Le sceau de l’aigle

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Description

« Qu’est-ce que je fais là ? »
Confuse, une jeune femme se réveille sur une plage de Port-Blanc.
Alors qu’elle est recueillie au manoir Iollan, fief d’une famille d’exilés irlandais, ses nuits sont perturbées par une voix. Schizophrénie ?
Quelques jours plus tard, elle se fait kidnapper sur le chemin du domaine, allongeant ainsi la liste des portées disparues. Le maître des lieux, Shane Iollan, son valet et Erwin, le pilote d’un vieux coucou, vont tout mettre en œuvre pour la retrouver.
Cette aventure se déroule dans l’atmosphère iodée de la Bretagne et au cœur des paysages sauvages aux reliefs nappés des roses de la mer d’Irlande du Sud.

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Date de parution 25 janvier 2019
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EAN13 9782370116468
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0000 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Le sceau deO¶DLJOH

Brune-El

© Éditions Hélène Jacob, 2018. CollectionFantastique. Tous droits réservés.
ISBN : 978-2-37011-647-5

Merci à tous ces lecteurs anonymes qui ont commenté les premières publications sur les
forums.
Merci à tous ceux qui me suivent depuisLa lune cendrée.
8Q PHUFL SDUWLFXOLHU DX[ eGLWLRQV +pOqQH -DFRE G¶DYRLU DFFHSWp OD UppGLWLRQde ce second
livre.

6DYRLU F¶HVW VH VRXYHQLU.
Aristote

Prologue


$X ORLQ PRXHWWHV HW FRUPRUDQV DFFRPSDJQDLHQW GDQV XQ EDOOHW KDUPRQLHX[ OH UHWRXU G¶XQ
chalutier essoufflé et crachoteux.
8Q FRXSOH G¶HPSOR\pV PXQLFLSDX[ SHX RUGLQDLUH QHWWR\DLW O¶XQH GHV SODJHV GHPort-Blanc en
Bretagne : un cheval de trait gris rouanné tirait une charrette pendant que son meneur, pieds nus,
SDQWDORQ UHWURXVVp MXVTX¶à la naissance des cuisses, marchait à côté, harponnait et balançait dans
la carriole les détritus des baigneurs indélicats et les algues refoulées par la marée.
Assise sur le sable imprégné de rosée, les jambes repliées et le menton sur les genoux, une
jeune femme obserYDLW FH WDEOHDX YLYDQW SDUIXPp G¶XQH RGHXU PDULQH HW FRQWHPSODWLYH V¶\
attardait. Dans ses yeux noirs,ULYpV VXU O¶LPPHQVLWp EOHXH OH UHIOHW GHV YDJXHV RQGXODLW HW VHV
cheveux bruns dansaient au vent.
« Kié,kié »,FH FUL WpQX HW VLIIODQW G¶XQ RLVHDX Gptourna son attention. Elle leva la tête.
/¶RPEUH LPSRVDQWH G¶XQ DLJOH UR\DO O¶HQURED WRXW HQWLqUH 'pVRULHQWpH HOOH WURXYD QRUPDOH OD
présence de ce rapace au-dessus des flots, mais pas la sienne sur cette plage.
4X¶HVW-ce que je fais là ?
Comme tracée au pinceau par un artiste peintre OD OLJQH G¶KRUL]RQ VpSDUDLW OH FLHO HW OD PHU,
FKDPDUUpV GHV WRQV IODPER\DQWV GX OHYHU GH VROHLO G¶XQ WUDLW ILQ HW QRLU &HSHQGDQW,O¶DWPRVSKqUH
restait fraîche et ne réchauffait pas encore le corps transi de la jeune femme. Elle se leva et

regarda sa tenue humide et froissée.

