Le voisin
171 pages
Français

Le voisin

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Description

Face à son voisin, elle doit craindre ou déménager
Un mari souvent absent. Un métier qui ne l'épanouit guère. Un quotidien banal. Colombe Barou est une femme sans histoire. Une de ces femmes auxquelles il n'arrive jamais rien. Comment peut-elle imaginer ce qui l'attend dans le nouvel appartement où elle vient d'emménager ? Sans raisons apparentes, à l'étage supérieur, un inconnu lui a déclaré la guerre. Seule l'épaisseur d'un plancher la sépare désormais de son pire ennemi... Quel prix est-elle prête à payer pour retrouver sommeil et sérénité ?


Grâce à un scénario implacable, Tatiana de Rosnay installe une tension psychologique extrême. Situant le danger à notre porte, elle réveille nos terreurs intimes.



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Date de parution 06 novembre 2014
Nombre de lectures 6
EAN13 9782350873022
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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couverture
pagetitre

Née en 1961, Tatiana de Rosnay est franco-anglaise. Elle vit à Paris avec sa famille. Journaliste, elle est l’auteur de dix romans dont Elle s’appelait Sarah et Boomerang, best-sellers internationaux, vendus à plus de 3 millions d’exemplaires dans le monde.

 

 

DU MÊME AUTEUR

AUX ÉDITIONS HÉLOÏSE D’ORMESSON

Boomerang, 2009, Le Livre de Poche, 2010.

La Mémoire des murs, 2008, Le Livre de Poche, 2010.

Elle s’appelait Sarah, 2007, Le Livre de Poche, 2008.

AUX ÉDITIONS LE LIVRE DE POCHE

Moka, 2009.

AUX ÉDITIONS FAYARD

L’Appartement témoin, 1992, J’ai Lu, 2010.

À PARAÎTRE

Le Cœur d’une autre, Le Livre de Poche, 2010.

Spirales, Le Livre de Poche, 2011.

Mariés, pères de famille, Éditions Héloïse d’Ormesson.

 

 

www.tatianaderosnay.com

Un mari souvent absent. Un métier qui ne l’épanouit guère. Un quotidien banal. Colombe Barou est une femme sans histoires. Une de ces femmes auxquelles il n’arrive jamais rien. Comment imaginer ce qui l’attend dans le charmant appartement où elle vient d’emménager ?

 

À l’étage supérieur, un inconnu lui a déclaré la guerre. Seule l’épaisseur d’un plancher la sépare désormais de son pire ennemi… Quel prix est-elle prête à payer pour retrouver sommeil et sérénité ?

 

Grâce à un scénario implacable, Tatiana de Rosnay installe une tension psychologique extrême. Situant le danger à notre porte, elle réveille nos terreurs intimes.

À Monsieur X., mon ex-voisin, qui, pendant un an,
m’a empêchée de dormir, et qui (bien malgré lui)
m’a donné l’idée de ce roman.

À Nicolas, Louis et Charlotte, voisins de cœur.

L’enfer, c’est les autres.

Jean-Paul Sartre,

Huis clos, scène V

Vienne la nuit sonne l’heure

Guillaume Apollinaire,

« Le pont Mirabeau », Alcools

Peut être réprimée la personne qui, dans un lieu public ou privé, est à l’origine d’un bruit particulier susceptible de porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé, du fait de sa durée, de sa répétition et de son intensité.

(Décret du 18.4.1995)

DU HAUT DE SON CRÂNE à la pointe de ses talons, le sommier la plaque contre le sol. Elle peut à peine bouger. Aplatie, le menton collé au parquet, elle halète comme un chien, la bouche ouverte. Lorsqu’elle a entendu la porte d’entrée claquer, dans son affolement, elle s’est heurté le front contre quelque chose, le coin du lit, peut-être. À présent, elle a mal. Avec difficulté, le plus lentement possible pour ne pas faire de bruit, elle tente de dégager une main. Il y a peu de place sous le sommier. Doucement, elle passe les doigts sur sa tempe. Sensation poisseuse. Du sang ? Elle ne voit rien. Il fait trop sombre. Une seule chose importe : sortir de là. Mais comment ? Comment fuir ? Les questions résonnent dans sa tête. Pourquoi est-il rentré à cette heure-ci ? Que fait-il là ? Se doute-t-il de quelque chose ? Avait-il l’intention de la piéger ?

