Le Secret de Saint Eugène

Le Secret de Saint Eugène

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320 pages

Description

Ce récit romanesque aux contours historiques se présente tel un « road movie ».
Mal assis à l’arrière d’un taxi pris dans la nasse des embouteillages provoqués par les manifestations contre Juppé, Arnaud se remémore son existence, ses réussites, son exode et ses doutes. Cette aventure nous mène d’Alger à Paris en passant par Marseille. Rien n’est omis des grands moments de cette période riche et souvent chaotique.
Il va vers un rendez-vous qui pourrait apporter des réponses au mystère qui habite sa vie depuis toujours et pourrait dévoiler les arcanes qui l’ont jalonnée.
Sa recherche toujours active devient au fil du temps exaltée, cathartique et les découvertes qu’il va faire seront faites de surprises inattendues avec un point d’orgue bouleversant.


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Ajouté le 01 septembre 2017
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EAN13 9782414050796
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Langue Français
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-05077-2

 

© Edilivre, 2017

1

Blotti à l’arrière du véhicule, transi, j’observe par la vitre embuée la masse des gens qui courent en tous sens dans les rues glaciales de Levallois. Ces femmes et ces hommes semblent tous se hâter vers un destin personnel sans égal. Sinon, pourquoi iraient-ils à cette allure, de ce pas si précipité, si peu tranquille mais si résolu, le regard impénétrable, un peu en dehors de leur présent ou inversement si inséré dans celui-ci ?

Mes pensées sont obscures, mes mains sont glacées, serrées et enfouies au fond des poches de mon manteau. Une fois de plus, la ronde de la vie me parait absurde Je n’y vois qu’une espèce de construction artificielle où rien n’est authentique et où rien n’a de réelle pertinence hors son lien avec tout le reste.

Il y a bien des années, sortant à peine de l’adolescence, les perceptions capricieuses, que j’avais du monde, troublaient perpétuellement mon esprit. Elles me privaient des certitudes que je cherchais en vain. Passant un jour devant un immeuble à la façade anonyme, j’observai une petite plaque où je lus un nom étrange, Mahasi Goenka, « Professeur de Yoga ». Je sonnai à sa porte poussé par une sorte de curiosité inexplicable. Il me reçut et, sans que je n’aie rien à solliciter, il me proposa de m’enseigner les rudiments de son art. J’acceptai sans me poser de question et je devins son élève. C’était un petit homme au crâne rasé qui portait inlassablement une chasuble rouge et des mules en cordes. Son visage, qui paraissait un peu inexpressif au premier abord, était en fait modelé par une sérénité que sa sagesse intérieure dominait sans faille. Parfois, la satisfaction d’avoir aperçu un petit progrès dans mon « apprentissage », habillait ses yeux et ses lèvres d’un presque sourire.

Je décidai un jour d’arrêter aussi brusquement que j’avais commencé. Il ne me posa aucune question.

Quand je le rencontrai pour la dernière fois, nous eûmes un entretien un peu plus long que d’habitude :

– Merci Maître lui dis-je à l’instant de prendre définitivement congé, merci pour votre enseignement.

– Tu as beaucoup à acquérir encore. Le chemin demeure long, ne renonce jamais…

– Je me sens plus fort qu’au début, grâce à vous Maître. Le monde m’apparaît plus authentique…

– Non, détrompe-toi, il ne l’est nullement. Il est simplement cohérent, c’est ce qui lui permet d’avoir une apparence et de fonctionner selon une logique établie, mais il y a bien des pièges.

– Pourtant Maître, j’ai cru comprendre que votre enseignement était de nature à guider vers la vérité.

– Il n’y a de vérité que celle qui existe en toi. Il n’y a pas d’absolu. Seule la force de ton intériorité peut te conduire à appréhender ce qui t’entoure dans une globalité qui ne ressemblera jamais tout à fait à celle d’un autre.

– Dois-je comprendre que la vie est un miroir simulateur où chacun trouve sa propre réalité.

– C’est un peu cela. Ce que tu crois posséder ne t’appartient pas toujours de manière avérée. Inversement ce qui est réellement fondé peut ne pas habiter ton esprit.

Il ajouta : « Quelles que soient les révélations qui te seront faites, parfois de façon brutale ou inattendue, n’oublie jamais que l’illusion est l’exacte réalité de ce monde. Tu devras composer avec elle, toujours. N’oublie jamais que ce qui comptera viendra de toi et de ton aptitude à l’humilité ».

Je le quittai presque aussi ignorant qu’au premier jour, croyais-je, emportant seulement avec moi la certitude que rien n’est jamais aussi définitif qu’on pourrait l’espérer et que le doute est la seule règle qui convienne en tout. Le souvenir de cette relation et celui de cet ultime entretien m’occupent l’esprit alors que je m’apprête, dans quelques instants, à renouer un lien que je croyais à jamais rompu.