5

1


e
À deux kilomètres de là, le manoir Iollan, pittoresque bâtisse du XIXVLqFOH V¶pYHLOODLW 8QH
enfilade de dix fenêtres couvrait la façade sud en granit, et un escalier de pierre arrondi, bordé
d¶KRUWHQVLDV URVHV FHUQDLW O¶HQWUpH
En face, séparé par un parc et dissimulé par une haute haie de charmilles, il y avait le haras où
pWDLW pOHYp OH FKHYDO GH O¶(ULQ FURLVHPHQW G¶XQ WUDLW DYHF XQ SXU-sang anglais : le Hunter.
Dans la grande salle, Mog le majordome, silhouette longiligne toujours vêtue de noir, dressait
la table. Avec son faciès balafré et ses cheveuxWLUpV HQ DUULqUH LO Q¶DYDLW ULHQ GX SURILO RUGLQDLUH
G¶XQ YDOHW PDLV SOXW{W FHOXL G¶XQ UHEHOOH 6RQ UHJDUG VRPEUH HW SHUoDQW Q¶LQVSLUDLWpas la
V\PSDWKLH $X VHUYLFH GHV ,ROODQ GHSXLV GH QRPEUHXVHV DQQpHV LO DYDLW WHQX j OHV VXLYUH MXVTX¶HQ
Bretagne après leur départG¶Irlande.
(LOLVK ,ROODQ Q¶DIIHFWLRQQDLW SDV SDUWLFXOLqUHPHQW OHV FKHYDX[ HW DYDLW FKRLVL GH V¶HQ pORLJQHU j
la mort tragique de son mari. Des années plus tard, la disparition mystérieuse de sa fille, Caitlyn,
O¶DYDLW SURIRQGpPHQW DWWULVWpH HW HOOH DYDLW FpGp HQ WRWDOLWp OD GLUHFWLRQ GX KDUDV j VRQ ILOV 6KDQH
Ainsi pouvait-elle voyager aux quatre coins du monde.
Au premier étage, il achevait de raser les derniers poils de sa barbe rousse naissante, vestige de
VHV RULJLQHV LUODQGDLVHV '¶XQH PDLQ H[SHUWH, passée dans ses cheveux bruns aux reflets cuivrés
humides, il les dompta dans un savantGpFRLIIp '¶pSDLV VRXUFLOV ELHQ GHVVLnés ombraient ses yeux

bleu gris.
Des pas sur le plancher de la chambre. Nul besoin de se retourner. Pour la énième fois, il allait
devoir repousser les avances de Cordelia. Il la vit dans le miroir et fit volte-face.
Elle était très belle et en avait conscience. Shane restait de marbre devant ses traits réguliers,
les pommettes hautes parsemées de taches de rousseur, les lèvres fines toujours soulignées du
PrPH URXJH LQWHQVH TXH OHV RQJOHV GHV PDLQV '¶XQ PRXYHPHQW GH WrWHelle faisait onduler ses
longues boucles auburn naturelles, telles des reptations.
²Quand comprendras-tu que tout est fini" 7X DV FKRLVL«
/HV SXSLOOHV GLODWpHV HW QRLUFLHV SDU OD FROqUH HOOH O¶LQWHUURPSLW
² 1RQ F¶HVW WRL TXL DV YRXOX FH GLYRUFH
6KDQH OD WRLVD HW G¶XQ WRQ DX[ DFFHQts amers, répondit :
² -H Q¶DOODLV SDV UHVWHU PDULp j XQH IHPPHinconstante. Notre couple paradait en public, dans

