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Les Nouvelles de Lydia

De
86 pages

« Mon nom est Lydia Moyi, je suis née sous x et ai vécu toute mon enfance dans différents orphelinats de Belgique. Dix-sept ans et demi plus tard, je suis en passe de devenir majeure et la maison Marguerite, qui est une maison d’autonomie pour jeunes filles, m'ouvrira ses portes pendant six mois. Je vous entraîne durant mes trois derniers jours dans les couloirs de ce lieu, avec ses six internes qui ont une sacrée réputation dans la commune de Sainte-Odette, les éducatrices quelquefois au bout du rouleau et le mystérieux gardien résidant au fond du jardin broussailleux. »


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Couverture

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Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-79709-4

 

© Edilivre, 2015

Dédicaces

 

 

Je dédie ce livre à mes très chers parents, sœur, tantes et à l’amour de ma vie.

Citation

« Si tu regardes ton enfant, tu verras ses questions avant de les entendre. »

Proverbe Sérère.

I
Vendredi 12 mai

À ma naissance, ma mère biologique m’attribua le nom de Lydia Moyi. Un jour, en faisant des recherches à la bibliothèque, j’appris que Moyi signifiait « Soleil » en lingala, une langue parlée au Congo. Dix-huit ans dans quatre jours. Étant née sous X1, je les fêterai sans ma famille. Trimballée de gauche à droite depuis ma naissance dans différents orphelinats de Belgique, dix-sept ans plus tard, je pose à nouveau mes valises dans la commune qui m’a vue naître, Sainte-Odette. Cela fait six mois que j’ai atterri dans cet endroit, une maison réservée aux adolescentes entre quatorze et dix-huit ans. La maison Marguerite est un lieu de transition avant de devenir complètement autonome ; seules six filles sont censées y vivre. Ici, on nous apprend les bonnes manières. La maison Marguerite n’est pas tenue par des nonnes, mais plutôt par des éducatrices, et le seul homme que vous rencontrerez dans le coin, c’est Esso. Cinquante ans environ, il est l’homme à tout faire. Vivant au fond du jardin dans sa petite maison de briques rouges, ça fait vingt ans qu’Esso est le gardien de la maison Marguerite. Côté vestimentaire, il n’a qu’un style : une salopette en jean bleu et cette vieille paire de bottes noires en caoutchouc. Esso est l’emblème vivant des lieux. Le séjour est assez court dans la maison Marguerite, un an ou moins.

Il y a trois semaines, j’ai entamé mon stage d’apprentissage comme serveuse dans un restaurant à Sainte-Odette. Mon salaire est de cinq cent cinquante-deux euros pour une vingtaine de services par mois, et j’espère que le patron du restaurant L’Olive Mania, monsieur Martens, m’engagera comme serveuse par la suite. Ce job tombe pile-poil pour mon emménagement, seule, en ville, prévu pour le lundi quinze mai deux mille six, au premier étage de l’immeuble de la rue Claude-Jacquet, numéro quinze.

Assise sur mon lit, dans la cinquième chambre du couloir, au deuxième étage de la maison Marguerite, je pensais à ma nouvelle et superbe coiffure. Quelques heures plus tôt dans le fumoir, Rita voulut me convaincre de la laisser me teindre les cheveux bruns en blond. Ne faisant pas confiance à ses talents d’apprentie coiffeuse, j’optai pour une coupe courte et un lissage. Rita afficha sa déception, mais ne s’en plaignit pas. Je voulais un bon look pour mon événement rock.

Ce matin, j’ai pris deux places de concert à Candice, une résidente de la maison Marguerite, dix-sept ans et déjà très débrouillarde – c’est un peu notre Huggy-les-bons-tuyaux2, et il ne faut surtout pas lui chercher des noises. Elle m’a refilé les deux tickets de concert pour deux fois moins cher qu’au guichet du centre commercial. Alors que Candice bossait au cinéma de Sainte-Odette, un jour, elle s’est énervée contre une cliente qui n’arrivait pas à choisir entre un Snickers et un Twix ; Candice a le gabarit d’une lanceuse de poids russe. La cliente, choquée, s’est plainte auprès du directeur de cinéma. Après un mois de bons et loyaux services, Candice s’est fait virer.

Les deux places de concert en main, j’hésitais à inviter Maxwell. Le concert des Rock “n” girls aura lieu à Sainte-Odette le samedi vingt-sept mai. Le groupe est constitué de cinq jeunes femmes. Tandis que je composais le numéro de Maxwell, des coups retentirent sur la porte de ma chambre. Il fallait absolument cacher mon téléphone portable, ou l’éducatrice en chef se ferait un plaisir de me le confisquer. Sous l’oreiller n’était pas le lieu idéal, mais cela ferait l’affaire. Nous vivons sous une dictature, tout simplement !

– À table !

– J’arrive !