Voir n’est pas savoir, entendre n’est pas comprendre et toucher ne dévoile rien du sens réel des choses.

Qu’arriverait-il, si je cessais de travailler, si la majorité des gens en faisaient de même ? Qu’arriverait-il si disparaissaient du jour au lendemain les banques, les supermarchés, les aéroports et tout ce qui constituent la charpente du monde économique dans lequel nous vivons ? Sans doute connaîtrions-nous un chaos énorme que l’arrêt brutal de la machine provoquerait. Un retour à un âge primaire s’imposerait où la force et la ruse seraient les clefs de la survie. Alors, pour les survivants, tout recommencerait pour en revenir lentement un jour à l’état que nous connaissons ou bien à une autre réalité très semblable. Pour autant, est-il impensable d’imaginer le monde autrement ? Personne, à ce jour, n’ayant jamais dessiné un agencement très différent et crédible, j’en conclus désolé, que nous ne pouvons échapper à cette condition contingente qui semble immuable. Il apparaît qu’il n’y a peut-être pas d’autre choix envisageable que d’accepter de vivre et d’essayer de le faire du moins mal possible. Jouer le jeu. Voire se refugier dans la plus aveugle des insouciances. Cela pourrait être l’ultime option contre le désespoir.

Partant de cet éventuel postulat, je trouve que beaucoup s’accommodent plutôt bien de cette effrayante et néanmoins supposée évidence. Le système chuchote à l’oreille de certains, à celle de beaucoup, qu’ils sont mieux armés que tous les autres pour investir l’organisation telle qu’elle est, pour en user du mieux possible à leur propre profit. Il oublie de leur rappeler l’aspect parfaitement vain de toute cette extravagante histoire.

L’idée est que chacun soit, non seulement différent, mais parfaitement singulier et maître de ses choix. Or, dans ce jeu à enjeu artificiel la relativité occupe toute la place laissée vacante par l’absence d’absolu, les apparences comptent plus que la recherche de vérité. L’argent, la gloire, le pouvoir, toute cette kyrielle d’attributs disputés n’a de sens que dans le laps de temps fugace qui est accordé à chacun pour croire qu’ils peuvent lui offrir la béatitude éternelle.

2

Aujourd’hui, il paraît commun de s’en remettre au phénomène de la mode ou de l’exotisme pour nommer sa fille Allison ou Maeva et son fils Kevin ou Yann. De ce point de vue, n’est-il pas étonnant d’observer qu’avec cette tendance, les gens croyant se singulariser, se conforment au contraire à un curieux phénomène de standardisation donc de banalisation.

Il apparaît que si l’individualisme est le moteur, l’identification est le mouvement qui domine aboutissant absurdement à un phénomène d’adhésion presque malgré soi. Les solidarités, les collaborations, les concordes font place aux ambitions, aux compétitions, aux machinations, aux affrontements. Il s’agit d’un fait manifeste mais que peu reconnaissent.

Pourtant, si l’égotisme a supplanté toute notion d’intérêt général, il n’en fut pas toujours ainsi. Un temps exista où la mesure habitait le sens profond des consciences.

A l’époque où je suis né, la coutume voulait que l’on donnât à son enfant le prénom d’un grand père ou d’une grand-mère, celui d’une marraine ou carrément le sien ou celui de son conjoint. Cela relevait d’une tradition qui, comme beaucoup d’autres, est tombée en désuétude avec la déliquescence des liens sociaux et familiaux, au profit de ce vain narcissisme dont la plupart semble aujourd’hui affublé.

Dernier maillon de la branche des Collard dont je suis issu, je fus baptisé Arnaud, parce que ma mère aimait ce prénom qui était celui de son meilleur ami, étudiant entré en résistance et mort fusillé par les nazis, en 1941, après avoir été raflé à la sortie d’un cinéma Parisien. Mon père avait choisi, en deuxième nomination, Clément, en mémoire d’un de ses professeurs de lettres qu’il avait admiré avec une espèce de fascination presque mystique. Enfin, Armand me fut attribué par considération pour un homme au rayonnement familial exceptionnel, auquel tous les membres de la tribu reconnaissaient les vertus d’une immense humanité. Cet homme était mon grand père maternel. Je le crus longtemps exceptionnel, pour son sens de l’altérité, sa disponibilité et sa capacité d’abnégation, il ne fut qu’un homme de bien, généreux attentif et intelligent dont le charisme faisait l’admiration de tout le clan. Ce dernier choix aurait pu être une concession à l’usage, mais il n’en fut rien. Cette résolution fut uniquement dictée par la qualité de cet homme qui méritait d’être célébré de son vivant.