Elle tente de respirer plus calmement, de réfléchir. Son nez la chatouille. Il y a un peu de poussière sous le lit. Ne pas éternuer, ne pas bouger, ni souffler, ni tressaillir. Mais la panique gagne du terrain. Elle ferme les yeux. Des zigzags zèbrent l’intérieur de ses paupières. Ses oreilles bourdonnent, son cœur s’emballe. Sa poitrine reste bloquée, compressée. Elle ne peut plus respirer. L’angoisse l’aspire, l’attire, la soumet. Elle s’y abandonne comme à une horrible jouissance. Un moment de flottement, semblable à une perte de connaissance, puis elle refait surface. De toutes ses forces, elle appuie ses poings contre sa bouche. Ne pas pleurer, ne pas crier, ne faire aucun bruit. Rester calme. Mais comment sortir de cette chambre ? Des grossièretés inhabituelles lui viennent aux lèvres. Sortir de cette chambre… « Cette putain de merde de chambre. Et lui, ce con, ce couillon. » Les jurons ne changent rien à la situation.

L’homme est là, bien là, étendu sur le lit, au-dessus d’elle. Vingt centimètres à peine les séparent. Il respire. Un souffle régulier et paisible. Elle l’imagine, les mains croisées derrière la nuque, les paupières closes. Une pensée atroce l’effleure. Il doit l’entendre, il doit capter ce cœur qui bat comme une grosse caisse. Pourtant il ne bouge pas. S’est-il endormi ?

L’homme l’écrase de tout son poids. Il la domine, il l’opprime. Le sommier déformé par la courbe de son dos est soudé à ses omoplates à elle, à ses reins, à ses fesses, à ses cuisses. Même à travers le matelas, elle croit percevoir la chaleur de son corps, le grain de sa peau, son odeur, son haleine. Ils sont comme imbriqués l’un sur l’autre. Cette intimité forcée la dégoûte. Un cauchemar. Elle a pris trop de risques. Comment a-t-elle pu être si stupide ? Ce jeu puéril l’a grisée, comme un gamin joue avec des allumettes : fasciné par la petite flamme, il met le feu à sa maison.

Combien de temps va-t-elle rester là ? Et ses enfants ? Et son mari ? Les jumeaux ne vont pas tarder à rentrer. En voyant que leur mère est absente, ils iront chez la voisine du troisième, ou les étudiants du second. Ils s’inquiéteront à l’heure du dîner, lorsque leur estomac se manifestera. Où est passée maman ? Ils appelleront leur père à son bureau. Elle imagine déjà la scène : son mari, rentré ventre à terre, perplexe, soucieux. Mais où peut-elle être ? À cette heure-ci, maman est toujours à la maison, derrière son ordinateur ou à ses casseroles. Et la nuit qui tombe… S’ils la voyaient, prisonnière de sa propre inconscience, bloquée sous un lit, le front ensanglanté, avec cet homme vautré au-dessus d’elle. Ils auraient honte. Elle a honte aussi.

Sans bruit, elle se met à pleurer. Les larmes coulent, sur ses joues, se mêlent au sang de sa blessure. Un goût à la fois salé et douceâtre pique sa langue.

Jamais elle n’a eu si peur. S’il devine sa présence, il la fera payer pour tout.

Et il la fera payer très cher.

