Les Contes de l

Les Contes de l'Apocalypse - Vol. 1

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104 pages

Description

Peu après midi, Maya quitte sa petite boutique de fringues dans laquelle elle travaille. Une cliente l’a retardée au dernier moment pour lui acheter une babiole et elle est en retard. Ayant raté le bus 34 qu’elle emprunte d’habitude, elle se dirige vers le métro. À la station Crimée, elle décide de descendre plus tôt et passe les portes du train. Un homme l’interpelle alors car elle a oublié son sac fourre-tout dans la rame. À ce moment-là, un éclair illumine brusquement le quai, suivi d’un fracas assourdissant de tôles qui s’écroulent, de bris de verre, et aussitôt les premiers cris des blessés retentissent. Lorsque Maya se réveille dans sa chambre d’hôpital, ses poumons la brûlent douloureusement et ses yeux sont recouverts d’une bande de gaz. Manifestement, elle a perdu l’usage de la vue. L’officier Vincent Sabonis est chargé de l’enquête. L’attentat a certainement été perpétré par le Groupe des Foulards rouges qui opèrent pour venger leur chef de file Danny Bill. Il propose à la jeune fille des séances d’hypnose avec le docteur Matuvu qui travaille pour la brigade antiterroriste. Là, Maya fait d’étranges révélations, en dévoilant notamment l’identité de son père restée jusque-là secrète...
Ce conte « Les Foulards rouges » est suivi d’une autre histoire « Les Tuniques grises... et les chevaux à la robe noire ».


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Date de parution 09 octobre 2017
Nombre de lectures 0
EAN13 9782414128303
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Copyright
Cet ouvrage a été composé par Edilivre 175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 Mail : client@edilivre.com www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-414-12828-0
© Edilivre, 2017
Note de l’auteur :
Les deux contes qui suivent « Deborienne »…
sont en partie
1 d’inspiration « Marxienne » et
Toutefois, si mes histoires invitent à la réflexion, elles sont avant tout des fictions de divertissements…
1. Karl Marx et Guy Debord. D’ailleurs, l’auteur invite les lecteurs à consulter s’ils le souhaitent et avec un esprit critique,Les Manuscrits de 1844, ainsi queCommentaires sur la société du spectacle. Ajouter à cela,La raison dans l’Histoire,soit l’ouvrage le plus abordable du philosophe allemand Hegel.
À Grigori Idvanoff dont les dessins illustrent les couvertures de mes deux premiers ouvrages que sont Esther et les hirondelles et Les Déesses…
2 « Faut pas prendre les rats pour des pigeons »
2. Proverbe populaire comme prélude à une insurrection à venir ?
Les Foulards rouges
Il y a cinq ans, à Pergame, capitale de la Hollandie…
Il y a des jours comme ça…
Un petit sac orange accroché au dos, Maya descendait l’escalier de la station Sainte-Clotilde. Juste à quelques mètres du ministère de l’Intérieur. C’était quitter la vue d’un bâtiment tout gris pour un tunnel tout noir. En espérant bien sûr en sortir et voir la lumière du jour. Le bruit de ses pas sur l’escalier résonnait dans les galeries. C’était la preuve qu’elle était seule. Du moins à cet endroit-ci. L’éclairage était tout de même présent, ce n’était pas trou à rats. Encore que… à bien, y réfléchir ? Des travaux de rénovation commenceraient sous peu, comme « on » l’avait annoncé à la radio ce matin. Les lumières blanchâtres des néons escortaient Maya dans le couloir qui la menait vers la ligne 6 en direction du Château mort. Là, la jeune femme verrait la clarté du jour et prendrait sans doute un bus – le 64 – pour rentrer chez elle. La matinée s’était bien passée. Maya s’était toutefois un peu ennuyée, car peu de clients étaient venus à la boutique de fringue dans laquelle elle travaillait depuis trois mois. C’était exigu, mais assez sympa surtout avec les foulards multicolores comme celui qu’elle avait sur la tête. La saison s’y prêtait bien d’ailleurs, et cela mettait de la gaîté dans cet endroit, à cet instant. Comme tout à l’heure devant le bâtiment gris du ministère. À l’heure de la fermeture de midi, une cliente apparue enfin. Mais cela n’avait pas réjoui la petite vendeuse. C’était bien l’heure ! En plus, la grosse dame coiffée d’un gros chignon noir n’avait finalement pris qu’une