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Les Murmures d'En haut

De
118 pages

2029. Un journaliste et une jeune policière de Wallonie enquêtent sur une mystérieuse organisation féminine apparue en Lorraine pour défendre les chrétiens et leurs églises menacés par des musulmans extrémistes.
Au cours de leurs investigations, ils découvrent un lien entre cette organisation et Jeanne d'Arc, et entendent parler d'une jeune fille qui percevrait sa « voix » et serait chargée d'une certaine mission...
L'histoire pourrait-elle se répéter ? C'est ce que cherchent à élucider nos deux enquêteurs, embarqués dans une aventure qui les transforme en profondeur.


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Copyright
Cet ouvrage a été composé par Edilivre 175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 Mail : client@edilivre.com www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-414-12606-4
© Edilivre, 2017
Avertissement
Lors d’une interview réalisée en 2012, répondant à une question sur l’influence de Jeanne d’Arc à notre époque, un auditeur de France Inter la déclarait négligeable, la pucelle appartenant au passé et à un temps révolu. Je ne suis pas assez savant pour dire si cet auditeur à l’opinion tranchée avait tort ou raison. En tout cas, Jeanne d’Arc continue à fasciner et à inspirer des histoires… J’espère ne pas avoir trop mal raconté celle qui suit ; elle n’a d’autre ambition que de vous distraire, sans trahir ni manquer de respect à la Pucelle de Domrémy, je l’espère !
« Il leur faut des héros, mademoiselle. C’est important. Une fille, une non-combattante, qui se bagarre comme une lionne et bat les meilleurs guerriers du Quatrième Règne, ça leur donne l’occasion de recommencer à croire. » Rod Rees (Le Demi-Monde)
Cette histoire se déroule essentiellement en Lorraine au printemps 2029. Six cents ans plus tôt, au début de 1429, commence également en Lorraine une histoire qui deviendra une épopée mondialement connue, celle d’une certaine Jeanne d’Arc… 1429, 2029 : deux dates, deux âges obscurs et incertains, deux fonds des temps
Mercredi 14 mars – Nancy
1
Tes adversaires ont rugi au milieu de ton temple ; ils ont établi pour signes leurs signes (…) Nous ne voyons plus nos signes. Il n’y a plus de prophète, et personne parmi nous qui sache jusqu’à quand…
(Psaume 74, versets 4 et 9)
On était mi-mars mais, comme depuis pas mal d’années maintenant, c’était déjà presque l’été. La différence était que d’ici quelques heures, comme au début d’un printemps normal, le soleil serait couché. L’après-midi tirait à sa fin, un air lourd stagnait sur Nancy. Julien Griscourt se dirigeait à grands pas vers la place Stanislas. Grand, brun, lunettes et œil rêveur, 26 ans et toujours une silhouette d’adolescent, il se rendait à une manifestation de retraités et de chômeurs qui, d’après la radio, venait d’éclater devant la préfecture : peut-être y aurait-il matière à un article illustré d’une bonne photo, ou à un petit reportage agrémenté de l’interview de manifestants, si, à défaut d’opinion pertinente, leur témoignage était fort. Il était pigiste et homme de guet, chasseur de mots et d’images, vaguement archiviste, au réel comme à l’imaginaire. Julien allait être témoin d’un évènement différent d’une simple manifestation, plus musclé. Il traversait le quartier de Saint Epvre, comme souvent assez désert, lorsqu’un brouhaha inhabituel attira son attention alors qu’il approchait de la petite église Saint Fiacre. Une dizaine de quads et maxi-scooters encombraient le trottoir au pied de la volée de marches menant au portail, mais surtout des sons étouffés et plutôt inquiétants provenaient de l’intérieur : des cris, des bruits de chaises ou de bancs renversés, de course-poursuite. Que se passait-il ? Il escalada les degrés et allait entrer lorsque le portillon du vantail fut brusquement repoussé, livrant passage à un homme d’un certain âge qui lui passa devant sans le voir, manquant le percuter ; sans répondre à son « Hé ! Vous ne pourriez pas faire attention ! Y’a le feu là-dedans ? », celui-ci dévala les marches et s’enfuit en zigzaguant au milieu des deux-roues… Julien entra. 