Le taximan
143 pages
Français

Le taximan

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143 pages
Français

Description

Ces tranches de vie sous forme d'histoires sont le prétexte pour l'auteur d'aborder de nombreux pans de la société sénégalaise.

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Publié par
Date de parution 16 janvier 2020
Nombre de lectures 54
EAN13 9782140140808
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

LE TAXIMAN
eM Serigne Amadou MbengueLE
Ces tranches de vie sous forme d’histoires sont le prétexte
parfait pour l’auteur d’aborder de nombreux pans de la
Société Sénégalaise.
C’est bien écrit. L’écriture de cette nouvelle est même très
soignée. La lecture est fuide. Le texte est intelligent de par TAXIMANses métaphores, sa justesse, son ton chaloupé et son humour
en fligrane. L’auteur a su échapper au piège de ce type de
récit avec des histoires, qui quoique assez caricaturales Nouvelle
parfois, interpellent. Une critique de notre société, bien sûr
avec un brin d’ironie et cela suft. L’émotion passe bien et le
lecteur se sent interpellé à chaque détour. Côté description,
ce n’est pas mal et les personnages sont attachants. On sent
vraiment une nette évolution du style de l’auteur c’est très
encourageant pour la suite.
Bon moment de lecture avec un texte agréable et des thèmes
bien traités.
eM Serigne Amadou Mbengue, AMS pour les intimes est
un écrivain-poète Sénégalais qui a su se forger un style
à la fois profond et accessible à tous. Avocat inscrit
au barreau de Dakar depuis 1992, il est l’auteur de La
Persévérante (roman), Florilège de souvenirs (poésie),
La Rivale (roman) et Explorations (poésie), parus chez
l’harmattan Sénégal.
Illustration de couverture :
© Andrii Kucher - 123rf.com
ISBN : 978-2-343-18361-9
15,50 €
e
M Serigne Amadou Mbengue
LE TAXIMAN
LE TAXIMAN
Nouvelle
Me Serigne Amadou MBENGUE
LE TAXIMAN
Nouvelle © L’Harmattan-Sénégal, 2019
10 VDN, Sicap Amitié 3, Lotissement Cité Police, DAKAR
http://www.harmattansenegal.com
senharmattan@gmail.com
senlibrairie@gmail.com
ISBN: 978-2-343-18361-9
EAN: 9782343183619 Taximan…
Le ciel lâchait parcimonieusement des ondées
successives. Dans leur traversée verticale, les eaux de
pluie, par jets irréguliers, venaient s’échouer sur la
vaste natte terrestre du populeux quartier de la
Médina.
Les habitations paraissaient comme domptées par
une pesanteur invisible. Elles étaient ainsi plongées
dans une torpeur, réalité somnolente qui étendait de
plus en plus son empire. Bientôt, succombant, la cité
s’enfonçait dans un sommeil de plomb.
Dans l’une des nombreuses maisonnées de cette cité
antique, un homme d’une quarantaine d’années,
quoique recru de fatigue, avait réussi tout de même à
s’arracher de l’emprise bienfaisante de Morphée. Donc
nullement capturé par une myriade de rêves, il se
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trouvait bien en face de l’écran lumineux de sa
palpitante histoire.
Revivait-il en mémoire les périodes tumultueuses de
ses débuts professionnels ? Ces pensées n’étaient-elles
pas sous le prisme des déboires par lui vécus ? Ne
ressassait-il pas plutôt certains exaltants moments de
son existence ? Dans sa tête en ébullition fourmillaient
beaucoup de questions, d’idées plus ou moins nettes et
d’inévitables réminiscences.
Pour sûr, Malickou Faye, ce natif de Rufisque, très
tôt établi à la Médina, rue 29, à quelques enjambées du
marché Tiléne, était en train d’égrener le chapelet de sa
palpitante vie de chauffeur de taxi.
En réalité, le Sérère pure souche ne pouvait point
s’épargner les regrets de n’avoir perduré à l’école
française. Il n’en demeure pas moins que de la langue
de Molière, il parvenait quand même à comprendre
certains mots et à en manipuler d’autres. Et
franchement dépité par cette précoce déconvenue, il
s’était par la suite rigoureusement appliqué, en
manière de sublimation, à la seule fin de percer les
secrets de la conduite automobile.
Certes, notre brave conducteur n’était pas un as du
volant ; en revanche, il était réputé pour ses soins
diligents. Le seul réel problème auquel il dut en son
