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Les Hommes de bonne volonté - L'Intégrale 4 (Tomes 11 à 13)

De
880 pages
Jallez et Jerphanion, les camarades de promotion de l’École normale ; Gurau, le député idéaliste ; le criminel Quinette ; Louis Bastide, l’enfant de Montmartre ; le marquis de Saint-Papoul ou encore le chien Macaire… Ces individus d’une diversité passionnante peuplent la multitude dont Jules Romains nous raconte la vie dans Les Hommes de bonne volonté.
Ce roman-fleuve est aux dires de l’auteur même son œuvre majeure. Par ses dimensions, bien sûr : vingt-sept volumes déroulant une fresque d’un quart de siècle, du 6 octobre 1908 au 7 octobre 1933. Mais aussi par son dessein grandiose, puisque Jules Romains a l’ambition d’y exprimer « dans le mouvement et la multiplicité, dans le détail et le devenir, [sa] vision du monde moderne ».
Une vision « unanimiste » qui prend la société comme sujet, avec sa diversité de destinées individuelles, s’entrecroisant parfois, mais s’ignorant le plus souvent. Chaque personnage mène ainsi sa propre aventure, qui se fond sans cesse dans la grande Histoire, avec Verdun comme point culminant du roman. Mais, face aux désastres qui ébranleront cette génération, Jules Romains veut croire qu’il subsiste encore des Hommes de bonne volonté.
Ce volume contient :
- Recours à l’abîme ;
- Les Créateurs ;
- Mission à Rome.
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Jules Romains de l'Académie française
Les Hommes de Donne volonté IV
Flammarion
www.centrenationaldulivre.fr
roits de traduction, d'adaptation et de reproduction réservés pour tous les pays. © 1932, 1936, 1937, Dy ERNEST FLAMMARION.
ISBN EpuD : 9782081405486
ISBN PF WeD : 9782081405493
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782080678638
Ouvrage numérisé et converti parPixellence(59100 RouDaix)
Présentation de l'éditeur Jallez et Jerphanion, les camarades de promotion de l’École normale ; Gurau, le député idéaliste ; le criminel Quinette ; Louis Bas tide, l’enfant de Montmartre ; le marquis de Saint-Papoul ou encore le chien Macaire… Ces individus d’une diversité passionnante peuplent la multitude dont Jules Romai ns nous raconte la vie dans Les Hommes de bonne volonté. Ce roman-fleuve est aux dires de l’auteur même son œuvre majeure. Par ses dimensions, bien sûr : vingt-sept volumes déroulant une fresque d’un quart de siècle, du 6 octobre 1908 au 7 octobre 1933. Mais aussi par son dessein grandiose, puisque Jules Romains a l’ambition d’y exprimer « dans le m ouvement et la multiplicité, dans le détail et le devenir, [sa] vision du monde moderne ». Une vision « unanimiste » qui prend la société comm e sujet, avec sa diversité de destinées individuelles, s’entrecroisant parfois, m ais s’ignorant le plus souvent. Chaque personnage mène ainsi sa propre aventure, qu i se fond sans cesse dans la grande Histoire, avec Verdun comme point culminant du roman. Mais, face aux désastres qui ébranleront cette génération, Jules R omains veut croire qu’il subsiste encore des Hommes de bonne volonté. Ce volume contient : • Recours à l’abîme • Les Créateurs • Mission à Rome
Les Hommes de bonne volonté IV
Les Hommes de bonne volonté IV
Recours à l’abîme Les Créateurs MissioN à Rome
XI
RECOURS À L'ABÎME
I
Maison étroite
La maison, haute de cinq étages, semblait très anci enne. Elle datait peut-être de deux ou trois siècles. La façade en était très ress errée ; comme si au cours des temps la pression des maisons voisines et l'action, tout alentour, de Paris croissant par l'intérieur avaient produit un effet d'écrasement l atéral. Tout le site contribuait à donner l'illusion d'un tel travail. La chaussée ne pouvait pas laisser le passage à deux voitures de largeur moyenne, ni chacun des trottoirs à deux piétons. Sous la porte de l'immeuble, il devait être difficile de croiser que lqu'un. Pourtant, il y avait place à gauche de la porte pour un débit de vins et une éch oppe de cordonnier. Le débit de vins, il est vrai, n'avait qu'une devanture très ex iguë, masquée jusqu'à hauteur du regard par des rideaux rougeâtres et sales. Il s'év asait ensuite, et se développait en profondeur. Quant à l'échoppe, elle avait l'air fai blement entrée dans la façade, comme un corps étranger ; et le cordonnier appartenait pl us à la rue qu'à la maison. Une fois la porte franchie, l'on trouvait un bout d e couloir. Une boîte à ordures de médiocres dimensions, fermée par son couvercle, et, en