Les retrouvailles

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204 pages
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Description

Clara Schiller est Allemande. Douée d’une beauté rare, animée d’une farouche volonté de vivre, mais hantée par un lourd secret qui prend racine dans un passé presque indicible, Clara papillonne d’homme en homme, semant rancœur et désolation sur son passage.
Tout va se nouer dans un hameau de l’est de la France, où Clara débarque avec la ferme intention d’aimer un homme… qui ne l’a pas attendue pour faire sa vie. Ils s’aimeront, leurs vies exploseront à ce contact, il y aura des dégâts collatéraux.
Le titre du roman est donné par la fin : tout le texte est une apologie de Clara, une explication de ses errances brûlantes, écrite par son ultime conjoint à l’intention de leur fille – que celle-ci, enfin, comprenne et pardonne à cette mère si froide et si amère, et puisse renouer avec les membres de la famille, éparpillés comme des éclats de grenade à la suite d’une torride après-midi d’adultère.

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Date de parution 16 mars 2014
Nombre de visites sur la page 419
EAN13 9782923916804
Langue Français

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LES RETROUVAILLES
APOLLINE THIÉRY
© ÉLP éditeur, 2014 www.elpediteur.com elpediteur@yahoo.ca
ISBN 978-2-923916-80-4
Image de la couverture : © Apolline Thiéry
Polices libres de droit utilisées pour la composition de ce billet : Linux Libertine et Libération Sans
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LES RETROUVAILLES
À Romy Schneider, dont la grâce, le courage et l'irrésistible aura ont inspiré Clara.
« Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin Je te cherche par-delà l’attente Par-delà moi-même Et je ne sais plus tant je t’aime Lequel de nous deux est absent » Paul Éluard
« Mais si tu crois un jour que tu m’aimes Ne crois pas que tes souvenirs me gênent Et cours, cours jusqu’à perdre haleine Viens me retrouver Si tu crois un jour que tu m’aimes Et si ce jour-là, tu as de la peine À trouver où tous ces chemins te mènent Viens me retrouver »
Michel Berger
I Le Secret – Paris, 2010
Une nuit printanière vient de tomber sur la capitale. Dans les rues, les gens sont moroses et fatigués. Chacun presse le pas, impatient de retrouver son foyer et les siens, de pouvoir savourer quelques heures de répit avant le lever d’un jour nouveau.
Dans un grand appartement du boulevard Haussmann, un homme affronte l’épuisement qui menace déjà l’empor-ter. À la lumière vacillante de sa lampe de bureau, sa figure apparaît ravagée par les ans. Ses joues sont creusées de sillons, ses lèvres desséchées, son teint cireux. Courbé sur une feuille de papier, il peine à maîtriser sa main tremblante.
Atteint d’une maladie incurable, Jacques de Risbourg sait qu’il ne connaîtra plus la tiédeur de ce soleil de mai. Mais, concentré sur son texte, il ignore la mort qui le guette et peu
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à peu l’environne. Il passera la nuit sur son ouvrage, ultime fruit de toute une vie, et s’en ira sans doute au matin. Une peur l’habite : ne pas finir à temps. D’un geste lent, il éponge son front baigné de sueur et parcourt les pages étendues devant lui, couvertes de son écriture fine et penchée.
« Sarah, « Bien que tu aies trente ans, que tu sois mariée et bientôt maman, tu resteras toujours ma petite Sarah, mon unique fille chérie qui me comble de joie. À l’ins-tant où je t’écris, je me sens affreusement las. Même si, quand je t’en parle, tu secoues la tête en prétextant que je raconte n’importe quoi, tu sais autant que moi que je n’en ai plus pour longtemps. C’est pourquoi, avant qu’il ne soit trop tard, je veux trouver la force d’accomplir ce dont je n’ai jusqu’alors pas eu le courage ; afin qu’à l’heure de ma mort tu saches la vérité.
