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Les Histoires de Tino - Tome 1

De
236 pages

Tino est un jeune guadeloupéen qui vit à l'heure d'une mutation culturelle de son pays. Entre des mœurs anciennes et une modernité galopante, Tino découvre les joies et les aléas de la vie. En compagnie de ses cousins, il va d'aventures en aventures et se forge un caractère appréciable.
Le lecteur se plaira à découvrir ou se remémorer des pans culturels d'une vie antillaise que l'on se risque à appeler souvent « vie d'antan »...


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Couverture

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Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-02809-2

 

© Edilivre, 2017

Préface

HARRY PALMIER est professeur des écoles. S’il aime bien s’amuser à écrire, il ne se consacre à cette passion que de façon ponctuelle. Après des adaptations de contes, des écrits de sketches et un scénario pour un film antillais, il se lance dans l’écriture de nouvelles pour enfants.

Cependant, Harry PALMIER ne se considère pas du tout comme écrivain. Il se définit juste comme un auteur à productions occasionnelles. Ce qui l’a poussé à écrire ces historiettes, c’est d’abord le désir de voir se perpétuer les us et coutumes de son pays. Parallèlement, grâce à ces histoires relatant des faits appartenant à un vécu immédiat, il aimerait inciter le lecteur et plus particulièrement le jeune lecteur à s’approprier les œuvres du patrimoine littéraire antillo-guyanais, et de façon générale, lui donner envie de lire.

Selon Harry PALMIER, il existe encore trop peu de productions à couleur locale destinées au jeune lecteur. C’est ce constat qui l’a incité à porter une contribution afin de réduire quelque peu ce déficit. Par ailleurs, l’auteur pense qu’il existe une réelle antinomie entre les référents culturels des livres de lecture habituellement proposés aux originaires des régions d’outre mer et ceux qui pourraient se rattacher à leur vécu immédiat. Naturellement, selon lui, Il ne s’agit pas de chercher à s’enfermer dans une quelconque autarcie culturelle. Mais il faut bien reconnaître que le choix de la motivation dans toute diffusion de savoirs n’est pas à négliger. Il lui a donc paru intéressant de concevoir un support prenant en compte les particularités culturelles régionales, afin de stimuler l’intérêt du jeune lecteur. De par l’origine et l’âge des acteurs principaux, on pourrait penser que ces historiettes s’adressent à un public ciblé. Mais les sentiments universels qu’elles font naître ou les souvenirs qu’elles pourraient faire émerger ne manqueront certainement pas de retenir l’attention de tous les férus de lecture du monde.

HARRY PALMIER
0690 150056 / palmier.h@gmail.com

 

(textes en français)

Tino chef de classe

Image 166

Résumé de l’histoire

Elu chef de classe, Tino essaie de faire de son mieux pour que tout se passe bien dans sa classe. Très à l’écoute des problèmes de ses camarades, il remarque un jour que l’un d’eux ne va pas bien. Son ami Paulo qui a toujours obtenu de bons résultats scolaires semble maintenant en grande difficulté. En faisant sa petite enquête, Tino constate que la vie de Paulo n’est pas très gaie. Il prend alors conscience du rôle influent que peut jouer la situation socio-économique d’une famille dans l’éducation et le parcours scolaire d’un enfant. Il découvre aussi ce que sont la pauvreté, l’exclusion et le mal être. Conscient de ses responsabilités et fidèle à ses convictions, Tino décide d’aider son ami.

 

 

 

On est vendredi, il est 14h30.

A l’étage d’un établissement scolaire, des élèves suivent attentivement le cours de madame Grobois.

Madame Grobois est un professeur généralement très gentil, mais, à l’occasion, elle peut devenir très sévère.

Madame Grobois demande à un élève de lire à haute voix un petit texte porté au tableau. Tremblant de peur, l’enfant est hésitant et la maîtresse commence à perdre patience.

– Dépêche-toi Paulo, j’ai autre chose à faire ! Tu es le seul à ne pas pouvoir lire ces phrases…

Le jeune garçon laisse, malgré lui, éclater quelques sanglots.

– Bon, tu n’y arrives pas ? Eh bien tant pis pour toi, tu auras une mauvaise note ! gronde alors la maîtresse.

– Mais… Je ne sais pas…, répond l’élève en pleurant.

Et Mme Grobois de lancer instantanément :

– Si tu ne sais pas lire, c’est tout simplement parce que tu ne suis pas en classe et que tu ne fais jamais tes devoirs. D’ailleurs, ce soir je te garderai après la classe pour te faire travailler. Retourne à ta place maintenant !

 

Image 150

Tino, un des camarades de Paulo, a trouvé que Mme Grobois a été un peu dure. Il connaît Paulo depuis longtemps et jamais il n’a été un fainéant. Il se demande si Paulo ne serait pas confronté à un problème qui serait à l’origine de ses mauvais résultats. Pour en avoir le cœur net, il projette alors de se rendre chez son copain.

Le lendemain étant un samedi, Tino demande à ses parents la permission de sortir pour aller voir Paulo.

