//img.uscri.be/pth/0bfbf69a62a43c74cd50361cee4d96634e56218a
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 7,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Les Hommes de bonne volonté - L'Intégrale 7 (Tomes 22 à 24)

De
920 pages
Jallez et Jerphanion, les camarades de promotion de l’École normale ; Gurau, le député idéaliste ; le criminel Quinette ; Louis Bastide, l’enfant de Montmartre ; le marquis de Saint-Papoul ou encore le chien Macaire… Ces individus d’une diversité passionnante peuplent la multitude dont Jules Romains nous raconte la vie dans Les Hommes de bonne volonté.
Ce roman-fleuve est aux dires de l’auteur même son œuvre majeure. Par ses dimensions, bien sûr : vingt-sept volumes déroulant une fresque d’un quart de siècle, du 6 octobre 1908 au 7 octobre 1933. Mais aussi par son dessein grandiose, puisque Jules Romains a l’ambition d’y exprimer « dans le mouvement et la multiplicité, dans le détail et le devenir, [sa] vision du monde moderne ».
Une vision « unanimiste » qui prend la société comme sujet, avec sa diversité de destinées individuelles, s’entrecroisant parfois, mais s’ignorant le plus souvent. Chaque personnage mène ainsi sa propre aventure, qui se fond sans cesse dans la grande Histoire, avec Verdun comme point culminant du roman. Mais, face aux désastres qui ébranleront cette génération, Jules Romains veut croire qu’il subsiste encore des Hommes de bonne volonté.
Ce volume contient :
- Les Travaux et les Joies ;
- Naissance de la bande ;
- Comparutions.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Jules Romains de l'Académie française
Les Hommes de bonne volonté VII
Flammarion
www.centrenationaldulivre.fr
Droits de traduction, d'adaptation et de reproduction réservés pour tous les pays. ©1943, by Editions de la Maison Française, Inc. New-York, N. Y.
ISBN Epub : 9782081405547
ISBN PDF Web : 9782081405554
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782080678669
Ouvrage composé et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur Jallez et Jerphanion, les camarades de promotion de l’École normale ; Gurau, le député idéaliste ; le criminel Quinette ; Louis Bas tide, l’enfant de Montmartre ; le marquis de Saint-Papoul ou encore le chien Macaire… Ces individus d’une diversité passionnante peuplent la multitude dont Jules Romai ns nous raconte la vie dans Les Hommes de bonne volonté. Ce roman-fleuve est aux dires de l’auteur même son œuvre majeure. Par ses dimensions, bien sûr : vingt-sept volumes déroulant une fresque d’un quart de siècle, du 6 octobre 1908 au 7 octobre 1933. Mais aussi par son dessein grandiose, puisque Jules Romains a l’ambition d’y exprimer « dans le m ouvement et la multiplicité, dans le détail et le devenir, [sa] vision du monde moderne ». Une vision « unanimiste » qui prend la société comm e sujet, avec sa diversité de destinées individuelles, s’entrecroisant parfois, m ais s’ignorant le plus souvent. Chaque personnage mène ainsi sa propre aventure, qu i se fond sans cesse dans la grande Histoire, avec Verdun comme point culminant du roman. Mais, face aux désastres qui ébranleront cette génération, Jules R omains veut croire qu’il subsiste encore des Hommes de bonne volonté. Ce volume contient : • Les Travaux et les Joies • Naissance de la bande • Comparutions
Les Hommes de bonne volonté VII
Les Hommes de bonne volonté VII
Les travaUx et les joies Naissance de la bande ComparUtions
XXII
LES TRAVAUX ET LES JOIES
I
Haverkamp veut refaire son décor
