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Les 12 portes du Kaama

De
256 pages

Grace est une jeune thérapeute.
Sa vie à La Nouvelle-Orléans, bercée par des pratiques vaudou, va basculer dans l’irréalité le jour où elle rencontre un immortel.

Ce premier tome n'est que le commencement d'une histoire fantastique, l'ouverture des 12 portes du Kaama.
Puis, dans les prochains tomes, l'histoire d'amour avec cet inconnu, cet immortel, va s'intensifier.
Peu à peu, les lecteurs vont aussi découvrir les souffrances de Grace et la personnalité de l’homme inconnu.


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Couverture

Cover

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-65216-4

 

© Edilivre, 2013

Dédicaces

 

 

Ames trois enfants

Prologue

Les jours avancent et Grace, comme à chaque fois, voit encore sa vie défiler comme si elle vivait sa vie et sa propre mort encore et encore, en état d’éveil où sans cesse elle se répète, juste, comme pour se rappeler :

– Ne suis-je pas qu’une moins que rien, mes proches n’avaient-ils pas raison ? Enfin devrais-je dire « oui ».

Eh oui !

Je ne suis devenue que l’ombre de moi-même !

MON DIEU que mon âme est tourmentée, cet état de tristesse est indéfinissable !

Elle est indescriptible et pourtant, je la traîne, et la traîne…

Mais qui voudrait de toi ? me disaient-ils.

J’ai cette sensation que mon cœur est devenu lourd !

Le traînerai-je comme un boulet ?

Il devient, oh Seigneur, trop lourd et trop dur à traîner, à supporter…

Mon cœur ère dans le désespoir, perdu à jamais !

Est-ce ça la vie ?

Est-ce cela !

Toutes mes nuits sont baignées de chagrin, ces larmes qui sont devenues les perles de mon obscurité.

Et l’aube, l’aube qui n’était pour moi que douceur ;

Sa lumière qui jaillissait et qui dessinait sur ma peau l’espoir d’une vie nouée à la sienne, elle n’est plus que la lumière de l’enfer qui brûle et qui consume mon âme.

Mon âme, comment la retrouver, le chagrin l’a anéanti…

Encore une fois « échec et mat », moi dont mes gestes et mes mots n’ont fait en sorte que de protéger et apaiser l’autre, voilà que la déception vient frapper à ma porte ;

Encore une fois…

C’est encore moi qui n’ai plus que mes yeux, pour exprimer ma peine, ma douleur ; ou devrais-je dire : mon sacrifice à la démesure de cet amour.

Au fond, le plus dur est-il de se rendre à l’évidence que l’être que l’on pensait n’avoir d’yeux que pour vous, en fait n’avait point de sentiments à votre égard et n’était même pas l’ombre qui devait vous protéger des envieux, des médisances, des tourments, des malheurs.

Devrais-je lui dire : « N’as-tu jamais ressenti ce qu’est le frisson d’un cœur qui jouit à chaque battement. »

Mais non…

Puisse-t-il comprendre cela ? Non, cela, lui est impossible.

Puisque lui n’a pensé qu’à son être…

Comment pourrais-je encore considérer cette partie de ma vie…

Cette lumière qui éblouissait ma vie, elle s’est éteinte ;

Éteinte à jamais.

Mon cœur n’a jamais connu rien d’autre dans la vie que le goût de la douleur et de la souffrance.

La souffrance, comment pourrais-je encore la définir, elle a arraché mon cœur à vif, et ne m’a laissé aucun répit.

J’ai commencé seulement maintenant à aimer ma vie et là elle me fuit…

Elle aussi…

Je me sens tomber dans un gouffre sans fin.

Ce gouffre…

L’enfer ne pourrait rivaliser avec ce que je vis maintenant, tellement mon âme est pressée par cette horrible douleur.

Oh Seigneur, venez à mon aide !

Si toi mon âme, « oh mon âme, dis-moi, as-tu la force de supporter ? »

Je te salue oh toi, mon âme en perdition…

Que t’avais-je offert… mon cœur, mon si précieux cœur, mon amour, mes peines.