Murielle se tenait sur le pas de la porte, ses cheveux de couleur châtain étaient attachés en chignon. Un tailleur gris, un peu trop serré, trahissait ses rondeurs. Les mains posées sur les hanches, l’éducatrice en chef affichait toujours un air sévère et froid sur le visage.

– Lydia, c’est quoi tous ces vêtements sur ton lit ? Et ferme la fenêtre !

– Je ne t’ai pas donné l’autorisation d’entrer !

– Tu la boucles ! Tu viens dîner !

Les cinq autres filles de la maison formaient une file dans le couloir des dortoirs du deuxième étage. Rita, dix-sept ans et demi, blonde, petite et mince, se plaça à côté de moi.

– Hey Lydia !

– Hey Rita !

Notre rencontre remonte à six mois, dans la voiture qui nous amenait à la maison Marguerite. Rita avait fugué de chez elle, aidée de son petit copain Joshua. C’était un jeudi : Rita ne se rendit pas à l’école cette après-midi-là. Les amoureux sortirent par la fenêtre de la chambre de Rita. Un pétard sur le bec de Joshua, et Rita emporta seulement son sac de cours et quelques fringues. Rosalie Warauld, sa mère, avait prévenu la police après quatre jours de fugue. Toujours alcoolisée et jamais présente, la mère fut déchue de ses droits parentaux. La juge pour mineurs, Diane Donovan, trancha sur son sort : ce fut un placement direct à la maison Marguerite pour Rita.

Devenue dépendante à l’alcool après le départ de son mari, Rosalie Warauld enchaîne les sous-jobs. Rita avait huit ans à peine lors du divorce de ses parents. Elle m’a confié un jour rêver d’un prince charmant venant la délivrer de sa tour maudite. Cathy, Sacha, Rita et moi suivîmes Graziella, la deuxième éducatrice, dans le salon du premier étage pour le repas. Graziella a une vingtaine d’années de plus que Murielle, l’éducatrice en chef, et plus de cheveux gris. Elle est moins stricte avec les filles et n’a plus l’énergie de ses vingt ans ; à presque soixante-cinq ans, aucune bêtise que nous pouvons faire ne lui fait perdre le sourire. Caroline et Candice allèrent péniblement avec Murielle dans la cuisine, une pièce où baignait la lumière. La gigantesque fenêtre d’au moins quatre mètres de long offre une magnifique vue sur la rue et les autres maisons, à l’instar du salon, où règne une odeur de moisi. De l’herbe sur un mètre de haut encercle l’habitation, il y a peu de lumière dans cette partie de la maison. Le salon effraie toujours la première fois : le temps semble s’être arrêté dans les sixties3 vu l’horrible décoration, trop colorée à notre goût. Après un moment, on s’y habitue. A table, Rita, de mauvaise humeur, râlait à propos du repas : « Du lundi au dimanche, que des patates, y en a marre ! »

À part les pommes de terre quotidiennes, servies sous forme de frites, purée ou encore à la vapeur – qui nous sortent par les oreilles –, l’autre problème de la maison est la vaisselle. Chaque jour, c’est chacune à son tour. Les deux ou trois filles désignées aux tâches ménagères s’amusent souvent au jeu préféré de la maison, qui consiste à projeter des œufs durs par la fenêtre du premier étage sur les passants ou les voitures, ce qui nous vaut régulièrement un passage au cachot, situé dans la cave. Un local sombre sans charme avec des barreaux et un lit ; on peut y faire au maximum trois jours si on commet le crime durant les vacances scolaires. On n’en sort que pour les repas, la douche et les passages aux toilettes. Après quelques jours au cachot, notre esprit switch4, on se sent abandonnées, délaissées, des rejetées de la société.

Je n’ai jamais connu mes parents, sont-ils encore de ce monde ? Je n’en sais rien, mais je le vis assez bien, je crois. Mon ancien orphelinat Arthur Bock me semble tellement lointain. Je n’avais que le strict nécessaire. La chose à laquelle je tiens le plus est mon journal intime : chaque année, je cours m’en offrir un. Cette année, Maxwell m’a surprise avec un journal en cuir noir pour mon anniversaire. Il me l’a offert jeudi dernier durant notre petit rendez-vous hebdomadaire. Il a mis le paquet, le coquet ! Il y a trois mois, le jeudi neuf février, je remarquai Maxwell pour la première fois à la bibliothèque communale de Sainte-Odette. C’était son premier jour au travail, il était perdu et angoissé parmi tous ces bouquins. Il était trop mignon à voir. Je lui ai proposé mon aide pour ranger les livres dans les sections auxquelles ils correspondaient, étant une habituée des lieux. Du coup, chaque jeudi, lorsque je vais bouquiner à la bibliothèque, ce n’est plus seulement pour mes aventures littéraires.

À l’apparence d’un pré-ado aux cheveux longs, accro à la musique métal, Maxwell est tout le contraire : doux, attentionné et romantique. Moi, j’adore le bruit ; lui, il...