Le revenant, extraits...
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Français

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Le revenant, extraits...

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À propos de ce livre :
Le texte qui suit est à visée promotionnelle. Il reproduit les dix premières pages de Le revenant, paru aux éditions Myriel en janvier 2016. Vous trouverez en fin d’ouvrage toutes les informations renseignant sur les modalités d’achat ainsi qu’un texte de présentation de l’auteur.
L’équipe éditoriale, éditions Myriel
Résumé de l’œuvre et 4ème de couverture :
Estève de L’Herme est enfin arrivée au bout de son attente. C’est ce matin qu’on l’extrait de sa cellule pour la porter devant de ses juges. Déjà deux ans qu’Estève travaille à sa défense, tache de mettre en mots les arguments allant vers un impossible acquittement. Sortant de sa cellule, Estève n’oublie pas de prendre avec elle son cahier de notes ; un dernier encouragement de Thérésa et Ludmilla, ses codétenues, et la voilà partie. Il n’y aura pas trop des dizaines de minutes la séparant du palais de justice pour tout relire ; et, une dernière fois, se replonger dans cette terrible histoire de famille qui l’a faite, elle, fille docile, femme chétive, coupable d’une terrible chose. Comment tout cela a-t-il pu arriver ? Qu’est-ce qui dans la drôle d’histoire arrivée à son père a été l’élément déclenchant du pire ?

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Date de parution 04 novembre 2016
Nombre de lectures 9
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

LE REVENANT
éditions Myriel, 2016

 

 



 

 

À propos de ce livre :

Le texte qui suit est à visée promotionnelle. Il reproduit les dix premières pages de Le revenant, paru aux éditions Myriel en janvier 2016. Vous trouverez en fin d’ouvrage toutes les informations renseignant sur les modalités d’achat ainsi qu’un texte de présentation de l’auteur.

L’équipe éditoriale, éditions Myriel

 

Résumé de l’œuvre et 4ème de couverture :

Estève de L’Herme est enfin arrivée au bout de son attente. C’est ce matin qu’on l’extrait de sa cellule pour la porter devant de ses juges. Déjà deux ans qu’Estève travaille à sa défense, tache de mettre en mots les arguments allant vers un impossible acquittement. Sortant de sa cellule, Estève n’oublie pas de prendre avec elle son cahier de notes ; un dernier encouragement de Thérésa et Ludmilla, ses codétenues, et la voilà partie. Il n’y aura pas trop des dizaines de minutes la séparant du palais de justice pour tout relire ; et, une dernière fois, se replonger dans cette terrible histoire de famille qui l’a faite, elle, fille docile, femme chétive, coupable d’une terrible chose. Comment tout cela a-t-il pu arriver ? Qu’est-ce qui dans la drôle d’histoire arrivée à son père a été l’élément déclenchant du pire ?

 

À propos des éditions Myriel et de la collection Myriel Littérature :

Nées en 2011, les éditions Myriel font, par leur nom, référence à l’œuvre de Victor Hugo. Soucieuses de redécouvertes, les éditions Myriel sont à la croisée entre Histoire et Littérature, mais pas uniquement. Car à côté de ce que nous espérons faire redécouvrir il y a tout un travail de mise en valeur de nouveaux auteurs, comme l’atteste la collection Myriel Littérature. Ainsi avance la Littérature, entre redécouvertes, consolidation de ses acquis et trouvailles de ses nouveaux talents.

 

 

Prison pour femmes de Baurennes, 6 h

 

 

 

Estève était déjà réveillée quand le pas de la surveillante commençait à se faire entendre, de derrière la porte. Le monde de la prison est un monde fait de bruits particuliers. Des dizaines, des centaines de fois par jour, il y a l’étrange écho sec des clés que les gardiens manipulent, sans cesse, pour le moindre déplacement de prisonniers, d’eux-mêmes ; lorsque se fait la distribution des repas, trois fois par jour.

Estève est une petite femme, frêle, à la douceur inconvenante. Il y a comme de la distance entre ce dont on l’accuse et son apparence, celle d’une sorte de femme-enfant que l’on pense inapte au mal.

Un courant d’air glacial entre depuis le trou de la fenêtre ; frigorifiant un peu plus les occupantes de la cellule. Estève, femme insomniaque, extraordinairement sérieuse de comportement, méticuleuse a l’envi, fait tellement de bruit qu’elle en a réveillé ses deux comparses.

