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Les souvenirs sont au comptoir

De
376 pages
Le roman le plus riche et abouti d’Angelo Rinaldi, on ose écrire son chef-d’œuvre. À travers lui, Proust continue l’œuvre d’autopsie d’une société qui n’a plus de hauteur que celle de ses étages, de ses liasses, de ses talons ou de ses prétentions, se repaissant de son propre spectacle quand, en contrechamp de ce théâtre, de ses poncifs et de ses trompe-l’œil, la remémoration d’une enfance humble autour d’un bistrot-lupanar de province jette les éclats d’une nostalgie relevée d’humour et de tendresse. Conti, qui fut cet enfant, est le célibataire vieillissant qui, entre les jardins du Palais Royal, l’entrée d'un théâtre, la terrasse d’un café, embrasse d’un ample maelström mémoriel qui donne son unité de lieu à cette explosion du temps, un tourbillon de scènes trouvant son axe autour d’un anniversaire dans un restaurant chic du quartier, célébré naguère pour les quarante ans de son ami anglomane et homosexuel. Le fameux dîner est comme ces scènes de théâtre où, en prévision du baisser de rideau, l’auteur a fait se rassembler acteurs principaux, seconds rôles et figurants, et la férocité rinaldienne s’en donne à cœur joie pour camper des types imaginaires aux traits, pour certains, assez reconnaissables, mais avec, en contrepoint, cousins parigots des figurants de province, le petit peuple des grooms, gigolos et filles du trottoir, pigistes à la manque et poètes sans œuvre.Rinaldi reste un des rares à entretenir la flamme d’une littérature digne de ce nom, celle qui ne paraphrase pas le monde, mais le pare d’un éclat qu’il n’avait pas ou que notre œil casanier ne voyait plus.
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Le roman le plus riche et abouti d’Angelo Rinaldi, on ose écrire son chef-d’œuvre. À travers lui, Proust continue l’œuvre d’autopsie d’une société qui n’a plus de hauteur que celle de ses étages, de ses liasses, de ses talons ou de ses prétentions, se repaissant de son propre spectacle quand, en contrechamp de ce théâtre, de ses poncifs et de ses trompe-l’œil, la remémoration d’une enfance humble autour d’un bistrot-lupanar de province jette les éclats d’une nostalgie relevée d’humour et de tendresse. Conti, qui fut cet enfant, est le célibataire vieillissant qui, entre les jardins du Palais Royal, l’entrée d'un théâtre, la terrasse d’un café, embrasse d’un ample maelström mémoriel qui donne son unité de lieu à cette explosion du temps, un tourbillon de scènes trouvant son axe autour d’un anniversaire dans un restaurant chic du quartier, célébré naguère pour les quarante ans de son ami anglomane et homosexuel. Le fameux dîner est comme ces scènes de théâtre où, en prévision du baisser de rideau, l’auteur a fait se rassembler acteurs principaux, seconds rôles et figurants, et la férocité rinaldienne s’en donne à cœur joie pour camper des types imaginaires aux traits, pour certains, assez reconnaissables, mais avec, en contrepoint, cousins parigots des figurants de province, le petit peuple des grooms, gigolos et filles du trottoir, pigistes à la manque et poètes sans œuvre.Rinaldi reste un des rares à entretenir la flamme d’une littérature digne de ce nom, celle qui ne paraphrase pas le monde, mais le pare d’un éclat qu’il n’avait pas ou que notre œil casanier ne voyait plus.