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Le voyage à Naucratis

De
608 pages
uvre autobiographique, Le voyage à Naucratis nous renseigne autant sur sa propre histoire que sur la vie de son auteur. Jil Tu, le narrateur, substitut de je, de tu et de il, se laisse aller comme à un vertige sans fin, parfois proche de la folie, au flux torrentiel du langage, et nous entrâne au cur même de la littérature. Le récit noue ensemble deux grandes aventures, celle du corps et celle des livres. Évitant toute illusion réaliste, c'est par le corps que Jil Tu découvre le réel, à partir de lui qu'il peut exprimer la relation privilégiée de l'écriture au réel. Avec sa dramaturgie d'opéra total où le langage et le corps alternent leurs arias, Le voyage à Naucratis joue sur tous les registres, du délire au comique, de la farce à la critique, de la description érotique minutieuse et glaciale à la fureur bachique du langage de la transgression, et traverse la littérature pour la mieux réinventer.
Prix Médicis 1975
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Jacques Almira
Le voyage à Naucratis
Gallimard
Jacques Almira est né à Sélestat. Son premier roman,Le voyage à Naucratis, lui a valu le prix Médicis 1975. Ont suiviLe passage du désir (1978),Le marchand d'oublies (1979),Terrass Hôtel (1984), La fuite à Constantinople ou La vie du comte de Bonneval(prix des Libraires 1987),Le Sémaphore (1988), Le bal de la guerre ou La vie de la princesse des Ursins(1990).
«Tous les personnages de ce livre, y compris les premières personnes du singulier, sont imaginaires, et toute identité avec des personnes vivantes ou décédées serait une coïncidence.» o COÏNCIDENCE : N.F. (1454, « similitude », de coïncider), 1 (1753).Géom. Propriété qu'ont des lignes, des surfaces, de se recouvrir exactement quand on les superpose. Coïncidence de figures homologues. (Petit Robert.)
à Anna, sans commentaires, sans fleurs, ni couronnes.
En entrant, au-dessus de la baignoire et encore de profil à droite et à gauche, il était déjà là en train d'ouvrir le placard pour y prendre son peignoir et le mettre sur le radiateur. Il se tira un bain bouillant dans lequel il mit de l'huile de noyau de pêche comme il se tirerait un soir, dans une pose potockienne, une balle dans la tête qu'il n'entendrait même pas traverser son cerveau et bondir dans la rue pour vraisemblablement tuer quelqu'un d'autre encore qui justement sortirait du cinéma en allumant une cigarette après avoir vuLa Traviatace qui donnerait le lendemain matin à la une des journaux : VOIR LA TRAVIATA ET MOURIR . Hier soir, dans le cinquième arrondissement, à l'issue de la dernière séance du cinéma le Panthéon, un homme qui ne demandait rien à personne a été abattu d'une balle ayant le calibre d'un noyau de pêche prélevé du couvercle d'une théière, en plein cou. Il est mort sur le coup. S'agit-il du dérèglement d'un conte ou de la passion d'un crime ? Les enquêteurs ont déjà appréhendé plusieurs suspects qui maraudaient dans les parages au moment de l'attentat mais aucun n'avait d'arme sur lui. Un Arabe dément, un Noir noir qui a vainement essayé de fuir en se dissipant dans la nuit et un homosexuel en état de folie, d'ébriété et de délire toxique ont été incarcérés. L'affaire est e e e e louche jusqu'au strabisme. Suite p. 284, 2 article, 15 colonne, 4 division, 13 paragraphe, dernier alinéa. Il se décocha trois longues rafales de brumisateur d'Eau d'Evian en se demandant s'il avait envie de se laver la tête et même de la rincer à l'eau glacée comme on me l'a conseillé chez Carita dans l'espoir quelquefois fécond que le bain des humeurs mauvaises et taciturnes où baignait son cerveau serait en quelque sorte galvanisé par la pression d'un jet d'eau qui le bombarderait en précipitant la circulation des mauvaises humeurs épaisses, compactes, veineuses et endormies qui engluaient sa phrase et poissaient sa langue. Puis il s'en prit à la couleur en se disant, comme c'est écrit au récital de Maria Callas, que la repigmentation de son cuir chevelu bouffant de ces longs fils qui formaient cette masse lourde et flottante autour de son regard créerait une espèce de traumatisme favorable à son rétablissement dans les enclaves explicables de la consécution et de l'enchaînement progressif, calme et normalisé de ses gestes, mais