babiole. Elle reviendrait, avait-elle promis… Après quoi Maya sembla pressée de rentrer. Ce retard d’ultime minute lui fit sans doute manquer son bus – le 34 celui-là. Elle n’aimait pas trop le rail souterrain, même si ces dernières semaines elle l’avait emprunté. Personne n’en connaissait la raison. Sinon Maya seule. Elle avait changé ces derniers mois. À commencer par sa tenue aux couleurs de la boutique. Ou le rouge dominait le rose… Pour le reste, elle paraissait dégoûtée par le mode de vie qu’on lui imposait. Métro (ou plutôt Bus), boulot à mi-temps, dodos à plein temps. Un petit salaire à cause du mi-temps et un logement en conséquence. Espérait-elle une meilleure situation ? Bien sûr comme la plupart des moutons qui grouillaient dans cette ville de Pergame. Enfin, elle se présentait sur le quai. Ici, il y avait foule. La masse entra dans le wagon qui était arrivé avec force. En retard. Lui aussi. Il repartit laissant Maya seule sur la plate forme jaune. Elle prendrait le suivant. Aujourd’hui, son cœur battait plus vite que d’habitude. Plus encore lorsque le second train apparut cette fois avec plus de tranquillité. Elle fut l’une des rares à monter dans le wagon. Néanmoins, celui-ci était tout de même bien rempli. Plus aucune place assise. Mais personne debout, hormis Maya qui se positionna en milieu de rame. Le petit convoi gris quitta la station aux murs jaunes pour le long tube obscur. Maya n’en pouvant plus descendit à la station suivante. Mais avant qu’elle ne sorte, quelqu’un l’interpella en disant peut-être ceci : – Mademoiselle, votre sac ! Vous avez oublié votre sac ! En effet, sa musette orange était abandonnée au milieu de la rame, juste derrière un siège. Mais il sembla que Maya n’entendit point l’homme en parka kaki qui l’appelait. Alors, un autre bon samaritain tenant une mallette d’homme d’affaires la retint par l’épaule, ce qui la fit sursauter. Il lui indiqua son oubli. À ce moment-là, les portes du train se refermèrent avec le bruit d’un piège à loups. Puis un éclair venant d’on ne sait où illumina le regard de Maya et celui des autres. Un souffle chaud s’en suivit aussitôt. Et puis un vacarme fait de bruits divers et variés. Ceux d’un choc assourdissant, d’une pluie de métaux, de tôles déchirées, de bris de verres, de cris de blessés. Enfin, une fumée noire obscurcit la vue des quelques caméras encore intactes de la station Crimée.
Le cœur de Maya battait-il toujours ? Plusieurs parmi ceux qui se trouvaient là – au mauvais endroit, au mauvais moment – avaient expiré sans réaliser quoi que ce soit. Laissant leur cœur à l’abandon figé dans leur poitrine ou bien brisé dans leur cage thoracique déchirée. Laissant famille et travail, ou solitude et désœuvrement. D’autres avaient compris. La plupart restaient hagards en attendant la mort. Il y a des jours comme ça…
Officier de police Sabonis
Cela aurait dû lui mettre la puce à l’oreille, ce matin. Cette feuille de chêne vert qui était tombée juste devant lui alors qu’il traversait le parc Monsoreau pour faire son footing quotidien. L’année dernière, il ne courrait que le dimanche. Mais cette année, Vincent s’était résolu à courir moins longtemps, mais plus souvent. Là, il faisait jour. Le policier n’était pas de service. Il rattrapait ainsi ses heures supplémentaires ; l’an dernier, plusieurs attentats avaient mobilisé son unité et tous les services de sécurité du pays. Par la suite, les fausses alertes et les investigations fructueuses avaient épuisé tout le monde. Donc la chute d’une feuille morte avait troublé ses pas. À ce moment-là, un peu fatigué par une nuit agitée, il marchait. En cette saison, c’était étrange. Il ramassa cette feuille. Elle était brune et rigide et ses bords étaient épineux. Elle se brisa même entre ses doigts. L’homme observa le père de la défunte. Un chêne vert tortueux au tronc court, mais plein de gloire et de majesté. Selon un langage biblique. À priori, cet incident n’était qu’une simple anomalie ; les autres limbes resplendissaient de santé. Luisantes, sur le dessus, et probablement foncées sur le dessous. Pourquoi elle, se dit-il ? Vincent rentra chez lui. Sa gorge le piquait un peu. Il avait sans doute pris froid ce matin. Rien de grave, pas de température. Après sa douche, il se