Le temps de le dire - Tome 4

Le temps de le dire - Tome 4

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353 pages

Description

1914. La vie se poursuit tranquillement pour la famille Courchesne. De leur côté, Guillaume et son épouse Judith continuent de voyager entre leur demeure du Sault-au-Récollet et la villa Old Pine à Drummondville. Profitant de leur aisance financière, ils peuvent s’adonner pleinement à leurs passions respectives : Judith s’implique dans le milieu de l’art et dans la promotion du travail des femmes artistes, tandis que Guillaume prépare une exposition de voitures anciennes. Quant à Charlotte, la fille de Guillaume, elle est prête à prendre son envol. À 19 ans, elle est déterminée à devenir une artiste peintre accomplie. La réalisation de ce rêve ne se fait toutefois pas sans embûches, surtout dans un milieu dominé par les hommes, où une femme doit sans cesse prouver sa valeur pour être reconnue. De ses cours à Montréal à ses étés de ressourcement à Baie-Saint-Paul, en passant par un séjour à Paris, Charlotte voyagera, apprendra et connaîtra ainsi, véritablement, la force de son destin.

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Date de parution 22 août 2018
Nombre de lectures 5
EAN13 9782897811778
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Personnages Principaux
Béranger, André:Professeur de peinture à l’Académie Julian, à Paris. Comtois, Bertrand:époux de Marise Isabel et propriétaire de l’Auberge des dunes, à Baie-Saint-Paul. Courchesne, Charlotte:fille de Guillaume Courchesne et d’Odette Vallée. Courchesne, Denise:fille d’Aimé Courchesne et d’Élise Cournoyer, veuve de Raoul Denoncourt. Courchesne, Francesca:d’Aimé Courchesne et d’Élise Cournoyer, épou  fille se et secrétaire de Dominique Vallée. Courchesne, Georgiana:se de Philipped’Aimé Courchesne et d’Élise Cournoyer, épou  fille Lacombe. Courchesne, Guillaume:d’Aimé Courchesne et d’Élise Cournoyer, époux  fils de Judith MacFarlane. Courchesne, Vianney:fils d’Aimé Courchesne et d’Élise Cournoyer, époux d’Alberte Dubois. Courchesne, Victoire: fille adoptive d’Aimé Courchesne et d’Élise Courno yer, épouse de Martial Tremblay. Doré, Alexandre:professeur de peinture de Charlotte Courchesne. Dunan, Fanny:compagne d’atelier de Charlotte Courchesne à Paris. Genest, Benoît:ami de Charlotte Courchesne. Genest, Yvon:frère de Benoît Genest. Isabel, Marise:épouse de Bertrand Comtois et propriétaire de l’Auberge des dunes, à Baie-Saint-Paul. Lacombe, Philippe:propriétaire d’une usine de meubles, époux de Georgiana Courchesne. MacFarlane, Judith:seconde épouse de Guillaume Courchesne et belle-mèr e de Charlotte Courchesne. Montour, Gus:frère de Victoire Courchesne. Montour, Xavier:frère de Victoire Courchesne. Tremblay, Martial:commis d’épicerie, époux de Victoire Courchesne. Vallée, Dominique:notaire, époux de Francesca Courchesne. Vogel, Myriam:amie de Charlotte Courchesne.