alors, abstraction faite par exemple du choix de la couleur proprement dite à supposer que l'on s'arrêtât à celui d'une expression du brun, se posait celui particulier, fatigant, incisif de la nuance, cet imperceptible glissement vers une tension de plus en plus grande, de plus en plus ténue dans la relation des tribulations d'un acte tout compte fait, à rebours, anodin, deviendrait inévitablement insupportable et tout le calme que le fait de s'imaginer en train de se brosser les cheveux aurait esquissé d'amener difficultueusement, se désagrégerait d'une manière jusqu'alors inconcevable pour devenir une affreuse titillation de toutes ses conceptions de tout un monde tissé d'énervement qui s'arrangeait cahin-caha vers une espèce d'ordre toujours reculé, toujours menacé, labile, sans cesse sujet à de nouvelles objectivations épointées, encore aléatoires pour former l'économie de la tête et tout au bord de la panique et du désarroi, l'arnaquage de justesse d'une petite phrase de Kafka permettait de couper court au processus de décomposition et de détourner tout l'intérêt des extrémités babillantes, embryonnaires et toujours encore incertaines vers les racines et l'étymologie de son histoire dans le projet délibéré de ne les pas « connaître » de toute une arabesque littéraire qu'il esquissa en se détournant légèrement de façon à faire luire le profil en regardant cette lumière bleutée qui lui dégoulinait le long de la mâchoire, sorte de grand moulinet qui passant par Cervantès arrivait là, à cette césure précisément pour y éclore dans une nouvelle direction : 22 mars 1912 : « Le plaisir que me procure la salle de bains. Connaissance progressive. Les après-midi passés en compagnie de mes cheveux. » Au moins alors demain ? Et après un vague accord de principe pour obvier à la siccité éventuelle de sa chevelure, il cassa une ampoule d'huile d'Alès dont il répandit le contenu jaunâtre sur ses cheveux qu'il
peigna ensuite doucement pour les en bien imprégner. Entre les dents bleues de l'énorme peigne glissait un filet de sang. Merde ! Ces putains d'ampoules autocassables... à tous les coups je m'entaille un doigt ! Il se mit l'index sous l'eau froide qui coulait sans bruit. Le sang cessait déjà. Je devrais aller me faire faire une B.W. rue d'Assas. Après de longues perquisitions dans tout le quartier, on a retrouvé l'assassin du simple crime de la rue Verdi, rue d'Assas. Mais la rue Verdi n'est pas dans le cinquième, que je sache ! Ah, ça suffit, vous n'allez pas commencer ! Je n'ai aucun sens de l'orientation et l'unité de lieu prolifère et se multiplie. Je n'ai jamais lu avec à ma droite un dictionnaire, à ma gauche un planisphère, dans ma tête un glossaire et dans mon inconscient un précis de psychopathologie. Je lis vautré sur un lit avec des cigarettes et du chocolat !... Des énormes champignons de mousse rosée boursouflaient la baignoire. Il faudrait fermer le robinet ; Archimerde pourrait très bien inonder tout l'appartement et noyer la Princesse perse et niaque d'en dessous. Il essaya le bout d'un pied avec précaution tout méthodiquement en commençant par l'orteil qui d'abord fraya au travers d'une consistance légère et tépide pour tout à coup s'effrayer et ressortir rubescent. C'était à peine tenable. Il est vraiment trop chaud, comme si j'avais le choléra. Un peu d'eau froide. Ça peut aller. L'albatros au-dessus des nuées roses se tint debout quelques instants puis doucement s'accroupit jusqu'à ce que l'eau, touchant presque ses couilles par le truchement des poils où elle remontait comme dans des chalumeaux sans doute, le fit crier. O ciel !... ch'è questo ? On arrêtait la colère par des douches glacées et pas par les étuves ! Il se laissa aller complètement dans l'athanor d'où ne dépassait qu'une tête luisante de cheveux graisseux. Tout autour de lui respiraient les redondances fougueuses qu'il pressait dans ses mains et dont il se mit une houpe sur le front en guise de camélia... – Prendete questo fiore ! – Perché ? – Per riportarlo... – Quando ? – Quando sarà appassito... Et contre ses épaules nues le frutement de la mousse semblait encore plus tiède que tout à l'heure, presque de la moire glacée en comparaison du bouillon où il commençait d'être pris d'une irrépressible langueur. L'effet du mandrax au Chivas poignait doucement