« Sarah, je ne suis pas ton père biologique : ta mère t’attendait déjà quand je l’ai rencontrée. Par peur de ta réaction, j’ai toujours différé cet aveu. Pourtant, il s’agit de la plus grande preuve d’amour que je puisse te don-
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ner : ce serait tout de même plus commode de te laisser dans l’ignorance, de rejeter dans l’ombre l’homme que ta mère a toujours aimé, tandis que je me battais chaque jour pour exister à ses yeux ; cet homme qui est ton père et qui vit certainement encore.
« Ma Sarah. J’aurais voulu que tu ne saches jamais, et ne pas risquer de te perdre. Mais cela m’est impossible. Je te revois la semaine dernière : ton sourire lumineux quand tu fixais Éric, ta joie en m’annonçant cette gros-sesse. Et presque aussitôt l’irruption de tes doutes, ta ter-reur à l’idée de reproduire avec l’enfant que tu portes ce que Clara t’a fait subir. « Tu n’es pas ta mère ! », n’ai-je cessé de te répéter. Comment pouvais-tu le comprendre, toi pour qui elle n’est guère plus qu’une étrangère ?
« C’est là que l’évidence m’a assailli : au nom de ton bonheur et celui de ta famille, au nom de Clara aussi, je dois te dire. Rompre tous ces secrets dissimulés trop longtemps, pour que tu puisses raconter à ce bébé à venir, et aux autres qui suivront peut-être, l’histoire de sa grand-mère. Pour que tu saches combien, avant de devenir ce monstre d’indifférence, Clara a aimé et souf-fert. Pour que tu n'ignores rien de la culpabilité qui l’a
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poursuivie sa vie entière et aura causé sa perte. Pour que tu sois fière d’être sa fille. »
Jacques pose son stylo. Les mots ne lui viennent plus. Accablé de fatigue, il pousse un soupir et clôt les paupières, la tête dans les mains. C’est alors qu’une image lancinante remonte à la surface de sa mémoire ; ombre transie qui surgit brusquement dans la lumière. Et avant de pour-suivre sa course effrénée contre le temps, contre la mort dont il sent déjà le poids sur sa nuque, Jacques se souvient de cette nuit où sa vie a basculé…
C’était un soir de pluie. Un frisson de novembre pesait sur la capitale engourdie. Large et pâle dans le ciel aus-tère, la Lune parcourait d’un œil morne les terres mouillées, se hâtant de fuir vers des horizons meilleurs.
Attablé dans une brasserie, Jacques travaillait sur un dossier tout en sirotant un chocolat brûlant. Âgé d’une cinquantaine d’années, cet homme d’affaires réputé était d’aspect si banal qu’il passait inaperçu dans ce restau-rant où il venait pourtant souvent. En effet, il avait pris
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l’habitude de s’asseoir près de la fenêtre au moins trois soirs par semaine. Incapable de demeurer dans l’am-biance austère de son appartement vide, il venait cher-cher quelque animation dans les éclats de rires, les tinte-ments des verres et les conversations joyeuses.
Le dossier qu’il étudiait ce soir-là se révélait particu-lièrement complexe. Exaspéré, Jacques émergea un ins-tant pour se plonger dans la contemplation de la rue der-rière la vitre. Il allait retourner à sa tâche laborieuse quand son regard se posa sur une femme assise sur un banc de l’autre côté de la rue. Chichement vêtue d’un imperméable détrempé, elle semblait insensible au froid et tenait négligemment un parapluie, qui ne paraissait trouver son utilité qu’à abriter la cigarette qu’elle tenait entre ses doigts.
Saisi d’une émotion confuse, l’homme d’affaires observa longuement la main se porter inlassablement à la bouche, puis s’éloigner tandis que les lèvres laissaient échapper des volutes de fumée. Et il perçut, dans ce geste anodin, une sensualité veloutée qui le troubla. Il regretta de ne pouvoir apercevoir le visage, que lui dissi-mulait l’obscurité.
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