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Le prince de Djenkana

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C’est l’ère de la révolution industrielle. La république de Bibérossa a besoin de matières premières et de nouveaux débouchés au moment où elle sort affaiblie d’une guerre qui la voit perdre l’essentiel de son empire colonial outre-eaux. Le continent noir devient soudain un enjeu. L’immense territoire de Walinga sera la toute nouvelle cible. Amenée par son jeune et talentueux capitaine, la grande armée de Bibérossa se heurtera contre toute attente à la farouche résistance des indigènes de Djenkana affûtés dans l’art guerrier. Le Prince de Djenkana revisite l’épopée coloniale de l’Afrique subsaharienne et engage la responsabilité de toutes les parties impliquées dans la destinée d’un continent encore en quête de repères

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Ajouté le 01 janvier 2012
Nombre de lectures 5
EAN13 9789956429806
Langue Français
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Badiadji Horrétowdo
Le Prince de Djenkana
roman
Collection Panaf
Éditions Proximité & Classiques Ivoiriens
Avril 2018
1© Éditions Proximité, avril 2018
République du Cameroun.
Tél 237 99859594/6 72 72 19 03
Couriel :editionsproximite@yahoo.fr
Site web : wwweditionsproximité.cm
ISBN : 978 9956 429 80 6
2A ces innocents aux destins spoliés, victimes d’aliénation en
terres natales ;
A tous ceux qui, par leurs courage et sens de sacrifce, ont
voué leur vie à la lutte pour la libération et l’émancipation de
leurs peuples ;
A tous ceux qui, par leur indéfectible et ardente abnégation,
n’ont eu de cesse de militer contre les injustices sociales, d’œuvrer
pour l’avènement des sociétés démocratiques, respectueuses des
valeurs de liberté, de justice sociale et d’égalité.
3Du même auteur :
Chronique d’une Destinée, Société des Écrivains,
Paris, 2006
Le Prince de Djenkana, Société des Écrivains,
Paris, 2010
Échos du bercail, Ifrikiya, Yaoundé, 2013
L’âme perdue, Proximité, Yaoundé 2015.
4PRÉFACE
L’annonce, pour le moins inattendue, a été
largement relayée par les médias internationaux au
début de septembre deux mille huit. L’Italie a en
effet consenti à verser la rondelette somme de cinq
milliards de dollars à la Libye, en dédommagement de
la colonisation de ce pays pendant la première moitié
du vingtième siècle.
L’option en elle-même est sujette à débat, en ce
sens que la problématique de la colonisation ne saurait
être singulièrement appréhendée sous le prisme de la
compensation matérielle, qui suppose notamment
une évaluation absolue de dommages induits.
Au-delà de toutes les considérations légitimes,
il est à mon humble avis fort judicieux de décliner
la question de la colonisation dans ses dimensions
morale et mentale, tant il me semble utile de relever
ici que la colonisation demeure avec l’esclavage, ces
épisodes de l’histoire de l’humanité qui ont pour le
moins fortement infué sur la destinée du continent
noir. S’il apparaît fnalement du destin de l’Afrique
que celui d’intégrer la civilisation occidentale au
titre de l’une des composantes principales de son
accomplissement aussi bien en termes de progrès
social que de développement, force est cependant
de constater que jamais le continent et notamment
dans sa partie subsaharienne, ne se sera disposé
à une quelconque ambition d’appropriation, et à
fortiori celle d’en faire véritablement un argument
des souverainetés nationales encore pour le moins
douteuses. Qu’on se le dise, de toutes les formes
5d’oppressions ayant tragiquement émaillé l’histoire
de l’humanité, l’esclavage et l’impérialisme occidental
restent d’un niveau de corrosivité probablement
sans équivalent, sans pour autant se prévaloir d’une
culpabilité exclusivement exogène aux colonisés
eux-mêmes, non, loin s’en faut. Car au demeurant,
et c’est le cas de l’affrmer d’ores et déjà ici et avec
force, l’Afrique ne doit qu’à elle-même ses propres
turpitudes. C’est à elle que reviennent absolument la
liberté et l’obligation de faire triompher la Raison, sa
Raison à elle, sur ses propres inepties foncièrement
autodestructrices.
Quoiqu’il en soit, la démarche de l’Italie reste
en elle-même la reconnaissance concrète et morale
manifestée à l’endroit d’un épisode pour le moins
obscur et sinistre de l’histoire du continent noir,
lequel épisode qui n’a de cesse de susciter de vives
controverses chez les intellectuels en général, et les
historiens en particulier.
