Le réseau Catalina

Le réseau Catalina

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313 pages

Description

Quels sont les liens entre un pianiste ivrogne qui cherche à élucider la mort de son ex-beau-père, un tueur amnésique assailli de visions, et un ex-flic recyclé dans la protection rapprochée ? Réponse : cheveux rouges, pensionnat de jeunes filles, Pigalle, clinique louche, porno business, sexe et ultra-violence, drogues et combats à mort. Et au bout du compte, une seule issue : l'Arène, théâtre de tous les défis, de tous les dangers. Et K. ? Elle rêve...

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Ajouté le 13 juin 2011
Nombre de lectures 56
EAN13 9782748106725
Langue Français
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Le réseau Catalina
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748106733 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748106725 (pour le livre imprimé)
Emmanuel Silvestre
Le réseau Catalina
ROMAN
UN
Benjamin tourna la clef dans la serrure ; le mé canisme était grippé. Dans son dos, il entendit le taxi repartir. Il avait eu droit aux embouteillages du ven dredi soir l’A4 au ralenti jusqu’à la sortie de Nogent et eut tout le loisir de détailler le paysage urbain. Mais il ne reconnut pas sa banlieue. Pourtant, rien n’avait changé. L’avenue JeanJaurès était aussi large et en combrée qu’auparavant… La serrure céda et il poussa la porte en fer forgé qui gémit sur ses gonds. Il entra et laissa tomber son sac de sport il contenait ses effets : vê tements, affaires de toilette, livres, médicaments… Une volée de marches menait à la porte d’entrée. Une rampe en ciment descendait au garage. Il remarqua la bonne tenue des fleurs, les rosiers taillés et la glycine qui grim pait le long du mur pour se mêler à la vigne vierge dont la façade était couverte. On était en plein hiver et la végétation ne dégageait aucune senteur ; une impres sion de tristesse flottait dans l’air. À la clinique, les fleurs sentaient bon toute l’année. Le parc était jonché de parterres florissants ; des arbres robustes poussaient sur son pourtour, et l’herbe était verte en toutes saisons grâce aux soins prodigués par le jardinier. C’était un homme d’origine polonaise qui avait été mineur en Si lésie et souffrait de silicose. Il parlait peu et passait ses journées courbé sur les plantes. Il connaissait toutes les sortes de parasites existants et lui avait montré un jour la
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façon dont un ver minuscule dévorait les feuilles d’euca lyptus, se reproduisant en son sein même avant de por ter ses attaques. Le jeune homme esquissa un sourire en se rendant compte qu’il lui restait quelques souvenirs de la clinique mais plus pour longtemps, les uns après les autres ils disparaîtraient de sa conscience, rempla cés par un flux d’informations plus récentes, celles de sa nouvelle vie, car tel était désormais le fonctionne ment de son esprit. Les couches ne se superposaient pas ; elles se succédaient où passaient les autres, nul ne le savait, même pas l’éminent docteur Klein… Ses sou venirs de la maison de Champigny, où il vécut les seize premières années de son existence avant l’accident qui avait produit plus qu’une fracture de son crâne, mais avait également tranché une trajectoire jusquelà sans embûche, l’amputant de sa famille et de son vécu pour le plonger dans un coma supposé irréversible , ses souve nirs d’avant, donc, n’existaient plus. Benjamin grimpa les marches et ouvrit la porte avec la seconde clef. Le bois racla sur le sol, repoussant un amas de poussière. L’entrée. Carrelage en damier. Sur le banc s’entas sait une pile de courrier rentré par la voisine deux an nées de lettres sans réponse… Benjamin avança douce ment dans la pénombre du vestibule et s’arrêta devant la porte sur sa gauche. Il tourna la poignée. Le bu reau de son père. Il tenait un cabinet de médecine gé nérale. Sa mère faisait des visites elle était infirmière. C’étaient des gens gentils du moins étaitce l’impres sion qu’il avait en réinvestissant les lieux encore char gés d’ondes positives… Le bureau était impeccablement rangé ; le carnet à souche à côté du gros bottin médi cal ; les ouvrages et les classeurs alignés sur les rayon nages métalliques ; les papiers punaisés au mur… Son regard tomba sur le calendrier périmé. Il baissa les yeux et remarqua l’agenda resté ouvert, un Bic sans bouchon gisant dans la reliure centrale. Avril. Les vacances de Pâques. Ils allaient à la campagne. Ses parents avaient loué un gîte dans l’Aubrac le nom et les coordonnées de