– Quelqu'un doit être arrivé » dit Haverkamp, d'un ton impatient, au secrétaire particulier qui entrait dans son « studio ». « Il m e semble que j'ai entendu la sonnette il y a deux minutes. – Oui ; c'est mon décorateur. Il est toujours exact. Je l'ai mis dans le salon. – Et Turpin ? Pas encore là ? – Non » dit le secrétaire en souriant d'un sourire précieux. « Je n'ai vu M. Turpin qu'une fois. Mais je n'ai pas l'impression que l'ex actitude soit son fort. – Il n'a pas téléphoné pour se décommander ? – Pas à ma connaissance. – C'est embêtant. Nous voilà déjà avec bientôt dix minutes de retard. – Vous ne voulez pas causer avec mon décorateur en attendant ? Haverkamp réfléchit, d'un air maussade : – Non. Je ne veux pas avoir à recommencer mon histo ire trente-six fois. Et puis, je vous l'ai dit, je prends les choses dans l'ordre hi érarchique. Pour moi, ce qui passe d'abord, c'est l'architecte. J'ai bien voulu recevo ir votre décorateur en même temps pour vous faire plaisir, et parce que j'admets en e ffet que s'il a des idées à suggérer, il vaut mieux que ce soit tout de suite. S'ils discute nt, je les écouterai ; je verrai s'ils peuvent coller ensemble… Ah ! tenez, un coup de son nette. Cette fois-ci, ce doit être Turpin. Vous voyez qu'il n'est pas tellement en retard que ça. Henry de Belleuse, le secrétaire, avec les grâces d 'un attaché d'ambassade qui eût été spécialement musqué et fin danseur, fit entrer Raoul Turpin et le décorateur Serge Vazar. Turpin n'avait en somme pas trop changé depuis les temps de la Celle-les-Eaux. Il avait pris un peu d'embonpoint. Mais cette chair de surplus s'était assez régulièrement répartie. Le visage en avait reçu une certaine bouf fissure, qui le laissait très bien reconnaître. Turpin, contre tous les assauts de la mode, avait gardé sa barbe. Il s'ingéniait à la tailler très court. Les cheveux au ssi étaient plus courts et surtout plus rares. Une large avenue de calvitie se laissait pré voir entre le front et le carrefour de la tonsure. Aux tempes et au-dessus des oreilles friso ttaient des poils gris. La principale concession qu'il eût faite au goût de l'époque étai t de grosses lunettes d'écaille. Il était vêtu d'un complet de cheviote anglaise rousse, très bourrue. Au total, quelque chose d'ambigu, où le rapin d'autrefois se déguisait sans disparaître. Ou encore il faisait penser à ces hommes de Bourse qui fréquentent les p eintres de Montparnasse. Serge Vazar était un joli garçon, d'un peu plus de trente ans, svelte, souple, tout en balancements, le visage finement rasé et poudré, av ec des cheveux noirs plaqués et lustrés, et de gros sourcils noirs, qui étaient le seul trait brutal de sa personne. Par ses mouvements flexueux, le caractère étudié de son sou rire, le registre de sa voix, moins naturel que choisi, et les alanguissements chantant s, suivis de bousculades, qu'il donnait aux mots (et de telle sorte qu'il fût diffi cile de dire s'il s'y mêlait un accent étranger), Serge Vazar avait un air de famille avec Henry de Belleuse. Turpin les considérait l'un et l'autre, et leur dou ble présence dans le studio du robuste Haverkamp, en ouvrant de grands yeux qui ri aient presque sous les lunettes d'écaille. Quand tout le monde fut assis, Haverkamp, sans perd re une minute à des propos vainement préparatoires, déclara :
– Je vous ai convoqués, messieurs, parce que j'ai c ertains projets. Toi, Turpin, tu es un vieil ami ; tu es habitué à mes façons. Vous, mo nsieur… Vazar, je n'avais pas l'avantage de vous connaître… De nom, si, plus ou m oins. C'est Belleuse qui m'a parlé de vous, en termes très flatteurs… Bon… » Il contin uait de s'adresser plus particulièrement à Vazar : « Vous comprenez, une ré union comme celle-ci ne va nous engager ni les uns ni les autres. Nous allons échan ger quelques vues. Ensuite, nous réfléchirons, chacun de notre côté… pas trop longte mps, parce que si nous devons travailler ensemble, je suis pour les démarrages ra pides. Turpin me connaît. Je me décide vite. Mais j'ai horreur