Il y a deux ans, j’ai dépassé, sans m’en soucier, le cap du demi-siècle de présence dans le monde des vivants et de leurs chimères. Si tout va bien, d’ici là, j’aurais précisément 52 ans dans trois jours, jeudi prochain. Toute immodestie mise à part, mon allure générale me permet d’en paraître dix de moins. D’aussi loin qu’il m’en souvienne, il en a d’ailleurs toujours été ainsi. J’ai toujours semblé plus jeune que je ne l’étais réellement. En classe de sixième déjà, je paraissais à peine, l’âge d’un moufflet qui va entrer à la communale. Pour quiconque le décalage eut semblé fort pesant. Cette apparence confondante me procura, comme on peut s’en douter, quelques mauvaises expériences parfois humiliantes, face à d’hypocrites camarades de récréations. Comme ceux-ci manquaient généralement d’humour et de finesse, ce n’est jamais sur le terrain de l’esprit que se jouèrent ces différends. Dès lors, il me fut souvent difficile de laver l’affront provoqué par ces brimades. Lorsque cela fut possible, c’est-à-dire lorsqu’il m’arrivât d’obtenir réparation c’est à l’intervention d’un plus grand, d’un plus fort, d’un plus âgé que je dus cette justice. Rarement la solution vint de moi seul. Elle ne fut d’ailleurs jamais définitive, car la cause du déboire demeurant les conséquences continuaient à se produire.

A l’époque de mes premiers émois amoureux, j’ai connu quelques vexations, dues à cet aspect juvénile fâcheux qui déplaisait souvent aux jeunes filles faisant l’objet de mes assiduités. Estelle, la fille de la concierge de l’immeuble du bas de notre rue, belle et assez fière, dont j’étais follement amoureux, alors que nous avions 16 ans, m’ignora ostensiblement le jour où je lui avouais mon secret penchant. Comme elle, toutes les autres se sentaient froissées d’être entreprises par un quasi-chérubin. Le plus souvent, elles ne m’adressaient, au mieux que de l’indifférence et dans le pire des cas que des moqueries qui me mortifiaient et frustraient ma douce inclination à leur égard.

Plus tard, lors de mes débuts professionnels, je passais parfois pour un jeune blanc-bec auprès de certains collègues formalistes et outrecuidants, dont les résultats, comparés aux miens, démontraient, pourtant, la fatuité et démentaient le jugement. J’eus ainsi un jour l’occasion d’être interpelé en conseil de rédaction par un confrère à peine plus âgé mais qui ignorant mon âge, mis en doute l’authenticité de ma signature au bas d’un article qui lui parut trop maîtrisé. Ma dignité blessée ne dut qu’à l’intervention bienveillante de notre rédacteur en chef d’être rétablie.

Quelques années plus tôt encore, alors que je prenais mon premier poste de professeur dans un lycée de banlieue, le proviseur me questionna sur mon âge le jour de la réunion de rentrée. Il aurait pourtant dû le découvrir en parcourant mon dossier. Cette interpellation maladroite suscita quelques ricanements désobligeants dont l’effet dévastateur dans mes relations avec mes collègues perdura de longues semaines.

Bref, depuis toujours, je connais une sénescence moins précoce que celle de beaucoup de mes congénères. Le fait de toujours passer pour un junior dans mes rapports avec l’autre, qui constituait, naguère, un handicap, devint un jour un avantage.

Cette apparence m’autorise, plus qu’un autre, à me moquer, sans illusion, du temps qui passe, en donnant l’image d’une fraîcheur, plus apparente que bien réelle.

Il est évident que jamais un adolescent n’a l’idée de se lever pour me céder sa place dans les transports en commun. Jamais je ne bénéficie de la moindre prévenance dans la file d’attente saturée d’un guichet de service public. Il ne m’est jamais arrivé que quelqu’un me cède un siège dans la salle d’attente bondée d’un médecin. Cela est plutôt flatteur. Mais ce privilège, que me concède ma physionomie, est en revanche, heureux dans le domaine de la séduction car il m’a valu d’être apprécié par des jouvencelles audacieuses aussi bien que d’être recherché par des femmes ancrées dans la plénitude de leur féminité. Dans d’autres domaines ou d’autres circonstances, il n’est pas totalement exclu que cet attribut opère de la même façon et pour d’autres objectifs.