temps être confronté, c’est que faute de ressources
8 propres, il avait fallu que de bonnes volontés mettent
la main à la poche pour qu’il pût faire face aux
incompressibles frais de l’indispensable permis de
conduire. Pas davantage il n’avait pu acquérir
aisément un véhicule après avoir subi avec succès les
tests afférents à la délivrance du précieux document.
Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il s’était
rapproché d’un ami taximan, Ass Magatte, avec la
bienveillante intention d’être édifié sur les conditions
les meilleures pour disposer de son propre véhicule. Et
l’ami, expérimenté, n’eut garde de le ramener à revoir
ses prétentions démesurées en des proportions plus
raisonnables. C’est bien cet homme-là, blanchi sous le
harnais et certes gagné par la lassitude de conduire, qui
lui fit en réalité une bien singulière proposition.
En effet, le doyen lui proposa sans hésitation aucune
d’alterner son rutilant véhicule avec lui. Ass l’utiliserait
le jour et Malickou le soir. Si la possibilité de faire
usage d’un véhicule dont il n’était point propriétaire
l’emballait frénétiquement, par contre, n’en disposer
que durant la soirée l’effrayait quand même.
C’est pourquoi il se risqua dans une audace
inaccoutumée à proposer le contraire ; mais cette
requête ne rencontra point finalement l’assentiment de
son interlocuteur. Celui-ci resta en cela inflexible par
rapport à son offre. Même, il lui laissa entendre d’un
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ton marqué du sceau d’une imparable fermeté : « Tout
ce que je peux consentir, c’est de mettre le véhicule à ta
disposition à partir de 12 heures ». Face à cette
cinglante réplique, Malickou resta perplexe et, son
bonnet noir réajusté, il trouva quelque énergie pour
dire : « Bon, c’est bon… ».
C’est bien comme cela que Malickou en était venu à
sillonner dans la soirée les rues de Dakar à la recherche
de clients aux fins de transport tarifé. C’est comme cela
qu’il avait commencé sa vie de conducteur avant d’être
chauffeur titulaire d’un taxi appartenant à un riche
commerçant établi rue Tolbiac, Mor Fall.
Un monsieur qui était très regardant sur ses deniers.
En plus de la possession de quelques belles maisons à
Dakar, il avait pu acquérir plusieurs véhicules
transformés par la suite en taxis. Et tout cela lui
conférait de substantiels revenus lui permettant de
vivre complètement à l’abri des soucis et tracas
financiers. Ainsi, il ne se plaignait le moins du monde
de liquidités.
N’empêche, il continuait à se lancer dans la course
effrénée vers l’argent. Sa devise, seul secret de sa
fortune, consistait à économiser plus et à dépenser
moins. Connaissant la similitude caractérielle de ce
dernier avec Harpagon, certains amis du chauffeur lui
avaient formellement déconseillé de travailler avec un
10 vieux de cet acabit, un vieux aussi cupide que
parcimonieux.
En cela, ils n’avaient surtout pas manqué de lui
rappeler les multiples cas de ses prédécesseurs qui tous
avaient eu maille à partir avec le vieux Mor Fall. Mais
notre chauffeur, estimant qu’il y avait quand même
quelque exagération dans ces sombres portraits,
maintint sa décision. Un peu plus tard, après moult
conciliabules, les deux personnes, Malickou et Mor, se
mirent d’accord sur les conditions et modalités de leur
collaboration : quoi qu’il arrive à ce dernier, il devait
lui verser journellement la somme de 10 000 FCFA…
En contrepartie, sa rémunération mensuelle était fixée
à 50 000 FCFA. Ainsi donc pendant plusieurs années, il
se livra bon an mal an à ladite activité.
Plus précisément, Malickou Sarr, fringant, très
gaillard, s’est illustré dans le harassant exercice de la
profession de chauffeur pendant une bonne quinzaine
d’années. De la sorte, il a pu subir bien des rancœurs et
éprouver pas mal de joies et plaisirs.
Lorsqu’on s’avisait de lui demander la chose qui
l’avait le plus marqué, il faisait tout de suite allusion à
cette dame qui, une fois, entre deux courses, lui avait
balancé en pleine figure : « Vous n’êtes là que pour
faire avorter les femmes enceintes ! ». Cette phrase
décochée sans ménagement par une mégère en proie à
