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Le testament du père Michon

De
119 pages

Il faut se méfier des effets secondaires d’un coup de poêle à frire. Surtout quand c’est un vieux un peu dérangé qui a enterré le magot.

Publié par :
Ajouté le : 16 juin 2011
Lecture(s) : 171
EAN13 : 9782748107265
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www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comLe testament du père
Michon© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-0727-6 (pour le fichier numérique)
ISBN: 2-7481-0726-8 (pour le livre imprimé)Fabrice Boulard
Le testament du père
Michon
ROMANI
Georges Malblanc traversa la cour à grandes en-
jambées,jetaunœilnoirauxmauvaisesherbesquipre-
naientleursaisesentrelespavésethaussalesépaules.
-Sielleestpascontente,elleaqu’àlefaire! Ras
leboldejouerleslarbins,grommelaleconcierge.
Penser à sa femme lui fit oublier où il allait. Il
s’arrêta et leva la tête vers le ciel. Son regard embrassa
lesquatreétagesdel’immeubledontilassuraitavecJac-
quelinelagardeetl’entretien. Lalumièredecettemati-
néed’aoûtfrappaitlesmursgrisetlesrendaitplussales
encore. Cette vision effaça son amnésie et lui rappela
qu’il était en routepour la cave.
- Ah oui, merde, la cave ! Bon, mais qu’est-ce
qu’il fout, Roger ? Si la camelote l’intéresse pas, je
bazarde touteton n’en parleplus!
-Tu parles tout seul ?
Surpris,GeorgesMalblanccherchad’oùvenaitla
voix de sa femme.
-VousvoyezmadameMichon,cequejevousdi-
sais. Il parle tout seul. C’est quand même un signe,
non ?
Georgespoussaunsoupirexaspéré. Elleétaiten-
core en train de papoter avec la vieille du deuxième…
Ses yeux s’arrêtèrent sur la petite fenêtre dont les ri-
deaux jaune délavé flottaient dans la brise comme de
pauvres étendards. Les deux femmes le regardaient. Il
répliqua brutalement :
7Le testament du père Michon
- Et alors ? C’est un crime de parler tout seul,
maintenant ?
-C’estpourvoustaquinerqu’elleditça,n’est-ce
pas madame Malblanc ? intervint madame Michon
d’une voix doucereuse.
L’hypocrite ! Depuis des années, le concierge la
soupçonnait de lui casser du sucre sur le dos auprès de
tous les locataires. Elle se mêlait même de son couple
enabreuvantJacquelinedemoultconseilscensésrame-
nerGeorgessurla bonne voie, celledesmarisattentifs
ettravailleurs. Maislarésistancechevilléeàl’âmeetau
corps, il s’employait à démontrer qu’il était irrécupé-
rable, étalant régulièrement la plage horaire dédiée à
l’apéritif et se consacrant, après de subtiles tergiversa-
tions et de fort mauvais cœur, aux travaux d’entretien.
C’est qu’il n’avait jamais rêvé d’être concierge. Seule-
ment,aprèsplusieursannéesdechômagedansunepe-
titevilledeprovinceplombéeparlacrise,l’opportunité
de reprendre la charge occupée pendant des décennies
par une tante de son épouse s’était présentée. Depuis
leurentréeenfonction,GeorgesMalblanclaissaitdonc
safemmedirigerl’immeubled’unemainmaîtresseetse
contentait d’assurer un service minimum. Cela durait
depuis quatorze ans.
-Disdonc,quandtuaurascinqminutes,tupour-
raispeut-êtret’occuper dela cour…
Georges balança les bras en signe d’impuissance.
Lacour, l’obsessiondeJacqueline. « C’estnotrecarte
de visite » avait-elle l’habitude de répéter. Le pro-
blème, c’est que le jour où il avait décidé d’employer
les grands moyens pour débarrasser les pavés des mau-
vaises herbes qui s’ingéniaient à s’y reproduire à toute
vitesse, l’écologiste du troisième lui était tombé sur le
râbleà brasraccourcis. Adieu donc au désherbant mi-
racle, il lui fallait tout curer à la main, le dos cassé,
les genoux endoloris. Heureusement, il disposait au-
jourd’hui d’un alibi imparable et objecta d’une voix
fortepourqueRenéeMichonentendeelleaussi:
8Fabrice Boulard
-Pasletemps,fautquejerangelacave. J’attends
Roger… Tiens, le voilà justement qui s’amène. Ben
alors, qu’est-ce que tu fichais ?
Un petit homme sec, visage avenant et rares
cheveux noirs gominés sur le crâne, venait de passer le
porche d’un pas tranquille, les mains dans les poches,
le sourire aux lèvres.
-Pasmoyendedégotteruneplacepoursegarer!
Georgesécarquilla lesyeux.
- En plein mois d’août ? Tu rigoles ou quoi ?
T’auraispasstationnéunpeutroplongtempsdevantle
bistrot par hasard ?
Unemimiqueoffusquéetransformasubitementle