Cependant, j’approche de cette espèce de jubilé, marquant une étape, finalement assez ordinaire, qui sera célébré sans tambours ni trompettes, hors des feux de la rampe, et même sans la lueur, solitaire ou partagée, de la moindre bougie évocatrice. Je l’ai sereinement ainsi décidé. Au fond, il n’y aura rien de très exceptionnel dans ce non évènement à venir, pourrait-on me rétorquer. Et je dois honnêtement avouer qu’il n’y aurait rien de plus exact, en effet, que cette réplique parfaitement fondée !… Sauf que, et cela n’ôte rien à la remarque, parmi ces cinq décennies, définitivement évaporées, certaines furent celles d’une des phases de l’histoire moderne, parmi les plus confuses et les plus fertiles en contradictions cruelles et rebondissements parfois violents. D’aucunes le furent, pour mon propre compte, avec la même réelle intensité. A procéder à une introspection lucide de ce temps chaotique et indécis, même si un zeste d’incrédulité m’habite parfois à son sujet, je me sens autorisé à en établir un inventaire dont la profondeur ne me parait pas totalement insignifiante.

A l’inverse d’une multitude de mes semblables, qui, ayant longtemps rêvé d’être pilote, agent secret ou acteur de cinéma, et se sont, un jour, retrouvés chef de service dans une banque, receveur des postes d’un bureau de province ou commercial multicarte, je suis devenu ce pour quoi j’ai eu une irrésistible aspiration dès mon plus jeune âge. Je suis un peu journaliste, mais je suis surtout écrivain, mieux même, je suis romancier. C’est-à-dire, qu’au-delà d’un goût prononcé pour la sémantique, un penchant avéré pour la syntaxe et une propension marquée pour la rhétorique, j’ai cette espèce d’aptitude naturelle à inventer à partir du réel et à construire sur l’imaginaire. J’ai fait de la linguistique un domaine de référence dans lequel je me sens à l’aise. Là encore, pourrait-on être légitimé à considérer qu’il n’y a rien, évidemment, que de très commun et, bien sûr, force serait de constater que nous sommes des milliers à pratiquer, avec plus ou moins de bonheur, cet exercice narcissique et parfois extrêmement jubilatoire, qu’est l’écriture. Il est, pour certains, la conséquence d’une aubaine céleste, un privilège d’ordre divin, presqu’un caprice angélique arbitraire. Pour tous les autres, il s’agit d’une tentative intrépide, plus ou moins assidue et souvent aléatoire. Au début, je ne savais pas exactement, de laquelle de ces deux conjectures, je devais me féliciter, ou pour autant me prévaloir. Je balançais entre l’espérance d’être l’élu de la première et la crainte de devoir accepter les risques humiliant de la seconde. Je sais, aujourd’hui, que même si tout fut compliqué et parfois décourageant, ma vigoureuse obstination, malgré quelques incertitudes circonstancielles, me permet de vivre de ma plume, ma meilleure amie, mon arme la plus efficace, la garante de mon équilibre et la tutrice de ma liberté.

D’aucuns n’hésiteraient pas à prétendre que je suis quelqu’un que l’on peut qualifier de privilégié, pour cette seule raison. Je considère, moi-même, que la vie m’a, par cet atout opportun, favorisé au-delà de toutes les espérances qui, un jour ou l’autre, traversent l’esprit des plus audacieux, des plus velléitaires ou des plus grands rêveurs.

Après bien des années, mes livres connaissent, enfin, une authentique popularité, dont il m’arrive, encore aujourd’hui, de m’interroger sur la réalité du mérite personnel que je dois leur attribuer. Le succès fait toujours des envieux, surtout parmi ceux qu’il fuit, ceux dont la sécheresse est due à leur absence de persévérance autant qu’à leur imagination défaillante. Pour autant, suis-je en situation d’exalter la réussite que je connais ? Elle existe et elle m’honore d’une reconnaissance gratifiante. En retour, elle me procure quelques inimitiés, pas vraiment agréables ni incontestablement toujours légitimes. C’est, parait-il, la rançon du succès. Je l’accepte comme la modeste épreuve qui m’est imposée pour le prix de ce dernier.

Il n’en fut pas toujours ainsi. L’ombre a longtemps été l’éclairage porté sur mon travail, comme la discrétion a été la qualité du commentaire le plus élogieux qui lui fut longtemps attribué.

En fait, j’avoue ne tirer aucune fierté abusive de ma relative célébrité car je considère que celle-ci relève de tout autre chose que d’une simple détermination personnelle aussi forte soit-elle. Plus que le fruit d’un mérite propre, elle émane d’une espèce de legs de droit et d’origine indéfinis dont je ne sais rien, sinon qu’il existe et qu’il m’est octroyé. En contre partie, l’animosité dont je suis l’objet de la part de certains, n’effleure que faiblement ma susceptibilité. Il existe, en fait, deux types de jugements. Il y a celui des critiques professionnels parfois dur souvent partisan et toujours sans état d’âme. Celui-ci ne supporte aucune esquive même s’il n’est pas toujours décisif, ni révélateur de la vérité. Et puis, il y a l’opinion du public. C’est bien sûr d’elle que vient la seule sentence qui vaille car c’est la seule qui couronne ou qui annihile l’existence d’un ouvrage. C’est donc bien la seule qui ait toujours raison.