somme, correcte d'aspect, était rangée contre le mur, qui avait été peint à u ne époque assez récente, et dont les nuances allaient maintenant, non sans un peu de cra sse et d'éraflures, du gris fumé au gris moutarde. L'escalier prenait à gauche. Il étai t sombre, et tournait court. Les marches de bois menaient à des paliers carrelés de carreaux rouges. Juste avant le premier étage, une lucarne s'ouvrait dans la paroi. Elle donnait sur la loge de la concierge, dont elle formait sans doute la principa le communication avec l'air extérieur. L'accès de la loge était plus haut, sur le palier m ême : une porte vitrée, surmontée d'une inscription. Mais cette porte vitrée, à cause des rideaux épais dont elle était munie, ou de la disposition des lieux, qui devaient s'établir en contre-bas, ne laissait filtrer qu'une lueur négligeable ; tandis que la lu carne projetait dans la cage de l'escalier une tranche de lumière bien dorée. À par tir du premier étage, une certaine clarté tombait des régions supérieures, et augmenta it notablement d'un étage à l'autre. Il régnait dans cet escalier une odeur close, poudr euse, musquée, mais non sordide. L'humidité ne s'ajoutait pas à la vieillesse des ch oses. L'usure, les fins débris se tenaient tranquillement dans leurs recoins et leurs rainures ; ils n'y fermentaient pas. L'on discernait même quelques traces d'un parfum d' encaustique. Les carreaux des paliers semblaient être lavés assez régulièrement ; les marches, balayées chaque jour ; cirées peut-être une ou deux fois par mois ; la rampe, essuyée de temps en temps au chiffon de laine. Dans son état habituel, la maison était silencieuse . Quand des pas résonnaient dans le couloir, il ne tardait guère à se faire un chang ement dans le faisceau de lumière qui venait de la lucarne. Une tête se montrait, un peu en arrière, éclairée à contre-jour ; celle d'une femme, le plus souvent ; quelquefois, c elle d'un homme. Il était rare qu'une question fût posée. La vitre, si elle était fermée, ne s'ouvrait pas. Mais l'arrivant était dévisagé à loisir dans la faible coulée de lumière dorée qui descendait à sa rencontre. Il y avait trois portes par étage ; ce qui pouvait surprendre, vu l'étroitesse de la façade.
II
Intérieur
– Maman, je te dis de ne pas t'obstiner à continuer ce tricot. Ce que tu peux être obstinée, c'est pas pour dire. Tu as commencé à te tromper en approchant de l'épaule. C'est de la laine gâchée. – Si je ne le finis pas, qu'est-ce qui le finira ? – J'aime mieux le voir jamais fini, que de te voir gâcher de la marchandise, et faire comme ça du travail qui sera à défaire. Il y a rien tant que ça qui m'agace… La femme, qui parlait tout en se livrant à diverses allées et venues, ajouta, comme elle sortait de la pièce : – Tout de même, quand on devient vieux, ce qu'on pe ut devenir chameau ! La vieille femme, assise dans un fauteuil, déclara, en arrêtant son ouvrage, mais sans le quitter des yeux : – Si tu veux pas que je fasse de tricot, qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Ce fut un homme, installé dans un autre fauteuil, u ne cigarette à la bouche, les pieds, dans d'assez jolies pantoufles de cuir, allo ngés vers un feu de grille aux boulets bien incandescents, qui répliqua : – Regardez les images… Et de sa main droite il atteignit sur la table qui était derrière lui, et fit glisser du côté de la vieille, une sorte d'album. La vieille laissa son travail dans le creux de sa jupe, mais posa l'album par-dessus et l'ouvrit. L'autre femme rentra dans la pièce : – Ce n'est pas le téléphone qui a tinté ? – Non. – Fais-y attention, parce que tu sais, depuis ce ma tin, la sonnerie elle ne marche pas. On ne peut pas s'y fier. Ne te dérange pas si tu veux. Mais appelle-moi. Elle ressortit. L'homme se renversa de nouveau dans son fauteuil. Il avait l'air imperceptiblement excédé. Ses avant-bras étaient po sés sur les accoudoirs. Ses mains pendaient en dedans ; les bouts des doigts fl ottaient au niveau des poches du pantalon. Il fumait, la cigarette collée aux lèvres . Il ne l'enlevait que pour en détacher la cendre. Parfois même il attendait trop, et le roule au de cendre tombait sur les plis de son gilet. Il s'époussetait négligemment d'une pich enette, avec quelque retard. Il regardait vaguement devant lui, les paupières mi -baissées. Peut-être regardait-il sans voir. Mais ce n'était pas sûr. Peut-être se pl aisait-il à voir les mêmes choses pour la millième fois. Ce qu'il