1

« PROPRIÉTAIRE LOUE beau 4 pièces 120 m2 soleil refait neuf 9 000 F plus charges RV ce jour 13 h 30 27 av. de La Jostellerie 4e face »

 

Colombe est arrivée en retard. Déjà trente personnes devant elle. Elle se résigne à faire la queue dans l’escalier. Tous les quarts d’heure, elle monte une marche. Pour patienter, elle lit, sans grande conviction, un manuscrit qu’elle vient de recevoir. Une jeune femme trop maquillée glousse dans son téléphone mobile, sans se soucier de son entourage. Une quinquagénaire dévoile ses ennuis de santé à un monsieur las mais digne. Colombe trouve le temps long et le manuscrit ennuyeux. Avec un soupir, elle le range dans son sac. Il n’y a rien d’autre à faire que d’attendre, subir les deux conversations de la cage d’escalier : les triomphes amoureux d’une midinette et les affres de la ménopause. Colombe bâille. Ployant ses longues jambes, elle s’assied sur une marche.

Le propriétaire de l’appartement est un méticuleux personnage qui craint bien sûr, comme tout propriétaire, les rayures sur ses parquets ou les taches sur ses murs. Mais ses appréhensions vont au-delà de simples tracas matériels. Il souhaite accueillir dans ces quatre pièces ensoleillées une personne de confiance, un être qui épouse une définition précise, celle dont il a fait son credo : « quelqu’un de bien ». Aussi inspecte-t-il le défilé incessant des futurs locataires avec scepticisme, comme si chaque candidat était un cancre face à l’intransigeance d’un grand oral.

Quand c’est enfin son tour, Colombe se rend compte que le propriétaire s’adresse à elle avec une certaine déférence. Pourtant, lui semble-t-il, il a envoyé balader le monsieur mélancolique et la dame volubile. Est-elle la candidate qu’il recherche ? Sans doute, car il lui fait faire deux fois la visite de l’appartement. Il la contemple avec un sourire satisfait. Que voit-il en elle ? Colombe s’amuse intérieurement. Elle connaît la réponse par cœur : une jeune femme, la petite trentaine, les traits lisses, les vêtements sages. Gentille, bien élevée. « Quelqu’un de bien. »

Lorsque le propriétaire lui demande si elle a des enfants, il faut bien lui avouer les jumeaux de onze ans. Un personnage aussi soigneux ne voudra certainement pas d’enfants chez lui. Les parquets ! Les murs ! Adieu, avenue de La Jostellerie…

– Vous avez l’air bien jeune pour avoir des enfants de cet âge-là, remarque le propriétaire, qui ne semble pas du tout offusqué par l’annonce de cette double maternité.

Colombe reprend espoir. Elle hausse les épaules joliment, fait la moue.

– Que voulez-vous, monsieur, j’ai commencé tôt…

Il la trouve drôle. Et charmante. Quand elle lui dit qu’elle travaille à mi-temps dans l’édition et que son mari dirige une petite entreprise d’informatique, il sait qu’il a débusqué la locataire idéale.

– Votre prénom ? lui demande-t-il, la pointe du stylo affûtée.

– Colombe.

Il inscrit :

– Colombe Barou. Tiens, c’est amusant ça. « Colombarou ».

Elle lui lance un regard un peu ironique, mais n’ajoute rien.

Le propriétaire note ses coordonnées, prend les références bancaires, les renseignements nécessaires.

– Passez ce soir avec M. Barou. Il verra votre futur appartement.

Colombe s’étonne.

– Mais… il y a encore beaucoup de monde dans l’escalier…

Le propriétaire lui sourit.

– Peut-être. Pourtant c’est vous que j’ai choisie. Revenez donc avec votre famille. À ce soir.

Colombe file. Le cœur triomphant, elle n’ose croiser le regard morne des gens qui s’entassent dans l’escalier. Dire que désormais, ces marches, cette rampe, cette entrée, cet immeuble, c’est chez eux. Une fois dehors, elle esquisse un petit pas de danse, celui de Gene Kelly dans Singing in the Rain, lorsqu’il saute à pieds joints dans le caniveau. Pas une goutte sous les semelles de Colombe, mais toute la grâce d’une ancienne ballerine qui a poussé trop vite.