3

Nous passons à hauteur de la porte Maillot. Malgré le chauffage, l’humidité me transperce. A cette allure, nous ne serons pas de si tôt à Villejuif. Au pied du Concorde Lafayette, le célèbre Palace qui domine le Palais des congrès de Paris, aboutit le boulevard Pereire où j’ai de nombreux souvenirs. Mais Je n’ai guère le temps d’y songer car le chauffeur du taxi tourne la tête vers moi et m’attire brutalement hors de ma rêverie. Il m’annonce un bouchon énorme qui paralyse complètement la circulation et il voudrait savoir s’il doit continuer ou si je souhaite sortir du périphérique. Comme je n’ai aucun avis sur le sujet après quelques hésitations il continue.

Depuis quelques années, je tiens une rubrique historique dans un magazine spécialisé à grand tirage. Les sujets y sont traités de façon thématique mais avec le souci de la chronologie. Cela pourrait apparaître comme une évidence, mais ne l’est pas toujours. La manière d’aborder la mémoire des hommes dans le style existentiel, dont certains esprits supposés novateurs font usage, m’apparaît comme une méthode qui dissocie l’évènement de son contexte. Elle masque la caractéristique de chaque évènement, voire de chaque période concernée. Vouloir faire une approche globale de l’esclavage au travers des siècles, ou celui du colonialisme par exemple, me parait destiner à l’échec la compréhension de ce qu’ont été ces phénomènes à chacune des époques et des lieux où ils se sont produits. Cela revient à modifier une grande part du réel. Les évènements ont-ils une explication sortis de la concordance et de la coordination de la période dans laquelle ils sont survenus ? La tendance globalisante, qui semble séduire certains, pourrait être une manœuvre délibérée, contribuant au mouvement de mondialisation, d’uniformisation de l’espèce et de son génie. C’est une démarche purement moralisatrice. Ce courant, qui passe pour inévitable, voudrait supprimer toutes les particularités historiques ou identitaires, au profit de ce que l’on nomme parfois la citoyenneté du monde. Cela parait être un processus abusif qui, supprimant l’exactitude et la singularité, nierait l’existence de la diversité des attributs humains. Cela est un vrai sujet qui mérite un développement particulier que j’entreprendrais bien volontiers un jour.

Malgré ce travail qui m’occupe et suscite des recherches et du temps, je ne me considère pas, pour autant, historien, bien qu’il m’arrive de procéder à des échanges de point de vue équilibrés avec des gens dont c’est le métier que d’analyser les choses du passé, Cet exercice me permet de parcourir un domaine que j’aime par-dessus tout, les annales nationales de mon pays. J’apprends tous les jours des choses nouvelles et j’aime çà. Parmi toutes les chroniques de l’histoire de France, il en est que je privilégie. Par exemple, j’éprouve une réelle passion pour la période qui court de 1793 à 1815 que je considère comme une des plus riches et des plus fondatrices de notre modernité. La recherche frénétique d’un absolu qui n’existe pas en est le moteur. Je fixe, arbitrairement, son point d’orgue au congrès de Vienne. Je pense que ce colloque, suivi de la défaite de Waterloo, le 18 juin 1815, habilement piloté par le Vicomte Castlereagh, est l’origine chronologique d’une chute continue de la grandeur de notre pays et de son rayonnement dans le monde, au bénéfice de l’Angleterre. Il marque la naissance de la grande rivalité en Europe entre l’Allemagne naissante et notre pays. Cet antagonisme, occasionné par l’union de la Prusse, de la Saxe, de la Bavière, de la Westphalie et de quelques autres territoires germaniques, n’est-il pas le prélude de quelques conflits aussi brutaux qu’inutiles entre ces deux grandes nations ?

Enfin, je collabore, par le biais d’un éditorial politique hebdomadaire, avec un grand journal parisien, dont je tire, également, louanges ou avanies de la part de ceux qui adhèrent à mes écrits et mes idées ou au contraire, de ceux qui les vilipendent sans modération. Plus les uns et les autres sont nombreux à s’exprimer et plus l’intérêt, qui m’est accordé, et donc porté au journal, est grand, selon le rédacteur en chef qui choisit de me publier. C’est un fait qui ne peut que le ravir et donc renforcer ma position face à lui.

Tout cela fait, de mon histoire personnelle, un long parcours, dont les mouvements sont toujours assez prévisibles, bien qu’il m’arrive de penser que certains virages ne sont pas, exclusivement, dus au cours normal des choses et à mon seul libre arbitre. Comme tout un chacun, je ne suis nullement dispensé de vigilance, dans le nécessaire contrôle des nombreux aléas, dont mon existence est l’objet depuis les premiers instants. Comme chacun il m’arrive de commettre de cruelles erreurs dans mes choix. J’essaie, par souci de cohérence, toujours, d’en éluder les conséquences quand c’est possible.