Il y a là, avec elle, Angéla, une femme accusée de complicité de cambriolage avec séquestration. Souvent la nuit, Angéla pleure. Elle pense à ses enfants, souffrant follement d’en être séparée. Et pourtant, pour elle, le calvaire ne fait que commencer. Six mois de Préventive ne sont qu’un préambule, tous les habitués de l’endroit le savent. Et puis, toute façon, son avocat l’a prévenue : avec son passé carcéral et ce dont on l’accuse, elle a peu de chance de revoir ses enfants d’ici peu. Pour l’instant, c’est Theresa, la mère d’Angéla, qui a la garde des enfants. Lorsqu’elle visite sa fille, c’est seule que Theresa doit se rendre à la prison, ainsi en a décidé le juge. Façon, tout le monde le sait, d’un peu plus faire craquer Angéla ; femme résistante, en apparence ; femme aimant aussi fanfaronner. À qui lui parle de sa situation, de ses enfants, de cet homme pour qui elle a fait tout ça et qui jamais ne prend de nouvelles, Angela joue le grand jeu de l’indifférence. Elle dit ne souffrir de rien, ne regretter qu’en apparence ce qu’elle a fait. Ҫa, c’est pour la galerie, lorsqu’il faut se donner la force élégante des apparences dans le grand combat d’une vie triste. Car la nuit Angéla pleure et ses codétenues le savent ; elles l’entendent, sans jamais, matin venant, lui dire qu’elles l’ont entendue.

La cellule appartient à une vieille bâtisse aux murs froids. L’administration dit qu’il devrait s’agir d’une cellule individuelle, et pourtant elles sont trois là-dedans. Par gain de place, pour que toutes trois y entrent, on a mis un lit superposé sur le côté droit de la cellule. Un coin réservé aux soins intimes est là, juste à côté des têtes de lit. Des odeurs insupportables s’en dégagent, sans arrêt, pour que l’humiliation jamais ne cesse.

Angela, elle, dort sur le lit du bas, privilège des plus forts en personnalité, de ceux qui savent s’imposer, se faire respecter, par un simple mot, un agrégat d’attitudes disant tout de la formidable énergie à survivre qui les hante. Ainsi est la prison : c’est un endroit aux rapports bruts, à la violence qui ne se dit pas forcement, mais qui toujours décide, puis triomphe.

Au pied du lit superposé, on a posé un matelas, à même le sol. Ici survit la troisième occupante, arrivée de fraiche date, forcement, si on en juge par là où elle croupit, littéralement. Cette troisième occupante, c’est Ludmilla, une jeune toxicomane, ancienne bonne à tout faire biélorusse, prise pour esclave moderne par un couple de diplomates Lituaniens. Après trois ans d’enfer, des journées de quatorze heures de travail passées à briquer, nettoyer et ranger un grand appartement haussmannien, Ludmilla a fugué. Ses anciens patrons ne furent jamais trop inquiétés pour le traitement qu’il lui avait infligé. Tout ce que la police avait retenu de l’affaire, c’était cette jeune femme retrouvée errante près de la cabane qu’elle s’était construite sous un pont du Périphérique, près de la porte de Saint-Ouen.

— Eh bah, toi quand tu vas voir les juges, tu « ne plaisantes pas ! Debout à la fraiche, prête à bouffer de la robe d’hermine !!, interpelle Angela.

Estève, à qui s’adressent ces mots, ne relève pas la tête ; elle lace ses chaussures. Ce qu’elle doit faire aujourd’hui décidera tellement de son avenir qu’elle n’a pas l’âme légère. Déjà plusieurs jours qu’elle s’y prépare. Hors de question que l’impréparation ne se mette à décider de quoi que ce soit. Il y a dans les yeux clairs d’Estève ce reste de grande bourgeoisie, cet éclat signifiant l’aisance, ces signes d’attachement qui la font étrangère au monde crasseux de la prison. Qu’elle soit ici sonne comme une anormalité, ça se voit. Suffit de voir comme Estève parle, comme elle ponctue ses phrases de politesses montrant qu’elle fut habituée à être servie ; pour se dire que, décidément, il y a comme des bizarreries du destin que l’on s’épuise à interroger.