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l’énervement l’avait profondément choqué ; cette
phrase-là, il ne l’avait pas oubliée. L’oublierait-il
d’ailleurs jamais ?
C’était une dame du nom de Rosalie. À l’époque, la
bonne femme se trouvait en état de grossesse avancée.
Étant presque à terme, elle fit appel au service d’un
chauffeur pour son acheminement à la clinique
Wergou Yaram. En dépit des avertissements répétés,
celui-ci filait à tombeau ouvert, au grand déplaisir de la
dame. Bien sûr, cette femme fut conduite à destination,
mais elle connut un avortement deux jours après. Les
moult secousses endurées au passage des nombreux
dos d’âne étaient passées par là.
Ce jour-là, en entendant de telles récriminations
véhémentement décochées à son encontre, Malickou
qui, non plus, n’était pas avare en vitesse, s’est senti
vraiment coupable quand bien même c’était l’un de ses
collègues qui était au banc des accusés.
Autre chose tout aussi pénible, mais qui en son
temps lui fit grand pincement au cœur, c’est qu’une
fois, il prit un client aux abords de la Caisse de Sécurité
sociale, place de l’OIT. Celui-ci voulait se rendre aux
Parcelles Assainies et insistait fort auprès du chauffeur
pour qu’il s’arrêtât à hauteur du pont de Colobane
pour lui permettre de récupérer une commission.
12 Sachant qu’à ce niveau, le stationnement est aussi
dangereux qu’interdit, Malickou refusa avec force
énergie. Le client entra tout de même sans dire un mot.
Arrivé au point indiqué, il reformula sa demande, ce
qui eut pour effet de mettre le chauffeur en ébullition.
Il s’arrêta aussitôt pour marquer plus vigoureusement
son refus et au besoin, le faire descendre. C’est sur ces
entrefaites qu’un agent qui était aux alentours
l’interpella pour stationnement interdit, avant de lui
réclamer en guise d’amende la somme de 3 000 francs,
là où le mauvais client ne devait s’acquitter que de celle
modique de 2 000 francs. Ç’avait été aussi choquant.
Une autre déconvenue : il la racontait avec force
animation tant les faits avaient été renversants pour
lui. Il y a quelques années, depuis le rond-point de la
Sicap Liberté 5, il avait pris à bord une dame et sa
nièce pour une course aux HLM 5 au prix de 1 500
francs. Tout se passa bien jusqu’après l’intersection
de Castors. À quelques encablures de la destination
convenue, la brave passagère crut bon de lui préciser
que l’objet de leur accord était le trajet aller et retour ;
ce qui fit simplement sortir le chauffeur de ses gonds.
La dame, comme si elle avait raison, se mit alors à
vociférer, noyant ainsi le taximan dans le flot de ses
subits hurlements. Au beau milieu de cet assourdissant
vacarme, la dame, arrivée à destination, sortit du taxi,
13 recueillit une bonne motte de sable avant de la balancer
dans la figure du chauffeur et de prendre la tangente.
Celui-ci se lança alors vers elle pour lui régler son
compte. Ce que voyant, des passants, éternels badauds,
accoururent pour éviter l’irréparable en ayant garde de
stigmatiser l’inqualifiable conduite du chauffeur.
Un badaud, qui ignorait tout de l’affaire et qui ne
devait pas avoir beaucoup de sympathie pour les
taximen, fit une fracassante entrée en scène en prenant
faits et cause pour la cliente. Il s’interposa
vigoureusement, interdisant au conducteur de lever le
plus petit doigt sur la dame. Du reste, il était même sur
le point d’en venir aux mains avec celui qu’il
considérait comme dépourvu de toute civilité. Et au
plus fort de ses prises de position, il déclarait : « On ne
traite pas une femme comme cela ».
Finalement, c’est l’accompagnante qui, très
raisonnable et ne partageant guère l’attitude de sa
tante, qu’elle savait ne pas avoir raison, se décida à
payer la somme due. Il fallait voir cette soirée-là,
Malickou donnant des explications à quelques curieux
venus aux nouvelles et essuyant le sable sur son visage
tout en sueur… Ce fut douloureux !
À côté de ces désagréments, mauvais souvenirs, il a
vécu des moments délicieux dans sa vie de conducteur.
Tel fut le cas avec ce touriste français qui voulait se
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