1 Une attaque dedjislamistes, dekatiboysde ou katibeurs ,on les appelait comme maintenant. Des bandes de garçons et de jeunes hommes qui, depuis six ou sept ans, s’en prenaient un peu partout à travers l’Europe – après l’Irak, l’Egypte, le Mali, le Nigeria et d’autres pays deux décennies auparavant – à tout ce qui portait ou arborait une croix, personne, monument ou construction. Des « loubards de l’Islam de l’Ouest », comme on les surnommait parfois. Avant que sa présence ne soit remarquée et qu’un des agresseurs – tee-shirt noir, foulard noir masquant le bas du visage, large bandeau noir – ne se dirige vers lui en remontant par une allée latérale, il eut le temps d’embrasser la scène du regard : une trentaine de fidèles, qui selon toute vraisemblance participaient à un office, étaient rassemblés au milieu de la nef, encadrés par une dizaine dedjis porteurs de bâtons, badines et matraques. L’air craintif et consterné, ils regardaient impuissants le chef de la bande, secondé par un aide, recouvrir consciencieusement l’autel, la croix du Christ et le tabernacle d’affiches portant, en français et en arabe, des versets du Coran, ou de grandes photos de leaders islamistes. Ils regardaient également, étendu sans connaissance sur les dalles du chœur, le prêtre qui dirigeait la célébration à laquelle ils étaient venus assister… L’individu venant vers lui ne se trouvant plus qu’à une dizaine de mètres, accélérant l’allure, Julien tourna les talons. Il lui sembla alors apercevoir du coin de l’œil, glissant comme des ombres le long de chacune des parois, à demi courbées, plusieurs silhouettes déliées et sveltes en train de se couler silencieusement dans l’autre direction, vers le chœur… Il n’avait pas rêvé : en débouchant sur le parvis, il tomba sur la queue d’une petite colonne
qui terminait de pénétrer dans l’église : des filles ! Cheveux courts, vêtues de jeans et de blousons de sport bleu ciel, une écharpe blanche au cou, elles défilèrent rapidement devant lui. Plongeant son regard dans le sien, l’une le frôla, un doigt sur les lèvres. Il remarqua son air déterminé mais calme, presque paisible. Son épaule arborait un brassard frappé d’un signe qu’il n’avait jamais vu : une croix dont un J majuscule formait la branche verticale. Ce symbole, c’était quoi ? Julien dévala les degrés, se faufila parmi les scooters, traversa et alla se poster sur le trottoir d’en face. Son poursuivant avait semble-t-il abandonné la partie, il ne s’était pas aventuré au dehors. A cet instant, une clameur étouffée mais audible monta sur le parvis et dans la rue : la contre-attaque ! Une pensée effleura l’esprit du jeune homme : ces filles qu’il venait de croiser n’avaient rien dans leurs mains, qui étaient vides, où étaient leurs armes ? Ce n’était pas réaliste, il se dit qu’il avait mal vu, n’avait pas fait suffisamment attention. 2 Glissant la main dans une poche à la recherche du tabphone Samkia qui, au même titre que son canif, ne le quittait pratiquement jamais, il activa la fonction vidéo et se prépara à filmer. Un homme à l’allure de retraité et une femme d’âge mûr l’avaient rejoint et stationnaient à quelques pas, regardant eux aussi l’église et écoutant les bruits suspects qui en émanaient. – Qu’est-ce que c’est que ce barouf ? L’interrogea l’homme, vous avez une idée ? – Pas la moindre, je viens juste de voir entrer quelques filles, répondit Julien avec une pointe d’ironie. – Là, ces types en noir qui sortent ! des Djislamistes ou des Katibeurs ! s’écria la dame le bras tendu. Son voisin le retraité se mis aussitôt à reculer, amorçant un