Les ballades nostalgiques

Les ballades nostalgiques

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134 pages

Description

« Les Ballades Nostalgiques » de Racine Kane est à la fois un roman d'amour poétique, érotique et fantastique, d'introspection, d'appréciation critique de l'état de sous-développement de l'Afrique et une oeuvre didactique. Trèfle, une journaliste pugnace, se bat de toutes ses forces pour garder son homme Willy Bobo, musicien aux deux disques d'or, la fierté du continent, aux prises avec Thiakaye, une apparition féminine qui tente de séparer les deux amoureux. Dans cette lutte, l'introspection est l'amie adéquate pour gagner. Thierno Alpha, patron de Trèfle, ami et confident du couple non encore marié est adepte de l'introspection et de la psychanalyse (une bague magique léguée par son père lui a permis de voyager plus facilement en lui pour mieux se connaître). Avec l'aide d'Alpha, Willy Bobo parvient à se persuader que Thiakaye, la force de déstabilisation camouflée derrière chaque volonté légitime de plaisir, de puissance et de gloire, n'est autre que lui-même. En mêlant rêve et réalité, Racine Kane nous propose avec « Les Ballades Nostalgiques » une oeuvre à la fois poétique, érotique, fantastique, didactique et engagée.

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Date de parution 01 janvier 2017
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EAN13 9782370159311
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Auteur
Résumé
Préliminaires
Pour se renouveler, Racine Kane aime se lancer le d éfi d'apprendre un nouveau métier. Après avoir investi l’industrie laitière, en créantYaurt Alpage,il fondeEthnik Bijouxoù il crée des pièces en or et argent pour accompagner les perles anciennes, et à présentRacine Carreauxpour valoriser l’argile local...
Les Ballades Nostalgiques de Racine Kane est à la f ois roman d'amour poétique, érotique et fantastique, d'introspection, d'appréci ation critique de l'état de sous-développement de l'Afrique et œuvre didactique.
Trèfle, une journaliste pugnace, se bat de toutes s es forces pour garder son homme Willy Bobo, musicien aux deux disques d'or, la fier té du continent, aux prises avec Thiakaye, une apparition féminine qui tente de séparer les deux amoureux.
Dans cette lutte, l’introspection est l'amie adéqua te pour gagner. Thierno Alpha, patron de Trèfle, ami et confident du couple non encore ma rié est adepte de l'introspection et de la psychanalyse (une bague magique léguée par so n père lui a permis de voyager plus facilement en lui pour mieux se connaître). Av ec l'aide d’Alpha. Willy Bobo parvient à se persuader queThiakaye, la force de déstabilisation camouflée der rière chaque volonté légitime de plaisir, de puissance et de gloire,n'est autre que lui-même.
Le raid intérieur d'Alpha et celui de Willy Bobo no us permettent de savourer de belles pages de littérature fantastique (le voyage d’Alpha dans le désert) et érotique (le méga-concert de Willy Bobo dans un stade).
Mais, si le rêve tient une bonne place dans Les Bal lades Nostalgiques, le roman de Racine Kane est, aussi, bien ancré dans la réalité africaine contemporaine. Par l'intermédiaire deThiakaye, l’auteur dénonce la corruption et l'imposture des marabouts, des politiciens, des gourous ou artistes et se livre à une critique sévère de l’état de sous-développement de l'Afrique :Ta race n'est qu'une race inférieure, la poubelle de cette planète... Vous n'êtes que des fa inéants, partisans du moindre effort, des sous-hommes qui n'apprennent qu'un seul geste d ans leur triste vie : celui de tendre la main.
En mêlant rêve et réalité. Racine Kane nous propose avec Les Ballades Nostalgiques une œuvre à la fois poétique, érotique, fantastique , didactique et engagée.
Dédicaces
A Hadji Bineta N’dongo et Hayat
* * *
Depuis trois jours, il fait tomber du sable de plag e partout dans la maison coloniale. Je trouve cela déplaisant. Autant j’adore la mer, auta nt je suis dérangée par le crissement des grains de sable sur le carrelage. En outre, cel a m’intriguait. J’ignorais au début comment ces grains de sable fin pouvaient atterrir ici, alors que le ciel était toujours bleu et qu’il n’y avait aucun vent de sable. Pourta nt, ce n’était plus un secret pour personne. En face de l’île, tout le village de pêch eurs savait que mon Willy Bobo a dormi sur la plage avec la redoutableThiakaye, et qu’il l’attend depuis, au même endroit, toutes les nuits.