Oh mon âme toi qui supportes, qui n’as que les souvenirs d’un amour perdu.

Oh mes yeux qui ne peuvent plus compter les larmes qui coulent en cascades.

Oh mon visage qui n’a senti que les caresses et la douceur de mes larmes.

J’ai goûté à la souffrance d’une déchirure…

SEIGNEUR ! On m’a privée de lui, que mes pensées sont nouées, comment m’en défaire ?

Grace Hathaway vivait cette souffrance intense chaque jour.

En se couchant chaque soir, elle espérait que la mort vienne la chercher.

Elle l’invitait en quelque sorte, en lui ouvrant sa porte avant de s’endormir.

Couchée dans son lit, elle espérait qu’il n’y aurait pas de lendemain.

Trente-huit ans, pour elle, était un bel âge, pour quitter ce monde de turpitude, de décadence, de misère.

Quand il lui arrive de passer devant la maison de sa Mama Rosa, elle repense à la vie qu’elle avait eue avec elle.

Son enfance, sa jeunesse…

Elle avait grandi dans La Nouvelle-Orléans, ville riche et vibrante.

Repeuplée maintenant, elle redevenait vivante peu à peu, comme avant.

Le passage de l’Ouragan avait presque tout détruit. Le malheur s’était abattu sur ses habitants.

Cette tempête gigantesque avait partiellement détruit le quartier du Bayou Saint-Jean, mais bizarrement, la maison de sa Mama Rosa avait tenu le coup, elle était toujours debout, encore maintenant elle n’avait même pas une ride.

Grace avait été recueillie, alors qu’elle n’avait que 2 mois par Mama Rosa.

Elle avait grandi dans cette maison, où tout vibrait et tout été baigné dans un monde où la seule religion était le vaudou.

Difficile d’oublier tout ce qu’elle avait vu et entrevu.

Marabouts, hougans, prêtres, pasteurs, sorciers, etc.

C’était inimaginable, tellement cela sortait de l’ordinaire.

Ses pensées aussi poétiques, tristes, ou douloureuses ne lui font pas oublier son rôle qu’elle a endossé depuis bien longtemps ;

Celle de la matriarche et de la maîtresse de maison.

Chapitre 1
Désir perdu

En haut du quatrième étage de l’hôpital, on pouvait apercevoir les habitants de la ville de Bâton-Rouge, Grace aimait les contempler par la fenêtre.

Bâton-Rouge, capitale de l’État de la Louisiane, ville exquise pour Grace, elle pouvait sentir, entendre les gens parler, sentir vibrer la ville, cela lui rappelait qu’elle vivait encore, même sans lui.

Elle qui se sentait à l’abri dans l’amour de cet homme, elle qui aurait pu donner jusqu’à sa vie pour lui, elle se serait damnée pour lui, elle aurait cueilli le fruit du mal pour lui, mais il en a été autrement.

Elle continua à faire ce qu’elle faisait chaque jour que Dieu fait, son travail, tout en camouflant cette douleur, cette souffrance.

– Bettina, s’il vous plaît, faites entrer la dernière patiente, demanda Grace à sa secrétaire.

Les fins d’après-midi étaient pour elle l’étape la plus difficile dans sa journée.

Elle avait beaucoup de mal à se concentrer tant sa vie était perturbée, tourmentée, elle ne demandait qu’une seule chose, c’est de le voir réapparaître.

Bettina fit entrer Élisabeth, et lui demanda de s’installer dans le canapé ;

Élisabeth était une vieille dame de couleur, elle lui faisait penser à sa Mama Rosa, parce qu’elle avait ce regard fouineur et cette façon de marcher et de bouger, qui lui était tellement familier.

Grace la regarda longuement, ses gestes très lents, son sac rempli de provisions, et cette façon de s’asseoir.

Grace avait aussi remarqué que depuis peu de temps elle avait quasiment la même façon de s’habiller que sa Mama Rosa.

