Ma vie pour un oscar

Ma vie pour un oscar

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Livres
118 pages

Description


Une jeune parisienne caustique et mégalo devient l'assistante personnelle d'une star Hollywoodienne et change d'avis sur le vrai sens du succès...





" John Bogus a tout : de l'argent depuis qu'il est adolescent, l'accès à toutes les drogues ainsi qu'à toutes les positions sexuelles imaginables. Il passe devant tout le monde quand le Dalaï Lama est en visite officielle, se fait refaire les paupières lorsqu'elles se fatiguent de porter son regard de braise. Des années que les sapes, les palaces, les safaris et les sauts à l'élastique ne le font plus vibrer. Il ne reste plus que la mort, avec laquelle il jongle. "


Camille, jeune Parisienne caustique et mégalo, devient l'assistante personnelle de John Bogus, une star hollywoodienne. Entre scandales, voyages humanitaires et course à l'Oscar, elle va changer d'avis sur le vrai sens du succès... Un récit corrosif et sans concession sur le milieu du cinéma. Une satire férocement lucide sur notre soif de notoriété.



Aurélie Lévy, trente-quatre ans, a vécu et travaillé dix ans à Hollywood. Réalisatrice de documentaires, Ma vie pour un Oscar est son premier roman.






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Informations

Publié par
Date de parution 07 juin 2012
Nombre de lectures 13
EAN13 9782259218603
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Aurélie Lévy
Ma vie pour un
Oscar
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© Plon, 2012
Couverture : © Seth Taras
Création graphique : V. Podevin
ISBN : 978-2-259-21860-3
www.plon.fr
 
 
« Ce qu’on te reproche, cultive-le : c’est toi. »
JEAN COCTEAU
Prologue
J’aimerais pouvoir dire que j’écris cette histoire pour dénoncer une société malade, que je suis habitée par le besoin irrésolu de m’exprimer. Mais je ne cherche qu’à attirer l’attention.
Ayant été élevée par des êtres plus profonds que moi – ou plus empêchés –, j’ai vite compris qu’il valait mieux prétendre à de grands sentiments pour mériter sa renommée. N’en déplaise à mes états d’âme, qui cultivent malgré moi l’espoir de la reconnaissance : les projecteurs, la célébrité.
La gloire ne nous tient pas la main sur notre lit de mort. Elle ne comble pas le vide, qui dissimule autre chose. M’allonger deux fois par semaine, pour parler de moi, n’a pas eu raison de mon nombrilisme.
Ce roman, je l’écris uniquement pour plaire.
L’interrupteur
 
Ça te dérange si on se tutoie ? Nous entrons dans le premier chapitre et je n’ai pas envie de faire semblant. J’ai été honnête sur ce que j’attendais de toi : la reconnaissance. Admets, à ton tour, qu’être célèbre ne te déplairait pas. Et pourtant, je te vois venir : « Non, vraiment, ça ne me dit rien. Trop aliénant. Je ne supporterais pas les foules, les flashes, de surveiller mon poids, de vieillir en public. Et puis j’ai toujours estimé la discrétion. »
Peut-être te reconnais-tu plus volontiers dans celui qui tire les ficelles ? L’ermite dont on va recueillir l’oracle dans sa montagne. L’iconoclaste qui suscitera la fascination des biographes et dont le grenier sera un jour répertorié au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ou, comble du mégalo : la légende post mortem.
Peut-être rêves-tu comme moi de gloire mais te trouves-tu trop paresseux, trop petit, pas assez talentueux et t’es-tu résigné à être remarqué pour ta gentillesse, ta générosité ou ton humour ? Pire : ton altruisme ?
Qui que tu sois et où que tu vives, tu es forcé d’admettre cette vérité : nous avons tous besoin d’être reconnus, aimés et estimés. Toi aussi tu as un jour rêvé d’être dans la lumière. Et si tu n’as pas eu la chance ou le génie de trouver Dieu et d’être illuminé sans actionner d’interrupteur, mon histoire te parlera.
 
