Littérature française XIXe siècle — Anthologie thématique

Littérature française XIXe siècle — Anthologie thématique

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Livres
113 pages

Description

Riche en contrastes, le XIXe siècle mérite d’être mieux connu. C’est l’ambition de cette anthologie, conçue pour donner une idée des nouvelles voies explorées par dix-sept auteurs, au rang desquels on trouvera Balzac et Baudelaire, Flaubert et Nerval, Rimbaud et Zola. Du lyrisme romantique aux explorations naturalistes, de la libération du vers aux recherches sur le roman, ce sont quelques textes clés du XIXe siècle qui s’ouvrent ici, déclinés à travers huit thèmes aussi diversifiés que l’argent et la nature, l’amour et l’ennui, la femme et le peuple ou encore la ville et le voyage.



On accède aux 49 extraits grâce à un double index : à l’entrée classique par auteurs s’ajoute une entrée par thèmes. L’utilisateur peut ainsi, à sa guise, explorer l’œuvre d’un écrivain ou s’intéresser à un sujet et découvrir les façons dont il a été traité.




Qu’il choisisse l’une ou l’autre entrée, le lecteur dispose d’un recueil de citations destiné à faciliter sa recherche et à lui offrir le plaisir des belles formules.

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Informations

Publié par
Date de parution 30 mai 2014
Nombre de visites sur la page 43
EAN13 9782940499038
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Titre

 

 

 

 

 

 

ISBN 978-2-940499-03-8

 

 

Textes choisis par Valentine Leroud,
lic. ès lettres et enseignante de français

 

© Micromegas.ch -éditions numériques, 2014

 

www.micromegas.ch

Table des matières

 

Avant-propos

Index des thèmes

amour

argent

ennui

femme

nature

peuple

ville

voyage

Index des auteurs

Balzac

Baudelaire

Chateaubriand

Desbordes-Valmore

Flaubert

Gautier

Hugo

Lamartine

Mallarmé

Maupassant

Musset

Nerval

Rimbaud

de Staël

Stendhal

Verlaine

Zola

Sources

Riche en contrastes, le XIXesiècle mérite d’être mieux connu. C’est l’ambition de cette anthologie, conçue pour donner une idée des nouvelles voies explorées pardix-sept auteurs, au rang desquels on trouvera Balzac et Baudelaire, Flaubert et Nerval, Rimbaud et Zola. Du lyrisme romantique aux explorations naturalistes, de la libération du vers aux recherches sur le roman, ce sont quelques textes clés du XIXesiècle qui s’ouvrent ici, déclinés à travershuit thèmesaussi diversifiés que l’argent et la nature, l’amour et l’ennui, la femme et le peuple ou encore la ville et le voyage.

On accède aux 49 extraits grâce à undouble index : à l’entrée classique par auteurs s’ajoute une entrée par thèmes. L’utilisateur peut ainsi, à sa guise, explorer l’œuvre d’un écrivain ou s’intéresser à un sujet et découvrir les façons dont il a été traité.

Qu’il choisisse l’une ou l’autre entrée, le lecteur dispose d’un recueil decitationsdestiné à faciliter sa recherche et à lui offrir le plaisir des belles formules.

argent

ennui

femme

nature

peuple

ville

voyage

amour

amour

 

De sa vie une sensation purement agréable n’avait aussi profondément ému Mme de Rênal, jamais une apparition aussi gracieuse n’avait succédé à des craintes plus inquiétantes.

Je puis maintenant dire aux rapides années :
- Passez ! passez toujours ! je n’ai plus à vieillir !
Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
J’ai dans l’âme une fleur que nul ne peut cueillir !

Je vous demandais tout à l’heure si vous aviez aimé ; vous m’avez répondu comme un voyageur à qui l’on demanderait s’il a été en Italie ou en Allemagne, et qui dirait : Oui, j’y ai été ; puis qui penserait à aller en Suisse, ou dans le premier pays venu.

 

Un homme, au contraire, ne devait-il pas tout connaître, exceller en des activités multiples, vous initier aux énergies de la passion, aux raffinements de la vie, à tous les mystères ?

 

Elle entrait dans quelque chose de merveilleux où tout serait passion, extase, délire ; une immensité bleuâtre l’entourait, les sommets du sentiment étincelaient sous sa pensée, et l’existence ordinaire n’apparaissait qu’au loin, tout en bas, dans l’ombre, entre les intervalles de ces hauteurs.

Que j’aime voir, chère indolente
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau !

Elles avaient une peau fine, toute dorée dans le coup de lumière de la lampe, Gervaise surtout, devenue grasse, les épaules blondes, luisantes comme une soie, avec un pli de bébé au cou, dont il aurait dessiné de souvenir la petite fossette, tant il le connaissait.

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Stendhal

Le Rouge et le noir, 1830

Livre premier, chapitre VI « L’ennui »

 

La rencontre amoureuse : un échange de regards.

 

Avec la vivacité et la grâce qui lui étaient naturelles quand elle était loin des regards des hommes, Mme de Rênal sortait par la porte-fenêtre du salon qui donnait sur le jardin, quand elle aperçut près de la porte d’entrée la figure d’un jeune paysan presque encore enfant, extrêmement pâle et qui venait de pleurer. Il était en chemise bien blanche, et avait sous le bras une veste fort propre de ratine violette.