Personnageshistoriques
Un certain nombre de personnages historiques sont mentionnés dans ce roman. Nous n’avons retenu ici que les noms des principaux. Pour chacun, en plus de leur année de naissance et de décès, nous précisons leur titre et soulignons parfois leurs principales réalisations. Bashkirtseff, Marie (1858-1884):Elle est née Maria Kostiantynivna Bashkirtseva à Gavrontsi près de Poltava, en Ukraine, le 11 novembre 1858. Venue vivre à Paris, elle s’est inscrite à l’Académie Julian. Elle a produit des toiles célèbres, en particulierUn meeting. Elle est surtout connue par le journal qu’elle a commencé à écrire à l’âge de douze ans. Elle meurt à Paris de la tuberculose le 31 octobre 1884 et est inhumée au ci metière de Passy. Sa tombe, un studio d’artiste en taille réelle, a été déclarée monument historique par le gouvernement français. Brymner, William (1855-1925):Fils de Douglas Brymner et de Jean Thompson, il naît à Greenock, en Écosse, le 14 décembre 1855. Il arrive au Canada avec ses parents en 1857. Ils s’établissent à Melbourne dans les Cantons-de-l’Est. Il étudie au S t Francis College à Richmond, puis au séminaire de Sainte-Thérèse. Il suit des cours du soir à l’Institut national des beaux-arts. En 1872, les Brymner déménagent à Ottawa. William devient dessinateur aux Travaux publics. Il va étudier ensuite l’architecture à Paris, où il s’inscrit à l’Académie Julian. Il se lie au groupe de jeunes peintres inspirés par l’école de Barbizon. D e retour au pays, il présente des œuvres à l’Académie royale des arts du Canada. Il peint à Baie-Saint-Paul et dans l’Ouest canadien. Il épouse, à Montréal, Marie Caroline Larkin le 12 septembre 1917. Il dirige l’école d’art de la Société des arts de Montréal jusqu’à sa retraite en 1921. Il meurt le 18 juin 1925 à Wallasey, en Angleterre, où il est inhumé. Cleland, Alberta (1876-1960):Née à Montréal le 20 août 1876, elle étudie à la So ciété des arts de Montréal et y enseigne ensuite de 1897 à 1943. Elle expose ses œuvres aux différentes expositions printanières du Musée des beaux-arts de Montréal et à l’Académie Royale des Arts du Canada de 1899 à 1943. Elle peint surtout des paysages à l’huile et à l’aquarelle ainsi que des portraits au pastel. Ses élèves les plus célèbres sont Nora Collyer, Edwin Holgate et Marian Scott. Elle meurt à Montréal le 25 février 1960. Des Clayes, Berthe (1877-1968):Elle naît en 1877 à Aberdeen, en Écosse. Elle étudie la peinture à l’Académie Julian à Paris avec Tony Robert-Fleury et Jules Lefebvre. Elle vit à Londres de 1906 à 1912, puis à Montréal jusqu’en 1919 et à Cho rleywood en Angleterre. Elle revient à Montréal de 1931 à 1951, avant de s’installer au Devon, en Angleterre, où elle meurt en 1967. Membre de l’Académie Royale des Arts du Canada, ell e est célèbre pour ses paysages impressionnistes à l’huile, ses aquarelles et ses pastels. DesRochers, Alfred (1901-1978):Il naît à Saint-Élie-d’Orford le 5 août 1901. Reconnu pour ses œuvres poétiques, il fut de tous les métiers et notamment journaliste au journalLa Tribunede Sherbrooke, de 1925 à 1942 et de 1946 à 1952. Il fait paraître, en 1929, un premier recueil de poèmes intituléL’Offrande aux vierges folleset un deuxième, en 1930,À l’ombre de l’Orford.
Il s’enrôle dans l’armée canadienne lors de la Deux ième Guerre mondiale, puis devient traducteur au parlement canadien en 1945 et 1946. Il reçoit en1964 leprix Ludger-Duvernay pour l’ensemble de son œuvre. Il est le père de l’humoriste Clémence DesRochers. Il meurt à Montréal le 12 octobre 1978.
Duguay, Rodolphe (1891-1973):Né à Nicolet le 27 avril 1891, il fait ses études notamment au Séminaire de Nicolet de 1903 à 1908. Établi à Montr éal en septembre 1908, il commence en 1911 des études de beaux-arts au Monument national. En septembre 1920, il s’inscrit à l’Académie Julian, à Paris. Il y étudiera jusqu’en mars 1924, après quoi il parcourt la Normandie et l’Italie. De retour au pays en 1927, son père lui construit un atelier à Nicolet. Il y produit une belle collection de bois gravés ainsi que de nombreuses sculptures et tableaux jusqu’à sa mort, le 25 août 1973.