mouvement de fuite. Quelques fils d’Allah, en effet, étaient apparus au portillon et se bousculaient en direction de leurs machines encombrant le trottoir. Quelques autres quittaient les lieux par le côté, empruntant un accès latéral pour se précipiter vers leurs voitures garées plus loin, de vieilles hybrides Renault ou Peugeot immatriculées en banlieue. Julien avait déclenché sa caméra lorsque l’image de plusieurs filles en bleu s’encadra sur son écran. Aux trousses des fuyards, elles en rattrapèrent deux ou trois, qui se tournèrent pour leur faire face, brandissant et agitant leurs bâtons et leurs matraques. Il n’eut aucun besoin de zoomer pour se rendre compte que – à part un ou deux talkies-walkies leur permettant de communiquer sans être écoutées – leurs mains étaient vides ; elles se servaient de leurs seuls bras et jambes pour, à l’aide d’une succession de sauts, gestes, pirouettes et ciseaux gracieux, renverser et neutraliser leurs adversaires… Il ne s’était donc pas trompé tout à l’heure, quand il les avait croisées : les donzelles n’avaient pas d’armes, à part leur corps, une formidable technique et un sang-froid à toute épreuve ; cela allait même au delà : une flamme dansait dans leurs yeux, celle de la foi, d’une infinie confiance… D’où sortaient ces anges vengeurs, ces croisées inconnues d’un nouveau genre ? Qui étaient-elles ? Lorsqu’il sortit de sa rêverie et reprit ses esprits, julien constata que la bataille avait pris fin : les derniers scooters et vieilles hybrides finissaient de dégager le trottoir, tandis qu’un convoi de deux bus qui se suivaient masquait les jeunes filles qui se repliaient tranquillement par petits groupes. Les premiers fidèles pris en otage par les partisans d’Allah abandonnaient l’église et investissaient le parvis, encore sous le coup des émotions vécues. La luminosité du jour commençait à décliner et une relative fraîcheur tombait. Du côté du centre ville, la rumeur d’une sirène de police qui approchait se faisait entendre. Julien décida d’aller jeter un rapide coup d’œil à l’intérieur de l’église avant le débarquement des gardiens de la loi.
1.Contraction de djihad et Islam / katiba : camp ou unité de combattants islamistes 2.Tabphone : le smartphone de 2029, à la fois tablette électronique et téléphone ; regroupe téléphone, appareil photo, caméra vidéo, ordinateur, données biologiques, météo, GPS, altimètre, alarme sonore, lampe de poche, etc.)
Mercredi 14 mars
2
De son incursion dans le lieu de culte, le jeune homme rapportait des photos donnant une pâle idée de la scène à laquelle il venait d’assister : des chaises et une paire de bancs renversés, essentiellement. Il ne restait plus aucune trace des affiches et banderoles qui avaient recouvert l’autel et la croix ; lesanges bleu-horizon oules croisées bleues,il comme les surnommait déjà intérieurement, avaient procédé à un nettoyage-éclair en règle. Quant à la vidéo qu’il avait prise, autant ne pas en parler : mal cadrée et surexposée, elle était ratée… Tout s’était déroulé trop vite pour bien filmer, même avec du matériel moderne. Bref, il revenait bredouille. Il n’avait pu relever la signature de ces jeunes femmes, elles conservaient tout leur mystère. Il devait bien quand-même exister une trace d’elles quelque part… Sur la toile peut-être, leworld wide web, on finissait toujours par récupérer quelque chose dans le grand fourre-tout électronique, le vaste foutoir magique. Et il flairait dans cet événement la possibilité de réaliser un reportage sortant de l’ordinaire, de rédiger un papier pouvant déboucher sur un scoop. A condition d’en apprendre un peu plus sur ces drôles de paroissiennes qui, manifestement, n’avaient pas froid aux yeux et n’étaient pas n’importe qui. D’où venaient-elles ? Que voulaient-elles ? Qui étaient-elles ? Il était 17 heures 15 et il remontait le cours Léopold en direction