dans ce crépuscule de fuchsias et de roses qui se défaisait autour de lui en susurrant... Je me grise jusqu'au noir, je suis mon propre extrême. Dogeresse, dans les spasmes méliques et tabétiques d'une étuve asymptotique lambrissée des fastes rembrunis de la glouar et nasards, avec autour de sa grandesse la quintessence isotrope d'une procession de réminiscences en double file interminablement, sa sérénissime a sombré toute en masques dans le luxe électuaire des eaux. Il renversa la tête contre le rebord de la baignoire trop courte en regrettant qu'il n'y eût pas de coussin bien qu'il y eût des carreaux et que dans un livre la confusion eût pu passer facilement, ferma les yeux, les entrouvrit, les rouvrit et entrevit dans la floculation des buées et des vapes abluantes de la narcose un visage las et yultueux : Gustave Flaubert anadyomène flanqué de son perroquet empaillé qui avait dû être un jour la fille de quelque roi, le Narrateur dans son bain, une belle page de D.H. Lawrence et la merveilleuse évocation de Joyce qui tous les trois le disaient comme une fleur. Lui, il en parlerait comme d'une jacinthe violette et puis d'un camélia rose et moussu, mais l'incommensurable faix de l'histoire
littéraire entremettait entre sa pose, sa prose et cette flotte fleur et floue, l'écran opaque d'un bain de mousse hollywoodien. Jennifer Jones la joue bien mieux que Valentine Tessier. E strano ! E strano ! Morir mi sento... Je suis Maria Montez, c'est Hollywood, c'est la Metro Goldwyn Mayer qui a parachevé le monde occidental tel que nous le connaissons. Et il revit l'inoubliable actrice se dissoudre et s'évanouir dans l'immuabilité glaireuse des images et l'indissolubilité des éternités... – Prendi ; quest'è l'immagine De' miei passati giorni ; A rammentarti torni Colei che si t'amò Son visage scintillait de sueur au milieu du brouillard qui fumait dans la glace où il se demandait : « Qui êtes-vous ? » Comme ça, de but en rose, sans préambule ni préavis, tout à coup, brusquement coincé, intimé intimement, acculé publiquement... Fallait-il donc pour l'écrire d'abord souscrire à la question ? Il va falloir répondre, dire quelque chose, donner un accusé de quelque chose, se prêter à cette énigme qui ouvre sous la direction de la baguette la dialectique opéradique et platonicienne dans laquelle l'occident tout entier baigne encore... Il va falloir se satisfaire d'un besoin de « connaître »... Mais du moment que ça parle, du moment qu'on lit quelqu'un parler qui écrit, du moment que ça raconte, que ça récite, que ça narre, faut-il vraiment pour que le plaisir de l'écriture et de la lecture s'installe qu'il y ait assujettissement ?... Comme ça, sans prévenir, sans périphrase, tout dru, tout nu, ma bouche, mes yeux... Je suis une rue ! Une rue ?... Enfin oui, je suis la rue Gustave-Flaubert jusqu'à la rue Théodore-de-Banville !... J'y suis un homme... Ça ne va pas les satisfaire ! Non, je suis une entité en train de se produire... Ce n'est pas encore ça !... Il va falloir... Oui... Accusé levez-vous et dites... et dans l'ordre s'il vous plaît ! Nom. Prénom Date de naissance. Profession de foi. Adresse. Numéro d'immatriculation et la date exacte de l'épreuve... L'ordalie commença un certain jour d'octobre, autant qu'il m'en souvienne... Non ! Nom. Ce doit être moi. Ce doigt qui me pointe sous le tic-tac érodant et rôdant d'une machine à impressions qui notifiera les erreurs de son timbre de voix tacatant-tacatam. Un interminable devoir de français, un récurrent concours général dont toute la littérature du passé, du présent et du futur participerait. C'est moi quand il parle de moi ce IL qui traîne dans les phrases. C'est moi quand je joue avec moi ce JE qui cherche les désinences idoines à le manifester et TU quand on me parle et qu'on me pose des questions : « Qui es-tu ? » Je suis une trinité.Quies-tu ? – Sta ben !... JIL TU ! et je le hais. Sempre libera degg'io folleggiare di gioia in gioia, vo' che scorra il viver mio pei sentieri del placer. Nasca il giorno, o il giorno muoia, sempre lieta ne' ritrovi, ah, a diletti sempre nuovi dee volare il mio pensier. Ne pourrait-on pas en faire un libretto, des sketches et des saynettes ? Ne pourrait-on pas raconter l'histoire de chacune de mes personnes, raconter les tribulations de ce JE tripartite ?
