Les terres saintes

Les terres saintes

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208 pages

Description

« Saviez-vous qu’en Israël on se servait des porcs pour pourchasser les terroristes ? D’abord parce qu’ils ont un flair hors du commun, ensuite parce que si un musulman touche un cochon, il se voit refuser les sept vierges au paradis. On y élève donc des cochons sur pilotis comme l’exige la loi afin qu’ils ne frôlent pas la terre sainte. Que rêver de mieux comme personnage qu’Harry Rosenmerck, juif ashkénaze, cardiologue parisien qui a tout quitté pour devenir éleveur de cochons en Israël ?
Et puis un rabbin est né pour le contredire : Moshe, qui ne supporte pas cette dérive et encore moins qu’Harry arrondisse ses fins de mois en vendant de la viande impure aux restaus branchés de Tel Aviv, ça les mène forcément vers des discussions politiques. Et qu’y a-t-il de plus critique qu’un juif pour parler de la politique intérieure d’Israël ? Vous connaissez ce dicton sans doute : quand il y a deux juifs dans une pièce, il y a trois avis.
David, le fils d’Harry, auteur de théâtre à succès, homosexuel, lui écrit aussi mais son père ne lui répond jamais, incapable d’imaginer son fils dans les bras d’un homme.
La fille d’Harry, Annabelle, quitte New York pour fuir un chagrin d’amour et va le retrouver ailleurs en chemin.
Et enfin son ex-femme, mère de ses deux enfants, qui se découvre un cancer et revisite leur histoire d’amour et ses zones d’ombre comme si cela pouvait l’aider à affronter la vie et son issue.
C’est un roman sur les limites de chacun, sur ce qu’on ne se dit pas, ou trop tard. Sur les élans du coeur qui restent coincés dans la gorge. Sur les instants qui passent et qu’on n’a pas su saisir. Sur la petite histoire dans la grande. C’est un roman d’amour. »

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Informations

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Date de parution 05 mai 2010
Nombre de lectures 38
EAN13 9782234065291
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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 « La paix est moins l’harmonisation des politiques que celle des arrière-pensées. »
Napoléon Bonaparte

À Mathieu

De Harry Rosenmerck au rabbin Moshe Cattan
Nazareth, le 1er avril 2009
Monsieur le rabbin,

J’ai suivi toutes vos indications depuis que j’ai décidé de venir vivre en Israël afin d’y élever des porcs. Je les ai installés sur pilotis comme des Hawaïens au-dessus de la mer. Jamais une de leurs pattes n’a frôlé la Terre sainte. Sauf bien sûr quand vous acceptez qu’on s’en empare pour pourchasser des terroristes. (J’ai d’ailleurs vu dans le NY Times du mois dernier un soldat de Tsahal avec un porc au bout d’une laisse et ça discrédite franchement notre réputation de durs à cuire !)
Je suis un homme respectueux de la religion même si je ne la pratique que peu, et jamais je n’ai voulu vous blesser.
Aussi, je trouve votre lettre un peu violente et me traiter de « fils de chien » ne changera rien au fait que des juifs israéliens se goinfrent de bacon et que je leur en vende, dans un seul restaurant de Tel-Aviv d’ailleurs. Pour ma part je n’en mange pas, c’est trop gras pour mon taux de cholestérol déjà élevé, et j’essaie juste de gagner ma vie. Si je ne leur vends pas le cochon, ils iront le chercher chez un goy. Les œufs au bacon sont au menu, vous n’y changerez rien. Ils trouvent ça élégant comme la poule au pot et les cuisses de grenouille…
Qu’en est-il de cette histoire de sang de porc monsieur le rabbin ? Vous souvenez-vous de cette idée lumineuse de suspendre du sang dans des poches réparties dans les bus de la ville afin que les terroristes qui voudraient se faire exploser en soient recouverts et rendus impurs, que le paradis avec ses soixante-douze vierges leur soit refusé ?
Si vous parvenez à me décrocher ce contrat avec les transports en commun, je n’aurai plus besoin de vendre du bacon.
J’ai pensé que, avec vos opinions politiques différentes de celles des autres rabbins et votre ouverture d’esprit, vous me comprendriez.
Bref, j’ai des milliers de choses à vous dire qui ne concernent pas que l’élevage de cochons mais je vous sais occupé donc je n’abuse pas de votre temps et vous renouvelle mon plus profond respect,
Harry Rosenmerck
Du rabbin Moshe Cattan à Harry Rosenmerck
Nazareth, le 3 avril 2009
Monsieur Rosenmerck,

Soit vous me prenez pour un imbécile, soit vous l’êtes. Il se peut que ce soit les deux et même que vous ignoriez l’un des deux faits. Vous me suivez ?
Ah… ! Monsieur Rosenmerck !
Déplacez-vous chez moi. Nous discuterons du Talmud et je vous rendrai la foi qui semble vous avoir quitté au profit d’une croyance mercantile, ultra-capitaliste. Je réponds point par point et brièvement car les fêtes de Pessah approchent et j’ai beaucoup à faire.
1. Si tout le monde pensait comme vous, il n’y aurait plus de morale. Plus de bien ni de mal. Le fait que quelqu’un d’autre puisse vendre du bacon à USAVIV, ce restaurant de dégénérés, ne vous exempte pas de ce péché. Si vous êtes dans une pièce où se trouve un enfant qui meurt de faim, en compagnie de neuf autres hommes, le fait que vous mangiez le dernier bout de pain sous prétexte que l’un des neuf types l’aurait fait de toute façon ne vous excuse pas : c’est vous, VOUS, qui avez tué l’enfant.
2. Il y a bien longtemps que ces pauvres Palestiniens qui se font sauter dans des bus remplis de gosses qui vont à l’école ne croient plus en rien, et encore moins aux vierges qui les attendent au paradis. Ils donnent juste le salaire de leur vie afin que leur famille soit à l’abri, ait un toit décent et mange à sa faim.
Vous pouvez garder votre sang de porc. Il faudrait plutôt enlever les briques de notre mur de séparation. Pas pour nous les lancer mutuellement à la figure mais afin de leur construire des logements décents.
3. Si Israël en avait quelque chose à foutre de ce que pensent le NY Times et les autres, ça se saurait. Nous sommes le pays le plus haï du monde, parfois avec raison, parfois parce qu’il en est ainsi. Nous ne cherchons ni à plaire ni à nous faire passer pour ce que nous ne sommes pas. Vos porcs sont utiles à l’armée. Ils ont un odorat hors pair et les Palestiniens ne peuvent plus être sacrifiés quand ils ont été touchés publiquement par des cochons. On se fout du look qu’ils donnent aux soldats.
Je vous attends à la yeshiva, nous parlerons.
Lavez-vous de grâce.
Bien à vous,
Le rabbin Moshe Cattan