Les yeux dans la bouteille

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Un château délabré que l’on dit hanté, une soirée d’orage, une vieille gardienne muette, un piteux chat aux orbites vides, un jardin en friche et boueux... tous les ingrédients sont réunis pour que Suzy Demours, la jeune héritière du domaine, connaisse une nuit d’horreur...


Mais de là à penser que les sols se mettraient à bouger et qu’une main sanglante sortirait du mur en brandissant une bouteille contenant une paire d’yeux humains flottant dans un liquide jaunâtre... !


La demoiselle est-elle sujette à des hallucinations, à une machination ou bien a-t-elle été témoin de phénomènes surnaturels ? C’est ce que vont tenter de déterminer deux enquêteurs, un détective amateur aussi volontaire que maladroit et un policier dont la réputation n’est plus à faire...


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EAN13 9782373477047
Langue Français

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LES YEUX DANS LA BOUTEILLE
Roman policier
par Marcel PRIOLLET
AVANT-PROPOS
« Littérature Populaire » !
***
Le terme est souvent lancé comme une insulte à la f ace du lecteur passionné ou occasionnel !
Une littérature qui s'adresse au peuple en oppositi on à celle destinée aux e lettrés et qui est montrée du doigt depuis sa création à la fin du XVII siècle.
Les qualificatifs sous lesquels les condamnent les membres d'une caste supérieure, d'une élite n'ayant d'yeux que pour la littérature savante, celle, inaccessible, par déficit de moyens ou d'éducation aux moins nantis, varient avec le temps tout en conservant les mêmes consonan ces péjoratives. La « littérature mercantile » devient une « littératur e commerciale ». Le « roman à quatre sous » se transforme en « roman de gare ». L a « littérature populaire » se mue en « paralittérature ».
Même la renommée des auteurs évolue au fil du temps et ceux ayant alimenté la littérature populaire d'avant-hier sont aujourd'hui devenus des écrivains avec un grand É et leurs romans, des œuvr es incontournables (Eugène Sue, Alexandre Dumas, Jules Verne…).
Mais la réputation d'un pourvoyeur de cette « sous- littérature » peut également varier du tout au tout en quelques décenn ies. Ainsi, George Simenon, Léo Malet ou Frédéric Dard dorment-ils au Panthéon des « Écrivains » quand tant de leurs confrères de l'époque ou des générati ons précédentes sombrent encore dans un oubli qui sied si peu à leur talent et à leur production.
Parmi ces « écrivains » qui mériteraient amplement de se voir greffer une majuscule,Marcel PRIOLLETfait figure de tête de file.
Il faudrait être fou ou totalement présomptueux pou r espérer dresser une liste exhaustive de la production deMarcel PRIOLLET tant celle-ci est gigantesque et tant sa vie demeure obscure.
Les romans et feuilletons de l'auteur se déploient sur un demi-siècle de littérature populaire, et sont signés sous de nombr eux pseudonymes(René-Marcel de Nizerolles, Henry de Trémières, Marcel-Re né Noll, René Valbreuse)et ont nourri les nombreuses collections des plus prol ifiques éditeurs de l'époque [Ferenczi & fils, Eichler, Fayard, Tallandier, Le L ivre National, La Librairie Contemporaine, Éditions S.E.T.,…].
Mais si l'auteur, à l'époque, a ému autant de lecte urs, c'est aussi à travers les nombreux genres qu'il a abordés [policier, sent imental, fantastique, aventure…], sachant bien évidemment les mélanger po ur le plus grand plaisir de tous.
Car, siMarcel PRIOLLETfait une spécialité des séries fasciculaires s'est sentimentales qui titillent les glandes lacrymales de son lectorat sur plusieurs dizaines de titres [« Trompée au seuil de la chambre nuptiale »,« La mariée aveugle »,« Née en prison »,…] il sait aussi l'enthousiasmer autour des aventures trépidantes de ses héros [« La vie d'un aviateur »,« Les voyages aériens d'un petit Parisien à travers le monde »,« Les aventuriers du ciel », « Les Robinsons de l'île volante »,…] sans omettre de faire frissonner les amateurs d'émotions fortes et de romans policiers [« Tip Walter, le Prince des Détectives »,« Old Jeep & Marcassin »,« Monseigneur et son clebs »,…].