Mais Le Prince de Djenkana se veut avant tout une
contribution aux débats qui puise son inspiration dans
l’histoire coloniale du continent noir, en même temps
qu’il expose les événements contemporains plus ou
moins corollaires. Il s’agit ici de la mise en perspective
sous un angle romanesque, d’une problématique sur
laquelle, loin de toute idée simpliste d’accusation
ou encore de victimisation, il ne saurait être non
plus question d’une absolution de l’une des parties,
et notamment dans un contexte où la culpabilité
apparaît désormais et de façon plutôt sinistrement
banale, bien plus celle des colonisés. Le jugement
ne peut donc être défnitif ! En vérité l’enjeu de la
6présente narration est de mettre en exergue ces maux
qui minent des sociétés pour le moins étiolantes, aussi
bien sur le plan structurel que sur le plan humain,
en termes des valeurs sociales, la morale et l’éthique,
ces sociétés en prise avec la plus pernicieuse des
perditions : celle de la morale humaine.
Dans les rues tout comme dans les institutions,
publiques, parapubliques et, à de degrés probablement
moins désastreux mais bien réels et tout aussi
problématiques, privées, ces vérités sont là, par très
criardes, oppressives et suffocantes pour présumer
un avenir plutôt douloureusement hypothétique. Nul
besoin d’un microscope, d’une loupe, d’une paire
de jumelles et encore moins d’un télescope pour
s’en apercevoir… Et nul besoin d’une quelconque
expertise pour se résoudre à un verdict pour le moins
effroyablement laconique et implacable. L’Afrique,
exaspérément réduite à une funeste posture de
fguration, n’a pas su ou pu se développer une
quelconque conviction idéologique, encore moins
celle qui se destinerait à l’épanouissement légitime de
ses flles et fls. En dépit de ses richesses naturelles
plutôt à profusion, le continent a collectionné des
échecs à tour de bras, économiques, politiques
et, bien plus graves, humains. Nombreux sont les
experts économiques qui ne parlent plus de PIB,
taux de croissance ou encore balance commerciale
pour mesurer le sous-développement des pays
africains, plutôt de seuil de pauvreté dont les revenus
des habitants par jour (moins d’1 dollar), le taux de
progression démographique, les conditions d’hygiène
et l’expansion des épidémies, ou encore le taux
d’alphabétisation. Une tragédie !
7Mais l’Afrique ne doit qu’à elle-même sa tragédie
à elle. Pour être clair, l’Afrique n’a absolument
pas de quoi pavoiser. Le gouffre du désastre est si
profond, l’échec si patent qu’il apparaît désormais
anecdotique d’annexer toute autre responsabilité à
celle de l’Afrique elle-même. Et de fait, l’Afrique a le
plein choix de s’enliser dans la sinistre condition qui
est la sienne et dans ce cas, n’ayant donc piteusement
rien compris de l’essence même de la Raison humaine
en opposition à ce que nous baptisons la « Bestialité
humaine », ou alors elle se résout une fois pour toute
à s’engager véritablement dans la voie du progrès
social et de développement.
Ainsi par un après-midi de l’une de mes conférences
à Yaoundé, une dame à l’orée de la quarantaine, à
l’allure accablée mais digne, lotie au bon milieu d’un
auditoire visiblement en quête d’une autre symphonie,
prit parole.
— Mais monsieur Horrétowdo, comment
pouvons-nous nous en sortir ? N’oubliez surtout pas
que le pays est entre les mains des Blancs !
— Je ne sais pas, répondis-je, si le pays est entre les
mains des Blancs ou non. Mais si vous me permettez,
Madame, ce n’est pas là la question à mon sens. Je
note simplement que le président de ce pays est
Camerounais comme vous et moi, et qu’il n’est pas
Blanc. Aussi avant d’accuser quelque peuple halogène
que ce soit, je pense que nous devons d’abord nous
regarder nous-mêmes, ce que nous sommes réellement,
ce que nous valons et surtout cette image que nous
refétons de nous-mêmes et de notre pays. Je ne peux
pas comprendre et encore moins accepter que les
8Blancs puissent parvenir à empêcher un peuple d’un
pays dit offciellement indépendant et souverain de se
déterminer par lui-même, d’œuvrer pour son propre
développement ; pour autant bien entendu que ce
peuple se sente en devoir d’exister en tant que peuple,
investi d’obligation de nobles accomplissements que
cela implique, un peuple qui entend ainsi et seulement
ainsi, justifer son appartenance à la société humaine,
c’est-à-dire fnalement au même titre que les Blancs.
La Science a apporté la preuve de l’unicité du genre
humain. Le Cameroun, entre autres pays, devra le
démontrer !
J’ignore si ma réponse avait apporté, un tant soit
peu, éclairage aux interrogations de la dame. Elle avait
l’air quelque peu confuse, assez cependant pour trahir
un certain embarras mêlé d’amertume. Probablement
cette nouvelle gêne, plutôt horriblement oppressive,
qu’elle éprouvait désormais à l’égard d’un monde, son
monde à elle, qu’elle ne semblait à jamais disposée à
comprendre.