Le teint de ce petit paysan était si blanc, ses yeux si doux, que l’esprit un peu romanesque de Mme de Rênal eut d’abord l’idée que ce pouvait être une jeune fille déguisée, qui venait demander quelque grâce à M. le maire. Elle eut pitié de cette pauvre créature, arrêtée à la porte d’entrée, et qui évidemment n’osait pas lever la main jusqu’à la sonnette. Mme de Rênal s’approcha, distraite un instant de l’amer chagrin que lui donnait l’arrivée du précepteur. Julien, tourné vers la porte, ne la voyait pas s’avancer. Il tressaillit quand une voix douce dit tout près de son oreille :

— Que voulez-vous ici, mon enfant ?

Julien se tourna vivement, et frappé du regard si rempli de grâce de Mme de Rênal, il oublia une partie de sa timidité. Bientôt, étonné de sa beauté, il oublia tout, même ce qu’il venait faire. Mme de Rênal avait répété sa question.

Je viens pour être précepteur, madame, lui dit-il enfin, tout honteux de ses larmes qu’il essuyait de son mieux.

Mme de Rênal resta interdite ; ils étaient fort près l’un de l’autre à se regarder. Julien n’avait jamais vu un être aussi bien vêtu et surtout une femme avec un teint si éblouissant, lui parler d’un air doux. Mme de Rênal regardait les grosses larmes, qui s’étaient arrêtées sur les joues si pâles d’abord et maintenant si roses de ce jeune paysan. Bientôt elle se mit à rire, avec toute la gaieté folle d’une jeune fille ; elle se moquait d’elle-même et ne pouvait se figurer tout son bonheur. Quoi, c’était là ce précepteur qu’elle s’était figuré comme un prêtre sale et mal vêtu, qui viendrait gronder et fouetter ses enfants !

Quoi, monsieur, lui dit-elle enfin, vous savez le latin ?

Ce mot de monsieur étonna si fort Julien qu’il réfléchit un instant.

— Oui, madame, dit-il timidement. Mme de Rênal était si heureuse, qu’elle osa dire à Julien :

— Vous ne gronderez pas trop ces pauvres enfants ?

— Moi, les gronder, dit Julien étonné, et pourquoi ?

N’est-ce pas, monsieur, ajouta-t-elle après un petit silence et d’une voix dont chaque instant augmentait l’émotion, vous serez bon pour eux, vous me le promettez ?

S’entendre appeler de nouveau monsieur, bien sérieusement, et par une dame si bien vêtue était au-dessus de toutes les prévisions de Julien : dans tous les châteaux en Espagne de sa jeunesse, il s’était dit qu’aucune dame comme il faut ne daignerait lui parler que quand il aurait un bel uniforme. Mme de Rênal de son côté était complètement trompée par la beauté du teint, les grands yeux noirs de Julien et ses jolis cheveux qui frisaient plus qu’à l’ordinaire parce que pour se rafraîchir il venait de plonger la tête dans le bassin de la fontaine publique. À sa grande joie elle trouvait l’air timide d’une jeune fille à ce fatal précepteur, dont elle avait tant redouté pour ses enfants la dureté et l’air rébarbatif. Pour l’âme si paisible de Mme de Rênal, le contraste de ses craintes et de ce qu’elle voyait fut un grand événement. Enfin elle revint de sa surprise. Elle fut étonnée de se trouver ainsi à la porte de sa maison avec ce jeune homme presque en chemise et si près de lui.

Entrons, monsieur, lui dit-elle d’un air assez embarrassé.

De sa vie une sensation purement agréable n’avait aussi profondément ému Mme de Rênal, jamais une apparition aussi gracieuse n’avait succédé à des craintes plus inquiétantes. Ainsi ses jolis enfants, si soignés par elle, ne tomberaient pas dans les mains d’un prêtre sale et grognon. À peine entrée sous le vestibule, elle se retourna vers Julien qui la suivait timidement. Son air étonné, à l’aspect d’une maison si belle, était une grâce de plus aux yeux de Mme de Rênal. Elle ne pouvait en croire ses yeux, il lui semblait surtout que le précepteur devait avoir un habit noir.

 

Hugo

Les Chants du crépuscule,1835

« Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encore pleine »

 

La passion selon un romantique : l’union des corps et des cœurs décuple les forces de vie, défie le temps et la mort.

 

Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine ;

Puisque j’ai dans tes mains posé mon front pâli ;

Puisque j’ai respiré parfois la douce haleine

De ton âme, parfum dans l’ombre enseveli ;

 

Puisqu’il me fut donné de t’entendre me dire

Les mots où se répand le cœur mystérieux ;

Puisque j’ai vu pleurer, puisque j’ai vu sourire

Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;

 

Puisque j’ai vu briller sur ma tête ravie

Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours ;

Puisque j’ai vu tomber dans l’onde de ma vie

Une feuille de rose arrachée à tes jours ;

 

Je puis maintenant dire aux rapides années :

- Passez ! passez toujours ! je n’ai plus à vieillir !

Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;

J’ai dans l’âme une fleur que nul ne peut cueillir !

 

Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre

Du vase où je m’abreuve et que j’ai bien rempli.

Mon âme a plus de feu que vous n’avez de cendre !

Mon cœur a plus d’amour que vous n’avez d’oubli !

 

 

Musset

On ne badine pas avec l’amour,1834

Acte II, scène 5

 

Deux visions de l’amour s’affrontent, incarnées par Camille et par son cousin Perdican.

 

PERDICAN

Tu as dix-huit ans, et tu ne crois pas à l’amour ?

CAMILLE