Mon bouquin liminaire, récit autobiographique de jeunesse, fut un essai qui connut un succès d’estime un peu poussif. La grande modestie de cette reconnaissance fut sans doute due au fait que j’avais omis de considérer que l’appréhension juste du sens intime des choses de la vie ne s’accommode que de l’âge et de son aptitude à établir un bilan introspectif qui s’insère dans une réalité matérielle établie. Pour tout dire, cette publication, qui aurait eu une plus grande pertinence si je l’avais produite à l’instant présent de ma vie, fut très loin de m’autoriser la satisfaction que j’en attendais. Ma déception se trouva à la hauteur de l’espoir démesuré que j’avais placé dans les faveurs, du sort réservé à un talent que j’espérais posséder. Son titre est « la Cité de mon enfance ».

A la suite de cette désillusion, je faillis renoncer à l’écriture, mais par chance, se produisit ce qui va suivre et qui renversa le cours de ma déception résignée.

Aujourd’hui, je vis dans la plus belle ville qui soit, capitale de mon pays et métropole historique du monde occidental, ville des arts, de la création et du patrimoine, à un titre sans doute supérieur à celui de Rome ou de Londres qui sont déjà des références en la matière. J’habite un appartement spacieux et confortable du boulevard de Courcelles, un lieu avantageux et agréable.

Par cette situation, je suis donc proche d’un endroit que l’histoire a marqué de son empreinte, la place de l’Etoile, que je nommerai toujours ainsi, bien qu’elle ait pris un autre nom, en 1970. Ce changement de patronyme, que j’ignore sans compromis, a tendance à résonner comme un hymne à la gloire d’un homme largement célébré, que je ne peux, moi, magnifier, pour une question d’honneur bafoué, de parole truquée, de destin violé. Ces multiples blessures sont la cause de mon obstination à refuser cette modification apologique, qui, sans l’inguérissable douleur de la trahison, me serait sans doute apparue comme parfaitement légitime et méritée.

4

Pour me détendre ou pour travailler, je vais régulièrement passer un peu de temps dans ma maison en l’Ile de Ré, dont l’acquisition fut une affaire bien étrange, mais dont la jouissance m’est, depuis, toujours absolument exquise. La tranquille atmosphère des lieux offre à mon esprit une bienveillante disposition dont mon inspiration se nourrit pour vaincre les affres d’une imagination parfois langoureuse.

Chose singulière, je m’y sens un peu comme dans la maison familiale dont je n’ai pas hérité. Elle me parait chargée d’une filiation « dynastique » qui, pourtant, s’est, elle, trouvée figée, meurtrie, assassinée ailleurs, en un endroit où il ne m’est permis de retourner que par la force du souvenir et le pouvoir de l’évocation onirique. Ce transfert, dont la réalité ne m’échappe pas, agit comme une thérapie heureuse dont je reconnais les bienfaits.

Lorsque j’y réside, chaque matin, réveillé vers 7 h30, je vais courir une petite demi-heure sur la plage, parfois un peu plus longtemps, si l’envie me prend et si mon souffle, quelquefois un peu court, me l’autorise. J’exulte, sans aucune contrainte, dans un immense espace de liberté désert, parmi les mouettes qui semblent vouloir m’adopter et dialoguer avec moi, et à l’écart de quelques grands goélands hautains qui font mine de m’ignorer. Aux beaux jours, je vais nager dans l’océan immense, toujours agité, dans une eau qui ne dépasse jamais 16 ou 17 degrés, ce qui est une réalité bien fraîche, pour une personne habituée à la douceur des climats exotiques. Puis, après avoir pris une douche et avalé quelques tranches d’un bon pain de campagne grillées, tartinées de beurre salé et de la confiture de mûres préparée suivant une recette traditionnelle par l’experte mamie Odette, je m’installe sur la terrasse face à l’étendue bleu-gris toujours moutonnée et toujours en mouvement.

Odette est sage mais non dénuée de tempérament. Elle est ma voisine la plus proche, bien qu’éloignée de quelques dizaines de mètres. Sa maison est au bout du chemin sablonneux au tracé incertain. Elle est posée à la limite extrême de la plage, à l’orée de la dune. Au-delà, il n’y a plus que le rivage à perte de vue, l’océan infini, le bruit des vagues rythmé par leur rouleau régulier, le silence de l’étendue abandonnée et par instant le cri aigu des volatiles. Odette est une ilienne à l’âme Vendéenne, pétrie de l’histoire mouvementée de cette terre qui connut bien des souffrances postrévolutionnaires. Elle demeure immuablement soucieuse de la conservation du souvenir de cette Terreur dont ses racines portent la trace indélébile malgré les siècles écoulés. C’est une personne construite sur la douceur authentique du terroir et le souvenir de cette violence ultime de l’histoire. Cela en fait un personnage impénétrable pour tout étranger, mais tellement pleine de richesses incontestables pour les initiés auxquels j’ai fini par appartenir.