prépara une tisane de thym avec les branches sèches qui lui restaient. Plus tard, il passerait à la pharmacie, en bas de son beau, mais triste immeuble pour acheter quelques pastilles. Les jaunes avec de la vitamine C. Celles qui dégageaient un parfum de citron. Mais sans agrume réel. Vincent s’affala ensuite son canapé blanc. Et tout moelleux. Trop peut-être. Il ouvrit l’écran géant de la télévision pour regarder une chaîne d’information en continu. Soudain, le signal sonore de son portable. Le printemps des « Quatre saisons » de Vivaldi. L’écran tactile affichait Bureau 9/11. C’était un appel du boulot ! – Oh ! Non ! Ce n’est pas possible ! Il prit la communication. – Officier de police Sabonis ? – Oui. J’écoute. – Urgence. Code 66f. Station de métro Crimée. Nombreuses victimes. Rendez-vous sur place. Pendant ce temps, une bande rouge défilait au bas de l’écran de télévision. Confirmant ainsi cet appel téléphonique. Vincent enfila son blouson de cuir, ses bottines, il saisit ses clés de voiture, sa plaque de flic, il vérifia son arme – un 9 mm par 19 « ultra compact » avec carcasse en polymère – et parti en trombe. Les pastilles attendraient sagement à la pharmacie. Lorsqu’il arriva sur place dans ce climat de chaos, une civière passa devant lui. Le blessé avait un bandeau sur les yeux. Et sur la tête, un foulard à fleurs terni par la poussière noire de l’explosion. C’était donc une femme. Elle lui fit penser à la feuille morte de ce matin. Excepté que celle-ci était encore en vie. Vivante, mais brisée. Tout autour, la foule de gens est sous le choc, mais elle est saine et sauve. Pourquoi elle, se dit-il ? Plus tard, dans la soirée, l’officier Vincent Sabonis apprit que cette jeune femme au foulard noirci et au bandeau blanc était la seule survivante de la rame de métro déchirée. Peut-être aurait-il mieux valu qu’elle s’en aille elle aussi.
Le groupe des foulards rouges
Le hasard existe-t-il ? Cette question n’est pas nouvelle. Depuis la première fois qu’elle s’est posée à l’être humain, on ne sait quand exactement, elle demeure sans une réponse absolue. Aussi serait-ce le hasard qui aurait frappé durement cet après-midi la grande ville de Pergame ? Certes pas. Il y a bien eu une machination, un plan diabolique d’après l’avis des victimes. L’application d’une justice suivant la pensée de ses concepteurs. Une juste revendication. D’ailleurs en cette fin de soirée celle-là tardait à venir. Et s’il n’y a pas de contingence, selon l’idée que des causes engendrent des effets, ceux-là peuvent être multiples. À causes multiples ; effets multiples. Cela étant dit un événement est probablement comme une excroissance d’un mouvement plus global. Même si l’être humain est quelque part séparé de lui-même par un mode vie marchand, et donc de propriétés, et de règles nécessaires pour régir la circulation des avoirs ou de la monnaie, il ne vit pas de façon totalement isolée. De ce fait, on peut se demander si un homme seul est capable de changer l’Histoire. Puisqu’un mouvement cosmique s’incarnera à travers l’action de cet homme. Seul absolument seul, il ne peut rien faire. Alors, dans tout ça, existe-t-il une justice transcendante, voire immanente ? Le mot justice est sans doute un peu fort. Pourtant, il y a des jours comme ça où des hommes désirent rendre justice ou participer à son application. C’était le cas de Vincent Sabonis. Mais l’auteur de l’attentat croyait peut-être lui aussi avoir rendu justice. Une justice selon ses critères. Ses valeurs ou ses vertus. Pour une cause juste. Une cause qui échappera à ceux qui en seront les victimes. Un acte réalisé par des paumés sans aucune culture cherchant la célébrité pour avoir le sentiment d’exister, et manipulés par des gens suffisamment malins. Tout cela évidemment suivant une hiérarchie de conscience des plus obscures. Vers vingt-trois heures ce soir-là, les chaînes d’informations annonçaient que l’attentat était revendiqué par le Groupe des Foulards rouges. Un réseau de terroristes qui vengeait par là, l’exécution par les services spéciaux de Hollandie d’un de leur chef de fil à l’étranger, un certain Danny Bill. De même, leur cause était à nouveau exigée : disparition de l’État policier, libération de tous les prisonniers. Gratuité des marchandises.