Encore un qui a été rassuré par cette lisse image de mère de famille. Gentille. Calme. Un peu fade. Certaines femmes se servent de leur beauté pour arriver à leurs fins. D’autres, de leur intelligence. Colombe, elle, a toujours joué de ce qu’elle appelle sa « transparence » : une capacité à faire le caméléon, à se fondre dans la masse, à n’inspirer ni crainte ni méfiance. Elle avait été une fillette silencieuse, réfléchie, qui préférait écouter les conversations des grandes personnes plutôt que de jouer avec les enfants.

Longue et mince, Colombe frise le mètre quatre-vingts, se tient un peu voûtée, comme si elle avait honte de sa taille, que pourtant on remarque rarement, tant elle s’évertue à passer inaperçue. D’ailleurs, on ne remarque pas grand-chose de Colombe, sauf peut-être son regard mordoré et la finesse de ses traits. L’œil des autres glisse sur elle. Rien ne l’accroche. Et elle ne fait rien pour le retenir.

On ne remarque pas qu’elle est jolie, que ses cheveux sont épais et brillants, que sa bouche ressemble à un fruit. On ne remarque pas les fossettes qui s’impriment sur ses joues lorsqu’elle sourit, ni sa peau blanche, aussi onctueuse qu’une coulée de crème fraîche. Tout en elle est dissimulé, rentré vers l’intérieur, comme si au-dessus de sa tête, on avait éteint un projecteur. Colombe est une femme de l’ombre, de celles qui sortent rarement de leurs gonds, toujours prêtes à rendre service, et que tout le monde rêve d’avoir pour voisines.

« Quelqu’un de bien. »

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Les jumeaux attendent leur mère devant le collège. Colombe s’étonne souvent qu’ils aient partagé son ventre pendant sept mois, car ces dizygotes n’ont rien de deux frères, encore moins d’une paire de jumeaux. Balthazar, tout en jambes, est longiligne et pâle comme Colombe. Oscar, court sur pattes et mat de peau, est le portrait craché de Stéphane, leur père. Balthazar parle peu, Oscar, trop. Ils se disputent souvent. Balthazar serre les dents et distribue des coups de pied et de poing vicieux. Oscar, prolixe, réplique par d’ignobles insultes. Cela se termine toujours mal. Parfois, Colombe perd patience. Mais contrairement à Stéphane, elle parvient à se maîtriser, et de ses longues mains blanches, elle les sépare, les console, les câline.

Colombe aperçoit ses fils et leur fait un petit signe. Balthazar dépasse son frère d’une tête. C’est toujours lui qui la voit en premier.

– J’ai trouvé un appartement, leur annonce-t-elle.

L’excitation est à son comble. Les questions fusent. À tue-tête, Oscar en pose deux par seconde. Balthazar sautille sur place en poussant des cris de joie.

– Où est-il ? Est-ce que j’ai une chambre pour moi ? Est-ce qu’il est grand ? Est-ce que c’est loin ? Est-ce que papa l’a vu ? C’est quand le déménagement ? On peut y aller maintenant ? Tout de suite ?

– Il faut patienter encore un peu, dit Colombe, qui a du mal à se faire entendre. Jusqu’à six heures.

Comme à son habitude, Oscar râle. Balthazar, avec son flegme coutumier, hausse les épaules. Colombe aime les silences de Balthazar, comme elle ne se lasse pas du pépiement d’Oscar. Sur le chemin du retour, elle les tient chacun par la main. Ils sont encore ses bébés. Mais plus pour longtemps. Demain, l’adolescence sera là, et son cortège d’ennuis. Balthazar ne viendra plus se blottir contre elle. Oscar préférera sortir avec ses copains plutôt que de rester avec sa mère. Ils ne voudront plus qu’on les appelle « Balthoscar », ce drôle de surnom que leur a donné leur père. Ils deviendront vite, trop vite, des hommes. Des hommes à la voix cassée et au menton qui pique.

Avenue de La Jostellerie, le propriétaire les attendait. Il offre du Coca aux garçons et, à leur mère, un kir qu’elle accepte. Elle y trempe ses lèvres une fois avant de poser son verre sur le guéridon.

– Où est votre mari ? demande le propriétaire.

– En voyage. Il est souvent en voyage, dit Colombe.