La porte de la cellule s’ouvre, Estève finit de lacer ses chaussures. C’est la matonne qui se montre. La surprise fait qu’elle tressaute, légèrement, quand elle voit toutes les occupantes de la cellule déjà réveillées.

— T’as dix minutes pour manger avant de partir, ordonne-t-elle, presque méchamment. Ce faisant, elle pose sur la table un plateau devant servir de petit déjeuner à Estève.

— Les autres, vous mangerez plus tard !!, se retire-t-elle.

« Pas besoin de ces dix minutes », pense Estève. Son petit déjeuner, elle le laisse sur la table, pas même entamé.

La voilà déjà partante, comme prête au combat. Elle n’oublie pas d’emporter avec elle son cahier lorsque s’ouvre, de nouveau, la porte de la cellule. La matonne, sans ménagement, le lui retire des mains, le temps de la menotter.

— Eh puis bonne chance à toi !! lui glisse Ludmilla, son bel accent slave à rebonds pour réconfort, avant qu’Estève ne quitte définitivement la cellule ; la matonne fermant bruyamment, derrière elle, la lourde porte. Encore un bruit de clé après ça. C’est la matonne qui clôt pour de bon l’espace de la cellule.

Le fourgon attendant Estève était dans la cour de la prison, prêt au départ.

Estève, libre de ses entraves à présent, saute dedans tel un félin dompté. La matonne lui rend son cahier sitôt place prise à l’intérieur du fourgon. Elles se connaissent toutes deux, même si pour l’autorité, la matonne se doit d’être froide. Question de pouvoir qui se prend. Question, aussi, de crédibilité face aux autres prisonnières. Une matonne sanctionne, c’est comme ça !! Il n’y a pas tant de distance que ça entre la cruauté du garde-chiourme de nos bagnes d’antan et le métier de maton dans nos prisons modernes. L’autorité procède d’une distance, elle s’incarne dans une attitude hautaine des plus assumées.

C’est pour toutes ces convenances qu’impose l’ordre que la matonne fut si froide ce matin. À présent installées dans le fourgon, on se parle, on réinvite l’humain. Édith, une autre matonne, finissant la ronde de ces trois femmes qu’emporte le fourgon. La matonne devrait, normalement, attacher Estève avec des menottes le temps du voyage vers le palais de justice. C’est la règle !! Du moins celle que l’on édicte dans les règlements. Celle que l’on supporte est plus humaine : la matonne n’attache pas les prisonniers le temps que dure le voyage. Ҫa offre toujours un avant-goût de liberté, comme l’espace appréciable d’une décontraction que l’on sait précaire.

Et puis la matonne sait qu’Estève écrit, jour après jour, sur ce cahier qui lui servira de lecture le temps du trajet. Elle ne cesse de la voir en noircir les pages, se privant de promenade, s’isolant toujours plus des autres prisonnières, elle qui, de tempérament taciturne, n’en a pourtant pas besoin. Et tout ça pour quoi ? Pour que s’écrire la vérité, celle d’Estève. Pour qu’aient voix au chapitre les explications d’une condamnée par avance. Le procès vers où on la conduit la condamnera, ça, tout le monde le sait. C’est aussi pour ça qu’Estève sans cesse écrit : pour qu’avant le silence du cachot existe l’explication.

La matonne est face à Estève, regardant attentivement celle dont tout un pays parle. C’est elle « la fille indigne », comme on la surnomme. Elle ne porte qu’anormalement ce surnom ; elle, si frêle, et comme écolière, perdue à lire encore et encore ce qu’elle a mis des semaines à écrire. Elle, perdue à lire l’histoire de sa vie, le descriptif de son crime.

En voici la narration :

 

 

 



 

 

 

C’est d’un terrible coup du sort que tout était parti. Et au milieu de ce qu’ils taisaient, ma sœur et moi grandissions. C’est sûrement ça, cet abysse du silence, qui a poussé Ingrid dans la tombe, alors qu’elle venait simplement de fêter ses trente-trois ans. Mais comprenons là, elle avait onze ans de plus que moi. Et ces presque quatre-mille jours de plus la rendaient bien plus apte à comprendre le drame qui nous frapperait. Il est des maturités qui vous blessent bien plus qu’elles ne vous tempèrent.