Le mythe
Nous sommes plus d’un à avoir secrètement prononcé notre Oscar speech. Je devais avoir quatre ans quand je reçus ma première statuette imaginaire. À l’époque, la victoire était aisée. L’arrivée, l’année suivante, de ma tendre sœur – et d’une seconde nominée – compliqua sanguinairement les choses.
Il est de notoriété biblique qu’être nominé ne sera jamais aussi jouissif que de gagner. Car perdre nous prive du seul véritable intérêt de la victoire : le discours empreint de modestie. L’instant où tu gravis enfin la plus haute marche et où les autres concurrents semblent soudain paraplégiques. L’instant où tu remercies les envieux qui accompagnèrent ton ascension et qui devront désormais saluer ton succès.
Mais comment atteindre le firmament ? En devenant l’auteur à succès du roman de ma propre vie, bien sûr. En te racontant mes cinq années à Hollywood au service d’un acteur célèbre, en abreuvant tout au long ton voyeurisme de détails croustillants sur des stars dont je camouflerai l’identité mais que tu reconnaîtras quand même, en te révélant leur banalité, pour te donner l’illusion de pouvoir en être.
Je ne prétendrai pas réveiller tes désirs inavoués ni mériter la gloire plus que toi. Je ne saurais d’ailleurs y accéder sans toi. Puisque c’est toi, cher lecteur, qui m’y conduiras, et c’est à mon exemple que tu pourras un jour y aspirer.
Pour cultiver le mythe, il faut bien le créer.
 
L’embauche
Dès notre première rencontre, John Bogus (John l’Imposture, en français) était loin de l’icône rebelle et ténébreuse que son attachée de presse s’était donné tant de peine à créer.
Ce colosse adipeux me reçut dans son bureau de Venice Beach, encore tout transpirant d’une séance de cardio animée par son entraîneur. John venait de commander des chicken wings qu’il trempait allègrement dans sa ranch dressing tout en me posant des questions visant à mieux me connaître :
— Quels sont les films dans lesquels j’ai joué qui t’ont le plus marquée ?
L’espace d’un instant je me suis dit que sa question recelait peut-être un piège, que cette valeur sûre du box-office testait là mon intégrité, mon second degré, ma capacité à le ramener à la réalité. Il nourrissait certainement l’espoir que je le délivre de sa tour d’ivoire. J’étais encore loin de comprendre qu’en aspirant à cette fonction libératrice je n’étais qu’une jeune femme en quête de reconnaissance face à un spécialiste de cette problématique.
La collègue de tournage qui m’avait recommandée pour le poste savait qu’assister un acteur n’était pas dans mes ambitions. Mais j’étais fauchée et je logeais depuis déjà six mois chez un ami d’enfance avec lequel ma relation n’avait plus rien d’enfantin. Pas de papiers, encore moins d’appartement : il fallait bien entrer par une porte. Et si celle-ci était dérobée, elle avait le mérite de s’ouvrir.
Pour la franchir, j’avais intérêt à bien répondre à sa question, et Bogus n’était pas vraiment une légende en France. Il me semblait l’avoir vu dans un Woody Allen qui datait… Une chance que, à côté des photos de lui au bras de Clinton et Madonna, le modeste avait accroché des posters de ses films sur tous les murs.
Je me souvins alors d’une phrase qu’avait eue ma mère un jour où nous allions chercher ma sœur chez une camarade de classe. Sa mère nous avait reçues dans le salon de l’hôtel particulier où trônait une immense photo d’elle datant de ses « années mannequin ». J’étais épatée. Jusqu’à ce que maman m’explique qu’afficher une photo d’elle, vingt ans plus jeune, au beau milieu de son salon, était ridicule et vulgaire, et témoignait de son narcissisme et de sa peur de vieillir.
—  À quoi ça sert, alors, maman, d’avoir été belle si personne ne le sait ?
— Le bonheur n’est jamais venu de la reconnaissance, ma chérie. Il se cultive intérieurement. Il faut être bien avec soi-même pour être bien avec les autres. Moi, tu vois, je suis la star de ma vie.
Maman m’enseignait sans le savoir le paradoxe selon lequel plus on aspire à être reconnu, moins on mérite de l’être.
Si l’affaire de la photo surdimensionnée marquait la fin de mon insouciance et le début de ma vie d’éternelle insatisfaite, elle me préparait assez judicieusement à mon entrevue avec Bogus, qui attendait toujours que je lui rappelle ses meilleurs rôles. Soit je lui avouais qu’il m’était inconnu, soit je faisais le rapprochement avec la mère de la copine de ma sœur, l’aveuglant sans plus attendre sous un essaim de flatteries.
Je profitai qu’il fasse une dernière mouillette avec sa chicken wing, afin de bien récupérer toute la sauce du fond de la barquette, pour mémoriser les titres des affiches aux murs. Puis, l’air de rien, je les égrenai.
En un clin d’œil, j’avais conclu l’affaire et entrais dans le domaine que j’ai depuis baptisé « la pénombre » : l’espace entre le plein soleil et la nuit noire où tu penses pouvoir bronzer mais où le port du maillot t’est interdit.
 