6

O¶LQWLPLWp TX¶HQ pWDLW-il ?
'pFRQWHQDQFpH &RUGHOLD PLW OHV PDLQV GDQV OH GRV V¶DSSX\D FRQWUH OD YDVTXH OH FRQWHPSOD HW
soupira. Elle ne pouvait se résoudre à laisser filer ce bel Irlandais rencontré quatre ans plus tôt.
6KDQH DYDLW GpFRXYHUW O¶LQILGpOLWp GH VRQ pSRXVH,TXL V¶DIILFKDLW VDQV UHWHQXH DYHF XQ HQWUDvQHXU
de chevaux de course à la réputation sulfureuse. La lourde responsabilité du haras imposait de
nombreuses heures de travail, déplacements et autres contraintes dans de lointains pays. Au
début, celle-ciO¶DFFRPSDJQDLW,SXLV V¶pWDLW YLWH ODVVpH ,O VH VHQWDLWcoupableGH O¶pFKHF GH OHXU
mariage. En partie seulement, car sans douteQH O¶DLPDLW-elle pas suffisamment pour le suivre au
bout du monde.
(OOH DYDLW DFFHSWp OH GLYRUFH HW O¶LQWHUGLFWLRQ GH UHFRQTXpULU VRQ H[ &ODXVH TX¶HOOH QH
respectait pas toujours. ÀFHWWH FRQGLWLRQ HOOH V¶pWDLW YX DWWULEXHU JUDFLHXVHPHQW, et pour plusieurs
mois, un appartement au sein du manoir ; ce qui lui permettait de prendre son temps pour en
FKHUFKHU XQ DXWUH HW HOOH QH V¶\ HPSUHVVDLW SDV
Sans lui accorder un regard, Shane sortit de la salle de bainsHW GHVFHQGLW VRXV O¶°LO ILJp
bienveillant de ses ancêtres, le large escalier de bois.
¬ VRQ HQWUpH GDQV OD JUDQGH VDOOH 0RJ OH VDOXD G¶XQ ERQMRXU DPLFDO 6KDQH UpSRQGLW VXU OH
PrPH WRQ HW V¶DVVLW DX ERXW GH OD WDEOH ,O SULWLe Télégramme, le déplia et parcourut la une.
²Encore un acte de vandalisme ! constata-t-il.
Il replia les feuillets, les reposa et se versa du café.
&RUGHOLD HQWUD HW V¶DVVLW FRPPH FKDTXH PDWLQ jla droite de son ex-conjoint. Son parfum
FK\SUp TXL VH PDULDLW PDO j O¶DU{PH GH O¶DUDELFDremplit la pièce.
²Bonjour ! Merci, ponctua-t-elle quand Mog eut posé un bol devant elle.
Ce dernier répondit et se retira discrètement.
6KDQH WpOpSKRQD j 3LOLE OH SDOHIUHQLHU DILQ TX¶LOmette sa monture en box, un frison acheté sur
un coup de tête. Rien de commun avec les chevaux de son élevage, mais il avait craqué devant sa
UREH G¶pEqQH HW VHV FULQV GpPHVXUpPHQW ORQJV
,O DFKHYD VRQ SHWLW GpMHXQHU V¶HQIHUPD GDQV VRQ EXUHDX SRXU OLUH HW UpSRQGUH DX[ PDLOV XUJHQWV
et, quand il en ressortit, une demi-heure plus tard, donna ses consignes au majordome. Il traversa
le parc, longea la haie de lavandes odorantesG¶R V¶pFKDSSDLHQW PDOJUp O¶KHXUH PDWLQDOH GHV
butineuses dérangées en plein travail. Au milieu de la pelouse trônait un magnifique châtaigner
plus que centenaire, autour duquel un banc deERLV V¶HQURXODLW 3RXU UDOOLHU OHV EkWLPHQWV
agricoles, Shane franchit le patio taillé dans les charmilles.
3LOLE V¶DFWLYDLW j FXUHU XQ ER[ DYHF OH PLQL-tracteur, un Bobcat. Il devait panser les quinze
poulinières, conduire au pré celles qui étaient suitées et entretenir quatre chevaux en pension.

7

/RUVTX¶LO YLWson employeur, il lui rappela que la stagiaire, embauchée pour le seconder,Q¶DYDLW
MDPDLV GRQQp GH QRXYHOOHV /H KDUDV Q¶pWDLW SDV WUqV JUDQG SRXUWDQW OH WUDYDLO QH PDQTXDLW SDV
²Appelle Mog et dis-lui de régler ce problème.
²Bien, M¶VLHXU DFTXLHVoD DYHF UHVSHFW OH MHXQH JDUoRQ
/¶HPSOR\p WRXW MXVWH18 ans, ne pouvait renier ses origines irlandaises, avec ses cheveux roux
KLUVXWHV HW VHV MRXHV FRXSHURVpHV ,O DYDLW GpODLVVp O¶pOHYDJH IDPLOLDO GeBlackface, moutons à tête
noire, pour perfectionner son français en Bretagne, mais surtout assouvir sa passion des chevaux.
Faolan attendait sans broncher dans son box. Shane accrocha la longe à la boucle du licol et
VRUWLW O¶DQLPDO TX¶LO DWWDFKD j XQ DQneau dans le couloir. Seule sa robe frémissait par intermittence
ORUVTX¶XQH PRXFKH O¶HIIOHXUDLW 6RQ PDvWUH HPSRLJQD O¶pWULOOH HW FRPPHQoD OH SDQVDJH ,O EDVFXOD
OD ORQJXH FULQLqUH GX F{Wp RSSRVp DILQ GH EURVVHU O¶HQFROXUH 6DXI HQ FDV G¶LQFDSDFLWp RX
G¶DEsence prolongée, Shane ne permettait à quiconque de lui voler ce moment privilégié. Il cura
les pieds et harnacha le cheval.
À la longe, ilJXLGD )DRODQ MXVTX¶j O¶HQWUpH GX GRPDLQH PRQWD VRXSOHPHQW HW LOV SDUWLUHQW G¶XQ
SDV WUDQTXLOOH 8QH IRLV O¶DQLPDO pchauffé, Shane serra les jambes. Un petit trot enlevé et cadencé
les amena au chemin de sable.
La piste empruntée conduisait aux plages de La-sentinelle-le-voleur et de Rochanic. Il pressa
OHV WDORQV FRQWUH OHV IODQFV HW )DRODQ V¶pODQoD DX JDORS SRXU WUDYHUVHU O¶DQVH IRUPpH SDU OHV
marées.
Crinière de jais et cheveux se mêlèrent dans une vague ondulante et gracieuse.
¬ FHWWH KHXUH PDWLQDOH SDV GH WpOpSKRQH SDV G¶H[-femme. Ni même de touristes à la peau
EODIDUGH HQ FH GpEXW G¶pWp /H FDYDOLHU DIIHFWLRQQDLWces rares moments de liberté totale, juste son

cheval et lui, en complète osmose avec le paysage.