Une fois installée, Grace lui dit en souriant :

– Bonjour Élisabeth, êtes-vous bien installée ?

Comment allez-vous aujourd’hui ?

– Docteur, je l’ai vu pas plus tard qu’hier soir, lui dit-elle avec ce léger accent créole.

Élisabeth parle généralement comme sa Mama Rosa le français cadien, mais Grace refuse que dans son cabinet, on puisse le parler.

– Élisabeth, Charles nous a quittés depuis plus de sept ans, vous vous rappelez.

L’ouragan Katrina, l’a emporté, je sais, et je comprends à quel point c’est terrible pour vous, lui répondit-elle en lui tenant la main.

Parce qu’au fond elle pouvait comprendre cette perte.

– Je l’ai vu !

Vous devez me croire, docteur.

Il m’a parlé, lui dit-elle, tout en s’essuyant du revers de sa main la sueur qui coulait de son front.

– Il vous a parlé de quoi ? lui répondit Grace en lui donnant un mouchoir.

– Il veut que je le rejoigne, là-bas.

– Où ça ?

– Chez lui.

– Chez lui, mais il est mort.

– Non, il n’est pas mort, mon Charlie est encore vivant.

– Ne me dites pas que vous êtes allée voir l’hougan pour faire ce rituel.

Je vous ai déjà expliqué que c’était des charlatans et qu’ils profitent de vos malheurs.

– Docteur, il faut que j’aille le rejoindre.

Les paroles d’Élisabeth furent suivies d’un silence qui porta à Grace un coup encore plus rude à son jugement, et lui dit :

– Je vais vous garder ici pendant au moins deux semaines.

C’est pour votre bien.

Elle se leva, lui fit une légère tape sur l’épaule et appela son confrère le docteur Rôles pour lui signaler qu’elle allait faire interner sa patiente.

Grace a diagnostiqué chez Élisabeth une souffrance psychologique, elle avait un attachement émotionnel pour la personne avec qui elle avait toujours vécu.

Depuis la perte de son mari, cette pauvre femme a même perdu la notion du temps.

– Docteur, il faut que je rentre chez moi, j’ai invoqué Loas, pour qu’il m’amène à mon Charles, je dois être là à 4 heures du matin.

Je dois être là à 4 heures, je dois lui donner son offrande. On ne joue pas avec les esprits, si je ne respecte pas le rituel, Loas se vengera ! lui dit-elle.

Pour elle, il s’agissait de vie ou de mort. Mais ces pratiques dépassaient parfois Grace.

Pauvre femme, elle était adepte de cette religion, elle vénérait tous ses esprits.

– Élisabeth, s’il vous plaît, les esprits n’existent pas.

Il faut que vous oubliiez vos pratiques vaudous.

Je suis tout à fait consciente de l’attachement à cette religion, mais ce n’est pas l’esprit un tel ou un tel, qui va vous rendre votre défunt mari.

Ici, on va prendre soin de vous, je vous le promets.

– Docteur Grace Hathaway, vous ne devriez pas vous moquer des esprits.

Ils risquent de s’en prendre à vous ! mit Élisabeth en garde Grace.

Vous devriez consulter les esprits au sujet de Bradley Low. Ils pourraient vous aider à adopter le comportement adéquat, rajouta Élisabeth

D’un seul coup, une douleur immense envahit Grace. Ces mots, ce nom il ne fallait surtout pas les prononcer. Cette blessure refit surface.

Grace sentait comme si le sol commençait à s’évader de sous ses pieds.

Tous les membres de son corps commencèrent à trembler, elle combattait ses larmes qui voulaient couler à flots sur son visage.

Elle se rappela à quel point il était tout dans sa vie.

Elle se retourna vers Élisabeth et là dans le regard de cette pauvre Grace, on pouvait lire toute la souffrance qu’elle avait endurée.

Elle n’avait jamais été épargnée. Elle surmontait cette souffrance toute seule, elle n’avait personne pour lui tenir la main et la consoler.