Qu’elle soit une apparition, comme ils le prétenden t avec effroi, ne m’inquiète guère. C’est de réaliser que mon homme a eu besoin de me t romper avec la première venue, qui me bouleverse profondément.
Hier soir encore, pour faire quelque chose en atten dant son retour, j’ai dû consulter la glace de l’armoire en me déshabillant dans notre ch ambre, à la lueur du chevet, pour deviner ce que la salope avait de plus que moi. Mai s à chaque fois que je me demandais s’il s’agissait seulement d’un fantasme s ur les croupes exquises, d’un délire sur les poitrines généreuses, la réflexion m e soufflait sa difficulté à comparer une simple impression vers la chute des reins avec les contours du vent.
Je voulais quand même savoir ce qu’elle a bien pu l ui faire cette nuit-là, à mon Willy, pour qu’il en perde totalement la raison. Je voulai s savoir ce qu’elle lui a offert que je n’ai pas, pour qu’il me revienne au petit matin, av ec cette longue écharpe rouge autour du cou, les yeux fuyant mon regard, alors que je l’ attendais la veille pour le dîner, comme d’habitude, après son footing sur la plage. C e jour où il préféra s’enfermer dans la salle de répétition et composer avec bonne humeu r des airs nouveaux, cherchant simplement ses notes sur une guitare sèche. Ces lon gues heures sans manger ni boire avec lui, où il ne sortit qu’au crépuscule et toujo urs au pas de course vers l’océan.
Comment ne pas être bouleversée, lorsque vous sente z que la perle rare de votre intimité vient de tomber du chapelet des nuits calm es que vous égreniez ensemble. Depuis deux ans, sur cette île de douceur, ce bout de terre comme une main tendue au milieu du fleuve tranquille, dans cette maison colo niale en forme de fer à cheval où chaque regard débarrasse l’embouchure de ses robes de lumière. Comment faire pour ne pas être secouée lorsque vous réalisez que même vos exercices de yoga ne réussissent plus à vous calmer ?
Je l’ai entendu se retirer en petites foulées, alor s que la lueur du crépuscule s’infiltrait par les traverses des fenêtres, à l’étage, juste au -dessus de la salle de répétition. Je pensais qu’il viendrait au moins me faire un bisou, ou même un simple geste de loin, sur le pas du portail. Pour lui faciliter la tâche, je suis sortie exprès sur le balcon qui ceinture l’appartement. J’ai arpenté toute la boucl e en caressant les vieux balustres, dans l’espoir qu’il se souvienne une fois au bout d e la rue... Il ne se retourna pas une seule fois.
J’ai quand même dévalé l’escalier en bois de teck, traversé la cour pour sortir et me percher en haut de la digue : espérant seulement l’ entrevoir au moment où il franchirait le petit pont de Salamar.
Même de près, je n’y voyais plus rien à cause de la toile de brume que la peine venait d’étaler sur mes yeux. Tout au plus, vaguement le r ouge de l’écharpe sautillant. Simplement il me restait, sur le pas du retour, à e ssuyer les gouttes chaudes et salées qui me descendaient naturellement aux joues.
Pourtant, je n’étais pas abattue. J’entendais me ba ttre jusqu’à mon dernier souffle. Une escapade amoureuse passe encore, mais le laisser ma nipulé par la première apparition venue, ça jamais. Je l’ai vu arriver, le lendemain à l’aube, dans un état lamentable : l’air mauvais, visiblement torturé, en tout cas déçu et contrarié, n’arrêtant pas toute la journée d’aller fouiller le village de pêcheurs. Heureusement que Djinné, son fidèle garde du corps, était revenu de ses deux jours de congé. Il l’a suivi partout, mais pour revenir seul, à la tombée de la nuit, et me dire d’une petite voix :
— Je ne sais pas ce qui lui prend, Trèfle, je trouv e que Willy ne va pas bien, il n’arrête pas de demander après une certaineThiakaye.
— Qui est cetteThiakaye?
— Je ne sais pas Djinné... je ne sais pas qui est c ette mauditeThiakaye. Quelque chose a dû se passer avant-hier pendant son footing , il est comme ça depuis deux jours.
— Et moi qui ne le quitte jamais d’une semelle...
— Non tu n’y es pour rien, tu n’y es vraiment pour rien.