Mais il ne faut pas oublier qu'avant tout,Marcel PRIOLLETest un conteur et qu'il ne se contente pas d'offrir des personnages i ntéressants en se disant que pour le format court des séries fasciculaires, cela suffira à remplir son office. Non, l'auteur prend chaque épisode comme une histoi re à part entière et la fignole de la même manière. Le scénario tient alors la route et est plaisant à lire et les personnages récurrents font office de cerise sur le gâteau d'une lecture de bon goût. Aussi n'est-il donc pas rare, dans un tex te deMarcel PRIOLLET, que les genres se mêlent pour napper les sujets à la mo de de son époque, car, comme tout bon auteur de littérature populaire, il s'adapte à son lectorat et lui propose ce qu'il aime, ce dont il a envie en l'émou vant, le dépaysant, le surprenant… en lui faisant vivre des aventures, tou t simplement.
Enfin, n'occultons pas queMarcel PRIOLLET était un écrivain imaginatif et qu'il n'est pas rare que, malgré la concision de ce rtains textes, ceux-ci se basent sur des idées que l'on aurait pu qualifier de « gén iales » pour tout autre auteur mieux considéré [on notera ainsi l'excellence du nœ ud de l'intrigue de l'épisode « Le bal des disparus »de la série« Monseigneur et son clebs »].
Jusqu'à présent, pour vous rendre mieux compte des dernières qualités de l'auteur mises en avant dans cet avant-propos, vous pouviez vous référer aux deux séries policières rééditées parOXYMORON Éditions [« Old Jeep et Marcassin » et« Monseigneur et son clebs »]. Grâce à la collection éponyme mise en place aujourd'hui, vous pourrez également c onstater les atouts de « bon faiseur » de l'auteur en vous plongeant dans des ti tres issus de l'une des plus e ère cultes collections du début du XX siècle : « Le Roman Policier » [1 série] des éditions Ferenczi & fils.
À travers ces courts romans édités, en premier lieu , en fascicules de 32 à 48 pages, vous pourrez vous délecter des sujets qui passionnaient les lecteurs des années 1920 et découvrir un auteur qui faisait preuve de métier en s'adaptant à une collection dite « policière », mai s dont les titres pouvaient tout
aussi bien concorder avec les collections « aventures » de son éditeur.
Ces divers titres seront d'ailleurs réédités dans l es décennies suivantes, dans les autres collections Ferenczi & fils avant d e disparaître totalement… jusqu'à aujourd'hui.
Si la littérature populaire de l'époque méritait qu 'un éditeur « moderne » la remette au goût du jour et permette que le lectorat actuel puisse la savourer à nouveau,Marcel PRIOLLETr une, lui, de par son travail, méritait au moins d'avoi collection à son nom. C'est désormais chose faite !
Bien que le talent d'un écrivain se juge avant tout , et uniquement – peut-on être tenté de dire, – par ses écrits, voici quelque s éléments biographiques pour conclure cet avant-propos.
Marcel PRIOLLET naît à Ivry-sur-Seine le 6 août 1884 et meurt à Pa ris le 10 novembre 1960.
Il écrit, au début Julien PRIOLLET.
de
sa
carrière,
notamment,
avec
son
frère
Il est nommé aux grades de Chevalier de la Légion d 'Honneur [1928], et d'Officier de la Légion d'Honneur [1937], pour enfi n être promu Commandeur de la Légion d'Honneur [1952].
Il est enterré au cimetière du Montparnasse.
Comme vous pouvez vous en rendre compte, les élémen ts biographiques connus surMarcel PRIOLLET sont très succincts, mais, heureusement, sa production l'est beaucoup moins, pour le plus grand plaisir des lecteurs de l'époque et, dorénavant, des lecteurs d'aujourd'hui .
Bonne lecture.
*1*
UNE NUIT D'ORAGE...
— Vous voilà arrivée, mademoiselle ! fit le cocher en arrêtant son cheval.
Du doigt, il désignait à l'unique occupante de la v oiture, une sombre allée bordée de cyprès, à l'extrémité de laquelle apparai ssait une grille de fer que soutenaient deux piliers couverts de lierre.
La voyageuse – une jeune et jolie fille, aux yeux c lairs, au teint rose, aux cheveux d'or pâle et à la mise modeste et de bon go ût – sauta lestement à terre.
— Vous m'attendez ? fit-elle au cocher.
— Impossible, mademoiselle...
— Cependant, vous m'aviez promis de me ramener à Po ntcharra...