Fié, Madeleine (1897-1995):Elle naît le 23 septembre 1897 à Varennes-en-Gâtinais, en France. Elle est pensionnaire au lycée Molière jusqu’à seize ans, puis s’inscrit à l’Académie Julian, à Paris. Elle suit également des cours particuliers a vec Émile Simon, professeur de dessin à l’École des Beaux-Arts. En 1930, elle fait la conna issance de Philippe Fieux qu’elle épouse quelques années plus tard. Ils s’établissent à Nantes où elle peint en compagnie de son mentor Émile Simon. Elle est surtout connue pour ses portr aits, ses représentations florales et ses reproductions de statues bretonnes. Elle meurt le 2 7 août 1995 au manoir de Squivaudan à Cloart-Fouesnant.
Gagnon, Clarence (1881-1942):Il naît à Montréal le 8 novembre 1881. Il étudie à l’Académie commerciale catholique. Il devient un élève d’Edmond Dyonnet au Conseil des arts, après quoi il s’inscrit à la Société des arts de Montréal en 1897 où il suit les cours de William Brymner. En 1900, il va peindre en compagnie d’Horatio Walker à l’île d’Orléans et ensuite à Baie-Saint-Paul en 1902. On le retrouve à Paris en 1904 où il s’inscrit à l’Académie Julian. Il voyage en Bretagne, en Normandie, en Espagne, au Maroc et en Italie. Il revient à Baie-Saint-Paul en 1913, où il peint de nombreux paysages de Charlevoix. Il épouse Katherine Irwin en 1907, dont il divorce en 1918. Il épouse en deuxièmes noces Lu cile Rodier en 1919. Il illustre le roman M aria ChapdelaineLouis Hémon, puis de Le Grand Silence blanc de Louis-Frédéric Rouquette. Il meurt d’un cancer à Montréal le 5 janvier 1942.
Gill, Charles (1871-1918):Il naît à Sorel le 21 octobre 1871. Il fréquente plusieurs collèges, avant de suivre des cours particuliers chez Adrien Leblond de Brumath. Il séjourne à Pierreville, où le peintre américain George de Forest Brush l’initie au dessin et à la peinture, avant de l’envoyer étudier à la Société des arts de Montréal, alors dirigée par William Brymner. En 1890, il se rend à Paris étudier chez le peintre Léon Gérôme. De retour à Montréal, il organise son propre atelier et s’adonne à la peinture et à la poésie. Il devient membre de l’École littéraire de Montréal, dont il devient président en 1912. Il enseigne le dessin à l’école normale Jacques-Cartier. Il épouse, en 1902, la journaliste Georgine Bélanger dont il s e sépare en 1913. Il décède de la grippe espagnole à Montréal le 16 octobre 1918.
May, Henrietta Mabel (1877-1971):Elle naît le 11 septembre 1877. En 1902, elle devient une des premières étudiantes inscrites à la Société des art s de Montréal. Elle y est l’élève d’Alberta Cleland et de William Brymner, de 1909 à 1912. Elle étudie ensuite en France, en Angleterre et en Hollande, où elle produit plusieurs toiles jusqu ’à son retour définitif au Québec en 1916.