Elle était brisée de l’intérieur, on ne pouvait imaginer ce que son âme subissait, ce qu’elle faisait pour lutter tous les jours contre cette immense douleur, personne dans ce bas monde ne pourrait reconstruire cet édifice qui n’était devenu que poussière.

Là, Grace perdit patience et s’énerva :

– Arrêtez avec ça ! Tout de suite, Élisabeth !

Qu’est-ce que vous avez tous en ce moment ?

– Rahal Loas Ibli daroum yari ! s’écria Élisabeth

– Allez calmez-vous et avancez, s’il vous plaît !

Et arrêtez avec vos incantations, ça devient ridicule.

Venez avec moi !

Elle accompagna Élisabeth jusqu’à l’étage du docteur Roles.

– Bonjour, docteur Rôles.

C’est la patiente dont je vous ai parlé.

Voici son dossier, lui dit-elle en lui brandissant les documents.

Et puis elle lui chuchota d’un air moqueur à l’oreille :

– Attention aux pratiques vaudous, elle risque de vous jeter un vilain petit sort.

– Vous pouvez me la laisser, je vais m’en occuper, lui répondit-il en lui faisant un clin d’œil.

– Élisabeth, le docteur Roles va s’occuper de vous.

Ne vous inquiétez pas, lui dit-elle en lui serrant la main.

– Docteur Hathaway, ne vous moquez pas des esprits, moi je ne vous entends peut-être pas, mais eux oui.

Jouez avec eux, et ils joueront avec vous, je vous aurai prévenus, lança-t-elle d’un ton vexé, puisqu’elle les avait entendus se moquer d’elle.

– Ne vous faites pas de mouron pour moi Élisabeth, je reviendrais vous voir dans une semaine ou deux.

Grace avait l’habitude de voir ses patients avec des pentacles, des grigris, etc.

Tout cela ne l’effrayait pas.

C’était ça La Nouvelle-Orléans !

– Docteur Grace, notez la date du 25 février 2014, lui dit le docteur Roles.

– Pourquoi ?

– C’est le jour de la réception de l’hôpital.

Je me doutais bien que vous alliez oublier. En ce moment, j’ai remarqué que vous étiez différente, je vous sens très loin.

Et en plus, vous n’êtes pas venue à ma présentation hier, alors n’oubliez pas la réception.

– Merci cher Docteur Roles de me l’avoir rappelé, lui dit-elle d’un ton moqueur.

Elle se retourna pour partir, et il ne put s’empêcher de la regarder.

Elle avait de très longs cheveux noirs, elle était petite et mince, avec un teint légèrement hâlé.

Élisabeth lui dit en le fusillant du regard :

– Mon pauvre petit docteur amoureux, elle ne sera jamais à vous.

Regardez-la bien, et vous verrez que son cœur appartient à quelqu’un d’autre.

Faites-vous une raison.

Elle est la clé.

Le docteur Roles ne répondit pas à Élisabeth.

Il s’est dit en lui-même : – Grace a bien fait de l’interner, son cas pourrait dégénérer.

Grace se dépêcha de quitter l’hôpital « Our Lady of the Lake Régional Médical Center », comme tous les soirs.

À cette heure-ci, la circulation à Bâton-Rouge est dense.

Elle se dépêcha de regagner sa voiture, comme elle a plus d’une heure de route à faire tous les soirs, et qu’en plus aujourd’hui, elle avait promis à sa fille de la récupérer à 18 heures.

Elle ne s’attarda pas.

Elle prit le Hennessy Boulevard pour rejoindre la route de l’OI Médical Center.

Là, il y avait un bouchon presque interminable, et pour pas changer, comme tous les soirs, elle resta bloquée pendant au moins dix minutes, puis elle regagna la sortie 160.

Une fois, qu’elle arriva à Tulan Avenue, elle regarda sa montre…

– Ça va dans un quart d’heure j’arriverai à destination, se dit-elle.