y avait dans la direction de ses yeux, c'é tait la garniture de la cheminée, et spécialement la pendule, avec une grande glace à ca dre doré, par derrière. La pendule ne ressemblait à bien d'autres que si on la considé rait distraitement : un coffre de marbre rose ; un sujet de bronze clair, aimable, co ntourné, mythologique, posé dessus. Mais à l'examiner un peu, le sujet, tout banal dans son style, devenait plus singulier dans son contenu et ses intentions. Il représentait un couple nu, sans aucune draperie. L'homme, étendu comme sur un sol, s'appuyait du fla nc et du coude gauches à une pile de coussins. La femme était en somme couchée s ur lui dans une contorsion paresseuse ; elle avait l'air de traiter ce corps m asculin comme un lit de repos. Le bras droit de l'homme, enveloppant le dos de la femme, a llait, en se glissant par-dessous l'aisselle, saisir le sein le plus proche. Quant au x mains de la femme, si on ne leur
voyait accomplir aucun geste franchement lubrique, elles semblaient être sur le chemin de caresses très audacieuses. Ce sujet de pendule, dès qu'il avait donné sa note, éveillait soudain des harmoniques tout autour de lui et jusque dans les r ecoins de la pièce. Divers bibelots, en particulier des statuettes de quelques centimètr es de hauteur, contribuaient à garnir le dessus de cheminée. Il devenait remarquable que toutes ces statuettes, imitant le biscuit de Sèvres, étaient des femmes nues, très ca mbrées, dans des postures de danseuses ou de bacchantes, poitrine et ventre offe rts ; et qu'outre les touches habituelles de couleur du côté de la chevelure, des yeux, ou des lèvres, les pointes de sein étaient complaisamment rehaussées de rose vif. Une autre porcelaine représentait un couple échangeant un baiser et s'enlaçant de for t près. Mais il y avait surtout, à l'extrémité du plateau, une figurine de femme nue, plus grande, modelée dans une matière qui évoquait la cire. Elle était debout, l' une des jambes bien droite, l'autre fléchie, et s'écartant en arrière d'un demi-pas. La consistance, les nuances de la chair se trouvaient exactement rendues. La tête portait d e vrais cheveux, d'une extrême finesse. Aucun détail n'était omis. On croyait avoi r devant soi non une statuette, ni une poupée, mais une petite idole, une minuscule femme vivante, identique aux autres par la substance et les propriétés ; une sorte de subst itut magique qui pouvait tenir dans une main. L'idole avait été vêtue, sans doute après coup, d'u n pantalon de soie et dentelle roses, à large ouverture. Une autre idole, de la même famille, formait le mot if principal d'un cendrier, et occupait le milieu d'un guéridon, situé dans l'axe de la fenêtre, à côté de la vieille dame qui venait d'y poser enfin sa pelote de laine. La f igurine était debout, les jambes serrées, au-dessus d'une coquille de nacre rose ; l es bras tendus un peu en avant du corps ; les mains à demi repliées et placées l'une devant l'autre. Les mains pouvaient ainsi servir de support à quelque petit objet mince et long. Elles soutenaient effectivement une cigarette non entamée. Il était p robable qu'on l'y laissait à demeure comme accessoire décoratif. Le bout de la cigarette allait s'appuyer au bas-ventre de l'idole. Un certain nombre d'estampes encadrées ornaient les murs. Chacune d'elles était licencieuse ; mais elles le devenaient davantage pa r leur rapprochement. Il n'était pas jusqu'aux tons de la pièce, aux couleurs des rideau x, du papier de tenture, des abat-jour du lustre à gaz, des napperons et ronds d'étof fe distribués sur les tables et la desserte, du transparent mis aux vitres du buffet d e bois clair, qui n'aidassent à faire régner un air de dessous féminins et d'alcôve. Quant à l'album que feuilletait maintenant la vieil le dame, il s'intitulait : « Au pays des jolies croupes », et montrait une collection de fem mes photographiées toutes à peu près dans la même attitude : tournant le dos, le vi sage de profil, les yeux au ciel, et soulevant d'une main leur chemise jusqu'au-dessus d es reins. La vieille regardait les pages une à une, à travers ses lunettes, avec un in térêt qui ne semblait pas de pure courtoisie, mais qui restait modéré.
*
La femme, après s'être beaucoup agitée dans l'appartement, de l'air de quelqu'un qui achève de s'apprêter pour sortir, revint dans la pi èce. L'homme demanda, sans changer de posture : – Qu'est-ce qu'il t'a dit, le docteur ? – Hé bien ! toujours la même chose.