8

2


&RPPHQW M¶DL DWWHUUL LFL?
/D MHXQH IHPPH Q¶DUULYDLW SDV j VH UHPpPRUHU OD VRLUpH HW OD QXLW SUpFpGHQWHV (OOH SULW SHXU
WRXW G¶XQ FRXS
Les grains de sDEOH HQWUH VHV GRLJWV OXL SDUXUHQW VL GpVDJUpDEOHV TX¶HOOH JULQoD GHV GHQWV HQ
IURWWDQW VHV PDLQV SRXU OHV pOLPLQHU (OOH FKDXVVD OHV HVFDUSLQV WURXYpV j F{Wp G¶HOOH, à demi
enfouis,HW V¶DYDQoD GpVpTXLOLEUpH SDU OHV WDORQV YHUV O¶KRPPH DIIDLUp j QHWWR\Hr. Au moment de
OH KpOHU OH EUXLW G¶XQ VRXIIOH IRUW HW UpJXOLHU VH UDSSURFKD GDQV VRQ GRV (OOH ILWdemi-tour et se
UHWURXYD IDFH DX FKHYDO G¶pEqQH TXL SLOD jun mètre cinquanteG¶HOOH 6L SUqV TXH O¶DLU FKDXG
expulsé par les naseauxGH O¶DQLPDOagita ses cheveux. Elle se déchaussa, leva la tête et jeta un
UHJDUG SOHLQ GH UHSURFKHV DX FDYDOLHU GRQW OH VRXULUH V¶pYDQRXLW
Shane passa sa jambe droite par-dessus la selle et sauta. Méfiante, elle recula. Il la dévisagea
longuement, muet et stupéfié.
Se pourrait-il que ce soit elle ?
²Bonjour, excusez-moi si je vous ai affolée, je vous ai vue trop tard en contournant le
EXQJDORZ GHV VXUYHLOODQWV GH SODJH HW MH Q¶DL SDV SX GpYLHU PD PRQWXUH
²Bonjour. On est où, ici ?
6RQ DWWLWXGH HW VD WHQXH LQVROLWH SRXU O¶HQdroit, tailleur, jupe courte et chaussures à talons,
intriguèrent Shane.
² 9RXV Q¶HQ DYH] SDV XQH YDJXH LGpH? À Port-Blanc.
² &H QRP QH PH GLW ULHQ &¶HVW R, exactement ?
²En Bretagne.
²Je ne crois pas être déjà venue ici.
Inquiète, elle scruta la lignH G¶KRUL]RQ HQIODPPpH SDU OH OHYHU GX VROHLO 7RXW VH ERXVFXODLW
dans sa tête. Ses yeux hagards fixèrent intensément ceux du cavalier.
² -¶KDELWHUDLV HQ ERUG GH PHU?
²Vous êtes perdue" 'DQV FHWWH WHQXH YRXV Q¶DYH] SDV O¶DLU GH TXHOTX¶XQ TXL V¶DSSUrWH jse
baigner.
²Sûrement.
Shane fronça les sourcils, surpris. Sa dégaine, avec ses habits de facture classique et chiffonnés

9

GH ERQQH TXDOLWp Q¶pWDLW QL FHOOH G¶XQH GURJXpH QL FHOOH G¶XQH DOFRROLTXH 3DV GH SLHUFLQJ VXU OH
visage, de bijoux aux doigts, auFRX RX DX[ SRLJQHWV &H TXL O¶LQTXLpWDLW F¶pWDLW VRQ pWDW GH
confusion et son regardVDQV H[SUHVVLRQ /¶LQFRQQXH WUHPEOD HWavec ses bras enlaça sa poitrine.
Sans hésiter, il ôta son pull et lui tendit.
²Tenez.
'¶XQ PRXYHPHQW YLI HOOH KDSSD OH ODLQDJH HW O¶HQILOD SDU-dessus sa veste de tailleur. Shane
O¶REVHUYD GLVFUqWHPHQW /HV FKHYHX[ OHV \HX[ OD ILQHVVH GH OD VLOKRXHWWH OXL UDSSHODLHQW