Elle compte parmi les membres fondateurs du Groupe du Beaver Hall en 1920, à Montréal, puis du Groupe canadien des peintres en 1933. Elle enseigne ensuite au Musée des beaux-arts du Canada jusqu’en 1950. Elle meurt le 8 octobre 19 71, à Vancouver. Montplaisir, Joseph-Ovila (1878-1950): Il asnaît à Bécancour le 18 janvier 1878, de Stanisl Montplaisir et de Sara Poliquin, et est baptisé sou s les prénoms de Charles-Joseph-Ovila. Il épouse à Sainte-Monique-de-Nicolet, en 1903, Amanda Milot. Arrivé à Drummondville en 1897, cet épicier devient dès 1917 le plus important concessionnaire automobile de la ville, dont il est également le maire de 1918 à 1920. Après l’incendie de l’église, il fait construire un édifice qui sert de lieu de culte en 1922 et 1923. Il acquiert de Joseph-Ovide Brouillard l’ancienne demeure du greffier Joseph-Trefflé Caya. Il décède vers 1950. Prendergast, Maurice (1858-1924): Il naît à Saint-Jean de Terre-Neuve le 10 octobre 1858. Ses parents déménagent à Boston où il apprend le métier de peintre commercial. Il va étudier le dessin et la peinture à l’Académie Julian à Paris. Il y fait la connaissance du peintre canadien James Morrice. Il se spécialise dans les scènes du quotidien et les paysages, dont des illustrations de Venise. Il est considéré comme un aquarelliste postimpressionniste. Il décède à er New York le 1 février 1924. Saurel, Amélie (1848-1924): Née à Barcelone de parents français, elle commence à exposer ses toiles à Paris lors du Salon de 1874 et est vite reconnue comme une portraitiste de grand talent. Elle épouse Robert Julian le 9 janvier 1895 et s’occupe de l’atelier des Dames à l’académie du même nom. Après la mort de son mari, elle acquiert à sa mémoire le Château Julian à Lapalud. Elle meurt à Paris le 30 mai 1924.
PREMIÈRE PARTIE
LES PREMIERS PAS 1914-1916
Chapitre 1
Cinq années de vie
Cinq années s’étaient écoulées depuis la visite de monsieur Dyonnet à Old Pine. Dans l’intervalle, Drummondville s’était développé à vue d’œil. La ville comptait maintenant plus de cinq mille âmes. Le fameux barrage hydroélectrique des chutes Lord avait enfin été construit. L’essor industriel ne dérougissait pas. Si certaines entreprises, comme les Forges, se voyaient dans l’obligation de fermer leurs portes, d’autres, par exemple la Poudrière, u ne usine de poudre à canon, les remplaçaient aussitôt. Pour les Courchesne et leur famille, la vie suivait doucement son cours. Du côté du Témiscamingue, Victoire avait eu le temps de donner naissance à deux autres enfants, nommés Charles et Louise. Dominique avait quitté son poste de conseiller municipal et pouvait désormais se consacrer entièrement à sa profession de notaire, secondé avec efficacité par une Francesca toujours aussi dynamique. Leur fils André, étudiant à l’université, désirait suivre les traces de son père. Denise travaillait toujours comme cuisinière chez Guillaume et Judith, qui continuaient de voyager entre leur demeure du Sault-au-Récollet et leur villa de Drummondville. Guillaume ne vivait plus que pour ses voitures. Judith continuait de s’adonner à ses deux passions, la lecture et la photographie. Ses œuvres, tout comme les toiles de Charlotte, ornaient les murs de Old Pine. Fidèle à sa promesse, elle suivait avec attention la carrière de sa belle -fille. Les serviteurs continuaient leur travail impeccable. Éva s’était retirée dans un foyer, alors que Maria lui avait succédé à la cuisine. Peter, le jardinier, aurait bientôt besoin d’un aide. Roberta s’occupait des chambres et du ménage. On se louait du travail d’Alfred, l’homme à tout faire. I l avait même pris la place du palefrenier et chauffeur, Éphrem, qui s’était retiré en raison de son âge. À Sorel, Philippe menait de main de maître l’usine de meubles héritée de son père, tandis que Georgiana s’occupait de la maison. Leur fille Georgette fréquentait un certain Marcel Bellemare, qui plaisait beaucoup à Georgiana. Celle-ci avait très hâte d’être grand-mère. Quant à Olivier, il espérait devenir le bras droit de son père. Établi aux États-Unis depuis longtemps, Vianney ne donnait plus de nouvelles. Après avoir longuement hésité entre le théâtre et la peinture, Charlotte avait finalement opté pour cette