West Side Glory
Je suis née à Paris le 21 mai 1977 d’une mère normande élevée chez les bonnes sœurs et d’un père juif né au Liban.
Si tu es juif, tu retiendras que je suis juive. Si tu es libanais, que je suis des tiens. Si tu es parisien, tu seras tenté de juger le livre avant de l’ouvrir. Après l’avoir lu, tu t’efforceras de ne pas reconnaître qu’il t’a plu. Dans le meilleur des cas, tu m’inviteras à l’une de tes émissions nocturnes faussement polémiques où tes chroniqueurs m’assassineront. À moins que je ne remporte un Oscar, auquel cas tu t’empresseras de célébrer la Française triomphante. Et tu passeras à côté de la seule information pertinente : je suis née un 21 mai, le dernier jour du troisième décan des Taureaux et le premier jour du premier décan des Gémeaux. Le cul entre deux chaises : trois personnalités pour une seule et même paumée.
Je t’ai perdu ? L’astrologie te rebute. Ne pars pas ! J’ai tant besoin de toi, de ton soutien, de ton attention. C’est pour susciter ta réaction que je mentionnais l’astrologie. Tout le monde ne regarde pas les émissions littéraires nocturnes et tu sais, comme moi, que toute mythologie qui se respecte implique une part de projection. Il faut bien que les midinettes trouvent de quoi s’identifier.
D’où je viens on ne lit ni les horoscopes ni la presse à scandale, à mon grand regret. On vénère Ismaïl Kadaré et on va au festival de Salzbourg tous les étés. On porte un sweat-shirt « Harvard » à deux ans, on est bilingue à quatre, on passe son chamois à six, le concours du conservatoire à huit, on commence le japonais à dix, on arrête la danse à douze, on envoie chier sa mère à quatorze, on perd sa virginité à seize et on quitte le giron à dix-huit. Et non pour une destination prestigieuse telle HEC ou la LSE1 – ou, pour ceux qui n’ont vraiment rien foutu, la New York Film Academy – mais pour une université japonaise. Toute Parisienne dévergondée que j’étais, je me retrouvais propulsée dans une école de jeunes filles de la province de Nagoya.
Quel parent averti et prévenant n’envisage pas aujourd’hui de faire apprendre le chinois à son enfant chéri ?
« Tout le monde sait bien que les États-Unis et le Japon sont sur le déclin. La Chine ! L’avenir est en Chine ! »
Mais, en Chine, tout comme au Japon, on ne remet pas d’Oscar. Et seul le cinéma me faisait fantasmer, même si je savais le rêve hollywoodien inventé de toutes pièces par quelques tailleurs juifs cherchant à monter une affaire2 .