La maison de Paulo n’est pas très loin du bourg de la commune mais Tino préfère y aller avec son “V.T.T”. En quelques coups de pédales, il arrive devant une construction inachevée, rafistolée de-ci de-là par quelques feuilles de tôle jointes à des morceaux de contreplaqué. C’est la maison de son camarade.

Tino est sur le point de frapper à la porte en bois entrebâillée, lorsqu’une grosse voix le fait sursauter :

– An ja di-w, an pa ni lajan ! Si an té sav sé pou sa sèlman ou té ka déranjé-mwen, an pa té ké vin p’on koté ! Bon, an ka chapé, an ni biten an mwen pou-an fè ! (Je t’ai déjà dit que je n’ai pas d’argent ! Si j’avais su que tu me dérangeais uniquement pour cela, je ne serais pas venu… Bon, je pars, j’ai à faire !)

Le monsieur part en claquant la porte. C’était le papa. Dans le besoin, la maman de Paulo l’avait fait appeler. Quand Paulo était encore dans le ventre de sa mère, le père les a quittés pour habiter avec une autre femme. Maintenant, Paulo vit avec sa mère et ses deux frères. Ils ont pour seules ressources les allocations que leur verse l’Etat.

Tino attend que la mobylette de M. Sourar s’éloigne d’une centaine de mètres pour frapper à la porte d’entrée. Mme Sourar vient ouvrir. Elle est nu-pieds et vêtue d’une vieille chemise de nuit rapiécée. Quelques mèches de cheveux en désordre se collent à des joues ruisselantes de sueur et de larmes.

– Kimoun ésa ! Ka ou vlé ? bougonne-t-elle. (Qui es-tu, que veux-tu ?)

– Bonjour madame, je voudrais voir Paulo, s’il vous plaît !

– I dèyè kaz-la, i ka ba kochon manjé ! madanm-la réponn-li. (Il est derrière la maison, il donne à manger aux cochons, lui répond la dame).

Tino fait le tour de la modeste demeure et juste à quelques pas de celle-ci, il voit Paulo préparer le festin de la famille porc. Involontairement, Tino fait sursauter son camarade en le hélant :

– Eh, Paulo ! Comment fais-tu pour supporter cette odeur ?

Et Paulo de répondre tout surpris :

– Tino ! Qu’est-ce que tu fais ici ? Tu m’as fait peur !

– Je passais dans le coin, alors je suis venu te voir.

– J’ai cru que c’était mon père qui m’appelait. Il est encore là ?

– Il vient tout juste de partir. Pourquoi, tu as peur de lui ?

– Tu sais, je ne vois presque pas mon père… Mais quand il vient à la maison, c’est toujours pour babiller. Dès qu’il est là, j’entre dans la chambre et je me fais tout petit ; ou encore, je cherche quelque chose à faire dehors pour ne pas le croiser.

– Et ta maman, comment est-elle avec toi ?

Paulo n’a pas le temps de répondre. Sa mère ouvre brusquement la porte de derrière et lance :

– Kijan Polo, ou poko fin ba kochon manjé ? (Comment Paulo, tu n’as pas fini de donner à manger aux cochons ?)

– Mé wi anman, an ka vin onfwa ! (Mais oui maman, je viens de suite !)

– Habille-toi, il faut qu’on aille à la gendarmerie… Un de tes frères s’est fait arrêter… C’est sûrement encore pour une histoire de vol !

Le visage chiffonné, la dame entre de nouveau dans la cuisine en maugréant :

– Mé Bondyé-Sényè-Lavyèj-Mari, ola an mèt foula blé an mwen la on ? (Mais mon Dieu Seigneur, la Vierge Marie, où ai-je donc mis mon foulard bleu ?)

Image 153

Paulo, plutôt mal à l’aise, peut alors répondre à Tino :

– Tu sais, maman est moins méchante qu’elle en a l’air. C’est surtout lorsqu’elle se met à boire qu’elle se fâche pour un rien. Moi, je dis que ce n’est pas sa faute si elle noie sa tristesse dans l’alcool. Non seulement elle a du mal à nous élever, mais il faut encore qu’elle répare toutes les bêtises que font mes deux grands frères. Quand je te dirai que l’un s’amuse à détrousser les gens et que l’autre est un dealer, tu comprendras mieux…

– Quoi ? Tu n’as pas dit à tes frères ce qu’ils risquent s’ils continuent à faire ça ? La maîtresse nous en parle souvent pourtant !

– Moi ! Je n’ose pas leur en parler ! Ils m’enverraient certainement m’occuper de mes oignons, si je leur disais quoi que ce soit ! Eux alors, quand ils sont avec leurs copains, c’est toute la nuit qu’ils jouent aux dominos dans la chambre, en buvant de la bière et en fumant. Impossible de dormir je te dis ! Et quand ils commencent à élever la voix et à devenir grossiers, je préfère encore me faire tout petit dans un coin. De temps en temps, quand ils s’aperçoivent que je suis encore éveillé, ils me donnent un peu de bière et me font jouer avec eux.