Mais elle le sait, le cri qu’elle pousse resterait
inaudible des consciences indolentes !
A l’évidence, l’entrave majeure au progrès de
l’Afrique relève plus de la mentalité dominante
chez les peuples africains qu’autre chose. L’Afrique
doit absolument faire preuve d’un sens de dignité
et de responsabilité, d’orgueil et d’amour propre,
et s’attacher à ces fondamentaux de patriotisme
sans lesquels aucun peuple digne de ce nom ne
peut aspirer à l’épanouissement des siens. Et il y a
bel et bien urgence. Disons-le tout net, l’Afrique
est descendue si bas, si bas que s’interroger sur ses
9aptitudes de survie dans les décennies à venir n’a rien
de science-fction. La problématique dont il est ici
question, tire source surtout d’un certain état d’esprit
collectif, d’une certaine psychologie globalement
prédominante. Affronter les enjeux cruciaux qui
en découlent, implique avant tout la nécessaire
remise en question de cet état d’esprit collectif, de
cette psycholologie globalement prédominante,
assurément rédhibitoire et dont il est impérieux
de s’affranchir pour se ménager le minimum ou
plutôt, l’essentiel des ingrédients du progrès social
et de développement sans lesquels la condamnation
serait inéluctable ; et avec elle, cette idée tout aussi
élémentaire mais fondamentale d’évolution positive
qui relèverait toujours du domaine de l’utopie.
De la capacité et de la volonté des peuples africains
à prendre véritablement conscience des impératifs
qui s’imposent à eux, dépend essentiellement le
salut, et de rien d’autre. Et si l’Afrique prenait ainsi
véritablement conscience des défs qui s’imposent à
elle, alors elle se déterminerait par elle-même autant
qu’elle s’investirait résolument à l’édifcation des
sociétés sensées, imbues des valeurs dignes d’être
défendues et perpétuées par ses générations futures.
Puisqu’elle ne pourrait prétendre exister autrement,
puisqu’il en va de sa destinée dans cet univers pour le
moins austère — pour ne pas dire carnassier — du
concert dit des Nations, et particulièrement dans un
contexte qui annonce d’ores et déjà un avenir bien
moins indulgent à toutes les formes d’improvisation.
Au-delà de ces considérations socio-historiques,
Le Prince de Djenkana interroge également la Raison
10humaine dans sa dimension philosophique et donc
universelle. Et de ce point de vue, il s’agit tout
aussi d’une interpellation, d’une lecture qui aspire
véritablement aux valeurs de tolérance, d’ouverture
et de solidarité ici-bas, ainsi donc à l’avènement d’un
monde meilleur en adéquation avec l’esprit et l’idéal
de la raison d’être originelle, dignes d’une humanité
raisonnable voire raisonnée.
Je n’aurais sans doute pu engager la gestation de cet
ouvrage au relent si rétrospectif sans cette exigence
pour laquelle, humblement, je crois éprouver foi.
Au cœur de cette pérégrination jalonnée de
certitudes mais surtout d’incertitudes, cadencées
par de perpétuelles interrogations, s’égrènent ces
mots édictés par des réalités oppressives de par
le continent, ces réalités dans la splendeur des
absurdités qu’elles exhalent, ces réalités auxquelles
se heurte tragiquement mon esprit. Des mots qui
prennent ainsi sensiblement vie, particulièrement en
cette année deux mille dix dite du Cinquantenaire des
indépendances des pays de l’Afrique subsaharienne,
en hommage à ces anonymes et fgures, ces héros
sources de la constance pour laquelle, par adhésion
inconditionnelle — c’est-à dire normale et logique —
aux sens de la Nature, je me détermine résolument.
Je pense à ces innocents aux destins spoliés,
victimes d’aliénation en terres natales.
Je pense à ceux qui, par leurs courage et sens de
sacrifce, ont voué leur vie à la lutte pour la libération
et l’émancipation de leurs peuples.
Je pense enfn à ceux qui, par leur indéfectible et
ardente abnégation, n’ont eu de cesse de militer contre
11les injustices sociales, d’œuvrer pour l’avènement des
sociétés démocratiques, respectueuses des valeurs de
liberté, de justice sociale et d’égalité.
Qu’ils trouvent ici exprimées, les assurances de ma
Considération infnie.
Badiadji Horrétowdo
Septembre 2009
12Première partie
La Conquête
1314Un homme est la somme de ses actes, de ce qu’il fait, de ce
qu’il peut faire. Rien d’autre.
André Malraux
15- I -
— Jamais je ne céderai, moi Sourgana. Jusqu’au
bout je me battrai. à mort s’il le faut, je combattrai
les mécréants Bibérossa… Djenkana ne pliera pas…
Djenkana vaincra… Djenkana debout… Djenkana, à
jamais… Djenkana, pour l’éternité.