— J'avais promis... j'avais promis... parce que lor sque vous m'avez pris, le ciel était clair. Mais voyez... l'orage approche... Je ne me soucie pas de rester plus longtemps dans la montagne. Dès que les nuages auront crevé, toutes les routes seront transformées en torrents...
« Libre à vous, cependant, de revenir avec moi, mai s tout de suite alors !...
La jeune fille réfléchit un instant, puis décida :
— Partez seul ! Je saurai bien retrouver ma route...
Le cocher ne se fit pas répéter l'invitation. On eu t dit que sa peur de l'orage, qui était encore lointain, était renforcée par une sorte de frayeur mystique qui lui faisait souvent regarder du côté de la vieille gril le.
Il fouetta son cheval et reprit la route rocailleus e et accidentée qui l'avait amené à cet endroit sauvage de l'immense forêt de p ins qui domine à l'est la vallée du Grésivaudan, l'un des coins les plus pitt oresques des Alpes Dauphinoises.
Demeurée seule, la jeune voyageuse s'engagea sous l a voûte des noirs cyprès. Elle arriva à la grille et contempla un ins tant le spectacle qui s'offrait à elle.
Au milieu d'un parc, dont les allées disparaissaien t sous les herbes sauvages, s'élevait une grande bâtisse, de style og ival, dont toutes les fenêtres devaient être closes depuis longtemps déjà, car les glycines et le lierre envahissaient les persiennes.
Dans cette étrange demeure, tout sentait l'abandon.
Cependant, la jeune fille n'hésita pas à faire reto mber sur le panneau inférieur de la grille un lourd marteau qui résonna lugubrement.
Quelques secondes s'écoulèrent, puis quelque chose remua dans un petit pavillon de brique, situé à droite de l'entrée et q ui semblait constituer les communs de la propriété.
Des pas traînèrent sur l'herbe des allées ; un miau lement se fit entendre ; puis apparut une affreuse vieille femme, difforme e t vêtue de haillons, qu'escortait un chat pelé.
Cette apparition semblait appartenir au domaine des contes de fées dont notre enfance fut bercée...
La jolie jeune fille s'était légèrement rejetée en arrière, comme prise de frayeur.
Elle n'avait pas été sans remarquer le hideux aspec t de la vieille. Elle avait vu aussi que le chat était aveugle. Une main cruell e avait dû lui crever les yeux, car ses paupières refermées privaient sa tête de to ute expression.
Il se frottait aux jupes de la vieille femme en pou ssant des miaulements qui ressemblaient aux cris d'un enfant qui souffre.
La sorcière – on aurait pu donner ce nom à l'habita nte de la maison de brique – était arrivée de l'autre côté de la grille .
Elle dardait sur la visiteuse son regard qui émanai t de petits yeux gris, vifs et perçants.
— C'est bien ici le château des Louves ? s'informa la jeune fille.
La vieille répondit d'un signe affirmatif.
— Et vous en êtes sans doute la gardienne ?
Nouveau signe de la femme.
— En ce cas, madame, vous devez être au courant de ce qui m'amène ici. Maître Richard, notaire à Grenoble, a dû vous écrire pour vous annoncer la visite lle de M Suzy Demours. Je suis cette personne.
Sans toujours prononcer le moindre mot, la vieille fit comprendre qu'elle avait bien reçu une lettre, mais que, ne sachant pa s lire, elle ignorait la venue de la jeune fille.
Intriguée de ne pas avoir encore entendu le son de la voix de la femme, Suzy Demours s'enquit :
— Seriez-vous muette, ma pauvre dame ?
L'horrible vieille inclina la tête en signe d'affirmation.
La jeune fille ne put réprimer un léger tressaillem ent. Ce château abandonné, ce chat aveugle, cette femme muette, et aussi cette immense solitude dont elle était entourée, tout cela l'impressionnait fort désagréablement.
Cependant, aussi aimablement que le lui permettait sa laideur, la gardienne ouvrait la grille et invitait Suzy à pénétrer dans la propriété.
La jeune fille maîtrisa son trouble et entra. Elle suivit la femme muette et le chat aveugle jusqu'au pavillon de brique. Elle en f ranchit la porte et se trouva dans une pièce basse, d'une malpropreté repoussante , qui servait à la fois de chambre et de cuisine à la gardienne du château.
Cette dernière, à présent, semblait anxieuse d'ente ndre les explications de la jeune fille.
Suzy Demours...