— En tout cas je vais le surveiller toute la nuit, et s’il n’est pas de retour avant le dîner, surtout ne t’en fais pas, mange et repose-toi.
Pouvais-je en supporter davantage ? Il s’agit bien de Willy Bobo, le musicien aux deux disques d’or, la fierté du continent, l’homme qui m ’est resté fidèle pendant deux ans alors qu’il pouvait se faire ouvertement toutes ces charmantes « groopys » qui lui tournent autour et ne rêvent qu’à ça. À la limite, il serait presque normal qu’il se les fasse, s’il en avait envie. Je le comprendrais. Et au moins elles seraient bien en chair, comme celles qui étaient là, avant notre rencontre. Je me serais battue contre quelque chose de palpable, mais une apparition...
Mon angoisse et mes pressentiments furent si poigna nts qu’avant son retour, je me suis rendue vers l’aube, au village de pêcheurs, po ur réveiller N’dari notre cuisinière. À peine sortie du lit, elle me confirma avec des yeux exorbités, que Willy avait fouillé dans la journée, chaque concession du village à la recherche de « Thiakaye. »
Elle articulait ce nom d’une voix tremblante. Elle devait en avoir bien peur. Il s’agissait, pour eux, d’une femme aux formes magiques offrant s es charmes à tout vent, sur les plages, juste pour foudroyer de plaisir ses amants et disparaître on ne sait où. Elle me supplia de faire vite sinon elle emporterait l’espr it de Willy à jamais. Elle pensait que je devais rapidement consulter quelque marabout ou sor cier exorciste réputé pour ce genre d’envoûtement. Alors que je me disais, qu’il me fallait plutôt connaître les détails de leur rencontre. Savoir comment elle s’y est pris e, la putain, pour le déprogrammer au plus vite. Je n’avais pas peur, moi, de cette ap parition en chaleur, réduite à écumer les plages pour se trouver un mec. Simplement, j’ét ais triste pour nous deux, pour notre si belle histoire. Et comme N’dari sentait qu e je n’avais vraiment pas peur, je lisais dans ses yeux qu’elle me classait tristement dans la catégorie des intellectuels bornés qui ne croient qu’à ce qu’ils voient : ceux qui ne distinguent jamais la face
cachée du visible. Mais elle avait tort de me confo ndre avec ces gens-là, car personne n’est mieux placé que moi pour témoigner qu’à l’omb re du visible se déroule le tapis merveilleux de l’imagination. Je fus avertie sans l e savoir, dès l’âge de six ans, précisément durant cette nuit de lune et de vent où j’ai osé m’aventurer dans l’immense jardin botanique de mon enfance, à une he ure où il ne fallait certainement pas. J’ai grandi dans la maison de fonction de mon père alors responsable du jardin d’essai à la sortie de la ville d’en face, sur le c ontinent. Cette nuit où, par amour pour une poupée de Celluloïd que je croyais avoir oublié e sur un des bancs du magnifique jardin tropical, je suis descendue sans faire de br uit, par le petit escalier pour traverser pieds nus la pelouse encore mouillée... Rejoindre l e sentier caillouteux et ce parc où, intuition d’enfant, j’étais persuadée que ma poupée m’attendait sagement habillée sous le grand baobab. Je n’avais rien trouvé sur le banc , rien devant cette place où nous adorions sauter au « pas sur la lune », rien même s i, têtue comme je l’ai toujours été, je me suis mise à chercher partout autour du tronc caverneux : pour n’enregistrer finalement que des bruits de grillons et grenouille s. Et au moment où je me faisais à l’idée que je l’avais définitivement perdue, alors que je balayais d’un dernier regard le feuillage majestueux, je suis tombée sur l’incandes cent brasier : mes prunelles mouillées ont vu sous les reflets de la lune, une b ranche bien sèche qui brûlait à grand feu. Je fus comme clouée sur place. Longtemps... To ut mon corps tremblait. Je sentais une forte chaleur, attisée par le vent, qui me péné trait lentement à la poitrine. Ainsi, prisonnière de ma vision, je suis restée clouée jus qu’à ce que toute la branche se consume et tombe à mes pieds, par morceaux de brais es à chaque fois éparpillés. Ainsi, à reculons, dans un sursaut, les jambes entremêlées, j’ai retrouvé les cailloux, la pelouse, l’escalier et le lit. Essoufflée, je me su is enveloppée avec la ferme intuition que le feu et la lune se cachaient quelque part dan s mon corps.