96 pages
Français

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Les Cure-dents de Tombouctou

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Description

Avant de mourir atteinte d'une balle perdue des rebelles, une vieille femme s'accuse de sorcellerie. Elle prétend avoir participé avec la fille de sa soeur jumelle au repas constitué du fils de celle-ci. Une telle confession amène une chaîne de révélations dangereuses... Tombouctou, ses 333 saints et ses mystères offrent un cadre exceptionnel à cette histoire poignante d'amour perdu et retrouvé.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2011
Nombre de lectures 104
EAN13 9782296715073
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0062€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.








L e sc u r e - d e n t sd eT o m b o u c t o u

Encres Noires
Collection dirigée par Maguy Albet
et Emmanuelle Moysan

Dernières parutions

N°339, Harouna-Rachid LY,Les Contes de Demmbayal-L’Hyène et
Bodiel-Le-Lièvre, 2010.
N°338, Honorine NGOU,Afép, l’étrangleur-séducteur, 2010.
N°337, Katia MOUNTHAULT,Le cri du fleuve, 2010.
N°336, Hilaire SIKOUNMO,Au poteau, 2010.
N°335, Léonard MESSI,Minta, 2010.
N°334, Lottin WEKAPE,Je ne sifflerai pas deux fois, 2010.
N°333, Aboubacar Eros SISSOKO,Suicide collectif. Roman, 2010.
N°332, Aristote KAVUNGU,Une petite saison au Congo, 2009.
N°331, François BINGONO BINGONO,Evu sorcier. Nouvelles,
2009.
N°330, Sa’ah François GUIMATSIA,Maghegha’a Temi ou le
tourbillon sans fin, 2009.
N°329, Georges MAVOUBA-SOKATE,De la bouche de ma mère,
2009.
N°328, Sadjina NADJIADOUM Athanase,Djass, le destin unique,
2009.
N°327, Brice Patrick NGABELLET,Le totem du roi, 2009.
N°326, Myriam TADESSÉ,L’instant d’un regard, 2009.
N°325, Masegabio NZANZU,Le jour de l’éternel. Chants et
méditations, 2009.
N°324, Marcel NOUAGO NJEUKAM,Poto-poto phénix, 2009.
N°323, Abdi Ismaïl ABDI,Vents et semelles de sang, 2009.
N°322, Marcel MANGWANDA,Le porte-parole du président, 2009.
N°321, Matondo KUBU Turé,Vous êtes bien de ce pays. Un conte
fou, 2009.
N°320, Oumou Cathy BEYE,Dakar des insurgés, 2009.
N°319, Kolyang Dina TAÏWE,Wanré le ressuscité, 2008.
N°318, Auguy MAKEY,Gabao news. Nouvelles, 2008.
N°317, Aurore COSTA,Perles de verre et cauris brisés, 2008.
N°316, Ouaga-Ballé DANAÏ,Pour qui souffle le Moutouki, 2008.
N°315, Rachid HACHI,La couronne de Négus, 2008.
N°314 Daniel MENGARA,Le chant des chimpanzés, 2008.


N’do CISSÉ




Les cure-dents de Tombouctou


















Du même auteur




Boomerang pour les exorcistes, L’Harmattan, 2006.

L’équipée des toreros, L’Harmattan, 2009.


























© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-13726-4
EAN : 9782296137264

Décédé ! C’est ce qu’on dit de toi et tu ne le sais
peutêtre pas. Comment est-ce possible alors que la mort fait
tellement mal? Tu me parles, tu me poses des
questions. Tu ne changeras donc jamais ?
Tous les notables de la ville sont venus me soutenir. Ils
sont encore là, les marabouts, arabes, touareg, sonrhaï;
les porteurs de turbans et les porteurs de chéchias
rouges. Un poète de passage, venu de la lointaine
Rome, m’a apporté le réconfort en me lisant quelques
vers bien choisis de Ovide. De temps en temps, je
prétexte un besoin naturel pour pouvoir m’entretenir
avec toi. Alors parle vite.
— Dis, tantie,… Bâ, pourquoi la mort existe-t-elle ?
— Disons, pour que la terre ne soit pas surpeuplée.
Imagine un peu. Si depuis le début de l’humanité les
créatures ne mouraient pas, il n’y n’aurait pas de place
pour tout le monde.
— Mais, est-ce que c’est vrai que Dieu est d’accord
avec ton opinion là ?
— Bien entendu. Il est justement l’auteur de cette loi.
— Tu ne trouves pas qu’il aurait dû attendre qu’il y ait
moins de places sur la terre avant de commencer à
diminuer le nombre d’habitants ?
— Non, supposons que le rideau de ton logis prenne
feu, vas-tu attendre que toute la maison s’enflamme
avant d’agir ?

5

— Autrement dit, tu estimes que ton enfant fait partie
de ceux qui prennent beaucoup de place ?
La réponse à sa question fut un long silence.
*
Le fils du voisin réveille souvent ta nostalgie en
donnant du grain à ses pigeons. Te rappelles-tu, en
effet, la manière spéciale que ton père t’avait enseignée
de siffler les oiseaux ? Je l’avais apprise moi-même au
village pendant que je faisais le berger avec mes
camarades d’âge. Tu avais vite appris cette technique et
tes pigeons t’obéissaient, je me rappelle.
L’aurais-tu enseignée à ton camarade? Car c’est ainsi
qu’il invite ses oiseaux à venir picorer. Et ce sifflement
me fait pleurer maintenant que tous tes oiseaux ont
cherché un pigeonnier ailleurs.
Pourquoi les êtres qui doivent mourir font-ils des gestes
interprétables après eux? N’est-ce pas plutôt la
mémoire des proches qui ramène ces événementsà la
surface ?La semaine avant ton décès, tu as rangé ta
chambre, plié tes vêtements et tout mis en ordre. Cela,
tu ne le faisais jamais. C’est sur de tels actes que ta
maman se base pour dire que ta mort était inévitable.
Elle prétend aussi que tu avais commencé à faire tes
devoirs à domicile de toi-même.
Elle répète, relayant une croyance locale, que si tu
préférais la facilité à l’effort et les plaisirs à la vie
ascétique que je préférais, c’était parce que tu visais à
prendre ta part de cette terre. Je ne sais quel crédit
accorder à de telles croyances.Carpe diem, d’accord!
En prévision d’une mort précoce ! Pas évident !
*