Elle traversa tout le quartier du Bayou Saint-Jean, pour aller récupérer sa fille Kelly, sur son lieu de travail.

Elle s’arrêta au coin de la rue, fit signe à sa fille de monter.

Kelly mit ses affaires dans le coffre de sa voiture, et monta à côté de sa mère.

Elles s’arrêtèrent dans un petit fast-food.

Elles s’installèrent là, commandèrent un café chacune et se mirent à discuter.

– Alors, ta soirée d’hier ? demanda Kelly à sa mère.

– En toute sincérité, Pas très instructive, et très ennuyante.

Des soirées comme cela, entre nous, je m’en passerais volontiers.

– Pourquoi ?

– À chaque fois, à ces foutus repas, il faut qu’elle me parle de malédictions, de sorcelleries, et même de la mort.

Je n’ai vraiment pas besoin de tout ça en ce moment.

Tout ce que je veux c’est oublier !

Oublier !

Et franchement je regrette à chaque fois d’aller lui rendre visite, elle m’énerve avec ses histoires de magie noire, de démons.

Je ne la supporte plus.

Pour te dire le degré de folie, elle a fait appel hier soir à un chaman.

– Un chaman ?

– Oui, tu n’as pas idée du cinéma qu’il a fait hier…

Soi-disant il est entré en transe, et qu’il communiquait avec des esprits.

Alors Mama Rosa a égorgé un coq pour l’offrande, et il se mit à boire le sang tout chaud.

Écœurant !

Ils ont fait appel à l’esprit Erzulie Freda.

– De qui, maman ?

– D’un esprit. C’est un esprit femelle.

Mama Rosa est persuadée que je suis tourmentée par un esprit maléfique.

Elle ne comprend pas ce qui m’est arrivé, et ce qui m’arrive dans ma vie.

C’est ça les personnes de l’ancienne génération, elles restent toujours accrochées à leurs vieilles coutumes débiles.

– T’as raison maman, la dernière fois j’ai fait des courses avec elle, elle m’a raconté que lorsque l’ouragan Katrina nous avait dévastés, c’était dû aux esprits et ils se sont vengés contre l’espèce humaine.

Parce que les hommes ne les vénéraient plus et qu’ils ne leur faisaient plus d’offrandes, et qu’ils sont en train de nous détruire, puisque nous les avons oubliés.

Puis elle m’a dit de ne jamais passer à côté du cimetière la nuit.

– Ne me dis pas qu’elle t’a parlé des « demonios hombres » ?

– Si si, elle dit que depuis que cet ouragan est passé, il a ramené avec lui un mauvais esprit.

Que cet esprit transforme les hommes en « demonios hombres ».

C’est effrayant ! Elle dit que ces « demonios hombres » vident d’abord les esprits des hommes et puis ils se nourrissent de leurs chairs.

– Oh, arrête de l’écouter !

Toute ma vie, elle m’a raconté toutes ces conneries, c’est comme ça !

Et puis arrête de me parler d’elle, et raison de plus en ce moment, je ne suis pas bien, et j’ai vraiment, mais vraiment pas envie de l’écouter ou d’entendre parler d’elle.

Pour couronner aujourd’hui le tout, j’ai eu cette patiente du nom d’Élisabeth, elle est pareille que Mama Rosa.

C’est une vieille dame de couleur toute frêle.

Figure-toi qu’elle m’a soi-disant jeté un sort aujourd’hui.

– Pourquoi ?

– Parce que je lui ai fait comprendre que son mari était décédé.

Elle ne l’accepte pas, alors elle a invoqué l’esprit Loas.

Quand je la vois, elle me fait penser à Mama Rosa.

Mama Rosa ! Comme je la plains cette pauvre femme.

– Mais maman, Mama Rosa, elle t’a élevée comme sa fille.

Je pense qu’elle veut juste t’aider.

– Certes, mais je n’ai pas besoin d’entendre tout ça, on vit quand même dans une époque où ces pratiques de pacotille ne devraient plus exister.

Nous avons tout de même évolué.