Le conclave durait depuis plus d’une heure. Comme
un signe de prémonition, le ciel de Djenkana se voila
d’une toile cotonneuse et sombre qui mit brutalement
en échec la logique du temps à pareil moment de
l’année, au plus fort des austérités sahéliennes. Le Roi
Sourgana arborait la mine des jours graves, cette mine
qu’il ne connut que par quelques rares fois depuis le
crépuscule de son adolescence, une cinquantaine de
saisons fastes déjà.
La première, si lointaine, reste liée à cette défaite
historique essuyée par son feu géniteur contre les
Yarembé. Le jeune Sourgana parachevait alors son
parcours initiatique par une cuisante et retentissante
défaite des siens. Et chez les Djenkana, cette défaite
annonçait surtout une tragédie, le décès du roi, le roi
Demséla. Très âgé et très digne pour digérer l’affront
subi par son peuple, ce dernier succomba reclus dans
son alcôve par une nuit du lendemain de la terrible
et inattendue déconvenue qui éveillait déjà d’autres
velléités belliqueuses dans le Walinga.
Et cette défaite, le tout nouveau roi Sourgana
l’avait vécue avec frustration et amertume, d’autant
plus grandes et inconsolables que les Yarembé, eux,
les avaient longtemps subies pour ne pas exulter, des
semaines durant, après leur victoire historique. Et
c’est sans surprise qu’il se jura de restituer au peuple
16djenkana son âme de conquérant et de seigneur dans
le Walinga.
Après avoir péniblement fait le deuil de son feu
et mythique roi, Djenkana bascula dans une nouvelle
ère cadencée dans ses premiers atermoiements par
une seule et unique obsession, celle de la revanche
sur les Yarembé. Et les préparatifs durèrent quelques
mois, pas plus.
Et la revanche fut alors cinglante, sans appel. Et
Djenkana retrouva son rayonnement, tel que son
peuple l’avait façonné à travers temps ; un peuple
épris d’un sens quasi absolu de dignité sinon, imbu
de lui-même.
*
* *
Les Djenkana avaient entendu parler des Bibérossa.
Mais à la faveur d’une région continentale cernée
des massifs escarpés, si isolée et éloignée de la côte,
ils n’avaient été jusque-là en prise qu’avec quelques
aventuriers, animés d’insaisissables curiosités plutôt
que par une quelconque idéologie, sinon celle de la
découverte dans son sens canonique à la candeur
exquise. L’isolement et l’éloignement des Djenkana
leur avaient sûrement épargné ces humiliations
des plus acerbes d’autrefois ; ces humiliations qui
contrastaient tragiquement avec ce sens quasi absolu
de dignité auquel ce peuple restait invariablement
attaché au fl des générations.
Mais à présent le temps pressait. Les derniers jours
de Djenkana libre semblaient comptés. Le roi Sourgana
17n’avait d’alternative que celle d’aller vite, vite et avec
doigté : organiser effcacement la résistance face aux
Bibérossa et d’ailleurs, un messager venu quelques
heures auparavant de Donsana lui colportait la très
mauvaise nouvelle. Takina, Kossembé, Dilounga et
bien d’autres enclaves de Walinga étaient désormais
tombées entre les mains des Bibérossa. Et les rois
qui avaient refusé allégeance au Grand-maître étaient
incarcérés.
Les Bibérossa avançaient. Sauf peut-être un
miracle dont la forme restait encore à esquisser,
bientôt ce seraient Macébé, Yarembé et Donsana.
Puis, le géant Djenkana.
Pour l’heure, le roi Sourgana avait catégoriquement
rejeté l’ultime demande d’allégeance de l’État-major
des Bibérossa. C’est lui qui incarnait l’âme des
Djenkana, et c’était lui le dépositaire de la souveraineté
des siens, particulièrement dans un contexte tout
émaillé d’adversité, ces confits et ces affrontements
perpétuels avec les nyassagnes, les étrangers.
Et chez les Djenkana, prêter allégeance aux
nyassagnes, quels qu’ils soient, n’a jamais constitué ne
serait-ce qu’une hypothèse de réfexion.
18- II -
Du haut de son mètre quatre-vingts sous la toise,
juchait un offcier au sens de la patrie et de l’honneur
éprouvé. Réputé homme de devoir, il comptait à son
actif ces prouesses dignes de génie qui, malgré son si
jeune âge, la trentaine à peine, en faisaient une fgure
dans l’armée bibérossa. Un exemple d’excellence,
le plus complet de sa génération, doté d’une
détermination et d’une intelligence tactique à toute
épreuve. La race des géants ! Et déjà les statistiques,
un testament de son talent confrmé.
