Lorsque je me suis relevée j

Lorsque je me suis relevée j'ai pris mon fusil

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198 pages

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«  Oui c’est vrai je lui ai tiré dans le dos, eh oui, j’ai fait ça. J’ai pété les plombs et voilà. Je m’étais un peu reposée et lorsque je me suis relevée j’ai pris mon fusil, j’ai mis les cartouches, j’ai tiré et j’ai appelé le 18. Je ne vois pas ce qu’il y a à dire de plus.  » 
Jacqueline Sauvage
 
Peu après les attentats de novembre 2015, nous découvrons  l’histoire d’une femme condamnée à dix ans de prison pour avoir tué son mari qui la battait.  Ce verdict indigne une partie de l’opinion, la grâce présidentielle va en scandaliser une autre.  Par ces  trois coups de fusil, Jacqueline Sauvage est devenue le visage des violences faites aux femmes.
  Pourquoi un tel déchaînement médiatique, s’interroge Valentine Faure  ?  Elle enquête sur le sens  d'un tel geste, qui dit à la fois la puissance et l’impuissance, interrogeant ainsi le statut de victime.  Ce crime en était-il un ? Que peuvent les femmes face à la violence des hommes? Peut-on se libérer de la brutalité par une brutalité supérieure?  Et que faire de la violence des femmes alors que l’on n’a jamais aussi fermement condamné celle des hommes?  
  La criminalité féminine stupéfie et fascine. Valentine Faure éclaire ce qui au fil des siècles a pu être traité comme une pathologie, un mystère, une monstruosité ou le résultat d’une influence, rarement comme une menace réelle ou l’expression d’une colère légitime. Il est notamment question de Lorena Bobbitt, cette Américaine qui en 1993 tranchait le sexe de son mari, des empoisonneuses du XIXe siècle, du syndrome de la femme battue, du toujours très répandu «  crime passionnel  » ou encore de criminologie féministe… Valentine Faure relate aussi  expériences et réflexions personnelles dans ce récit-essai original et stimulant qui ose démystifier la violence des femmes. 
 
 

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Date de parution 26 septembre 2018
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EAN13 9782246813033
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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« Alors, au milieu des observations des uns, de l’indifférence des autres, un fait brutal se produit, un crime se commet, une victime tombe, un assassin se montre, et, sans transition apparente, on assiste au déplacement complet de tous les plans sociaux, au renversement de toutes les lois juridiques et morales ; la victime devient odieuse, l’assassin devient intéressant, la conscience des jurés s’embarrasse, la magistrature se trouble, la loi hésite, la justice officielle désarme devant la foule qui s’impose comme dans une assemblée populaire ou dans un théâtre. »
Alexandre DUMAS, Les Femmes qui tuent et les femmes qui votent
« Je dois abandonner la vieille croyance que je suis impuissante et qu’à cause de cela, rien de ce que je peux faire ne blessera jamais personne. »
Margaret ATWOOD,Faire surface
Tu seras libre
Le 15 mai 2012 au matin, Francois Hollande entre à l’Élysée. La foule qui s’est massée devant l’entrée l’acclame encore. L’évènemen t est retransmis en direct à la télévision. À ses côtés, sa compagne d’alors, Valér ie Trierweiler.Présentez… armes !, amabilités, codes nucléaires, protocole d’un autre âge. On entend à la fois le parquet qui craque sous les pas, des respirations et des mu rmures, comme dans les films de Jacques Tati, mais rien de ce qui se dit vraiment. C’est un moment d’une étrange espérance, comme une rentrée scolaire à l’échelle d e la nation, qui nous concernerait à la fois plus gravement et pas vraiment, pas perso nnellement. Ces premiers jours de renouveau, après la bataille de la campagne, quand les bureaux des ministères se vident, dans le flottement protocolaire, les rêves se font un peu plus grands, plus généreux, ils sont collectifs, nationaux. Peut-être les choses vont-elles s’améliorer. Et quand on retourne à la vraie vie on cesse aussitôt d’y penser. Ces changements, s’ils arrivent, ne nous importent pas tout de suite, pas directement. Quand on éteint la télé, le 15 mai redevient un jour comme un autre. La vie va continuer.
Le nouveau Président prononce son premier discours de chef d’État : « La France respectera tous les peuples ; elle sera, partout, fidèle à sa vocation qui est de défendre la liberté des peuples, l’honneur des opprimés, la dignité des femmes. » Bientôt il va remonter les Champs-Élysées sous la pluie pour se recueillir devant la tombe du soldat inconnu au son de la cinquièmeMarseillaisede sa journée. À la Jarville, un quartier en périphérie de Nancy, Sylvie L. regarde-t-elle la retransmission ? A-t-elle voté pour lui ? À 11 heur es, alors que sur l’esplanade des Invalides on tire 21 coups de canon pour saluer le nouveau chef des Armées, elle se rend au Centre médico-psychologique de Nancy, qui s uit toute la famille : elle-même, Gérard son compagnon, et Laure, sa fille, qui a ren dez-vous ce matin. Ce jour-là, on la trouve fatiguée. À l’infirmier psychiatrique qui la suit, elle dit qu’elle finira par tuer son mari. Il lui propose de l’interner quinze jours, ma is elle refuse. Elle rentre dans leur petit appartement de la Jarville.
À 16 heures, Sylvie et Gérard regardent un film pui s dînent ensemble pendant que leur fille se prépare pour sortir. Laure s’en va, e nfin Gérard prend ses médicaments et, vers 21 heures, s’endort devant un de ces « films a vec des morts » qu’il apprécie. Elle le regarde dormir.Sylvie, tu as assez souffert. Il faut en finir. C’est une petite voix qui lui parle. Elle prend le fusil de chasse calibre 12 à canon superposé que Gérard s’était acheté un an plus tôt, les cartouches, va dans la s alle de bains. Il lui faut un quart d’heure pour comprendre comment ouvrir le fusil et le charger, c’est la première fois qu’elle a une arme entre les mains. Elle fume une c igarette. Bientôt, la vie telle qu’elle la connaît sera finie.Tu seras libre,insiste la petite voix.
Elle retourne au salon, se tient à un mètre cinquan te, vise le cœur et tire. Gérard S. a ouvert les yeux pour regarder sa femme, avant de mo urir quelques minutes plus tard. Sylvie L. pose le fusil contre le mur de la cuisine , descend chez sa voisine, demande qu’on appelle la police. À 21 h 53. Elle leur répète :
« Il me harcelait, il me harcelait. Comme ça, je se rai tranquille. »
Le 20 mai, l’avis de décès de Gérard S. paraît dansL’Est républicain. « Les familles S., B., P., O.-S., T. ont la douleur de vous faire part du décès de Gérard S. dit “Cow-Boy” survenu le 15 mai 2012, à l ’âge de 58 ans. Ses obsèques seront célébrées mercredi vingt-trois mai, à dix he ures trente, en l’église de Jarville. » La cérémonie est prononcée par le diacre de la paro isse Saint-François-de-Sales. La famille ne lui précise pas les circonstances de la mort, ce qui fait que quelques années plus tard, il n’a guère de souvenir de ces obsèques . Gérard S. est enterré au cimetière de La Neuville. Sylvie est incarcérée au Centre pén itentiaire de Nancy-Maxéville.
Conception graphique de la couverture : Nicolas Tra utmann
ISBN : 978-2-246-81303-3
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©Éditions Grasset & Fasquelle, 2018.
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