qu'ensuite on me fas se droguer. Si nous nous mettons d'accord sur le principe de la chose, il faudra que les études commencent immédiatement et marchent à fond de train. Au cas o ù vous seriez pris en ce moment l'un ou l'autre, et pour une certaine durée, il vau drait mieux me le dire… (Cela aussi, bien que semblant s'adresser aux deux, était surtou t destiné au nouveau venu.) Turpin fut pourtant le premier à répondre. Il expos a, avec un calme gouailleur, qu'il avait naturellement divers travaux en cours. Haverk amp devait bien s'en douter. Et c'était heureux pour lui, Turpin, qui commençait à se faire trop délicat de santé pour coucher sous les ponts. Mais il avait des collabora teurs parfaitement capables de suivre ces travaux, sous réserve de lui en rendre c ompte. Et par chance, à ce moment précis, il n'avait aucune grosse affaire à étudier. Bien entendu, cela pouvait avoir changé dans trois semaines. Serge Vazar recourut à une alternance de mots en po ints d'orgue et de morceaux de phrases en doubles-croches pour dire qu'il venait d 'avoir plusieurs commandes ; mais que d'abord, Dieu merci, deux ou trois d'entre elle s émanaient de ces personnes de la vieille aristocratie, tâtillonnes et peu pressées, qui demandent à tout bout de champ qu'on modifie ceci ou cela, mais à qui en revanche il est facile de faire accepter des délais sans même qu'elles s'en doutent. Bref, dès l e signal donné, il était à même de travailler d'arrache-pied à un projet dont l'importance justifierait un tour de faveur. – Parfait ! » dit gaillardement Haverkamp. « J'ai j ustement des intentions grandioses. J'en ai assez de vivre en camp volant… enfin dans d es conditions qui ne sont pas dignes de moi. Remarque, mon cher Turpin, ce studio où nous sommes, et que tu m'as construit il y a déjà, ma foi, près de trois ans, é tait pour l'époque quelque chose de très gentil. Mais les deux salons et la salle à manger, s'il n'y avait pas aux murs mes Modigliani et mes Vlaminck, auraient l'air d'avoir été faits pour ma vieille tante. La chambre à coucher, mon Dieu, ça pourrait encore all er, quoique… Ne me dis pas que je n'ai qu'à faire transformer l'appartement. Non. Tout ça est ridiculement petit. Je n'arrive pas à accrocher le tiers de mes toiles. Et puis je ne vais pas m'amuser à dépenser trois cents billets pour faire un jour cad eau de l'installation – ou du plus clair de l'installation – à mon propriétaire. Non. Je veu x me sentir chez moi. Je veux aussi, du moment que je m'en impose le tracas, avec les pe rtes de temps inévitables, le faire une bonne fois et en voyant large… Donc, mon idée, c'est d'avoir mon hôtel à Paris, et mon château à la campagne. Je dis : avoir, je ne di s pas nécessairement : construire. Je n'écarte aucune solution d'avance. Et l'objet de cette première réunion, à mes yeux, ce devrait être cela : déterminer de quel côté on s 'oriente, dans un cas et dans l'autre. Je répète que je n'ai pas de parti pris. Ça m'étonnerait tout de même bien, te connaissant c omme je te connais » dit Turpin de sa voix rigolarde, « que tu y aies pensé comme ç a dans le vague. C'est pas ton genre. Tu as sûrement déjà un avis. – Remarquez » reprit Haverkamp en renversant le bus te, « j'en aurais le droit. Je n'ai pas à te rappeler à toi, Turpin, que j'ai eu jadis une certaine compétence en matière