visage de Roger.
-Nonmais…Déjàquejevienspourterendre
service ! Ca commence bien…
Lesdeuxcompèresconnaissaientlejeuparcœur.
IlrevenaitàGeorgesdeprendrelamoucheàsontour.
- Tu me rends service à moi ? A moi ? Je te
rappelle que tu vas récupérer quinze sacs de ciment de
vingt-cinqkilosl’unitéetunetrentainedepotsdepein-
ture. Toutçagratis. Commeparhasard,ilsetrouveque
tu es artisan-maçon-peintre et je ne sais plus quoi en-
core. Ettuosesmedirequeturécupèreslamarchandise
pourmerendreservice? T’astropboncœurRoger,ça
te perdra…
Roger rigola. Il s’adressa à Jacqueline Malblanc
quiobservait,navrée,lesdeuxhommes.
- Dites, il est encore de bon poil aujourd’hui.
Faudraitfairequelquechose,jesaispasmoi,vouspour-
riez…
Madame Malblanc fronça les sourcils et rétorqua
d’une voix ferme :
- Gardez vos insanités s’il vous plaît. De toute
façon, vous êtes les deux mêmes. Pas un pour sauver
l’autre…
9Le testament du père Michon
Et elle ferma brutalement la fenêtre tandis que
Renée Michon, surprise, s’écartait prestement. Roger
setournaverssonami,l’œil réjoui.
- Ben dis donc, elle est en forme la Jacqueline
aujourd’hui. Ellemerappellelamiennedanslesgrands
jours.
- Tu te souviens encore de ta femme ? Ca fait
pourtantunbailqu’ellet’asplaqué…Dis,t’asunevraie
mémoire d’éléphant toi !
- Avec tout ce qu’elle m’a emmerdé, je pourrais
vivrejusqu’àcent-cinquanteansquejel’auraistoujours
pasoubliée,réponditl’artisand’unevoixempreintede
fatalisme.
Cars’ilsepermettaitaujourd’huidefairelebra-
vacheàl’évocationdesonépousevolage,illuiavaittout
de même fallu des années pour se remettre de son dé-
part. « Surtout,etenplus,qu’ellem’aquittépourun
électricienquitravaillaitsurlemêmechantierquemoi.
A-t-onidée? Unélectricien!»s’emportait-ilencore
lorsque Georges et lui exagéraient -situation courante
lenombredetournéesaniséesd’avantdéjeuner.
Georgesluitapasurleventreetfitminedeporter
un verre à ses lèvres.
- T’inquiète pas, avec ce que tu t’enfiles, ça
m’étonnerait que ta tuyauterie tienne encore long-
temps. Alors tes cent-cinquante ans… Bon, on la vide
cette cave ?
Roger hocha la tête.
-C’estjustementcequej’allaisteproposer. Jeme
suis pas levé aux aurores pour tenir salon dans ta cour.
Le temps d’aller chercher la brouette dans la camion-
nette et on attaque.
Iltournalestalonsetsedirigeasansempressement
vers la rue en sifflotant l’air d’opérette qui lui trottait
dans la tête depuis qu’il était debout. Georges le suivit
quelquesinstantsdesyeuxpuisinspiraunegrandegou-
lée d’air. Il aimait ces matinées d’été, la relative fraî-
cheur qui précédait les chaleurs du milieu de journée,
10Fabrice Boulard
la luminosité pleine de promesses. Toutes ces années
passées sans sortir, ou presque, de Paris magnifiaient
ses souvenirs de gosse, les mois d’août loin de l’école,
à courir la campagne du matin au soir en compagnie
de jeunes loustics de son acabit, échevelés et rigolards.
Depuissonarrivéedanslacapitale,ils’étaitreconstitué
un village des rues autour de l’immeuble, ne franchis-
santqu’exceptionnellementceslimitesimaginaires. Ily
connaissaittoutlemondeettoutlemondeleconnais-
sait, comme avant. Ses rares connaissances vivaient à
trois cents mètres à la ronde. Et parmi elles, Roger,
grandegueuleetfrancducollier,étaitceluiquiluirap-
pelaitleplusfidèlementsescopainsd’enfance,latribu
qu’il retrouvait chaque été.
Lorsque Roger franchit le portail, poussant de-
vantluiunebrouettecabosséeetcouinant,Georgesétait
toujoursaumilieudelacour,semblantchercheruneis-
sueentre leshauts murs noircis.
-Hébenbonhomme,tuprendsracine?
Georges regarda Roger et il lui sembla qu’il avait
douze ans.
Jacqueline Malblanc s’activait dans la minuscule
cuisine. Depuis quatre ans, depuis que l’octogénaire
avait dégringolé les escaliers de son deuxième étage
jusque dans la cour sans escale, la concierge lui prépa-
rait ses repas. Et deux fois par semaine, elle faisait le
ménage dansle petitappartement.
Renée Michon battait un jeu de 32 cartes. Elle
coupa, recoupa puis disposa les cartes en lignes et co-
lonnes parfaitement alignées. Les réussites la passion-
naientetl’occupaientplusieursheuresparjour.
-Ditesvoir,madameMalblanc,çaal’aird’êtreun
drôledegars,lecopaindevotremari…
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