Le maître de San Marco

Le maître de San Marco

-

Livres
69 pages

Description

Venise, 1530. Qui est le vrai maître de San Marco?? Le doge Andrea Gritti ? Ou plutôt le compositeur flamand Adriaan Willaert, dont les chanteurs meurent mystérieusement assassinés?? Par qui et pourquoi?? C’est ce que le Vénitien Lorenzo et cet autre Flamand Bernardo, dont l’amitié s’est forgée aux temps florentins du Magnifique et de Savonarole, s’efforceront de découvrir à travers ce court roman baigné des mystères de la lagune. – Claude Raucy, né à Vieux-Virton en Lorraine belge, a abandonné avant la retraite son métier d’enseignant pour se consacrer exclusivement à l’écriture. Forte de plus de cent titres, son œuvre comprend des poèmes, des romans, des nouvelles, du théâtre...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 mai 2018
Nombre de visites sur la page 0
EAN13 9782807001633
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page  €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Claude Raucy LE MAÎTRE DE SAN MARCO roman
1. Le doge
Tous ceux qui se trouvaient pour la première fois d evant le doge, fussent-ils d’importants ambassadeurs d’une puissance alliée, é taient tellement impressionnés qu’aucun son parfois ne sortait de leur bouche. Pou r Adriaan Willaert ce n’était pas la première fois, loin de là, qu’il était convoqué au palazzo ducale. En outre, quel que fût le pouvoir du maître de Venise, le maître de San Ma rco avait conscience que son pouvoir à lui était peut-être plus grand : on avait besoin de lui et il le savait. La Sérénissime avait soif de musique et de prestige. W illaert lui donnait les deux. Néanmoins, le chef de chœur attendit un geste du do ge avant de s’en approcher plus. – Mais venez donc, Messer Adriano, venez! Les murs de ce palais ont de fort grandes oreilles et ce que nous avons à nous dire d oit rester secret. Willaert fit quelques pas. Le doge lui désigna un s iège. – J’imagine que comme moi vous avez appris la nouve lle. Je n’arrive pas à y croire. Encore une victime. La troisième en deux semaines. Et tous les trois morts de la même façon. Et tous les trois d’excellents chanteurs de San Marco. La nouvelle s’est déjà répandue dans tout Venise, vous vous en doutez, et les suppositions se font de plus en plus folles. Le doge garda un long silence, pendant lequel il es pérait être interrompu. Mais Willaert, sans dire un mot, regardait le sol. – Zarlino était important pour San Marco, Messer Ad riano? – Tous mes chanteurs sont importants, vous le savez , tous ont leur place et leur voix. – Ne vous énervez pas, Messer Adriano. Je voulais s eulement savoir si vous allez pouvoir le remplacer. – Je vais y veiller dès aujourd’hui. Mais ce ne ser a pas facile. Trois hommes en si peu de temps! Et qui avaient déjà une longue expérience. – Je me demande s’il y a un lien entre ces trois mo rts. Qu’en pensez-vous? – D’évidence, oui. Trois chanteurs étranglés par un e écharpe blanche, c’est plus qu’une coïncidence, non? L’orage grondait sur Venise depuis le matin. Déjà, plusieurs averses de grêle avaient frappé la Sérénissime. – Peut-être ne devriez-vous pas tarder, Messer Adri ano. Écoutez-moi ces coups de tonnerre. On n’a jamais vu ça à Venise. – Je ne rentre pas chez moi. J’ai à faire à San Mar co. J’espère qu’il n’y aura pas d’absents, cette fois. – Oui, vous m’avez déjà parlé de ces absences. Je n e puis rien y faire, hélas. Comment les empêcher de travailler avec les Scuole Grande? – Mais qui est le maître de Venise? N’est-ce pas vous? Le doge hocha la tête. Un petit sourire dont il éta it coutumier fit trembler ses lèvres fines. – Je pense, Messer Adriano, qu’il n’y a qu’un seul maître véritable, Celui qui nous attend Là-haut. Moi, vous savez, j’ai moins de forc e à Venise que l’acqua alta. Celle qui nous menace pour l’instant, entre parenthèses! Un coup de tonnerre plus fort que les autres sembla lui donner raison. – Qu’êtes-vous en train de nous préparer avec vos c hanteurs, Messer Adriano? Une nouvelle messe? – Je travaille de plus en plus à descori spezzati. – Ah oui, vous me l’avez dit. Mais abuserais-je de votre patience si je vous demandais de m’expliquer encore une fois de quoi il s’agit? Adriaan Willaert aimait parler de son art. Il ne co mprit pas que l’intérêt du doge était de pure politesse. Il expliqua donc avec toute la s cience pédagogique dont il usait quand il s’adressait à ses élèves : – Eh bien, contrairement auxsalmi a versi, où chaque vers forme une unité séparée, lessalmispezzatie coupureconstruits de telle façon qu’il n’y ait pas d  sont entre les vers mais seulement un changement de grou pe. C’est pourquoi je place des voix dans lepulpitum novum lectionum, mais aussi dans lepulpitum magnum
cantorum, celui où vous prenez place lorsque vous venez à S an Marco. Mais mes explications sont peut-être embrouillées. – Non, non, c’est très clair, Messer Adriano. Si se ulement les hommes qui recherchent notre meurtrier voyaient plus clair, eu x aussi! Une écharpe blanche, c’est étrange, n’est-ce pas? Qu’en pensez-vous, Messer Adriano? Y aurait-il une femme dans tout cela? La réponse de Willaert semblait importer peu au dog e. Il se leva pour signifier que l’entretien était terminé. Comme le maestro s’éloig nait, le magistrat ajouta : – Revenez donc demain à la même heure. J’aurai une surprise pour vous. Dehors, l’orage continuait à gronder et l’eau du ca nal commençait à déborder.