– Et tu penses que c’est bien de faire comme eux ?

Ecoute, je sais bien que tu n’as pas la chance d’avoir une chambre pour toi seul, mais je crois sincèrement que tu devrais éviter de te joindre à eux.

La mère de Paulo intervient une nouvelle fois :

– Timoun, asé langanné la ! Ay mèt on lenj si-w, nou ka pati ! (P’tit gosse, cesse de bavarder, va t’habiller, on part !)

Les deux enfants se séparent en se saluant.

Image 156

Le soir dans sa chambre, Tino se rappelle la conversation qu’il a eue avec son copain. Il comprend maintenant pourquoi Paulo n’a pas le temps de faire ses devoirs. Il aurait voulu l’aider… Mais comment faire ? Allongé sur son lit, il s’endort en essayant de trouver une idée.

Le surlendemain Tino se rend à l’école. En saluant Paulo, il remarque des pansements sur le visage et le bras de son camarade.

– Mais que t’est-il arrivé, Paulo ?

– Oh ! Ce n’est rien ; avant-hier après ton départ, je suis tombé d’un manguier.

– Ne mens pas Paulo, on voit bien que quelqu’un t’a frappé… Paulo, tout honteux, baisse la tête et ajoute :

– C’est vrai Tino, ils m’ont battu…

– Qui, ils ?

– Mes frères… Hier, quand les gendarmes m’ont posé des questions sur eux, j’ai répondu ce que je savais. Mais je crois que j’ai trop parlé et mes frères n’étaient pas contents. Alors ils m’ont tapé…

– Et ta mère ne s’y est pas opposée ?

– Elle a dit que c’était bien fait pour moi ! Que je n’avais pas à raconter les affaires de la famille.

Image 159

A la récréation, Tino va voir son professeur :

– Mme Grobois, j’ai quelque chose à vous dire, vous voulez bien m’écouter un moment ?

– Naturellement, qu’as-tu donc de si important à me dire, Tino ?

– Eh bien, c’est Paulo… Je crois savoir pourquoi il a de si mauvais résultats à l’école…

– Tiens donc ! s’étonne Mme Grobois.

– Mme Grobois, vous devez faire quelque chose pour lui. Je suis sûr que Paulo aimerait travailler mieux. Malheureusement, il a quelques problèmes. Vous savez, sa famille ne semble pas l’aimer beaucoup. Il est souvent battu. Le soir il y a toujours beaucoup de chahut chez lui jusqu’à tard dans la nuit. Il n’a même pas un lit pour lui seul, inutile de dire qu’il ne dort pas bien. D’autre part, je me demande s’il mange à sa faim.

– Comment sais-tu tout cela, mon garçon ?

– En discutant avec Paulo, madame, un jour où je suis allé lui rendre visite !

– Si tu dis vrai, je commence à comprendre maintenant pourquoi Paulo a l’air si hébété… Bon ! Je te promets d’en discuter avec la directrice. Avec elle, je verrai s’il est possible qu’une assistante sociale fasse très rapidement une enquête pour en savoir plus.

– Je vous remercie, Mme Grobois.

Deux semaines plus tard, la maîtresse interpelle Tino, un soir à la fin des cours :

– Tino, je voulais te voir pour te dire que tu as bien fait de me parler des ennuis de ton camarade. Tu sais, après son enquête, l’assistante sociale nous a dit que le mieux serait d’éloigner Paulo de sa famille au plus vite. Mais ne t’inquiète pas, tout est prévu. Il ira chez sa marraine, la dame qui tient la boutique près de l’église. Là il sera certainement plus à l’aise. Sa marraine qui n’a pas d’enfants à chouchouter est heureuse de l’accueillir nous a-t-elle dit. Paulo vivra là-bas jusqu’à la fin de l’année scolaire. Entre temps, Monsieur le Maire nous a promis qu’il ferait son possible pour aider la maman à restaurer sa maison. Parallèlement, il essaiera de lui trouver du travail. Les deux frères de Paulo iront faire un stage dans une entreprise. S’ils se comportent bien ils pourront eux aussi avoir un métier. Alors quand tout ira mieux, Paulo pourra revenir dans sa famille.

Image 162

Tino est content et fier d’avoir fait une bonne action. Mais l’instant de quelques secondes, son visage s’assombrit en pensant que d’autres enfants autour de lui sont, probablement, dans le même cas que Paulo. Si personne ne les remarque, ils rejoindront inexorablement la confrérie des éternels derniers de la classe.

Devinant la pensée de Tino, Mme Grobois sourit et renchérit :

– Je vois que tes camarades ont fait un bon choix en t’élisant chef de classe ! J’espère que tu seras toujours un bon porte-parole et que tu n’hésiteras pas à venir me voir à l’occasion !? De mon côté, je te promets d’être plus attentive afin de découvrir, éventuellement, d’autres enfants à problèmes.

FIN

Tino et le volant

Image 179

Avant-propos

Entre autres choses, la Culture est l’ensemble des créations et réactions mentales produites par un peuple au cours de son histoire.