Les Voyageurs Parfaits

Les Voyageurs Parfaits

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Livres
183 pages

Description

Kanzen, adepte de jeux virtuels, découvre la liberté après avoir quitté le monde étrange dans lequel il a été élevé.
A l’autre bout du monde, Sarah est une étudiante ingénue qui se réfugie dans ses rêves pour éviter de penser à l’avenir.
Pendant ce temps, Marco, colombien déraciné, renoue avec ses origines.
De l'Ecosse à la France en passant par la Colombie et le Japon, nous suivons trois personnages qui vivront plus qu'un simple voyage.
Livre de la liberté et des possibles, ce roman est aussi celui des rencontres fortuites et des moments simples de la vie.

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Publié par
Ajouté le 27 octobre 2015
Nombre de lectures 19
EAN13 9782953685343
Langue Français
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Les Voyageurs Parfaits
Marie Havard
Copyright © 2010 Marie Havard
All rights reserved. Tous droits réservés Achevé d’imprimer en février 2014 – Dépôt Légal : juin 2010 Editeur : Marie Havard
ISBN-13: 978-2-9536853-4-3
Le parfait voyageur ne sait où il va (Lie Tseu).
La première chose dont il se rendit compte fut qu’il était soudain seul. Puis des sensations plus concrètes apparurent : le vent soufflait, résonnant dans ses oreilles rougies par le froid et faisant pleurer ses yeux. L’air était humide. Ses cheveux se plaquaient sur son visage, cinglants. Il n’avait pas froid aux mains, il les avait gardées dans les poches pour les protéger, mais ses orteils commençaient à s’engourdir. Devant lui, un grand champ de verdure. Il se retourna : derrière lui, le même grand champ s’étendait jusqu’à l’horizon. Et il ne voyait pas une âme aux alentours. Comment avait-il pu arriver ici ? Le ciel était une masse grise de nuages aux reflets changeants, aux dégradés intéressants, incroyablement bien réussis. Quelle heure pouvait-il être ? Où pouvait-il être ? Ses questionnements restaient sans réponse pour le moment, mais il savait au moins une chose : il ne pouvait pas rester là, debout au milieu de ce champ, planté comme un arbre offert au vent… Il fallait qu’il bouge, qu’il marche, qu’il parte, car ce n’était certainement pas à cet endroit que tout commencerait. Le ciel semblait plus clair sur sa
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droite, les nuages moins sombres, et d’instinct, c’est vers là qu’il se dirigea. Le jeune homme foulait l’herbe mouillée, ses pieds s’enfonçaient parfois dans des flaques de boue. Traverser le champ n’était pas facile, et de hautes herbes le forcèrent à faire de grands pas. Tout d’un coup, il sursauta : ce n’était qu’un grand groupe d’oiseaux noirs qui venait de s’envoler bruyamment non loin de lui. Le champ n’en finissait pas. Jamais il n’avait vu une zone aussi vaste. Comment était-ce réalisable ? Était-il au bon endroit ? Bientôt, il arriva en haut d’un petit tertre. Il avait accéléré ses derniers pas, espérant voir enfin quelque chose au-delà. La chance lui sourit : des formes sombres se dessinaient au lointain. Peut-être un bosquet d’arbres, ou peut-être un pâté de maisons. Il espérait que ce soit la deuxième option. Avec persévérance, le jeune homme continua sa marche dans cette direction, se demandant comment il pouvait être possible qu’il se soit retrouvé ici, et sans Natsume. Le jeu avait-il commencé sans lui ?  C’était bien un hameau. Lorsqu’enfin il l’atteignit, le soleil avait disparu de l’horizon, le vent était de plus en plus glacial et la petite pluie fine qui tombait depuis un long moment l’avait trempé totalement, le faisant frissonner. Une rue principale et quelques rues secondaires seulement s’offraient à sa vue. Elles étaient faiblement éclairées par de sombres lampadaires. Il eut vite fait le tour du hameau, surpris : tout était silencieux et aucune lumière ne donnait la preuve d’une quelconque vie à l’intérieur des maisons. Mais où était-il donc ?
Ces bâtiments ne lui rappelaient rien qu’il ait déjà vu, et pour la première fois, il se sentait perdu dans cet univers. Désorienté. D’habitude, il trouvait d’instinct ce qu’il fallait faire, il avait la maîtrise de tout et il surmontait les épreuves aisément. D’habitude également, il faisait des rencontres… Il devait se concentrer. Ses pas le portèrent machinalement vers un bâtiment dont l’enseigne éclairée annonçaitHostel. Son visage était pailleté de gouttes de pluie, et il se l’essuya d’un revers de manche en reniflant, avant d’entrer. Rien ne signalait la présence de qui que ce soit à l’intérieur ; tout était sombre. Il resta un moment ainsi, hésitant, au pas de la porte, la main toujours sur la poignée. « Bonsoir ! Il y a quelqu'un ? » s'écria-t-il. Il entendit sa voix résonner dans la pièce, se déroulant comme une vague, mais ne lui apportant aucune réponse en retour. Où allait-il passer la nuit ? Il n’avait aucunement l’intention de dormir sous la pluie - pluie qui était d’ailleurs d’un réalisme étonnant. Il devait trouver un endroit à l’abri. Devait-il sonner à chaque porte pour demander l’hospitalité pour une nuit ? L’idée ne lui plaisait guère, d’autant plus que les quelques maisons qui formaient le hameau semblaient être véritablement abandonnées. Cela devait faire partie du jeu. Drôle de jeu, et drôle d’idée qu’il avait eu d’accepter d’y participer. Il décida d’entrer dans le Hostel, et d’y rester dormir la nuit, en espérant que la personne de l'accueil finirait par arriver ou bien qu'il rencontrerait des adversaires et que tout commencerait pour de bon.