– Vous serez bien ici, poursuit le propriétaire, au calme. C’est rare d’avoir un côté cour, un côté jardin, et autant de soleil. Je suis certain que votre mari sera très content.

– Oui, murmure Colombe.

D’un air rêveur, elle contemple la pièce. Ce serait leur salon. Les canapés ici… Son bureau là… Il faudrait de nouveaux rideaux à cette fenêtre… Des stores… Le kilim devant la cheminée…

Les garçons courent d’un bout à l’autre de l’appartement en riant. Leurs pas résonnent dans les pièces vides. Colombe essaie de les faire taire.

– Laissez-les donc. Il n’y a pas d’enfants dans l’immeuble. Ça fera un peu de vie. La dame d’en dessous est dure d’oreille. Le monsieur du cinquième est rarement là pendant la journée. Ne craignez rien.

Balthazar tire sur la manche de sa mère.

– Maman, dit-il de sa voix grave, on veut la même chambre. On n’arrive pas à se mettre d’accord.

Oscar boude dans un coin.

– Laquelle ? demande Colombe.

Ils lui montrent la grande chambre à deux fenêtres qui donne sur le jardin.

– Celle-là n’est ni pour l’un ni pour l’autre, déclare-t-elle.

– Ah bon ? Elle est pour qui, alors ? dit Oscar.

Colombe sourit.

– Elle est pour votre père et moi.

– Vous avez raison, approuve le propriétaire. C’est la plus belle chambre de l’appartement. La plus calme, aussi.

– C’est pas juste, bougonne Oscar.

– Si, c’est juste, insiste Balthazar. C’est normal que maman ait la plus belle chambre.

– Fayot !

Colombe sent venir la dispute comme le météorologue prévoit un grain. Elle pose une main apaisante sur l’épaule d’Oscar. Le garçon sait bien ce que signifie ce geste. Il soupire bruyamment et regarde ses pieds.

– Il est l’heure de rentrer, lui dit Colombe.

Plus tard dans la soirée, elle tente de joindre Stéphane sur son téléphone portable. Elle entend mal la voix de son mari.

– J’ai trouvé, lui dit-elle. Un quatre-pièces à très bon prix, derrière le parc Cobert. On n’aura même pas besoin de changer les jumeaux d’école… Allô ? Stéphane ?

En guise de réponse, elle perçoit d’étranges grésillements. Parfois une syllabe se distingue, suivie d’un sifflement intergalactique, puis l’orage à nouveau.

– Allô ? Allô ! s’égosille Colombe.

Au bout du fil, plus rien. Elle raccroche, compose de nouveau le numéro de Stéphane. La messagerie vocale se déclenche :

« Oui, bonjour, vous êtes bien sur le répondeur de Stéphane Barou, je ne suis pas disponible pour le moment, merci de me laisser un message après le signal sonore. »

– C’est moi, mon cœur. Tu dois être dans un tunnel, ou dans ton TGV. J’ai trouvé notre appartement. J’ai hâte que tu sois là pour le voir.

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Claire scrute l’appartement d’un œil connaisseur.

– Tu as fait une bonne affaire…

Colombe, soulagée, regarde sa sœur avec un sourire.

– J’étais sûre que tu allais aimer.

– Stéphane l’a vu ?

– Pas encore. Il rentre jeudi prochain.

Claire s’appuie contre le chambranle de la porte. Elle fouille dans son sac à la recherche d’une cigarette. Colombe déteste qu’on fume chez elle. Mais elle ne dit rien. Elle n’aime pas faire des remarques aux autres, même à sa sœur.

Claire est plus petite que Colombe, et toujours vêtue de noir. Elle a un visage intelligent, un regard perçant. Elle travaille dans une agence de publicité, et n’est pas mariée.

– Stéphane ne va-t-il pas trouver ça trop… ? murmure Claire en allumant sa cigarette.

– Trop quoi ?

Claire déambule dans le salon vide. Ses talons hauts claquent sur le parquet vitrifié. Elle a les reins cambrés, le cul fier.