Promu aux grades supérieurs, il déclina ces offres
successives pour conserver le titre de capitaine qu’il
affectionnait tant. Pour l’offcier Tamarhis, capitaine
est naturellement synonyme de meneur, et, plus que
tout autre grade dans l’armée, celui-ci rimait avec
l’idée qu’il se faisait de sa vocation naturelle.
Pressenti pour les hautes études scientifques,
pour lesquelles il présentait indubitablement des
prédispositions dont s’enorgueillirait tout géniteur, il
opta envers et contre tous pour l’armée, avec pour
seul dévolu le grade de capitaine. à titre dérogatoire,
l’État-major accéda à sa demande. Et depuis quelques
années, le capitaine Tamarhis valait en réalité bien plus
que le grade de capitaine qui ornait ses épaules, bien
plus que l’écusson de capitaine qui bardait sa poitrine.
Il bénéfciait au sein de sa famille corporative, d’un
traitement pour le moins singulier !
Sa mission se résumait en un seul point : aucune
enclave ne devait échapper à l’autorité du
Grandmaître. Et le Grand - maître légitimait sa conquête
par le Traité. Le grand Traité. Il fallait donc avancer,
19et vite. Dans une région connue pour ses chaleurs et
moustiques, ses forêts et savanes, ses montagnes et
grottes, ses vallées et rifts, avancer vite dans la conquête
se révélait pour le moins synonyme d’exploit, tant il
était aussi de la réputation des peuples de Walinga
d’être non seulement viscéralement hostiles aux
invasions étrangères, mais aussi affûtés à l’art guerrier.
Même si le plus dur restait encore à accomplir,
le capitaine Tamarhis avait une fois de plus su
rapidement s’adapter à un contexte tout nouveau.
Et déjà à son actif, Takina, Kossembé, Dilounga…
Mais plus que toutes les enclaves encore debout, c’est
Djenkana qui polarisait les soucis du vaillant et génial
offcier de Bibérossa.
Signe de sa « grande avancée », Djenkana avait
déjà sa propre écriture, essentiellement basée sur les
symboles. Le djenka.
Le djenka s’écrit, et la missive poétique aux accents
de défs du roi Sourgana, dont le capitaine Tamarhis
prenait connaissance [par traducteur interposé]
depuis son bureau au quartier général des opérations
à Côteville, la nouvelle cité, l’ex-comptoir, ne devait
guère apaiser le patron de Civilis, du nom de code de
l’opération de conquête de Walinga.
« Ose, toi le mécréant !
Jamais moi Sourgana, le roi du grand peuple
djenkana, ne pliera devant la demande illégitime d’un
odieux.
De sang, moi Sourgana, le roi du grand peuple
djenkana.
De devoir, je dois allégeance qu’au dieu djenkana.
De sang, je vaincrai les satans.
20 Oh ! dieu de Djenkana !
Honnis soient les esprits injustes.
Bannis soient les esprits sans scrupules.
Maudits soient les esprits méchants.
Oh ! dieu de Djenkana !
Mort aux ennemis du grand peuple djenkana.
Djenkana ne pliera pas.
Djenkana vaincra.
Djenkana vivra.
Djenkana debout et fer.
Djenkana à jamais.
Djenkana pour l’éternité. »
Signé Sourgana,
Roi émérite du grand peuple djenkana.
Incrédule, le capitaine Tamarhis faisait déjà face
au seul roi qui osait se dresser à son encontre, avec
cette extrême désinvolture qui n’avait d’égale que son
grand étonnement. De quoi faire vaciller le Capitaine
de ses certitudes, n’eût été cette foi cardinale qu’il
vouait à l’arsenal dont il était doté.
Trois bataillons de l’armée moderne déployés sur
trois fronts à l’assaut de Walinga, ça anéantit toutes
formes de résistance des primitifs insignifants.
Assurément. Même s’il n’avait pas encore rencontré
les Djenkana, encore moins échangé avec ce peuple,
le capitaine Tamarhis avait appris qu’il n’était de leurs
habitudes que de s’attacher inconditionnellement
aux convictions séculaires et intemporelles qui les
animaient. Il savait alors que la tâche ne serait pas des
plus simples. En offcier intraitable, lui le capitaine
21Tamarhis viendrait tout de même à bout de Djenkana.
Sourgana serait traduit en cour martiale pour
ses propos xénophobes, méprisants et injurieux à
l’encontre des valeurs universelles.
Mais ce n’était toutefois pas la priorité du moment !
Il se rappela subitement que plusieurs embuscades
avaient engendré des pertes suprêmes dans la
conquête de Dilounga. Et la tension devenait
soudain perceptible sur son visage rougi. Ces pertes
étaient bien inacceptables, même contre une armée
conventionnelle. Le dépit du Capitaine en était plus
grand à la suite d’une bataille contre de « simples
primitifs », c’est-à-dire ceux-là même « qui n’ont rien
apporté au Savoir et qui ne divergeaient véritablement
des primates que par un langage à peine mieux
rafstolé ».