C’était en 1989, j’avais sept ans. On pensait que rien ne venait jusqu’à moi. Erreur : un enfant sent la tragédie ; il vit en un for intérieur instable toutes ces choses qui sont prétendument celles des autres âges.

De ce drame qui reste-t-il de vivant plus de vingt ans après ? Comme il arrive de faire le décompte des survivants à une guerre, des rescapés d’une tragédie, je me prends à énumérer les noms des combattants aujourd’hui disparus.

Maman n’a survécu qu’une huitaine d’années. De quand date réellement la mort d’Ingrid ? On dit que c’était en 2010. Moi, Estève, témoin impuissant de ce qui la minait, je sais que c’est avant cela que ma sœur a cessé de vivre.

Et puis en responsable de cette abomination, il y avait lui : Mon père, tortionnaire invoquant à l’envi la même excuse. Après son épreuve, il disait ressentir le « dégoût de l’humanité » comme aimait à l’appeler Hyacinthe Chabert.

Il était revenu parmi nous. On voyait bien qu’en le torturant ses geôliers avaient chassé son âme. Il disait que j’étais la seule chose à sauver de sa première vie. Alors en m’avantageant, il a fait de moi le complice de ses injustices. Et moi je le détestais pour ça. Moi qui rêvais de paix, moi pour qui le paradis aurait été d’avoir une famille (chose simple mais chose opportune), je me retrouvai en soldate de sa rancune stupide.

Xavier (désolé le mot « papa » m’écorche) avait des ascendances nobles, paraît-il. C’était sa grande fierté. Sorte d’humeurs capricieuses qui font les grands imbéciles. Les délires en supériorité de mon père j’en ai vu l’imposture chez Flaubert. L’ermite littéraire aimait à qualifier le bourgeois par cette définition qui résume bien l’état d’esprit de Xavier de l’Herne : « J’appelle bourgeois toute personne qui pense bassement. » Disons que mon père était un très grand bourgeois. Sa mort n’aurait pu être une perte pour quiconque.

Xavier de l’Herne, mort de mes propres mains, un 6 mars 2012, la tragédie avait bouclé sa circonvolution piégeuse. L’exécuteur des prétextes de sa rancune n’était plus.

Tout ce qui suit l’atteste : J’ai eu raison de me venger de lui, en notre nom à toutes.

 



 

 

 

Il devait faire froid en ce 17 décembre 1989. J’ai eu le temps de travailler la question de sa restitution. Et les documents abondent. La France de ce mois-là, le pays de ces instants tristes, était une masse inerte. Il y avait des grèves en France au mois de décembre 1989. Pour moi, l’enfant encore épargnée de la grande maison que les de l’Herne avait allée de Sèvres, ces ébullitions n’existaient pas.

Mais pour lui ça avait été le cadre à des retrouvailles qui l’éreinteraient. Un 17 décembre comme ce jour-là, il devait y avoir des décorations de Noël partout. Ainsi vont les saisons et les années. Elles se ressemblent. À chaque fois c’est le décor marchand de nos vies d’esclave qui compte. Les commerçants sont les décideurs de nos humeurs, c’est à cela que me ramène l’imagination de ses premiers instants d’homme libéré. En janvier c’est l’épiphanie, moins de trois mois après voilà que commence Pâque. Et cette armée de camelots abrutissants refait, à chaque fois, la décoration de ses boutiques. En septembre il y a la rentrée scolaire avant que n’arrive Halloween, fin octobre. Fête d’import, folklore pour abrutis rêvant de vivre à New-York-sur-Seine ! Au fond qu’importe. Il fallait un peu plus ponctionner le chaland entre septembre et la fin de l’année. Alors d’un commun accord mercantile, il a été décidé que nous étions tous des descendants de Celtes.

Puis arrive la Toussaint, ses longs dimanches d’ennui. Et la troisième semaine de novembre ouvre les hostilités. Pendant quarante jours voilà que commence la gabegie. Les fêtes de Noël sont toutes proches ; alors on achète, on rêve, on dépense.

Il y a dans cet océan d’égoïsme quelques ilots de fausse solidarité. Le mot d’ordre : se convaincre que parler de ce qui émeut n’a pas valeur de plaisir voyeuriste mais bien d’effort d’entraide.