GRXORXUHXVHPHQW VD SHWLWH V°XU ,O VFUXWD OD FKHYLOOH JDXFKHPDV G¶KLSSRFDPSH WDWRXp FH Q¶pWDLW
pas Caitlyn. Déçu, il soupira.
² 4X¶HVW-FH TXH M¶DL? Pourquoi me regardez-vous ainsi ?
² -¶DL FUX HVSpUp TXH YRXV SRXUULH] rWUH XQH SHUVRQQH TXH M¶DL ELHQ FRQQXH
6L MH QH VXLV SDV HOOH« $ORUV TXL VXLV-je ?
/D IDLP OD UDSSHOD j O¶RUGUH SDU XQH FRQWUDFWLRQ GRXORXUHXVHdeO¶HVWRPDF.
²Quel jour sommes-nous ? Je mangerais bien quelque chose.
² /XQGL 9RXV Q¶DYH] QL VDF QL SRUWDEOH?
²Portable ?
²Téléphone portable, précisa-t-il.
Elle tendit les mains, paumes face au ciel, et haussa les épaules.
²Avez-vous bougé ?
²Oui, je me suis réveillée plus loin. Là.
Toutefois,ORUVTXH 6KDQH DYDQoD MXVTX¶j O¶HQGURLW GpVLJQp HOOH KpVLWD HW SUpIpUD O¶DWWHQGUH ,O
IRXLOOD OH VDEOH VDQV ULHQ WURXYHU SXLV UHYLQW HW O¶pWXGLD SOXV VFUXSXOHXVHPHQW 6HV YrWHPHQWV
Q¶pWDLHQW QL GpFKLUpV QL WDFhés, et pas de blessures apparentes.
²Avez-vous été agressée ?
² «
²Comment vous appelez-vous ?
La tête de la jeune femme oscilla de gauche à droite et les longues mèches brunes, balayées
par le vent,FDFKqUHQW VRQ YLVDJH '¶XQ UHYHUV GH OD PDLQ HOOH OHs chassa. Ses yeux, maintenant,
UHIOpWDLHQW O¶DQJRLVVH
'pSLWp 6KDQH JXLJQD OH FDQWRQQLHU HW VD FDUULROH V¶pORLJQant au trot. Il lui aurait bien confié
cette sirène. Il le héla, le vent et le bruit des roues sur le sable couvraient à coup sûr sa voix, car le
garçon ne se retourna pas.
Il sortit son téléphone, le ralluma et composa un numéro.
²Vous appelez qui ?

10

²À la gendarmerie. Je ne peux décemment pas vous abandonner ici.
² 0DLV« SRXUTXRL?
²Il est de mon devoir de les prévenir, bien sûr !
Il la dévisagea ; elle était transie de froid, de peur, la faim au ventre, et il eut pitiéG¶HOOH. Il
informeraitOHV DXWRULWpV SOXV WDUG 6HV SHQVpHV V¶pJDUqUHQW YHUVCaitlyn VD SHWLWH V°XU
²Je vous propose de vous emmener chez moi et lorsque vous aurez déjeuné, je vous
FRQGXLUDL j O¶K{SLWDO -¶DL XQ DPL TXL \ WUDYDLOOH dD YRXV YD?
Elle fronça les sourcils et hocha la tête.
Il promena à nouveau ses doigts sur le clavier de son portable et appela cette fois le manoir. À
O¶LQVWDQW R OH YDOHW GpFURFKD 6KDQH HQWHQGLW OH FUL G¶XQ RLVHDX ,O OHYD OHV \HX[ UHPDUTXD O¶DLJOH
HW V¶pWRQQD G¶HQ YRLU XQ LFL
²Peux-WX PH UHWURXYHU VXU OD SODJH MH VHUDL j OD KDXWHXU GH O¶pFROH GH VXUI
²Un problème avec votre cheval ? Dois-je atteler le van ?
²Non. Seulement la voiture. Fais vite.
Il raccrocha, rangea son portable dans la poche de sa chemise et reprit les brides de sa
monture.
²Venez, nous allons attendre la voiture près de la route.
Le cavalier guidD )DRODQ /¶LQFRQQXH OHV VXLYLW SOXVLHXUV SDV HQ DUULqUH ,OV PDUFKqUHnt sur le
sable et gagnèrent le trottoir. ShaneV¶DVVLW VXU XQ EDQF GH ERLV SDWLQp SDU OHV HPEUXQV HW WDSRWD OD
SODFH j F{Wp GH OXL SRXU O¶LQYLWHU j IDLUH GH PrPH
²Vous ne vous souvenez toujours pas de votre nom ?
²Non.
²Cela ne vous dérangera certainePHQW SDV VL MH YRXV DSSHOOH« $LOLV FH VHUD SOXV FRPPRGH
En gaélique, ça veut dire lande et commeF¶HVW Oj TXH MH YRXV DL WURXYpH $K DX IDLW MH QH PH VXLV
pas présenté, je suis Shane Iollan.
² « 4X¶HVW-FH TXL P¶DUULYH?
² A priori, vous êtes amnésique, des examens médicaux le confirmeront. Peut-être avez-vous
reçu un coup sur la tête ?
² «
À demi rassurée par ce parfait inconnu, elle décida néanmoins de lui faire confiance.
4XH IDLUH G¶DXWUH?se dit-elle.
Quinze minutes plus tard, la Rover noire se gara sur le bas-côté et Mog en sortit. Il se figea.
² &¶HVW«
Sa voix se brisa.