D'abord c'est moi qui tue. Non, c'est lui qui tue moi devenu aussi quelqu'un d'autre ou ELLE puisque c'est aussi – dans ce monde on pourrait presque en venir à l'oublier – une forme de la troisième personne du singulier. Si je dis Jil Tu, il m'est loisible d'inverser et de dire comme dans les listes d'appel scolaire où le patronyme précède toujours le prénom : Tu Jil. Oh, j'aurai une histoire pleine de mystères et d'incongruités, dans l'esprit d'un roman policier dont l'intrigue se serre de plus en plus jusqu'à étrangler les héros les uns après les autres. L'assassinat de Jil est décidé. Il suffit maintenant d'arrêter celui qui va le perpétrer, et je mourrai sous les coups que me portera une des mes déductions morphologiques dont toutes les sortes de diagrammes, au début de n'importe quelle grammaire élémentaire sont confinées. Point n'est même besoin de les inventer ; il suffit de les inventorier. Morituri te salutant !... Tu quoque me ?... Il n'y a que trois personnes. Nous, vous, ils sont en effet leur pluriel, juste leur extension, leurs sous-produits, leurs accessoires romanesques et leurs épisodes. Ne pourrait-on pas en faire un livre ?... L'épreuve a eu lieu un certain jour de phrase... « Tous les renseignements sont certifiés conformes » introduit laconiquement mais indubitablement la possibilité immanente du plagiat et son interdictionformelleet déjà devrait m'habiter la crainte qu'on se mette à mon insu à parler à ma place. Il faut un nom pour commencer. Il faut se faire un nom comme on se fait un visage. Il faut un début. Un but. Pourquoi écrivez-vous et quevoulez-vousdire ? Pensait-il vraiment qu'en écrivant il arriverait à fixer, à l'épingler autour de lui en la portraiturant dans l'esprit de ces images métaphoriques dont il tâchait de deviner les contours mouvants et guillochés qui s'enfonçaient dans les épaisseurs infinies du miroir en les encadrant des dentelures et des chantournements historiés de la langue cette Volonté qui s'évaporait sans lui laisser davantage qu'une vague aboulie de la langue qui déroulait avec paresse les mécanismes naissants de ses règles dans les anfractuosités de ses papilles que le whisky dissociait sans qu'il y eût cependant d'interstice où s'oublier pour les circonscrire en végétant dans les ombres absentes des gallicismes où il trébuchait en soliloquant, complètement phagocyté par tout un monde de folie dans ce cri de falsettiste qui bouillonnait dans son œil pour s'y regarder regarder avec un sourire délabré cette main suspendue dans les roses pailletées sillonnant le souvenir abyssal de sa naissance, en le stigmatisant du sens inéluctable de cet aria qui le faisait nager au milieu des fluences... Il faut dire non aux influences, aux diffluences, aux affluences, aux confluences parce que je sais hypothétiquement déjà – un sens intime de mes paysages avant même de m'être jamais donné la peine d'en esquisser puis d'en étendre la description m'habiterait depuis toujours et toujours serait beaucoup davantage que le quivadesoi demonexistence biologique et sociale – que je suis leur lieu même, que je les suis, qu'elles me précèdent, mais qu'à la fois aussi elles me suivent dans un processus continu parce que les fleuves ont un sens qui m'échappe. Si je parle du sens de ma phrase, c'est en raison, disons, de ma naissance que je ne prends que pour une espèce de début arbitraire de ma narration parce que le monde me préexistait comme toutes les maladies dont je pourrais être atteint en ne pouvant exister que comme une innombrable quantité d'autres discours et manifestations diverses, simultanées, passées et contemporaines, parce que je vivais depuis des siècles enté de ma propre éternité. Avant les miennes, il y a eu tant d'enfances qui ont été si largement décrites qu'il doit bien y en avoir un échantillonnage qui corresponde,vraiment,mot à mot à peine dépoussiérés, à mon désir de souvenir d'enfance qu'il me suffirait en lisant bien de la trouver pour m'y couler. On parlait déjà bien avant moi. Je me branche. Je suis le greffe. J'ai parlé aussi avant la première page de ce livre qui n'a qu'un début légiféré, anarchique, qui tend à résoudre ce que ces deux mots ont de contradictoire ; un début sans commencement, juste un endroit, ce trou béant au sein des mots du dictionnaire de la langue française, où il pénètre, s'introduit et d'où il ressort tonitruant, plein de chair et
