient-il pas de l’allemand « hamstern » qui en français dans le texte signifie : « faire des réserves » ?

Ok ! Ok ! J’arrête ! Mais bon ! S’il suffisait d’aller chercher la racine d’un mot pour justifier une soi-disant ressemblance, à quel autre animal pourrais-je donc vous comparer en ce qui concerne votre cellulite ?

Ok… ! J’arrête ! Mais pour tout vous dire, c’est ridicule de prendre à cœur de telles réflexions. Je suis ce que je suis, et vous êtes ce que vous êtes, et ce n’est certainement pas moi qui ai eu à un moment donné, le désir de vous mettre une quelconque claque ! Non mais !

Ceci dit, il est bientôt 11h30, et vous ne savez toujours pas ce qui m’a motivé à débuter aujourd’hui un nouveau journal intime. Du moins, vous ne savez pas ce que j’ai derrière la tête car en ce qui concerne la chose qui m’a fait prendre mon ordinateur pour y poser ces premiers mots, vous savez qu’il s’agit de cet article du Guardian que je viens de lire.

Quoi qu’il en soit, vous devez certainement vous demander où je veux en venir avec cette histoire de Comex à la misogynie paroxystique ! Moi-même je l’avoue, je ne sais pas trop en fait pourquoi j’ai réagi de la sorte. En effet, je ne suis pas une perdrix de l’année. Oui, une perdrix ! Excusez-moi du peu, mais je ne vois pas pourquoi je devrais m’affubler d’un quelconque perdreau sous le seul prétexte qu’une expression en a décidé ainsi.

Ah ! Je vous ai bien eu là, hein ? Vous pensiez certainement j’imagine qu’il s’agissait là pour moi d’imposer un féminin en lieu et place d’un masculin alors qu’en fait il vous aurait suffi d’un semblant de culture générale pour savoir qu’un perdreau n’est qu’une jeune perdrix âgée de moins d’un an. Aussi surprenant que cela puisse paraître, si j’ai préféré l’un à l’autre, ce n’est certainement pas dans un souci exacerbé de parité sémantique mais tout simplement pour éviter d’utiliser une expression populaire qui se satisfait d’un singulier pléonasme.

Considération ornithologique et sémantique mises à part, comme je vous le disais, et pour utiliser cette fois-ci une expression populaire qui vous parlera peut-être davantage, j’ai la prétention de n’être pas tombée de la dernière pluie. Je sais très bien que notre société est à tel point patriarcale qu’elle n’a de cesse d’imposer à tous, et en particulier à nous les femmes, la dominance d’un genre qui a le plus grand mal à se défaire de sa peur ancestrale de castration. Pourtant à la lecture de ces quelques pourcentages que mon petit Guardian m’a proposés aujourd’hui, c’est comme si ce n’était plus simplement de la condition de la femme dans notre société dont il était question, mais de ce que je suis et de ce que j’ai toujours été dans ce monde dans lequel je pensais avoir trouvé ma place. Là est en fait tout le sens qui doit être donné à ce journal intime que je partage avec vous.

Eh oui ! Aussi surprenant que cela puisse paraître, il s’agit pour moi d’une réelle remise en question de ma petite personne. D’aucuns pourraient penser que j’en sois totalement incapable tant j’ai fait preuve depuis les premiers instants de notre rencontre, d’assurance, d’arrogance même, pour ne pas dire d’insolence. Moi-même je l’avoue, je m’étonne de me retrouver à disserter avec vous de la sorte sur ce que je suis au-delà des apparences.

J’ai aujourd’hui vingt six ans, et je ne sais pas pourquoi il a suffi que je lise cet article pour qu’aussitôt j’en vienne à m’interroger sur le parcours qui fut le mien dans cette société depuis toutes ces années.