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la propriétaire étaient grifonnés au samedi. Il ne se sou venait de rien et dût réinventer le déroulement de cette dernière journée… De même, le camion qui s’était dé porté brusquement sur l’A75 après Issoire n’avait laissé aucune trace dans sa mémoire peutêtre dormaitil ? La plus longue nuit de son existence : neuf mois et six jours ! Évitant le semiremorque dont un pneu avait éclaté, la Renault Megane quitta sa trajectoire sur la file de gauche et heurta le rail de sécurité. Sous le choc, son père perdit le contrôle du véhicule, et ne put éviter cette fois l’arrière du camion fou. La voiture le cogna violemment, et sous l’impact, se mit à tournoyer, tra versa la chaussée, percuta la rambarde en métal, bascula pardessus et plongea dans le vide. Cette portionlà de l’autoroute, sinuant parmi les monts du Cantal, était bordée de falaises plus ou moins abruptes. Benjamin fût éjecté et passa au travers du parebrise. La Megane rebondit plusieurs fois contre la pente rocheuse avant d’aller s’écraser une cinquantaine de mètres en contre bas, prenant feu instantanément. Ses parents brûlèrent dans l’habitacle, probablement déjà sonnés par les chocs successifs qui avaient partiellement détruit le véhicule. De tout cela non plus il ne se souvenait pas il avait de toute façon perdu connaissance. On le retrouva coincé dans les branches brisées d’un arbre à flanc de colline. Par la suite on lui montra des photos, prises par les gen darmes. Les corps de ses parents empaquetés, posés sur des brancards, à côté de la voiture réduite à l’état de tôle carbonisée. La fumée, probablement acre, dessinant des volutes sombres audessus du carnage. Gendarmes et gens du SAMU, raides et fatigués. Au loin les flocons blancs de moutons paissant, le toit d’un buron. Le jour qui se lève sur les pâturages. Le docteur Klein avait in sisté pour qu’il voie tout ça, et fixe ces images dans sa tête car elles lui appartenaient ; elles s’y trouvaient à présent, mais confinées dans un rangement dont seule la visite de
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son ancienne maison avait pu, par association émotion nelle et grâce à un obscur processus chimique, déclen cher l’ouverture. Il n’avaitplusde souvenirs ; il n’avait que des cauchemars visions atroces et inexplicables qui hantaient ses nuits sans répit et le laissaient sans repos.
Il entra dans la cuisine. De la vaisselle gisait au bord de l’évier, empilée en un fragile édifice celle sans doute du déjeuner qu’ils avaient pris avant d’achever les préparatifs du voyage… Par pur réflexe, il ouvrit la porte du réfrigérateur. Vide. La voisine, encore. Prévenue par le notaire du décès brutal de ses parents, elle s’était occupée du strict minimum concernant la maison, évi tant que la poussière ne s’accumule, son mari prenant en charge l’entretien du jardin… Il tourna la tête et re garda par la fenêtre. Dehors, l’herbe était haute. Le soir tombait et il comprit d’où provenait sa tristesse la déso lation du crépuscule. Cette sensation lui était nouvelle car il s’était réveillé dans une région qui ne connaissait pas la mélancolie hivernale. La Côte d’Azur n’était assu rément pas un endroit comme les autres, et il n’était pas fâché d’en être parti même si c’était pour se retrouver dans la grisaille et la froideur d’une banlieue à l’est de Paris… Il passa sa main sur le bois lisse et veiné de la table de ferme qui occupait la moitié de la cuisine. Le sol était de tomette et les murs couverts d’un papier peint sur lequel des cowboys au dessin vieillot se tiraient des sus. Une lampe à suspension métallique surplombait la lourde table avec trois chaises en bois. Il ouvrit le tiroir où l’on rangeait sets et serviettes dans leurs ronds, cha cun portant le prénom du destinataire André son père, Martine sa mère, et lui, Benjamin, le fils, l’unique sur vivant. Un frisson le traversa ; il repoussa le tiroir, puis quitta la cuisine pour passer dans le salon. Des bûches étaient rangées à côté de l’âtre, et une cagette contenait du petit bois. Il froissa des feuilles de papier journal jaunies, les posa en boule dans le foyer, installa dessus
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