Nos liens se sont établis dès l’origine de mon installation en ce lieu de sérénité profonde et de prédilection sans limites. Ils se sont établis parce qu’elle est venue vers moi et m’a offert son aide d’abord et m’a donné ensuite son amitié sans condition. Aujourd’hui, elle lit mes livres et me donne son avis sincère et sans complaisance, sur ce qu’elle nomme mes élucubrations imaginatives. Cela est devenu possible, car le temps passant, les petites attitudes conventionnelles, inévitablement indulgentes, ont, entre nous, disparues.

Sous la tonnelle qui m’abrite des éblouissantes luminosités du soleil voilé de la côte atlantique, je suis bien pour travailler. J’agrémente toujours le prélude de cet instant privilégié, d’un, deux ou plusieurs cafés, sans sucre et toujours très serrés. En dehors du plaisir gustatif, cet instant est nécessaire à une espèce de mise en condition physique et mentale.

Je m’assois ensuite, tranquillement, dans mon confortable fauteuil en osier, concentré sur ma feuille encore vierge, et là, j’écris durant 3 ou 4 heures sans aucune contrainte ni dissipation. A cet instant, je n’ai jamais la certitude que le résultat de mon travail sera celui que j’espère.

Plus tard, vers la fin de l’après midi, quelles que soit les conditions climatiques, sous la pluie souvent ou sous un rayon de soleil parfois, mais jamais sans le fouet de la brise océane qui balaie inlassablement l’espace, je fais une ballade en vélo. En réalité, la plupart du temps, le ciel est lourd et bas, couleur de plomb et de neige mélangés, nous menaçant à chaque instant d’un chaos titanesque dont les foudres sont, cependant, rares et jamais fatales.

Mais avant cela, sauf si mon besoin d’exercice prend trop tôt ou trop vite le dessus, je lis, assis sous le grand saule pleureur qui sied au milieu du jardin. Je lis sans relâche. Je lis beaucoup de romans, des romans historiques surtout. Depuis mon plus jeune âge, j’ai eu le goût de la lecture dont le virus m’a été transmis par mon grand père, Armand Lefloch, sévèrement atteint du même syndrome, et lui-même petit-fils d’un des pionniers qui ont peuplé et civilisé la terre d’Algérie qui m’a vu naître. Je conserve le souvenir de cet homme doux et fort, cultivé mais modeste, lucide quoique pétri d’idéal, un modèle, ma référence.

Souvent, lorsque l’envie me vient, j’écoute de la musique, Chopin, Litz ou Beethoven, en fonction de mon état d’esprit, de mon humeur changeante. J’ai à choisir entre le romantisme, la virtuosité ou le brio symphonique. Mais celui qui me transporte toujours et sans lien avec l’air du temps, celui dont l’œuvre est la plus empreinte de beauté, de sensibilité et de force, la plus aboutie, reste Mozart que certains grands maitre de la baguette qualifient sans nuance, de magique et que je trouve, pour ma part, juste sublime. En général, je mets le son très fort, afin de donner la pleine mesure de l’œuvre choisie. C’est cette liberté qui est un des véritables luxes que j’apprécie sur l’île, et que seule une grande maison, un peu isolée, peut offrir. Je ne risque d’indisposer personne et je me sens, en ces circonstances, tel le maître du monde.

Le soir, je vais, parfois, chez mon ami Hubert Martineau, le patron de « La Palourde », la meilleure table de Saint-Martin selon moi, où je me délecte d’un plateau de fruits de mer ou d’un loup grillé, qu’ici, on appellerait plus volontiers un « bar ». Hubert est un hobereau de l’espèce la plus légitime qui soit et qui, en d’autres temps, tel le gentilhomme qu’il est, eut porté avec fierté l’emblème de son appartenance forte et singulière, à cette terre authentique et éternelle. Il eut été un chevalier noble et valeureux d’une époque forcément héroïque.