11

² 1RQ MH O¶DL FUX XQ LQVWDQW (OOH QH VH VRXYLHQW QL GH TXL HOOH HVW QL FH TX¶HOOH IDLW LFL (OOH D
EHVRLQ G¶DLGH 5DPqQH-la au manoir, veux-tu" $K« 3RXU SOXV GH FRPPRGLWp MH O¶ai appelée
Ailis.
²Bien, Monsieur.

,O VH WRXUQD YHUV O¶LQFRQQXH
²Bonjour, Mademoiselle Ailis, venez avec moi.
²Bonjour, Monsieur.
²Appelez-moi Mog.
²Mog.
Le majordome effleura, de sa paume, Ailis. Elle pivota. Sur ses gardes, elle se déroba. Il
adoucit sa voix.
² 9RXV Q¶DYH] ULHQ j FUDLQGUH MH QH YRXV YHX[ DXFXQ PDO -XVWH YRXV FRQGXLUH DX PDQRLUoù
vous pourrez manger, vous sécher et vous réchauffer.
Elle baissa la tête et obtempéra. Après tout, elle avait froid et faim,HW SXLV HOOH Q¶DOODLW SDV
rester seule ici.
Dans le rétroviseur intérieur, le valet ne cessa de la fixer avec le secret espoir que son maître se
trompait.
Quand la voiture disparut, Shane ordonna une demi-volte à Faolan, ajusta les rênes, mit le pied
j O¶pWULHU HW, son cavalier à peine assis, le cheval partit au galop le long de la plage. Pour rejoindre
le haras, ils empruntèrent la piste la plus courte, de façon à arriver en même temps que le
véhicule.
Sur requête de son maître )DRODQ ELIXUTXD GDQV O¶DOOpH ERUGpH GH SHXSOLHUV 'HUULqUH Oa
palissade, les juments à la robe brillante et leurs poulains paissaient,pSDUSLOOpV GDQV O¶LPPHQVH
pâture.
$X SDVVDJH GH O¶pWDORQ G¶pEqQH HOOHV UHOHYqUHQW O¶HQFROXUH KHQQLUHQW HW V¶DSSURFKqUHQW DX
galop, narines dilatées et ronflantes.
/H FKHYDO V¶LPPRbilisa devant les écuries où Shane mit pied à terre. Il emmena Faolan dans
son box et héla Pilib. Le jeune homme arriva, se chargea de le desseller pendant que Shane lui
retirait le mors.
²Bouchonne-le, veux-tu ? Je suis très pressé.
²Tout de suite, Monsieur.
Pilib roula une poignée de paille avec laquelle il effectua des cercles sur la robe perlée de
sueur pour la sécher.
²Pas de mise bas ?O¶LQWHUURJHD OH FDYDOLHU DYDQW GH V¶pORLJQHU