de sens comme mes menstrues dont les nostalgies sont mes contre-sens, où je me mettrai à en capter un bout pour arrêter ensuite plein de fatigue sans que ce soit la fin et donner à ce fragment de fresque un complaisant air rassurant de cohérence parce que j'ai appris à savoir à quel point de suspension « ON » (ON-quote) ne me pardonnerait pas l'irrémissible in-cohérence d'un récit qui se pourtant serait proposé de pratiquer à son endroit la plus rigoureuse authenticité au détriment du Ondit et au profit incalculable du JE dis. ON guillemeté voudrait absolument me faire dire en sus de mon identité pourquoi mon « unité de lieu » en quelque sorte fondamentale comme les fondations d'une maison ou les frondaisons de l'arbre évoqué supra, est un train, où je vais, mon but, si je me rends par exemple chez une tante pour y passer des vacances et si je répondais étourdiment oui à cette adjuration, ma réponse serait jugée tantancieuse, ambiguë, et l'on m'exégèserait à partir de ma tentation déduite du recours naïf par moi eu au mot tante au lieu d'avoir dit la sœur de mon père ou de ma mère, bref !, l'ubiquoundequa de mon ex-pression narrative. Je suis dans un train parce que je suis en train d'écrire et que je m'en-train-e à parler. Tu es en train de lire ce que je suis en train d'écrire. Nous sommes en train de devenir une somme de mots écrits et lus, mis et pris, que j'écris et que tu lis de haut en bas, de gauche à droite, du « début » à la « fin » de ce volume spatial, pondéral et temporel, une certaine somme d'heures nécessaires à lire de la première à la dernière page, une autre somme à payer, et la dernière nécessaire à écrire cette somme de pages qui valent tant. Mon début, au lieu d'être une voluptueuse décision de répondre, au moins pour laforme, aux invitations du bon-sens serait éparpillé, sans souci de linéarité autre que la chronologie de la lecture sans même pour modèle le « fonctionnement psychique » presque complètement assujetti, lui aussi, au bon sens et qu'on a coutume de présenter comme s'il allait dans un autre sens de soi, tout au long de la suite et par suite j'entends quelque chose de beaucoup plus large et de plus extensif que ce qui vient après début. Ce serait quelque chose qui se suffise à soi-même comme en musique une suite est une suite de morceaux souvent groupés sans souci d'unité comme par exemple prélude, courante, sarabande forlane gigue et passepied, qui répondent pourtant à certaines règles préétablies de la composition pour que l'on sache au moins ce que l'on va transgresser. Ainsi, les prérogatives de mon récit résideraient essentiellement dans le refus d'une rigidité qu'inspire généralement la peur incoercible du à-perte-de-vue. Rigidité exemplaire s'il en est, dans laquelle, nonobstant les allégations des linguistes et des juristes de la langue – ceux qui la gardent comme on demande de la savoir tenir – se sont constitués les dictionnaires, les grammaires, les livres de jurisprudence de tout acabit jusqu'aux syntaxes de l'inconscient, tout un appareil volubile, prolixe et jacassant dont déjà désormais ce livre participe, codé, étiqueté et numéroté, pour conspirer contre la peur, celle de ne plus « connaître » de ne plus comprendre, de ne plus pouvoir prendre pour se constituer un fonds intarissable de sécurité qui serait une certaine forme d'implication du « To have or not to have » sur lequel la folie des hamlets contemporains s'ouvrirait pour introduire le système de reproduction paradigmatique au sein de la représentation en doublant l'intrigue de chaque instant d'une saynette référentielle et chaque mot d'un sens (Pantomime de la scène II, acte III). Un début tout compte fait qui s'est imposé de lui-même comme un livre d'amour aurait commencé par l'amour de la scène et un roman policé par un crime anagrammatique et qui peut-être, tout conte fait, s'avérera propre à se soutenir en tant que tel pour me permettre d'écrire. Messieurs les voyageurs en latence pour mon avis en voiture s'il vous plaît... Sous le plancher sifflent des câbles & résonnent des marteaux contre des barres de fer qui grincent comme des gros boulons que l'on dévisserait, tac ! tac ! tac ! Hiiiii ! et le cri stridulent de vapeur qui s'échappe comme si l'on ouvrait le robinet de la machine à expressos dont l'eau sous pression