Pour m’accompagner, mon ami partage avec moi une bouteille de muscadet ou d’entre-deux-mers, qui nous ravit toujours sans jamais aucune mauvaise surprise. Nous échangeons quelques anecdotes. Il me raconte son île et sa chère Vendée avec une conviction amoureuse que je respecte et que j’aime entendre. Il ne manque d’ailleurs jamais de revendiquer son attachement de « Chouan », autant breton par les liens du sang que Vendéen par ceux de l’âme, à ce morceau de France chère à son cœur. Je lui parle de cet autre morceau de France, arraché à la mère patrie et à mon affection définitivement blessée, l’Algérie, dont le souvenir est toujours si présent dans le mien. Il m’écoute avec une empathie sincère et une bienveillance amicale qui réchauffent mes sentiments meurtris et glacés. Grâce à lui surtout et grâce à moi un peu aussi, les valeurs auxquelles nous sommes attachées, nous semblent ainsi, se perpétuer un peu dans un monde qui souvent nous déçoit parce qu’il tourne le dos aux traditions qui nous relient à l’histoire. Au fil du temps, ces rencontres ont pris le caractère d’une espèce de cérémonial assez fraternel auquel je ne saurais échapper qu’avec regret.

Je rentre ensuite, enchanté de ces échanges, riches bien qu’éternellement revisités. Si je suis seul, je me couche aussitôt et, après avoir éteint le chauffage, je dors, sous ma couette en duvet naturel, naturel comme tout ce qui touche à la vie d’ici, d’un sommeil calme et profond, jusqu’au lendemain où tout recommence d’une manière quasi-identique.

Lorsque je voyage, parfois pour mon travail, mais le plus souvent pour mon plaisir, j’aime aller à Salzbourg, à Bayreuth, ou à Pesaro plutôt qu’à New-York, Hong Kong ou Tokyo pour y entendre ce que Mozart, Wagner ou Rossini ont laissé de plus beau à la postérité musicale du monde. Dans ces lieux, où leur présence demeure de façon presque prodigieuse, le goût authentique de leur musique y est, sans doute, plus présent que nulle part ailleurs. Cette beauté est pour moi ce qu’il y a de plus véritable au monde. Je sais en apprécier le délice en solitaire et j’aime le partager quand cela est possible avec quelqu’un dont le gout ressemble au mien ou s’en rapproche.

Ma vie est simple, rythmée seulement par la pulsion de mes envies très égoïstes.

5

Mais, tout aurait pu être si différent. Tant de mobiles incertains, tant de désirs éphémères, tant de choix capricieux ont, par leur évolution brutale et parfaitement aléatoire, modifié le cours des choses et au bout du compte, établi la perception irréfutable de celui qui m’apparait, ici et maintenant. Différent, si différent de ce que mon adolescence et mes premières années d’homme, à peine entré dans la maturité, me permettaient d’envisager.

Je fais le constat stupéfiant que le temps s’est écoulé dans une fulgurance qui en a altéré les mesures. Ainsi, j’arrive à la fin de l’été de ma vie et pourtant, il me semble que tout a commencé il y a si peu de temps. Hier encore, j’avais vingt ans et soudain ce temps a fui en ne laissant de lui que le goût du regret et parfois du remords. Il y a eu tant d’aventures, tant de péripéties, tant de vicissitudes et tant d’inattendus qui ont brulé les heures, gommé les jours, effacé les années et n’ont laissé d’eux qu’une espèce d’allégorie, aux contours généreux et quelques fois contradictoires. C’est d’ailleurs un véritable paradoxe que de vouloir résumer l’ensemble des bonheurs et des infortunes qui ont rempli mon existence en parlant de « ma » vie. Car, en fait, je n’ai pas eu une unique vie, mais j’en ai eu deux, successives, distinctes mais indissociables. La seconde ne fut pas inspirée de la première mais elle en subit la conséquence de ses épisodes les plus bouleversants.

Cela en surprendra certains, dont le chemin fut long et sans croisement, mais il en est qui me comprendront sans difficultés, tant leur parcours aura connu de nœuds. Pour aussi singulier que cela puisse paraître, s’il n’y a bien qu’un seul Arnaud Collard, celui que je n’ai jamais cessé d’être, il y a aussi, c’est une certitude, deux histoires reliées l’une à l’autre, par un ultime destin commun et par le fil unique du souvenir. Cela n’est pas inouï, d’autres ont connu de telles ruptures. Nous tous, je veux parler des rapatriés, les pieds noirs, soudés par la brûlure d’un exode de réintégration forcée vers la mère patrie, le savons bien.

Il y a tant de biographies emblématiques dont le retentissement fût grand, racontant de tels cas de figure. Martin Gray, le héros modeste aux trois nationalités successives ou Romain Gary le mystificateur de génie, aux deux identités, sont les exemples emblématiques de ces gens qui ont eu et assumé plusieurs vies, plusieurs destins, qu’ils fussent subis ou suscités. Nous sommes même les plus nombreux.

Ainsi, il arrive qu’un jour, tout change et que par l’excès d’un phénomène extraordinaire, hors de toute maîtrise, on ne soit plus celui que l’on a été, où plutôt qu’on soit toujours celui-ci, mais dans un monde qui lui a changé au point...