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Le Temps à l'envers

De
286 pages
À quoi bon écrire encore une d'histoire d'amour quand le monde est plein du bruit et de la fureur des hommes? Quand la littérature elle-même, et le cinéma, nous donnent à l'envi l'image d'une humanité déchirée, vouée au malheur, au chagrin, et promise au chaos. Et que les histoires d'amour qu'on y trouve finissent mal, presque toujours. Dans "Le temps à l'envers", les protagonistes sont eux aussi bien mal partis. Tout les sépare. Le temps et l'espace ont creusé entre eux un double abîme. Elle vit en Bretagne, lui à l'Ile de La Réunion, et on voit mal comment une ancienne comédienne s'occupant jour et nuit de sa mère gagnée par la maladie d'Alzheimer et un médecin à la dérive, miné par l'alcool, pourraient donner suite, un jour, à une histoire brisée trente ans plus tôt. D'une histoire si ancienne, que reste-t-il? Pas grand-chose sans doute. Et pourtant... Un coup de téléphone hasardé, improbable, et le passé peut ressurgir, les mots redevenir des images, les silences se remplir du flot des souvenirs. La mémoire serait-elle être plus forte que le temps? Le chemin que Lise va emprunter, et où elle entraîne Antoine, est incertain, malaisé, semé d'obstacles, d'incertitudes, d'angoisses. Il n'est pas plus facile d'échapper aux griffes du temps, aux souffrances et à l'amertume de la solitude, qu'à la dépendance de l'alcool et à l'oubli. Et comment croire à un avenir possible, quand on est à l'aube de la vieillesse, environné par la maladie, et que grandissent autour de soi l'ombre et le silence de la mort? Au moins n'y a-t-il pas à l'entrée du long tunnel à remonter le temps la sinistre formule que Dante découvrait à la porte de l'enfer: "Vous qui entrez ici, laissez toute espérance." Alors...
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Du même auteur
Imilchil, Mon Petit Éditeur, 2011 L’Île-aux-chiens, Tarik éditions, 2011 Théâtre Africa solo, 2002 Molière's Folies, 2006
Michel Dural LE TEMPS À L’ENVERS
Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur : http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France IDDN.FR.010.0120350.000.R.P.2015.030.31500 r en 201Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication par Mon Petit Éditeu 5
I Sur la table bistrot elle a posé son paquet de cigarettes à côté de la tasse de café noir. Elle ne fume presque plus depuis deux ans, mais elle a toujours des Camel dans son sac. Le soir, il lui arrive d’en allumer une ou deux sur sa terrasse. C’est l’un des seuls moments qui lui appartienne encore. Les soins que réclame sa mère ont réduit sa liberté à presque rien et elle est si fatiguée à la fin de la journée qu’elle a du mal à s’accorder un peu de temps à elle. Quand elle n’est pas trop lasse, il lui arrive de retrouver les plaisirs qu’elle avait connus des années plus tôt, lors de son installation dans cette résidence plantée de pins et d’hortensias à deux pas de la mer. La dernière cigarette éteinte, elle vérifie que le sommeil de sa mère est paisible et descend par l’escalier qui donne sur la plage. Ses pieds s’enfoncent dans le sable où elle abandonne son peignoir. En septembre, la mer a la fraîcheur qu’elle connaît depuis l’enfance et pendant de longues minutes elle retrouve la sensualité de l’eau et la beauté du ciel. Elle s’étire et le fauteuil d’osier grince. Elle allume sa ciga-rette et porte la tasse brûlante à ses lèvres. Elle aime le moment où l’arôme du tabac et la saveur âpre du café noir se mêlent. Quelques gorgées, quelques bouffées suffisent à son bonheur. À chacun ses endorphines. Trop bref instant de tranquillité. Son portable sonne. So-phie ?
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Elle fouille dans son sac à la recherche de ce rectangle noir qu’elle n’aime pas et qu’elle a dû acheter depuis que sa mère vit avec elle. — Lise, comment ça va ?… Ce n’est pas sa sœur, c’est Antoine. Et le choc dans la poitrine, toujours.