dernière. Pendant un an, comme le lui avait c onseillé monsieur Dyonnet, elle avait suivi à Montréal des cours particuliers avec le peintre William Brymner qui, en raison de sa charge de travail à la Société des arts de Montréal, avait dû par la suite confier sa formation à Alexandre Doré, un de ses élèves les plus doués. Quand Charlotte reçut Alexandre pour la première fo is à son atelier du Sault-au-Récollet, elle fut tout de suite conquise par ce jeune homme passionné, beau, de surcroît, comme un dieu grec. Elle n’avait que seize ans et lui en avait vingt-cinq. D ès le premier cours, elle fut enchantée de la façon dont il comptait la faire progresser. Il commença par jeter un coup d’œil à ses croquis, qu’il trouva remarquables, puis il étudia les toiles qu’elle ava it produites sous la supervision de monsieur
Brymner. Là encore, il ne manqua pas de vanter son talent. Il lui prodigua ensuite des conseils quant à la composition et à l’exécution de ses prochains tableaux, en lui expliquant ce qu’elle devait améliorer. Par contre, au cours de cette première année, il ne put venir que quelques fois à l’atelier. Quand il apparaissait, le cœur de Charlotte se mettait à battre plus vite. Elle ne voulait pas admettre qu’elle en devenait de plus en plus amoureuse. Elle fut bien triste d’apprendre, en 1913, qu’il partait perfectionner son art en France. Elle décida de s’inscrire aux cours donnés par monsieur Brymner à l’école de la Société des arts de Montréal. Durant cette année de formation, elle fit la connaissance de plusieurs peintres, dont un bon nombre passaient l’été en Gaspésie ou dans Charlevoix. Monsieur Brymner l’encouragea à les imiter. Elle suivit ses conseils et, avec l’accord de Guill aume et Judith, passa l’été suivant à Baie-Saint-Paul. Elle séjourna à l’Auberge des dunes, où elle se lia d’amitié avec Bertrand et Marise, les propriétaires de l’auberge. Elle produisit plusieurs toiles dans cet environnem ent si propice à la création et eut même la chance de pouvoir peindre en compagnie du poète, co nteur et peintre Charles Gill, qui avait également déjà été un élève de monsieur Brymner, de nombreuses années auparavant. Ils passèrent ensemble de longues heures à discuter. Un jour, il lui parla de l’époque où, encore enfant, il visitait Odanak avec ses parents. Il s’était découvert du talent pour le dessin en s’amusant à croquer des portraits des Abénaquis. Dans ses cahiers de croquis, Charlotte fut étonnée de découvrir le portrait de Victoire. — C’est ma tante! s’écria-t-elle en le voyant. — Ta tante? Victoire est ta tante? s’étonna monsieu r Gill. Ce n’est pas croyable! Comment est-ce possible? Je te regarde et je trouve que tu n’as pas de traits indiens comme elle. — Elle a été adoptée par mes grands-parents quand elle avait sept ans. Elle a du sang abénaquis et a passé un été à Odanak quand elle a découvert ses origines. — Mes grands-parents y vivaient. J’ai toujours aimé y passer mes vacances. Mon ancêtre, Samuel Gill, habitait à Salisbury au Massachusetts quand, à l’âge de neuf ans, il avait été enlevé par un groupe d’Abénaquis et de Français puis emmené à Odanak. Victoire ne voulait pas que je la dessine, mais elle était tellement belle que j’ai insisté et elle a fini par me laisser produire le portrait qu e tu vois. Au fait, qu’est-elle devenue? — Elle est mariée et vit au Témiscamingue. Elle a cinq enfants. Je suis allée la visiter avec mon père il y a quelques années. — Comme le monde est petit! Charlotte, j’ai réalisé le portrait de ta tante, pourquoi ne ferais-je pas le tien? Je te le donnerai ainsi que celui de Victoire et quand tu la verras, tu le lui remettras. Quand Charlotte revint à Old Pine, enchantée de son été à Baie-Saint-Paul, elle rapportait deux portraits, fort réussis, que Charles Gill avait exécutés. Elle raconta à Judith ses soirées passées avec le grand artiste. Celui-ci lui avait même montré qu elques-uns de ses poèmes. Charlotte les avait appris par cœur, et les récita à Judith. Elle aimai t particulièrementLarmes d’en haut, qui commençait ainsi:
Vous portiez à ce bal les deux plus belles roses; En les entrelaçant dans l’or de vos cheveux, Naïf, je leur avais confié les aveux Lâchement retenus entre mes lèvres closes.