Elle dit que j’ai hérité d’un esprit du nom de Lwa-Rasin, et que c’est à cause de cet esprit qu’elle m’a trouvée sur le bord de la route quand j’étais qu’un bébé.

– Oui je comprends maman, mais Mama Rosa, elle n’a connu que ça !

Tu nous as raconté, que quand elle t’a recueillie toute petite, elle aimait te raconter des histoires de magie, de sorcières.

Tu disais que tu étais fascinée par tout ça.

Et que c’est grâce à elle que tu aimes lire.

– Oui, mais ça, c’était avant.

J’aime lire, mais pas ces grimoires et sortilèges de vieilles sorcières.

J’aime la vraie lecture, des livres réalistes, avec un sens logique.

Maintenant, je suis une mère de famille, une adulte.

Elle n’a pas arrêté une minute de faire des incantations hier, avec son charlatan de chaman pendant qu’on mangeait.

Insupportable !

– Elle veut juste t’aider, maman.

C’est vrai qu’en ce moment t’es pas bien, t’es triste.

– Oui, mais bon, on va arrêter de parler d’elle.

Dis-moi Kelly, et ta soirée d’hier ?

– Eh bien, Loïc et moi, on a été regardé le dernier Twilight.

– Alors ?

– Pas mal, on ne s’attend pas vraiment à ce qui va arriver.

Je devrais peut-être emmener Mama Rosa, pour le voir.

C’est pile poil pour elle.

– Arrête un peu !

Allez on va rentrer, tes frères nous attendent.

– Maman s’il te plaît, ne montre pas trop à Samy que tu es triste, il ne comprend pas toujours pourquoi.

Elle roula pendant une petite demi-heure, avant de rentrer chez elle.

Une fois arrivée, elle rentra sa voiture dans le garage et fit comme si de rien n’était.

Et puis son quotidien la rattrapa aussitôt…

– Maman, n’oublie pas, Jacob et moi, nous ne dormons pas à la maison ce soir, lui rappela Kelly.

– Ok, pas de problème, n’oubliez surtout pas vos clefs.

– Maman, Mama Rosa est passée tout à l’heure, elle t'a laissé ce bracelet, lui dit Jacob.

Elle prit le bracelet, et le mit dans son sac.

– Elle s’inquiète pour toi, et elle te demande de ne pas te laisser aller dans le monde du désespoir, rajouta-t-il.

– Allez préparer la table, on va manger, je n’ai vraiment pas envie de parler de ça !

– J’ai déjà mis la soupe à réchauffer maman.

– Merci Jacob.

– Maman, y a un monsieur dans la cuisine, lui redit Samy en tirant sur sa jupe.

– Mais non chéri, il n’y a personne, lui rétorqua-t-elle.

– Si maman regarde !

– Arrête Samy, ça suffit, il n’y a personne !

Tous les soirs c’est pareil, il n’y a personne à part moi ton frère et ta sœur !

On croirait que Mama Rosa lui a mis des drôles d’idées dans sa petite tête.

Ils s’installèrent tous autour de la table, et Grace fixa comme tous les soirs la chaise vide en face d’elle.

– Maman, s’il te plaît, mange, lui dit Kelly.

Grace se leva de table, et s’installa sur le canapé.

Replongée dans ce monde de perdition, elle ne pouvait le nier.

Il était sa vie, la lumière de l’aube qui se lève.

Comment pouvait-on lui faire endurer cela !

Pourquoi ?

Devrait-elle mériter autant de souffrance dans sa vie ?

Sa fille la regarda impuissante.

Comment redonner goût à notre maman, se dit-elle.

Les enfants finirent de manger, débarrassèrent la table, et puis on sonna à la porte.

Ding dong…

– Ah maman, c’est Loïc, on doit y aller Jacob et moi.

Ils prirent leurs affaires, embrassèrent leur mère, et prirent la route.

– Samy, quel dessert allons nous prendre avant d’aller faire un gros dodo ?

– Des frites !