Avez-vous remarqué que c’est toujours en décembre que l’on parle des SDF ? Au début du mois, on cesse, trente jours durant, de viser l’égoïsme. Voilà le Téléthon, tous les premiers dimanches du mois. On sort de gentils petits handicapés de leurs mouroirs du reste de l’année, puis on s’encourage à donner. Un panneau numérique gros comme Big Ben compte la somme de ces vœux qui nous consolent.

Au fond, décembre est ce mois sale, où l’humanité se révèle telle qu’en sa bassesse. Un mélange d’égoïsme, de contraintes familiales, de fausse bonne humeur et de solidarités qui rapportent.

Revenir au monde dans cette mélasse a dû être un enfer pour lui. Je suis même sûre que ses errances n’en étaient pas tant que ça. Trop de choses l’agressaient, pour qu’il puisse errer sans résistance. Je présume qu’il a dû combattre ses nausées lorsque, ce 17 décembre 1989, il marchait, pieds nus et corps frigorifié, dans la rue commerçante du centre-Lyon.

Les journaux ont été diserts sur cette drôle de scène que quelques curieux décrivirent. Il n’y avait pas en 1989 de téléphones portables dans la poche de tout un chacun. Le témoignage se faisait à voix d’homme. Il engageait une conscience journalistique écoutant un homme en train de lui conter ce que la mémoire dicte.

Son calvaire du retour à la vie avait ces regardants infâmes pour témoins des premières loges. Cette rumeur qui se colporte, et non qui se montre, passant en boucle dans les rédactions.

Je le vois, hagard et comme aliéné, homme sale de sa personne, en train de fendre une foule qui l’ignorait. Au-dessus de lui les guirlandes de Noël devaient illuminer sa trace. Ce sont elles qui donnaient chair à son ombre. C’est à leur lueur pâle qu’une piétaille avançait dans la rue commerçante, alors que la nuit commençait déjà à poindre.

Ce retour à la vie avait été nocturne. Ce simple fait tend à prouver qu’il y avait comme une odeur de honte dans le fait de revoir cet homme vivant. Lui, si fier de retourner à la vie, a-t-il eu conscience que c’est dans un brouillard de noirceur que son statut de revenant avait pris forme ?

Un 17 décembre le soleil se couche tôt à Lyon. Soyons plus précise, l’éphéméride de ce jour maudit nous y aide. Le 17 décembre 1989 le soleil s’était couché à 16 h 55.

Ses ravisseurs avaient ouvert la portière de leur Renault 11 (les policiers la retrouveront plus tard, abandonnée dans un terrain vague, empreintes digitales faisant foi). De la rue Balmont, où cette canaille l’avait littéralement mis dehors, au centre-ville, il y a une dizaine de minutes. Il avait en poche un simple ticket de métro et deux billets de 20 fr. Il avait la tête comme une lessiveuse de ces bruits venant à lui. Ses pieds nus devaient le bruler. Le bitume était gelé le 17 décembre 1989 dans les rues du centre-Lyon. Il portait un survêtement ridicule. Pièce d’étoffe sale et de piètre qualité, c’est avec des rescaillons de chez Emmaüs que ses ravisseurs l’avaient habillé. Le noble fier, l’homme au mépris facile ; revenait à la vie en singeant l’inélégance de ceux qu’il exécrait.

Tout sauf étonnant de le voir, par la suite, expliquer que l’expérience de sa séquestration l’empêchait de reprendre son ancienne vie.

Défausse pour une élévation depuis le malheur à coup sûr. Posture de fausse grandeur à laquelle cédait souvent Xavier de l’Herne.

 

 

Présentation de l’auteur :

 

 

Claude Lestimov est un auteur francophone de langue maternelle bulgare né en 1960. Longtemps professeur d’histoire, il s’adonne depuis une quinzaine d’années à un patient et exigeant travail d’écriture. Collaborateur régulier des éditions Myriel, il s’évertue, au travers de ses livres, à entretenir sa passion pour l’érudition qui se transmet.

 

 

Informations légales sur le livre :

 

Site internet de l’éditeur : edition-myriel.com

 

Titre : Le revenant

Auteur : Claude LESTIMOV

Année de parution : janvier 2016

ISBN : 978-2-36946-037-4

N° éditeur : 979-10-91260

Nombre de signes : 126 577

 

Visuel de couv :

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