Le roman algérien des années 1920

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Souvent relégué dans les marges des anthropologues, le roman algérien des années 20 a pourtant beaucoup à nous apprendre sur la société coloniale. D'elle, elle a hérité les réflexes et les modes d'expression communautaire, mais il voulait s'affirmer en s'opposant à la littérature hexagonale. Au roman exotique, qualifié de "bazar oriental", ses promoteurs entendaient lui substituer le récit d'une Algérie vue par les colons "natifs" du pays.

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Date de parution 01 février 2011
Nombre de lectures 151
EAN13 9782296454392
Langue Français

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LE ROMAN ALGÉRIEN DES ANNÉES 1920
Entre fiction et réalité politique
À mes parents
Nacer Khelouz LE ROMAN ALGÉRIEN DES ANNÉES 1920
Entre fiction et réalité politique
L’Harmattan
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-13936-7 EAN : 9782296139367
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INTRODUCTION ...............................................................9 1.1 PROPOS LIMINAIRE ................................................9 1.2 PROBLÉMATIQUE : GRANDES LIGNES ...........18 1.3 DE LA LANGUE DE DOMINATION.....................20 1.4 LE CHOIX D’UNE PROBLÉMATIQUE ...............26 PREMIÈRE PARTIE : LES ENJEUX IDÉOLOGIQUES DANS L’ALGÉRIE COLONIALE DES ANNÉES 1920-30 REVISITÉS PAR LE COURANT ALGÉRIANISTE..........................37 2.1 LA SINGULARISATION DU PROJET ALGÉRIANISTE : RUPTURE ET CONTINUITÉ ............................................................37 2.2 NOUVELLE CONCEPTION DU ROMAN COLONIAL ................................................................52 2.2.1 La rupture........................................................52 2.2.2 La continuité ....................................................78 2.3 LE CHEF DE FILE : ROBERT RANDAU (ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES)..........................80 2.3.1 Randau : vie et œuvre .....................................80 2.3.2 Le nouvel algérianisme sans Algérie..............84 DEUXIÈME PARTIE .......................................................91 3.1« LES COLONS» : DE L’ÉMERGENCE DU COLON ALGÉRIANISTE À LA MISE EN PERSPECTIVE DE L’HISTOIRE : LE ROMANNATURALISTEDE L’INTÉRIEUR........91 3.1.1 À la recherche des origines perdues ..............91 3.1.2 De la résurrection de la race dansLes Colons...............................................................94 3.1.3 L’histoire introuvable ...................................108 3.2 CHOIX DU TITRE « LES COLONS » ET SES DIFFÉRENTES LECTURES .................................123 3.2.1 Une lecture socioéconomique .......................128 3.3 LES LANGUES EN PRÉSENCE ...........................143 3.3.1 Lexique arabophone .....................................143 3.3.2 Du lexique arabophone à la réinvention de la langue d’écriture .......................................150
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3.3.3 Éléments de compréhension .........................152 TROISIÈME PARTIE....................................................159 4.1LES COMPAGNONS DU JARDIN(1933): DE L’AMBIGUÏTÉ DU DISCOURS PATERNALISTE AUX INFORTUNES D’UNE IDÉOLOGIE DITE « ÉCLAIRÉE » ......................159 4.1.1 Situation du texte ..........................................159 4.1.2 Inscription dans un contexte historique particulier ......................................................161 4.1.3 Entre correspondance mondaine et récit idéologique .....................................................171 4.1.4 Vers quel rapprochement entre Européens et Arabo- musulmans ?..............176 4.1.5 Prétexte, paratexte ou récit ? .......................189 4.1.6 Le discours taxinomique : François et Abdesselem : une paire qui ne fait pas nécessairement « deux »................................191 4.1.7 De la rhétorique coloniale : le jardin d’Eden ............................................................200 4.1.8 La condition de la femme : la question du voile et de la «séquestration»........................208 QUATRIÈME PARTIE..................................................215 5.1 UNE LECTURE ALGÉRIANISTE DE GILLES DELEUZE ET FÉLIX GUATTARI :(KAFKA, POUR UNE LITTÉRATURE MINEURE.).............215 5.1.1 Déterritorialisation/ reterritorialisation......215 5.1.2 La parole indigène : rupture ou continuité du discours colonial ?....................................228 5.1.3 Abdelkader Hadj Hamou : mimétisme ou apprentissage et dépassement? ....................235 5.1.3.1 Le dilemme de l’écrivain « indigène » des années 1920...............................................235 5.1.3.2 Aux confins du mimétique, une voie de passage.............................................................239 ABDELKADER HADJ HAMOU : ENTRE ASSIMILATIONNISME ET ÉMANCIPATION ........245