de la place Carnot ; un café se trouvait là qu’il connaissait bien, en face de ce qui avait été autrefois la bibliothèque universitaire et la faculté de droit et des sciences économiques (après son bac, inscrit en première année juridique, il avait passé là quelques mois, avant de laisser tomber, de vivoter un temps de petits boulots en intérim, enfin de bifurquer vers sa voie actuelle : la NetPress ou le journalisme précaire, en free-lance.) Il avait l’intention d’aller passer un moment dans cet établissement pour y effectuer une recherche Internet sur cesanges bleu horizonqui, depuis qu’il avait fait leur connaissance, refusaient de quitter ses pensées. De toute façon, personne ne l’attendait dans le petit deux-pièces qu’il louait avenue Leclerc, à l’autre bout de la ville, il n’était pas pressé de le retrouver, il avait du temps. Il négligea la terrasse pour aller s’installer dans un des boxes du fond, plus au calme. Sans attendre qu’on lui apporte lecoffeecommandé depuis la borne intégrée dans la table, il sortit et alluma son tabphone. Une idée lui trottait dans le crâne : il y avait ce signe aperçu sur le brassard arboré par la fille, un J majuscule doré dont le haut de la branche était barré, formant une croix… Sur le moteur Yoogin, il tapa « j barré formant croix » et lança la recherche… Rien. Ce symbole pouvait aussi évoquer, à la rigueur, une ancre de marine. Il essaya « J dessinant une ancre de marine ». Pas plus de résultat. Bon, il fallait s’y prendre autrement. Il se concentra, mobilisa ses souvenirs, revit les filles en esprit… Oui, c’était cela, bien que différentes physiquement, par delà leurs cheveux courts et leur uniforme de girl-scouts, elles se ressemblaient, avaient un air de famille qui lui rappelait quelqu’un, un personnage, une figure connue, très connue même, mais qui ? La réponse était là tout près, au bord de sa conscience, mais rien ne venait, impossible de mettre le doigt sur le fameux personnage… Voyons, elles étaient venues défendre manu militari des gens rassemblés dans une église, des chrétiens, et plus particulièrement des catholiques ; non seulement elles appartenaient à la mouvance chrétienne et catholique, mais encore à une de ses tendances les plus dures, intransigeantes : des intégristes. En plus, suprême originalité, c’étaient des femmes… des sortes de croisées féminines anti-Islam. C’était de ce côté qu’il fallait chercher, plus loin que « J comme Jésus !… » N’existait-il pas des groupuscules activistes composés de femmes ? Il passa près d’une heure à essayer diverses entrées incluant les mots « mouvement », « action », « ligue », « brigade », et même « commando. » En pure perte. Il n’y avait rien sur Yoogin, c’est-à-dire sur le net, pas de risque d’aller loin… Julien se leva dans
l’intention de rentrer chez lui, dépité et démoralisé. La chance lui passait sous le nez à nouveau. Saloperie… Il allait quitter l’établissement au moment où on lui tapa sur l’épaule : – Julien ! – Paul ! S’exclama-t-il en découvrant son ancien camarade, connu à la fac de droit et revu depuis à deux ou trois reprises. – Quoi de neuf depuis la dernière ? Tu ne vas pas te sauver comme ça. Viens t’asseoir cinq minutes, nous nous tiendrons compagnie, comme au sale jeune temps de la fac ! « Pas changé, toujours ce goût pour le même humour foireux », pensa Julien en faisant demi-tour, suivant son ami.
Ils avaient terminé leur demi et en attaquaient un second, que la serveuse venait d’apporter («Tu as vu la guêpe ? Je me laisserais bien picoter ! Pas toi ?… », Avait lancé Paul avec un sourire appuyé et un clin d’œil égrillard, sachant qu’il n’obtiendrait pas de réponse de Julien.) Avant cela, tout en sirotant le breuvage ambré, comme de juste en pareilles circonstances, les deux jeunes gens avaient fait le point sur leur situation de travail respective. Julien avait appris, sans trop...