12

² &DOLVWD FRPPHQFH j WRXUQHU HW j VH UHJDUGHU OHV IODQFV -H O¶DL UHQtrée dans le box 1.
² 0HUFL F¶HVW ELHQ VXUYHLOOH-la régulièrement, recommanda-t-il.
²Oui, M¶VLHXU
Shane referma la stalleHW WUDYHUVD OH SDUF DX SDV GH FRXUVH ,O V¶DSSURFKD GH OD 5RYHU TXL
VWRSSDLW GHYDQW O¶HQWUpH RXYULW OD SRUWLqUH, et Ailis mit unSLHG SXLV O¶DXWUH j O¶H[WpULHXU ,O YRXOXW
lui tenir le bras. Elle se dégagea et recula.
² 9HQH]«, insista-t-il, le geste plus doux.
(OOH OH VXLYLW SUXGHPPHQW ORUVTX¶LO JUDYLW OHV PDUFKHV 6XU OD GHUQLqUH GHYDQW OD JUDQGH SRUWH
son ex-femme les accueillLW VRQ UHJDUG FXULHX[ ULYp VXU O¶pWUDQJqUH
²Voici Cordelia.
/¶DQLPRVLWp DSSDUHQWH GH FHWWH IHPPH LPSUHVVLRQQD $LOLV
²Bonjour, bredouilla-t-elle.
Contrairement à Shane ou Mog, Cordelia ne fut pas frappée par la ressemblance avec Caitlyn
SXLVTX¶HOOH QH O¶DYDLW SDV FRQQXH 'pMj GLVSDUXH ORUVTX¶HOOH DYDLW pSRXVp 6KDQH HOOH QH O¶DYDLW YXH
que sur des clichés. Suspicieuse, cette dernière reSDUWLW G¶XQ WRQ JODFLDO:
² &¶HVW WRXW? Vous pourriez au moins vous présenter.
²Impossible ! Elle ne sait plus qui elle est, rétorqua Shane. Appelle-la Ailis et,V¶LO WH SODvW
laisse-nous passer.
² $LQVL WX UDPqQHV Q¶LPSRUWH TXL FKH] QRXV?
²Rectification : chez moi. Dois-je te rappeler notre accord ?
Cette fois, Cordelia se tut pour ne pas mettre en péril, une fois de plus, le sursis octroyé.
6KDQH QH O¶DLPDLW SOXV QpDQPRLQVilpSURXYDLW GH O¶DIIHFWLRQ SRXU HOOH FRPPH HQYHUV XQH
DPLH XQH V°XU ,O Q¶DUULYDLW SDV j OD GpWHVWHU HOOH pWDLW DPXVDQWH HVSLqJOH LUUpIOpFKLH« PDLV
PDODGLYHPHQW MDORXVH /¶irruptionG¶$LOLV Q¶Dllait sûrement pas arranger son caractère.
² 1RQ F¶HVW LQXWLOH MH OH VDLV ,PSRVVLEOH GH O¶RXEOLHU! Tu me le rabâches constamment !
Shane toisa Cordelia,TXL V¶HIIDoD,j FRQWUHF°XU, devantO¶pWUDQJqUH. Très intimidée par
O¶DWPRVSKqUH WHQGXH HW SDU OD Fourtoisie de son hôte, cette dernière entra, lui emboîta le pas jusque
dans la pièce principale et baissa le regard en dépassant le valet.
²Peux-tu allumer la cheminée et demander à Lorna de concocter un petit déjeuner ?
/H PDMRUGRPH V¶LQFOLQD HW V¶pFOLSVa.
²Suivez-moi, dit gentiment Shane.
Était-ce à cause de la ressemblance avec Caitlyn, mais quand Ailis leva des yeux apeurés sur
OXL LO VH VHQWLW ERXOHYHUVp FH TXL Q¶pFKDSSD SDV j &RUGelia.
Mog réapparut avec un plateau et le posa sur la grande table.$LOLV VH SUpFLSLWD HW V¶DVVLWsur le

13

siège du maître, ce qui le fit sourire. Elle retroussa les manches du pull-over et attira prestement
les victuailles. Tout ce qui était à portée de main et de bouche fut dévoré, sans tenir compte de la
bienséance et de la grimace de dégoût de la rousse irlandaiseTXL V¶pWDLW DSSURFKpH HWavait pris
place à côté.
² 3OXV MH YRXV UHJDUGH SOXV M¶DL O¶LPSUHVVLRQ GH YRXV FRQQDvWUH ODQoD-t-elle.
Sur ce, elle se leva, se dirigea vers la bibliothèque où elle saisit, sur une étagère, le portrait
encadré de Caitlyn /RUVTX¶HOOH UHYLQW HOOH OH WLQW j SUR[LPLWp GX YLVDJH GH O¶indésirable.
² 2Q MXUHUDLW TXH F¶HVW OD PrPH SHUVRQQH QH WURXYHV-tu pas Shane ?
Il haussa les épaules.