Il fit un pas en avant et, à l’intérieur de la pièce, les lumières s’allumèrent automatiquement, réagissant à ses mouvements. Moderne, pensa-t-il. Cet endroit ne doit donc pas être aussi désert que je le croyais. Il apprécia l’éclairage, qui lui permit d’observer l’intérieur de la pièce : c’était un salon, avec un canapé, une télévision et des étagères remplies de livres. Une table basse couverte de prospectus était placée vers l’entrée. A droite se trouvait le bureau du concierge, fermé, et en face il y avait une porte, vers laquelle il se dirigea. La porte d’entrée claqua derrière lui lorsqu’il la lâcha, ce qui le fit sursauter. Il fallait qu’il cesse de sursauter au moindre bruit et qu’il commence à se concentrer, s’il voulait gagner la partie. Il ouvrit la porte qui se trouvait au fond du salon ; l’exploration commençait. L’œil averti, il nota et mémorisa certains détails : des cadres sur les murs, dont il ne reconnaissait pas le paysage, des clous tenaient ces cadres ; de longs couloirs. Personne en vue. Il emprunta le couloir vers la gauche. Une, deux, trois portes. Une sur chaque côté, et une en face. Il ouvrit celle qui se trouvait en face de lui, et il découvrit une cuisine. Les deux autres portes donnaient respectivement sur les toilettes et sur une chambre. Il explora finalement tout l’hôtel, sans rencontrer âme qui vive : des escaliers menaient à d’autres couloirs, parsemés de portes, qui une fois ouvertes perdaient leur mystère en révélant des chambres et des salles de bain, sur plusieurs étages. Aucune porte n’était fermée à clé. Les chambres étaient assez coquettes, quoique
meublées au minimum. De la moquette épaisse couvrait le sol, et les murs étaient décorés de boiseries et de peintures. Il y avait plusieurs lits par chambre : parfois quatre, parfois six, sur lesquels étaient déposés des draps propres et des duvets blancs pliés. Il n’y avait qu’une table de chevet et deux chaises en bois par chambre. A part tout cela, il n’avait rien trouvé qui aurait pu l’aider. Il resta un moment à réfléchir sur ces découvertes, adossé à l’encoignure d’une porte, puis il redescendit dans le salon d’entrée, frappa à la porte du bureau du concierge, mais n’obtint pas de réponse. Au bout d’un moment, il s’assit sur le sofa, et attendit.
Le canapé était comme un écrin de coton et le calme du lieu le berçait, l’apaisait. Il retira ses chaussures, gorgées d’eau, qui gâtaient son confort. Il ôta également ses chaussettes et posa ses pieds froids, nus et mouillés sur le sol : une épaisse moquette vint les accueillir. Il resta un moment indéterminé à apprécier cette douceur sous ses pieds, puis il ferma les yeux. Ici, il était au chaud et à l’abri. Il entendait la fenêtre craquer sous la force du vent, et il pouvait imaginer à quel point il devait faire froid au-delà de ces vitres. Il se mit à rêver d’une bonne douche chaude. Il rouvrit les yeux : s’il faisait partie d’un jeu, il n’avait pas le temps de se doucher, car il devait surmonter l’épreuve et gagner. Mais quelle était l’épreuve ? Il n’avait pas pu la déterminer. Était-ce vraiment un jeu ? Il n’avait jamais rien connu de tel… Où étaient les autres ? S’étaient-ils dissimulés pour mieux
l’observer ? L’attendaient- ils ailleurs ? Il se sentait las, épuisé de cette longue marche et de ce vent qu’il avait du combattre toute la journée, mais surtout décontenancé par la tournure des choses. Il prit la décision de monter à l’étage pour utiliser une salle de bain.
Ses yeux rencontrèrent un miroir, et ce qu’ils virent les surprit quelque peu : des poils drus commençaient à s’épaissir sur son visage, ce regard noir et brillant était souligné de cernes sombres qui le rendaient un peu effrayant, ces cheveux reflétaient l’abandon le plus total. Cela faisait-il si longtemps qu’il était parti ? Mais que c’était-il exactement passé ? Tout en se posant ces questions auxquelles il ne parvenait pas à répondre, il s’était déshabillé et avait ouvert les robinets de douche. L’eau chaude qui coula sur sa peau lui fit l’effet d’une substance miraculeuse. Il la laissa longtemps glisser sur sa peau, entourer de bienfaits tout son corps. Il avait l’impression que ses maux coulaient avec elle, et que son esprit se vidait de questions encombrantes et de pensées inutiles. Il trouva un bout de savon et se frotta avec ; quelque temps après, il sortit de la cabine tout propre, odorant et fumant, se sentant bien mieux. Il grimaça presque aussitôt : il n’avait rien pour se sécher… Il sortit de la salle de bain, ruisselant de gouttes d’eau, et entra dans une chambre. Là, il saisit un drap de lit et se sécha avec. Puis, pour ne pas porter à nouveau ses vêtements sales et humides, il prit un autre drap et