Plutôt bienvenue, la douce sonnerie du carillon
l’extirpa des tenailles qui maintenaient ses sens
comme sous anesthésie générale.
— Oui, entrez !
— Mon Capitaine, le commandant Korga de
retour du front.
— Parfait, je le reçois tout d’suite, madame Till.
Le soleil faisait déjà ses adieux provisoires sur la côte
Ouest. Éreinté par une journée fort mouvementée,
le capitaine Tamarhis aurait d’ordinaire ajourné
toute rencontre, fût-elle avec le commandant Korga,
son collaborateur le plus en vue. Seulement voilà,
les données glanées par le Commandant sont de
précieux gisements à exploiter sans délai dans la suite
de la conquête. La porte qui s’ouvrait, repoussait sans
ménagement la nuit qui tombait pourtant.
22- III -
Les heures nocturnes s’égrenaient au galop. Aux
échanges soutenus et acharnés, faisaient échos tout
près, hululements de hiboux et aboiements de chiens,
et, au lointain, ces cris sporadiques des primates en
dérangement et ces mélodies fugaces d’oiseaux divers,
tous en marge du drame qui se tramait.
S’il était une qualité que tous lui reconnaissaient,
c’est bien cette forme de « management participatif »
à laquelle il restait attaché en toutes circonstances.
Il ne l’avait appris de personne, sinon de son feu
géniteur qui, de son règne, aimait à se répéter qu’« un
roi reste au service de ses sujets ».
Être au service de ses sujets, le roi Sourgana l’était,
mieux, il était à leur écoute. L’essentiel des décisions
résultait des débats du Conseil — composé des
ministres, conseillers et apparentés, désignés par le
peuple —, dont lui Sourgana faisait partie à titre de
roi, aux côtés du vieux Tergala, l’inamovible gardien
du temple Djenkana. Par certains cas, quand l’intérêt
supérieur du royaume l’exigeait, le roi prenait seul
les décisions. Ces décisions qui étaient unanimement
acceptées et qui, au demeurant, constituaient les
exceptions qui confrment cette autorité incontestée
dont il jouissait auprès des siens. Même si le titre de roi
n’était pas soumis à élection et qu’il en était d’ailleurs
ainsi dans toutes les monarchies dignes de ce nom,
Djenkana présentait un visage si démocratique et
si luisant qu’il n’enviait aucune autre société, même
celle des Bibérossa si lointaine et encore si étrangère.
Et cela faisait près de six heures que le Conseil
était en conclave. à circonstances exceptionnelles,
23des mesures exceptionnelles. La survie de Djenkana
en dépendait. Et tous ici le savaient, dont le premier
d’entre eux, le roi Sourgana. Lentement peut-être,
mais sûrement en tout cas, les Bibérossa avançaient
avec pour objectif fnal Djenkana et son roi. Ils
tenaient leur légitimité du Traité, et cela, le roi
Sourgana l’ignorait et ne pouvait de toute façon
l’accepter. Depuis l’après-midi de la veille, il n’avait
ni mangé ni bu. Le Conseil également. Ni appétit et
d’ailleurs ni temps, le péril aux aguets.
Peut-être que Sourgana et les siens seraient
défaits, humiliés et réduits pratiquement au rang des
espèces inférieures. Mais avant de parvenir à leurs
fns, les Bibérossa devraient s’atteler à grand renfort
d’artillerie. Sourgana et les siens entendaient verser
leur sang pour la terre de leurs ancêtres. Cette terre
pour laquelle ils vivaient, cette terre pour laquelle ils
se battraient à leur dernière veine encore irriguée,
cette terre pour laquelle ils donneraient de leurs âmes
téméraires et loyales.
« Djenkana ne pliera pas, Djenkana vaincra !»
Telle était la devise que lui concéderait, volontiers,
le Walinga !
24- IV -
Par des temps hostiles, Djenkana savait compter
sur lui ; lui qui, quoique ployant désormais sous le
poids des ans, n’avait jamais ménagé ses efforts quand
il s’agissait de la destinée de Djenkana. Si Djenkana
jouissait d’une forte réputation dans le Walinga, il le
devait également à son très redouté templier dont
les numéros, aussi stupéfants les uns les autres, se
comptaient par dizaines après des décennies de
représentations.