* La dernière journée du mois de juin avait atteint les limites du supportable. Elle n’avait pu désarmer l’agressivité de sa mère et elle avait fini par l’endormir, assommée par un comprimé de valium écra-sé dans du jus d’orange. La vieille dame avait failli lui jeter le verre à la figure. Le neurologue lui avait donné de quoi répon-dre aux situations que ni la douceur, ni le dialogue ne permettaient de dénouer, mais elle se sentait épuisée, vaincue. Abandonnée. Elle avait fermé les yeux et le visage d’Antoine s’était formé sur l’écran de ses paupières. Antoine. Elle était sans nouvelle de lui depuis des lustres. Une éternité de silence les séparait, et il lui apparaissait comme la seule per-sonne vers qui se tourner. Qu’était-il devenu ? Comment la vie avait-elle tourné pour lui là-bas ? Il fallait qu’elle le sache, à l’instant. Elle alluma son ordinateur et ouvritSkype qu’elle utilisait pour joindre ses amis suisses. Elle tapa le nom d’Antoine, le moteur de recherche tourna quelques instants et lui fournit le renseignement qu’elle n’osait espérer : Antoine Brissac était toujours à La Réunion. Quelques clics et les pages jaunes affi-chaient son numéro de téléphone. Le même qu’il y a trente ans. Quelle heure était-il là-bas ? Combien d’heures de décalage avec la France ? Deux, trois, elle ne savait plus. Il devait être trois ou quatre heures du matin, il dormait, elle ne pouvait tout
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de même pas le réveiller. C’est angoissant un téléphone qui sonne en pleine nuit. Et que dire après un si long silence ? « Al-lô Antoine, c’est Lise… » Non elle ne pouvait pas, et ses doigts enfonçaient déjà les touches du téléphone. Quelques sonneries, on décrocha, c’était la voix d’Antoine, et elle était incapable d’émettre le moindre son. Il répétait : « Al-lô ? Qui est à l’appareil ? Répondez !… » Un peu de temps passa, Antoine n’avait pas raccroché. Elle finit par articuler : — C’est Lise, Antoine, Lise… Excuse-moi si je te réveille… — Lise !… Non, tu ne me réveilles pas… mais cela fait si longtemps… Lui aussi avait du mal à trouver ses mots. Moment de silence rompu par ce léger rire qu’il avait jadis et qu’elle n’était pas sûre d’aimer, une manière de tenir les autres à distance, pensait-elle. Mais déjà il enchaînait. — Ta voix est la même… On dirait que tu es tout près, où es-tu ? — Chez moi, en Bretagne… Je te dérange, c’est la nuit là-bas… — Oui, c’est la nuit, mais je dors peu ces temps-ci. Tu ne me déranges pas… Comment vas-tu ? — Pas très bien, pas bien du tout même. Je t’expliquerai, si cela t’intéresse encore… Ce soir je me sentais abandonnée, et je me suis aperçue que tu étais la seule personne à qui je pouvais le dire. — Après tout ce temps ? — Oui, après tout ce temps… Antoine… C’est un bonheur pour moi de dire ton nom, d’entendre ta voix… Elle respira. L’air entrait à nouveau dans ses poumons, et les mots se bousculèrent. — C’est étrange, c’est comme si tout ce temps n’avait pas passé. Je me doute bien que je n’existe plus pour toi, que notre
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histoire est d’un autre temps et que même l’écho s’en est perdu. Pour moi ce n’est pas pareil. Tu n’es jamais sorti de ma vie. Tu es le seul homme que j’aie vraiment aimé, Antoine. Ce n’est pas ta faute, ni la mienne, c’est ainsi. Je n’en éprouve plus de cha-grin, depuis longtemps. Au contraire, quand ça va vraiment mal, je trouve un peu de réconfort dans le souvenir des moments que j’ai connus avec toi… Le flot de ses paroles devait le surprendre, et elle aurait pu s’étonner elle-même de ce qui lui montait aux lèvres. Car elle lui disait ce que pendant des années elle avait refusé de s’avouer, elle lui disait les mots interdits, les mots dont elle avait fini par se persuader que le sens s’était perdu. Elle était dans le resurgis-sement d’une évidence. Elle croyait la source tarie et voilà qu’elle l’inondait, débordait, dans une allégresse qui faisait trembler sa voix. Les mots étaient là, au fond d’elle, ils remon-taient sans effort, ils éclataient comme des bulles sur ses lèvres et emplissaient ses oreilles de leur rumeur inouïe. Antoine restait silencieux. — …Ce soir, mes souvenirs de toi étaient vraiment trop lointains, c’était comme si ces moments n’avaient jamais existé. Alors j’ai eu le besoin de te retrouver en vrai, si peu que ce soit, de t’appeler, avec l’espoir de t’entendre. Et d’être sûre que l’homme que j’avais aimé était toujours vivant… Déjà, je vais mieux de le savoir, je respire à nouveau… Tu ne dis rien… je te dérange… je t’ennuie avec ces vieilles choses ? Antoine ne répondit pas tout de suite. Puis il se mit à parler, sur ce rythme lent, entrecoupé, qui le caractérisait. — Non, Lise, tu ne m’ennuies pas, mais cela fait si long-temps… Ma vie a continué après toi, sans toi, et ton souvenir a pâli, de plus en plus lointain… À l’occasion, il lui arrivait de ressurgir… Mais cela n’a rien à voir avec… avec ce que tu viens de me dire. — Ne t’excuse pas, chacun fait sa route comme il peut. La mienne ne m’a pas permis de t’oublier, c’est tout. Cela peut
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