6

Le fameux poème de Victor Hugo, «Demain, dès
l’aube »,me revient constamment en tête. Pendant
plusieurs années, je l’avais enseigné à des lycéens qui
prétendaient percevoir la douleur du père dans ma
lecture. Non, ils ne ressentaient rien. C’est aujourd’hui
que j’évalue l’intensité du sentiment que le grand
écrivain essayait de me faire vivre. Ainsi, Hugo m’a
aidé à dépasser ma douleur. Je me suis dit : « si lui il a
pu supporter cette souffrance, pourquoi pas moi? ».
Malheureusement, la tradition de fleurir les tombes
n’existe pas dans mon pays. Et même le périple vers la
tienne, je dois le faire comme un voleur, à l’insu des
autres membres de ma famille.
D’une autre manière Nietzche m’a aidé à dépasser ma
douleur. Dans Zarathoustra, se découvre toute la vanité
de l’espèce humaine. Pourquoi serions-nous si
importants dans cette galaxie que nous voudrions coûte
que coûte y laisser une progéniture ? En plus, pourquoi,
dans certains cas, s’imaginer que la progéniture
masculine est celle qui représente le plus notre être?
Oui, je t’aime, toutefois je suis obligé de te chosifier à
la Zarathoustra pour ne pas me suicider.
*
— Il paraît que je portais le nom de ton ami d’enfance ?
— Pourquoi dis-tu «il paraît» alors que je te l’ai dit
plusieurs fois de ton vivant ?
— Dans quelles circonstances est-il décédé, lui ?
— Il a été mordu par un serpent quand nous avions
l’âge de quinze ans.
— L’âge que j’avais …
— Ne tire pas vite des conclusions.
— Il paraît que le serpent qui l’a mordu n’était pas un
vrai serpent ? Qu’il a disparu après son forfait ?

7

— C’est vrai que la famille dont ton homonyme
provenait avait des raisons d’être enviée par plusieurs
autres. Son grand-père, par exemple, était le seul
tirailleur sénégalais du village à toucher une pension
d’ancien combattant français. Et ce dernier ne mâchait
pas ses mots au cours des réunions de conseil de
village.
*
— Tu as dû être soulagé en apprenant de l’infirmière
que l’insuffisance cardiaque pouvait être une des
raisons de ma disparition de votre monde ?
— Oui, je te le concède. Tant que c’était la typhoïde, je
me sentais responsable de n’avoir pas fait suffisamment
d’analyses. Par contre si c’est un problème de cœur, ta
responsabilité est autant engagée que la mienne.
— Explique.
— A plusieurs reprises je t’ai demandé de ne pas trop
manger. Tu n’as pas voulu m’obéir. Si tu as pris ce
surpoids, c’est par désobéissance.
— N’étiez-vous pas fiers de ma corpulence ?
— Oui, les autres parents, qui ne savaient pas ce que
c’est que le cholestérol, étaient toujours satisfaits à la
vue d’autant de rondeur. «Cet enfant ne manque de
rien», disaient-ils. Moi, j’ai commencé à prendre peur
voilà un an quand ton poids a brusquement doublé. J’ai
même pris l’adresse d’un spécialiste de l’obésité.
— Tu as pourtant dit un jour que tu n’entendais pas
dépenser de l’argent pour faire maigrir quelqu’un.
— Oui, je voulais te faire prendre conscience qu’il te
fallait un peu de volonté pour ne pas trop grossir. Toi,
tu te laissais mener par tes papilles gustatives.
*

8

— Mes camarades de classe, paraît-il, sont tous venus à
la maison ?
— C’est vrai. Le jour de l’évènement, toute la classe
avait fait le déplacement avec le professeur de
mathématiques. Deux fillettes, avec lesquelles
semblet-il, tu avais eu une bagarre, sont revenues le lendemain
demander pardon. Elles n’ont pas voulu entrer dans les
détails.
— Je sais…
— Tu ne veux pas m’expliquer? Je comprends qu’à
quatorze ans et demi, rappelle-toi que tu n’as jamais eu
tes quinze ans, les jeux sexuels commencent. Ils ne se
font pas par la force. As-tu jamais été un violent ?
— Loin de là. Toutefois c’est vrai que j’avais une
attirance pour ces filles et leurs dessous. Je laissais
tomber mon stylo pour pouvoir lorgner dans leurs jupes
en le ramassant. Elles m’ont traité de vicieux.
— Tu as osé faire cela, toi, un fils de notable de
Tombouctou ?
— Attention, ne sois pas trop accusateur. Toi aussi, je
le sais maintenant, tu as eu de tels comportements dans
ton enfance. T’es-tu demandé si mon comportement ne
venait pas de toi ?
— Il vient peut-être de plus loin, de ton grand-père. Car
il m’a raconté qu’étant enfant, il conduisait une femme
aveugle faire ses besoins en rase campagne. Il en avait
profité pour regarder quelques fois le sexe de cette tante
éloignée. Et, à la vérité, ta mère ne répond plus à mes
sollicitations. En même temps, elle m’impose les
nichons fermes de tes cousines. D’ailleurs, laissons ce
chapitre à plus tard.

*

9