Doté d’un pouvoir qu’il tenait de ses devanciers,
le vieux Tergala était à lui tout seul le premier rideau
de défense dont Djenkana se targuait fèrement de
compter, même si une hideuse tâche nuisait à son
image : la défaite historique contre les Yarembé. Le
jeune Tergala venait alors de succéder brutalement à
son ascendant, le patriarche Souk-Dawara, emporté
par une nuit dans son sommeil, une dizaine de jours
avant les hostilités contre les Yarembé. La révélation
de succession, qui intervenait pourtant naturellement
dans les sept jours qui suivaient la disparition d’un
templier, avait curieusement tardé cette fois à surgir,
mettant en porte-à-faux Djenkana face à l’ennemi
extraordinairement transfguré. Pas suffsamment
préparé pour accomplir au mieux sa mission,
l’expérience par trop limitée du jeune Tergala ne put
aider l’armée de Djenkana. Cette défaite, jour après
jour, semaine après semaine, mois après mois, année
après année, une quarantaine d’années déjà, Tergala
s’en souvient, comme si c’était hier.
Mais il était du destin de Tergala que d’être de son
vivant le plus grand templier que Djenkana ait eu.
25Sourgana et les siens lui doivent la suprématie qui est
la leur dans le Walinga, depuis des décennies.
« Le dieu djenkana a confé à ma lignée cette force
spirituelle au service de mon peuple, et j’en suis à
présent le dépositaire. Mon intelligence n’a de sens que
quand elle continue à œuvrer pour la consolidation
de la puissance de cette force dont je reste le garant
assermenté », ainsi pensait le vieux Tergala.
Et cependant, malgré cette force ou plutôt ce
pouvoir qui lui conférait légitimement une certaine
assurance, le vieux Tergala n’avait jamais été en prise
avec les Blancs, les Bibérossa décidés à s’approprier
du royaume de Djenkana. Et c’est bien cette inconnue
qui tempérait son optimisme. Relativement toutefois.
Il était convaincu de l’idée que lui, Tergala, tenait son
pouvoir du dieu Djenkana, avec une seule mission :
protéger le peuple Djenkana contre ses ennemis,
quels qu’ils soient !
Bon sang ! Pourquoi donc se douter de la victoire
de Djenkana sur les Bibérossa ? Pourquoi s’attendre à
une défaite qui n’aurait aucun sens et qui remettrait en
question cette logique qui a prévalu dans le Walinga
depuis la nuit des temps ?
Si la victoire des Djenkana sur les Bibérossa
n’était pas une certitude, la défaite, elle, semblait
impossible en toute logique. Le vieux Tergala portait
sur ses frêles épaules l’espoir de tout un peuple, le
sien, et il entendait l’assumer tout haut, dignement
et fèrement. Il n’avait pas affronté les Bibérossa ou
leurs congénères par le passé, il se savait cependant
doté de cette faculté qui lui permettait de miser
raisonnablement sur la victoire des siens.
26Tous les examens prédictifs auxquels il s’était
adonné insinuaient que Djenkana ne perdrait pas face
aux Bibérossa. Mais il le savait tout autant, une guerre
ne se déclenchait pas pour se solder naturellement
par un résultat équivoque pour les belligérants.
Occupant la deuxième place du Conseil, juste
après le roi, le vieux Tergala avait surtout compris
que les heures qui suivaient annonçaient cette période
critique, si critique qu’il pourrait perdre à jamais ses
acquis dans le Walinga.

27- V -
Malgré une série de victoires dans l’escarcelle,
c’était un homme peu enthousiaste et peu optimiste
qui prit place par cette fn de journée dans la salle
de réception du capitaine Tamarhis. Les Bibérossa
avaient perdu la puissance coloniale qui était la leur
outre-Océan. Il leur fallait un nouvel empire colonial
digne de ce nom, digne de perpétuer la civilisation
bibérossa, en plus de nouveaux débouchés et d’un
sous-sol hautement garni. Et les Davunka avançaient
à l’Est. Djenkana pourrait être subtilisé aux Bibérossa,
et le vaste Walinga perdrait de sa quintessence
originelle. Le capitaine Tamarhis savait qu’il fallait
conquérir rapidement le Walinga avec un minimum
de pertes ; puisque malheureusement et contre toute
attente, des pertes, il y en avait déjà.
Vêtu de son ensemble kaki bardé de ses distinctions
de capitaine, il longea vers le mini salon de réception
jouxtant son bureau de travail, où il retrouva son aide
de camp.
— Prenez place, commandant Korga.
Il se rappela avoir oublié la carte géographique
de la région qui faisait pourtant partie de ses alliés
privilégiés dans les entrevues professionnelles entre
offciers en pleine conquête. Il retourna vers son
bureau et revint aussitôt avec un exemplaire qu’il
disposa sur le coin de la table.
— Commandant Korga, du café ?
— Avec plaisir, Capitaine.