Premiers soins, premiers éléments d’enquêtes
Lorsque Maya se réveilla, elle comprit que ses yeux étaient atteints. Ses poumons également. Chaque fois qu’elle inhalait de l’air, l’irritation était un supplice. Comme si elle respirait du poivre. Des spasmes s’en suivaient. La chose était horrible à vivre. Mais aussi à regarder. Quant à ses yeux, elle pensait que ses paupières étaient restées collées dessus. La nuit noire en permanence, peu importe l’intensité et la nature des lumières placées devant eux. Toutefois, après de longs mois passés à l’hôpital avec des traitements pratiqués par des gens compétents et dévoués, Maya put intégrer un appartement spécialement aménagé. Elle bénéficiait aussi de soins infirmiers et d’une aide constants. Cela lui fut spécialement accordé par monsieur de Vilnus le ministre de l’Intérieur. Maya étant la seule survivante de l’attentat de la gare de Crimée, il fut de bon ton d’offrir aux frais de l’État, donc du contribuable, le maximum pour assurer une vie supportable à cette pauvre jeune femme. Les médias et l’opinion publique étaient en communions larmoyantes parfaites avec les politiques. Il faut aussi savoir qu’en Hollandie, le ministre de l’Intérieur était l’équivalent d’un Premier ministre voire d’un président. C’est bien ce ministre qui dirigeait. Au-dessus, c’était le soleil. Et le soleil, c’était le marché. Monsieur de Vilnus en personne était allé visiter la patiente aux yeux bandés. Avec photos. Et tout. On peut dire que les flashs n’avaient perturbé en aucune façon, les yeux de Mayas. Maintenant, grâce à des soins venant de médecines nouvelles, Maya respirait mieux. Sa vue, hélas ! n’avait toujours pas connu de progrès notable. Les avis médicaux étaient
partagés quant aux pronostiques d’amélioration possible. Pour les uns, elle ne verrait plus, pour les autres si. Toutefois avec une vision plus ou moins altérée. Peut-être manifestée par une sorte de voile translucide devant les yeux. Peut-être encore par des taches blanche ou noir. Les plus optimistes pensaient cependant qu’elle fût capable à terme de relire un peu, voire d’assister à une pièce de théâtre. Mais qu’il lui faudrait éviter le soleil et les écrans qu’ils soient d’ordinateurs ou bien de télévisions. Enfin, le premier entretien avec la police eut lieu. Les premiers mois, à l’hôpital, il fut impossible de tirer quoi que ce soit de son témoignage. Elle souffrait beaucoup trop. C’était comme faire un puzzle avec de nombreuses pièces manquantes. Dommage, car à mesure que le temps s’écoulait, les détails feraient de plus en plus défaut. Malheureusement, les caméras des stations de métro ne fournirent que peu d’indices aux enquêteurs. On revit Maya emprunter un escalier, arriver sur le quai, prendre le train suivant et monter dans le wagon. C’était tout. Sinon les heures exactes. On reconstitua en faible partie la bombe qui avait explosé. C’était sans doute une grenade lisse remplie d’une sorte de plastic C4. Mais qui provoquait flammes et fumées importantes. Comme une sorte de poudre noire, mais au souffle beaucoup plus fort. Les analyses chimiques se poursuivaient encore. Mais c’était, semble-t-il, le nouvel explosif utilisé par les Foulards rouges. Une charge à la fois facile à réaliser, peu coûteuse et assez stable. Bref, l’idéal pour un terrorisme qui se targuait d’être indépendant de toute structure étatique. Et donc réellement en guerre contre l’État. Et son maître : le marché.
Première rencontre
La première fois que Vincent avait vu Maya, c’était juste avant qu’on ne la mène dans une ambulance. Dans une ambiance sombre, probablement en raison du temps qui s’était gâté assez brusquement, la foule effarée entourait cette rencontre à sens unique, puisque seul l’officier de police en avait conscience. Maya dormait, les yeux recouverts d’un tissu blanc. Mais peut-être rêvait-elle de lui ? La seconde fois que Vincent rencontrait Maya – hormis sur photos et films –, ce fut curieusement lors d’un songe. La fille l’observait ou du moins essayait. Car ses paupières étaient fermées et comme collées sur ses yeux. La troisième fois fut la bonne. La première partagée. Une rencontre officielle dans le cadre de l’enquête à la recherche des coupables de l’attentat. Mieux que la séparation ou la fusion ; l’altérité. Toutefois, Maya devrait l’examiner avec les yeux de son cœur féminin. Quant à lui ce fut avec le regard perspicace du limier qu’il le fit. Le...