immobilière, et que c'était à moi qu'on venait dema nder des avis pareils… Oui, j'ai déjà un peu réfléchi ; et sans chercher le moins du mond e à vous influencer, je veux bien vous dire comment je serais disposé personnellement à voir les choses… Ça ne vous empêchera pas de me fournir ensuite vos arguments.. L'hôtel à Paris… oui… Racheter un des beaux vieux hôtels, d'une bonne époque, déjà existants ; y faire toutes les transformations nécessaires pour que ça devienne co nfortable et adapté à la vie moderne, tout en restant dans le style… décorer ça et meubler ça ensuite, n'est-ce pas, monsieur… heu… monsieur Vazar… ça ne me paraît pas d'une difficulté à donner le vertige. Mais voilà, les hôtels de la bonne époq ue sont dans des quartiers où j'aime me promener à l'occasion, mais que j'aurais horreur d'habiter. Ni air ni lumière, circulation difficile, entourage mesquin ou crasseu x. Vous me direz : l'île Saint-Louis. Mais quel choix d'hôtels avez-vous dans l'île Saint -Louis ? Et sur les deux ou trois, peut-être, quelle chance qu'il y en ait un à vendre ? Puis, c'est au bout du monde. Moi, mes affaires sont entre l'Etoile et la Bourse. Je v eux pouvoir déjeuner chez moi quand ça me plaît. N'insistons pas. Dans les quartiers po ssibles, que ce soit la plaine Monceau ou Passy, tout ce qui existe est d'une mauv aise époque. Regardez, même cette avenue-ci. Je ne vais pas gâcher un million à retaper une ordure qui sentira toujours son financier du Second Empire ou sa grand e cocotte du temps de Félix Faure. Bref, jusqu'à nouvel ordre, je penche à Pari s pour du neuf, du tout à fait neuf et up to datefférent. Il y a dans toutes, dans un endroit choisi. Pour le château, c'est di sortes d'endroits des morceaux magnifiques, et des meilleures époques ; qui s'achètent souvent pour le prix d'une villa de banl ieue. Grosses réparations à faire, c'est entendu. Appareillage moderne à installer. En suite, la question du décor : égayer et rajeunir sans perdre le caractère. Avec du goût, et des gens compétents, on arrive à des miracles. Tenez, j'ai chassé au début de l'auto mne chez le duc de Prasles, en Anjou. Le château est une superbe bâtisse du seiziè me. La duchesse, qui est une femme d'une simplicité charmante, encore toute jeun e d'ailleurs, voyant que ça m'intéressait, m'a expliqué qu'au moment de leur ma riage, un peu avant la guerre, ils avaient pris le château dans l'état où le leur lais saient les parents du duc, c'est-à-dire : assez bien entretenu du côté maçonnerie et couvertu re ; mais deux salles de bains vétustes, où l'eau n'arrivait pas la moitié du temp s faute de pression ; un calorifère démodé, une installation électrique lamentable ; et surtout des couleurs sinistres et encrassées sur tous les murs, et un mobilier d'entr e 1850 et 1880, qui correspondait exactement en plus riche à ce qu'on trouve encore c hez les petits bourgeois de province et les concierges. Quelques belles pièces anciennes perdues là-dedans, oui, entre les cache-pots, les tabourets de tapisserie e t les doubles-rideaux que vous supposez, me disait la duchesse, ne s'apercevaient même plus. Eh bien ! je voudrais que vous voyiez ce qu'elle a réussi à faire de ça, avec une somme relativement très petite qu'elle s'est fait donner l'autre année par son mari. Elle m'a parlé de cent cinquante mille francs ! Il lui a fallu déjà en con sacrer une bonne partie aux installations de chauffage, d'électricité, de plomb erie. Pour le reste, elle s'est débarrassée de toutes les horreurs. Elle a gardé le s quelques bonnes choses. Elle a acheté un certain nombre, vous savez, de ces meuble s qu'on se procure encore dans les ventes de province, entre cinq cents et deux mi lle francs, qui ne sont pas de tout premier ordre, pas signés, mais à part ça irréproch ables, et qui, une fois placés dans un cadre majestueux, ont très grand air. Mais son c oup de génie, ce sont les peintures. Elle a eu l'idée d'adopter, du haut en bas des murs , un blanc à peine crémé, à surface rugueuse, et pour les solives et les corniches, un grenat foncé. Vous n'imaginez pas l'effet d'immensité que donnent ces grands murs bla ncs, la lumière excitante qui règne