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Love Song

De
256 pages
Daniel est un musicien accompli. À cinquante ans et quelques, sa carrière est faite, il est l’auteur de plusieurs gros succès, de plus d'une dizaine d’albums, et tourne dans le monde entier. Le public et la critique l’adorent, on le reconnaît dans la rue et le désordre de sa vie conjugale avec Rachel fait parfois la une de la presse people.
Mais ces derniers temps, l’industrie du disque a changé sans qu’il s’en aperçoive. Et, quand il remet à sa maison de disques ses nouveaux morceaux, le verdict tombe : pas assez commercial.
Renvoyé en studio, il doit d’urgence trouver l’inspiration, quand sa femme, qui l’avait quitté depuis huit mois, choisit justement ce moment pour revenir…
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Philippe Djian Love Song
C O L L E C T I O N
F O L I O
Philippe Djian
Love Song
Gallimard
© Philippe Djian et les Éditions Gallimard, 2013. Couverture : D'après photo © Patrick Mesner / GammaRapho.
Philippe Djian est né en 1949 à Paris. Il a exercé de nombreux métiers : pigiste, il a vendu ses photos de Colombie àLHuma nité Dimancheet ses interviews de Montherlant et Lucette Destouches, la veuve de Céline, auMagazine littéraire; il a aussi travaillé dans un péage, été magasinier, vendeur... Son premier livre,50 contre 1, paraît en 1981.Bleu comme lenfera été adapté au cinéma par Yves Boisset et37°2 le matin par JeanJacques Beineix. Depuis, il a publiéLent dehors(Folio o o n 2437),Sotos(Folio n 2708), une trilogie composée dAssassins o o (Folio n 2845),Criminels(Folio n 3135), etSainteBob(Folio o o n 3324), parue en 1998,Ça, cest un baiser4027),(Folio n o o Frictions4178),(Folio n Impuretés(Folio n 4400),Mise en bouche o o (Folio n 4758),Impardonnables5075),(Folio n Incidences(Folio o o n 5303),Vengeances(Folio n 5490),"Oh...", prix Interallié o 2012,Love Song(Folio n 5911),ChériChérietDoggy bag, une série de six saisons.
Javais écrit une chanson durant la nuit. Et cette chanson disait :Mais comment osestuEntre autres. Ce genrelà. Lautomne était chaud, lan cinant et humide. Laube silencieuse, à peine fraîche. Hésitant de bon matin devant une tasse de café noir, brûlant, sous un ciel vide, je me demandais si je nétais pas trop sombre, quel quefois. La réponse était mitigée. La question récurrente. Elle planait dans les mortifères couloirs de ma maison de disques. Autour de moi. Walter, qui était mon ami avant dêtre mon agent, mengageait à prendre la mesure du problème. « Pourquoi ne faistu pas un effort, soupiraitil à lenvi. Pourquoi tobstiner dans cette veine. » Il me donnait régulièrement des nouvelles de nos ventes et les chiffres nétaient pas bons. Ils bais saient régulièrement. « Il a fallu que cette maudite crise arrive, Walter. Quelle nous balaie et nous emporte », répétaisje en faisant de grands gestes, en tournant les talons sans attendre. Sans doute. Mais la Crise nétait pas lunique
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responsable de la baisse de mes venteset suc comber à la Crise naurait rien eu de déshono rant. « Arrête de te lamenter », me disaitil. Je lentends arriverNorton Commando 961 SE. Je le suis un instant des yeux tandis quil remonte lallée dun pas brusque, puis je mins talle au piano. « Ne fais pas cette tête, Walter. Serstoi un verre, si tu veux. Enfin bref, jai écrit une chanson, cette nuit. Jaimerais te la faire écouter. Je ne sais pas encore comment je vais lappeler. Tu me diras. Je vois. Daccord. En tout cas, nhésite pas à te montrer un peu plus gai, si tu sens que cest possible. Mais ne te force pas. Ça va, Walter. Ne me dis pas ce que je dois faire. » Je lui chante ma nouvelle chanson. Pour conclure, il opine longuement, profondément, retroussant le nez pour mindiquer quil est épaté. « Mais le texte est dune dureté abominable, sempressetil dajouter. Sinon jadore. Très bien. Écoute. On frappe à ma porte. Il est deux heures du matin. Je lui ouvre. Elle me tombe dans les bras. Alors quelle ne ma pas adressé la parole depuis des mois. Je sais que je ne suis pas gai, Walter. Mais sommesnous cen sés rire du matin au soir, aujourdhui. Dans ce contexte. Dans le chaos ambiant. La détresse, le fourvoiement, lhorreur économique. Ce vieux Milton. Ce vieux Milton Friedman. Oui, peu importe. Il y a toujours un dange
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