– Non pas des frites ! Ce n’est pas un dessert.

– Un gâteau au chocolat.

Elle partagea le seul gâteau qui resta, avec son fiston, puis le coucha ;

Elle lui caressa le visage, comme pour l’apaiser.

Lui, cet enfant qui n’a connu à ses yeux que le rejet des autres.

Elle, bien sûr qui ne demande qu’à le protéger.

Puis alla se coucher.

Comme tous les soirs, elle fit son vœu en fermant les yeux ; et s’endormit.

Un calme planait dans leur chambre…

Vers quatre heures du matin, un bruit la réveilla, cela provenait de sa cuisine, elle se leva…

C’était comme le bruit d’un verre qui se cassait, elle prit son courage, descendit, armée uniquement d’une lampe de chevet.

Son cœur battait à deux cents à l’heure.

Ses jambes tremblaient, on pouvait entendre sa respiration, et ses dents qui grinçaient.

– Qu’est-ce ?

Oh mon Dieu !

Une ombre !

C’est un voleur !

Effrayée, elle remonta aussi vite qu’une flèche, prit son fils dans ses bras et se recroquevilla derrière son dressoir.

Elle n’osait inspecter les lieux tant elle avait peur, serra son fils contre elle, comme si c’était la seule chose qui lui restait et ne fit plus aucun bruit.

On entendait plus que sa respiration dans la pièce, elle essaya de fermer les yeux en priant pour que son enfant ne vienne pas à se réveiller.

Puis la fatigue l’emporta et elle s’endormit.

– Maman, déjeuner, debout.

Il faisait déjà jour et son fils était déjà debout en train de sauter sur son lit.

Elle regarda sa montre, se rendit compte qu’elle allait être en retard.

On doit se dépêcher, l’heure tourne !

Elle descendit, mais pendant qu’elle préparait le petit déjeuner pour son fils, elle se remémora ce qu’elle avait vu, ou ce qu’elle pensait avoir vu.

Mais qu’est-ce que c’était ?

Est-ce là mon imagination ?

Ça m’énerve ! À chaque fois que je vois Mama Rosa, elle arrive à me mettre des idées bizarres dans ma tête, et après j’ai plus les idées claires, se dit-elle.

Non, enfin, reprends tes esprits Grace, c’est encore ton imagination qui te joue des tours.

– Samy, dépêche-toi, je dois encore te déposer à l’école et aller travailler.

– Maman, mon ami peut venir avec nous ?

– Qui ?

Ah oui on passera le prendre.

– Mais non maman il est juste assis à côté de toi.

– Maintenant tu vas arrêter !

C’est quoi encore ce personnage imaginaire, je n’ai vraiment pas le temps de m’occuper de ça.

Allez, finis de manger et habille-toi, on va être en retard.

– Maman, mais lui il veut juste venir avec nous et parler avec toi.

– Ça suffit !

Je voudrais que tu arrêtes d’écouter les histoires de Mama Rosa !

J’aurai une conversation avec elle.

Elle va finir par nous rendre tous fous dans cette maison !

Elle l’habilla, le mit dans la voiture, le déposa à l’école et se rendit à son travail.

Sur tout le chemin, elle était submergée d’idées noires.

Comme si elle était torturée sans cesse à l’extérieur comme à l’intérieur.

Avant d’ouvrir la porte de son cabinet, elle se remémora, encore une fois, tous ses instants perdus, ses passions envolées ;

Elle se dit qu’elle devrait lutter contre tout cela, mais elle n’y arrivait pas.

Cela la rongeait !

Cela la dévorait de l’intérieur.

– Que vais-je devenir, si cela me tourmente chaque jour ?

Cela me tue chaque jour à petit feu ;

Comment y faire face.

Seigneur, que sera mon lendemain ?

Aurais-je encore un lendemain ?

Non, je ne peux, et je ne veux même pas y penser.

Comment devrais-je me comporter ?

Devrais-je fuir tous ces gens autour de moi ?

Devrais-je fuir toutes...