$LOLV V¶HPSDUD GX SHWLW WDEOHDX HW DOOD VH SRVWHU GHYDnt le miroir près de la porte. Le cliché
maintenu à quelques centimètres de son visage, elle se retourna, sourit en scrutant tour à tour ses
hôtes.
² &¶HVW PRL! affirma-t-elle à la cantonade.
²Hélas, non.
² +HLQ« &RPPHQW YRXV SRXYH] HQ rWUH VU?
²Oui,F¶HVW YUDL oD VXUHQFKpULW &RUGHOLD TXL SHQVDLW ELHQ pOLPLQHU XQH SRWHQWLHOOH ULYDOH
² 3DUFH TXH MH OH VDLV MH OH VHQV 9HQH] 0RJ YD YRXV FRQGXLUH j XQH FKDPEUH G¶DPLV R YRXV
pourrez prendre une douche et vous détendre, si vous en ressentez le besoin. Dans un second
WHPSV VL YRXV Q¶\ YR\H] SDV G¶LQFRQYpQLHQWV LO YRXV FRQGXLUD j O¶K{SLWDO GDQV OH VHUYLFH GH PRQ
ami.
Elle baissa la tête pour cacher ses yeux humides.
² -H YHX[ VDYRLU FH TXL P¶DUULYH PDLV MH SUpIpUHUDLV UHVWHU LFL
Sur les talons du valet, avec une distance de sécurité, elle quitta la salle à manger, traversa le
YDVWH KDOO HW JULPSD O¶HVFDOLHU (OOH V¶DUUrWD QHW pSRXVWRXIOpH SDU OD JDOHULH GH SRUWUDLWV OH ORQJ GH
la montée des marches.
²Qui sont tous ces gens ?
²Les ancêtres de MonsieXU VL[ JpQpUDWLRQV G¶,ROODQ
² ,OV Q¶RQW SDV O¶DLU WUqV FRPPRGH.
/¶pEDXFKH G¶XQ VRXULUH GpULGD OH YLVDJH Ge Mog.
²Et le portrait au salon ?
²Mademoiselle Caitlyn,ROODQ OD V°XU GHMonsieur, indiqua-t-LO 'RQW QRXV Q¶DYRQV KpODV
plus de nouvelles.
²Que lui est-il arrivé ?
²Personne ne le sait.

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dernière accepta avec hésitation, le regard accrochéVXU O¶LPPHQVH OLW
²Souhaitez-vous vous reposer ?
² 1R« QRQ PDLV LO HVW VL« ODUJH
Ils se retournèrent sur Cordelia qui frappait au chambranle de la porte.
²Shane a pensé que des vêtements propres et secs seraient nécessaires.
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0RJ V¶HVTXLYD
²? lTu permets que je te tutoieDQoD &RUGHOLD 9LHQV DYHF PRL &¶HVW IRX, cette
ressemblance !
Elle conduisitO¶LQFRQQXHà la salle de bains et lui montra le linge de toilette sur un fauteuil en
rotin.
² 'DQV O¶XQ GHV WLURLUV LO \ D WRXMRXUV XQ SHLJQH XQH EURVVH j GHQWV HW XQ GHQWLIULce, neufs.
Ailis fixa son image dans le miroir. De longues traces de mascara marquaient le haut de ses
pommettes, ses cheveux bruns, quoique décoiffés et remplis de sable, retombaient souplement sur
ses épaules. Son regard se porta sur ses mains aux ongles manucurés et sales.
² -¶DL UpHOOHPHQW EHVRLQ G¶XQ EDLQ
²Je ne te le fais pas dire ! surenchérit Cordelia.
6KDQH WRTXD j OD SRUWH HW V¶HQTXLW GHl¶installation de la jeune femme puis les laissa entre elles
et regagna son bureau.
Depuis son divorce, CordeOLD V¶HQQX\DLW j PRXULU LFL &RPPH VRQ H[-belle-PqUH HOOH Q¶DLPDLW
QL OHV FKHYDX[ QL OD PHU /¶DUULYpH LQRSLQpH Ge cette inconnue la réjouissaitHW O¶LQTXLpWDLW
également. Sa beauté ne saurait laisser ShaneLQGLIIpUHQW 6¶RFFXSHU G¶HOOH WDQW TX¶HOOH UpVLderait
DX PDQRLU SHUPHWWUDLW GH O¶DYRLU FRQVWDPPHQW j O¶°LO &DU HOOH QH SHUGDLW SDV HVSRLU GH
reconquérir « son » Irlandais, même au risque de mettre à malVHV DYDQWDJHV G¶KpEHUJHPHQW
²Tu nous rejoins au salon lorsque tu es prête, proposa-t-elle, mielleuse.
²Oui, je me dépêche.
$LOLV {WD OH SXOO VH GpEDUUDVVD GH VHV KDELWV IULSpV HW VH JOLVVD DYHF GpOLFH GDQV O¶HDX FKDXGH
Aucun souvenir de ce genre de bien-rWUH QL G¶DXWUH,G¶DLOOHXUV /HV SDXSLqUHV FORVHV HOOH VDYRXUD
FHWWH GpWHQWH MXVTX¶j FH TXH O¶HDX GHYHQXH IUDvFKH OD VXUSUHQQH (OOH VRUWLW HW HQURXOD VRQ FRUSV
dans le drap de bain.
Sa main effaçait un reliquat de buée sur le miroir quand une image furtive passa devant ses
\HX[ 6DQV SUHQGUH OH WHPSV QL GH VH VpFKHU QL GH V¶KDELOOHU HOOH VH SUécipita hors de la chambre.

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