Il servit deux tasses de café soigneusement
apprêtées dans un thermos par madame Till peu
avant la fermeture du secrétariat, et en présenta une
28à son aide de camp. Impatient du compte-rendu, une
bonne tasse de café le mettrait dans des conditions
idéales d’écoute à un moment où il en avait bien
besoin. Il avait grand espoir que le Commandant lui
drainerait quelques bonnes nouvelles du front, même
si ces nouvelles ne parviendraient de toute façon
pas à diluer le souci exacerbé par la missive pleine
de désinvolture de Sourgana. Les nuits sont toujours
propices aux échanges et aux réfexions. Et c’est bien
connu, les grands offciers les aiment bien par temps
d’hostilité.
— Ils avancent, nos hommes ?
— Péniblement ces derniers jours, Capitaine.
— Ils ne reculent pas, ces indigènes !
— Si, mais non sans opposer une résistance
acharnée, Capitaine.
— Autres diffcultés supplémentaires ?
— Nos hommes des fronts Centre et Sud sont à
présent dans la sous-région particulièrement escarpée
de Yanengué, et les indigènes armés de lances et
fèches hautement empoisonnées excellent dans l’art
de la guérilla d’autant plus que le domaine leur offre
des refuges déroutants pour les nôtres.
Rien de nouveau jusque-là, il le savait depuis
le début des hostilités. La question était surtout de
savoir combien de vaillants manquaient de nouveau à
l’appel. Et cependant, poser une telle question n’était
pas digne de l’offcier de l’armée qu’il était et dont la
mission, à l’instar de toutes celles assignées à pareil
dessein, devait rester immuablement circonscrite à
l’esprit « zéro perte suprême ». Même si des pertes
existaient déjà, il était essentiel qu’il y en eût plus.
Toutefois dans l’absolu, ce qui comptait le plus,
29c’était bien l’avancée des troupes. Il déploya la carte
sur la table vitrée entre les deux tasses de café. La
sous-région s’étalait sous ses yeux, comme il aimerait
rapidement la voir sous ses talons, au propre comme
au fguré. Le Commandant situa le front d’un tour
d’index de sa main droite, et avec ce geste, le constat
glacial et frustrant du retard sur le programme.
— à ce rythme nous devrions dire adieu à
Djenkana au moins !
— Nous ne pouvons nous permettre une telle
forfaiture à l’encontre de la République, Capitaine !
— Quelles que soient les diffcultés, une armée
bien aguerrie telle que la nôtre aurait plus avancé sur
le terrain, voyons !
— Exact, mais la réalité doit tenir compte de ces
pertes importantes qu’essuient nos troupes.
— Eh bien, commandant Korga !
— Le bilan s’est alourdi, Capitaine.
— Dis donc !
— Le sergent Kluss a succombé à ses blessures en
pleine opération d’évacuation dans la nuit.
— Mais non !
— Que si. Et trois embuscades ont ce jour-même
coûté aux troupes du Centre et du Sud, quatre et trois
pertes.
Contrarié et subitement nerveux, le capitaine
Tamarhis savait que la donne ne pouvait évoluer.
Walinga devait être conquis de façon idéale sans-perte !
Il n’admettait pas qu’un « pseudo peuple » s’oppose si
farouchement à une offre sacrée de civilisation sans
laquelle de surcroît, il serait à terme voué à extinction.
Et ce n’était pas faute d’avoir assez communiqué par
l’entremise des indigènes côtiers triés sur le volet et
30conditionnés à cette fn. La mission civilisatrice se
voulait une obligation de Conscience après tout. Il
rajouta une tasse de café, et en prit gorgée, puis une
autre ; son faible prononcé pour la caféine semblait
prendre toujours le pas sur la prudence qu’il observait
généralement pour les boissons chaudes. Puis, il
se racla légèrement la gorge. Comme brutalement
happé par une violente crise nerveuse, il essaya
soudain de s’arracher les cheveux, mais grimaça et
se reprit aussitôt. Désireux de se forger absolument
une solution qui ne se présentait pas, ses cheveux déjà
grisés semblaient lui servir d’exutoire !
— Merdes ! Ces fchus indigènes qui ne sont même
pas foutus de comprendre que nous leur apportons
cette civilisation sans laquelle point de salut pour eux !
Il se tut un instant, comme pour reprendre ses
esprits, puis enchaîna.
— Écoutez, ils font partie de la faune de cette
région, et la République s’attelle pour que leur
espèce devienne la plus évoluée de leur ensemble
biologique. Ce n’est pas gagné d’avance, nous nous
y employons cependant de toute notre énergie. La
grande civilisation qui est la nôtre ne nous autorise
pas l’économie de notre sens de générosité quand il
s’agit de mettre notre faculté d’espèce supérieure au
service de celles qui en ont douloureusement besoin.
— Avec des blessés et ces maladies bâtardes qui
minent les troupes, nul doute que nous perdrons bien
plus d’éléments en chemin, Capitaine.
— Nous ne sommes évidemment pas là pour
compter des pertes, Commandant ! C’est totalement
inacceptable. Je rappelle que nous sommes à Walinga,
et nulle part ailleurs.
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