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6.1 ABDELKADER HADJ HAMOU (1891-1953) QUELQUES ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES ET ŒUVRE. .............................................................245 6.2ZOHRA, LA FEMME DU MINEUR: LA STRUCTURE GÉNÉRALE DU ROMAN.............247 6.3 LE RÉCIT DE « ZOHRA, LA FEMME DU MINEUR » ................................................................255 6.4 L’IMPOSSIBLE EXHUMATION..........................259 6.5 « ZOHRA » SYNONYME DE « CHANCE » ........260 6.6 DU MIMÉTISME AU DÉPASSEMENT...............266 CONCLUSION ................................................................271 BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE...................................283 NOTES .............................................................................297
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INTRODUCTION
PROPOS LIMINAIRE
S’il est une chose sur laquelle sont majoritairement tombés d’accord les spécialistes de la littérature algérienne de langue française aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur, c’est bien la question de son origine. Celle-ci est, s’accorde à dire un bon 1 2 nombre d’entre eux (Paul Siblot , Jean Déjeux , Abdelkader 3 Djeghloul, Christiane Achour ou encore l’historien Mostefa 4 Lacheraf ), avant tout le résultat d’une situation historique 5 éminemmentpolitique. Djeghloul débute ainsi sa longue introduction du roman de Chukri Khodja,El Euldj, Captif des Barbaresques(1929): « L’histoire de l’Algérie contemporaine est encore et surtout une histoire politique centrée sur la résistance armée dont l’Émir Abdelkader est la figure de proue. […] Dans cette perspective, on comprend que la période 1880-1930 ait été longtemps sous-étudiée. Sur le plan politique, elle 6 est en effet un moment faible. » (9) Cette analyse semble pourtant quelque peu paradoxale car c’est au moment où la critique universitaire lui attribue un faible coefficient d’investissement politique – accusée de traîner derrière elle, tel un boulet, un sérieux déficit d’ancrage historique – qu’elle mérite précisément d’être tenue pour fondamentalement politique. Nous verrons comment la stratégie du contournement, plus que celle du renoncement, est de loin celle qui fut privilégiée par les romanciers colonisés face à l’impitoyable surveillance dont ils se savaient être l’objet de la part des organes de contrôle coloniaux. Ainsi, la question obsessionnelle chez les théoriciens de cette littérature (y a-t-il ou n’y a-t-il pas irruption dupolitiquedans la première œuvre de fiction algérienne ?) fonctionnerait comme une
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lapalissade. Elle sous-entendrait en effet qu’à faiblesse de la résistance armée, il y aurait eu obligatoirement tarissement de toutes les autres sources de contestation. Chacun pouvant, en somme, se persuader du caractère à tout le moins absurde d’une telle assertion tant une œuvre, quelle qu’elle ait pu être, si elle était produite dans un contexte d’oppression coloniale, ne saurait se retrancher derrière une improbable neutralité politique. Jean Déjeux, sans doute compatissant aux conditions de vie difficiles de l’intellectuel arabo-musulman dans les années 1920, du fait de conditions « socio-historiques » imposées par la colonisation, évacuera la possibilité que les premiers romanciers arabo-musulmans aient jamais traité de la question politique. Dans sa classification, il minimisera cet investissement politique en parlant d’essais et de témoignages dans les marges qui ne permettaient ni le recul nécessaire à toute analyse critique ni l’émergence d’une élite capable de s’adresser à l’occupant directement dans sa langue etencore moinsune plate-forme de débat aux masses d’offrir populaires majoritairement frappées d’analphabétisme : « Les premières manifestations furent des essais politico-sociaux qui suivaient de près l’événement politique (révoltes, guerre de 14-18, naissance et 7
développement du mouvement nationaliste). » Certes, ces manifestations (sous forme de courts billets et bulletins parus dans la presse locale quand elles ne sont pas élaborées en ouvrages relevant de ce que nommera Christiane Achour la « prose d’idées ») se traduisent généralement par des réactions spontanées (nécessairement dansl’urgence) et événementielles puisqu’il n’y a pas de projet de résistance élaborée à partir de bases politiques solidement structurées. En effet, à défaut de posséder le temps nécessaire aux analyses longues et fouillées, les intellectuels de cette époque-là se voyaient forcés de produire des mouvements d’humeur ou tout au plus desréactions à chaud. Et ce défaut des’installerdans la durabilité d’une narration conçue comme uneécriture de soi à soi (se déchargeant de la tutelle coloniale à laquelle ces écrits sont adressés comme autant de cahiers de doléances) s’explique naturellement par le fait des
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