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Mais qu'est-ce j'ai fait ?

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360 pages

Description

Dans le second tome de cette saga, Irène Bailly, alias Carrie Christie, entraîne au fond des abîmes, dans un tourbillon infernal, toutes les personnes qu’elle rencontre. Tout d'abord son mari Paul, puis son conjoint Massimo, enfin ses amants et clients. Elle détruit la vie de chacun ou la modèle à sa guise, persuadée qu’elle est en droit de détenir les règles du ou des jeux qu’elle met en place, et se justifiant de ses actes par une éternelle phrase laconique, teintée d’innocence : « Mais qu’est-ce que j’ai fait ? »


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Ajouté le 08 avril 2014
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EAN13 9782332688989
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Langue Français
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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

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www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-68896-5

 

© Edilivre, 2014

Préambule

Cette histoire est une intrigue invraisemblable…

Pourtant toute ressemblance avec des faits existants, des personnages existants ou ayant existé, ne serait ni fortuite, ni due à la coïncidence…

Car vous avez rencontre, vous allez rencontrer, ou vous vivez près d’une Irène BAILLY ou Carrie CHRISTIE…

A travers ce récit, vous la reconnaitrez…

À moins que ce soit elle qui se reconnaisse…

Mais ça, c’est une autre histoire !!…

Chapitre 1
Anniversaire

SAMEDI 19 MARS 1988, Salle des Fêtes de Sundhoffen en Alsace…

14h… Irène, arrivée de Genève tôt le matin, s’affaire à la décoration de la salle, aidée par Ludwig qui l’a rejointe en fin de matinée.

Avec son aide très précieuse, elle a pu négocier avec un grand Traiteur de Colmar, la préparation d’un dîner sous la forme d’un lunch pour une soixantaine d’invités, tous des proches, amis, voire des fournisseurs de Paul DEFERETTE.

Elle n’a pas lésiné sur les moyens mis en place, faisant appel à « Digital Orchestra » l’un des plus grands orchestres de variété actuels composé de vingt musiciens et chanteuses venant d’Allemagne.

Une immense banderole est déployée au-dessus de la scène avec ces mots écrits en lettres d’or sur fond rouge bordeaux « JOYEUX ANNIVERSAIRE PAUL ».

Ludwig, en complice accompli, a prévenu Paul qu’ils dîneraient ensemble ce soir, pour ne pas le laisser seul le soir de son anniversaire.

Ainsi avec son épouse il devra donc récupérer Paul à son domicile vers 19h30 puis l’emmener à la Salle des Fêtes… Tel est le plan concocté par Irène…

19h… Les invités commencent à arriver : ils sont accueillis par Irène, qui se présente comme la nouvelle compagne de Paul. Elle est vêtue tout de rouge carmin, pantalon, bottes et blouson en cuir sur chemisier blanc transparent, une tenue peu discrète…

Beaucoup sont ébahis par l’organisation d’un tel faste pour un simple anniversaire !!… D’autant plus que jamais ils n’ont été invités par Paul pour fêter cet événement plutôt familial… En fait il n’a rien fait pour ses trente ans, alors ses trente et un ans !!… !?

Et puis cette femme, qui arrive comme un cheveu sur la soupe, avec tambours et trompettes alors que Marie et Paul sont à peine séparés !… Quelle indécence envers certains amis proches qui ont du mal à comprendre… !?

Les buffets inégalement répartis, présentent différentes sortes d’entrées froides ainsi que divers toasts apéritifs. Les boissons sont variées, avec ou sans alcool.

Les invités, plus à l’aise à l’intérieur de la salle, se ruent avec délectation sur ces offrandes… Sur scène l’orchestre prend place et commence son show…

La piste de danse au pied des musiciens est exigüe et peu accueillante, une grande partie des convives se trouvant plus loin autour des buffets…

Tout le monde se connaît et les conversations vont bon train, bien que tous les convives éprouvent beaucoup d’amitié et de tendresse pour l’hôte des lieux, chacun ne comprend pas vraiment pourquoi il a été invité…

Et cette femme omniprésente, à des années lumières de Marie, qui est-elle ? d’où vient-elle ?… Pourquoi diable, leur ami, leur parent, Paul, a-t-il succombé aux charmes non dissimulés d’une créature aussi « artificielle » ??…

Toute la gente masculine la regarde avec délectation, alors que les femmes l’observent aussi, mais plutôt avec envie, jalousie, voire mépris…

Les chuchotements de début de soirée, ont été vite remplacés par des voix fortes et élevées à cause essentiellement de la musique tonitruante produite par l’orchestre…

19h45… La Peugeot conduite par Ludwig pénètre sur le parking de la salle des Fêtes, un grand coup de klaxon, prévient Irène, les portières s’ouvrent et se referment…

Le couple Koehler accompagne Paul, qui en sortant de voiture a allumé un petit cigare qu’il fume avec plaisir…

– Qu’est-ce que c’est que cette musique, Ludwig ?… et pourquoi vient-on ici à la salle des fêtes ?… On devait aller à Colmar pour dîner, non ??…

– T’occupes !… suis-nous !…

Le trio entre dans la salle… Sur la scène Irène a pris le micro et l’orchestre s’est brusquement arrêté.

– Mesdames et Messieurs, je vous demande d’applaudir très fort, celui à qui nous allons souhaiter ce soir un super anniversaire, notre Cher Paul !…

Les musiciens se mettent à entonner « Happy birthday to you » accompagnés de suite par tous les invités qui se mettent à applaudir…

Paul est abasourdi, il embrasse les convives et serre des mains. Le chef traiteur a déjà fait sauter quelques bouchons de Bollinger 86… le succulent breuvage est versé dans des coupes en cristal servies de suite par ses trois Extras… Irène s’empare de deux coupes pleines sur l’un des plateaux et se dirige vers Paul, au milieu de ses amis, qui s’écartent pour la laisser passer :

– Joyeux Anniversaire Paul !… dit-elle en lui tendant une coupe…

– Merci !… c’est toi qui a eu l’idée ?

– Oui !… tu es content ?…

– Euh… oui !… mais mon anniversaire ne mérite pas une telle fête !

– Tu as autour de toi, tes meilleurs amis, tes cousins, ton frère, ton ancien prof de physique, tes fournisseurs, tu n’es pas heureux ?

– Oui, mais ce ne sont que mes trente-et-un ans !

– Et alors ? Profite !… Profite !

– Tu en as pour une fortune, c’est de la folie !

– Laisse ! tu comprends maintenant à quel point je t’aime ?…

– Oui je comprends !

– Alors fais-moi un petit bisou… !

– Euh oui, mais il y a ici beaucoup de personnes qui connaissent Marie, mon ex-femme, et qui l’apprécient… je ne peux pas trop, notre séparation a été pour eux une véritable surprise, je… je ne peux pas me jeter dans tes bras !

– Tu le peux, je leur ai dit en les accueillant que j’étais ta nouvelle petite amie, et l’initiatrice de cette fête d’anniversaire… !

– Tu leur as dit ça ?

– Ouais ! même à ton frère, il l’a très bien pris. Il faut dire qu’il était déjà un peu bourré en arrivant. Allez embrasse-moi !…

Dieu merci Paul est sauvé par Ludwig qui se présente entre Iréne et lui, une coupe à la main :

– Alors mon vieux, c’est une super soirée, non ?… !

– Oui, vous m’avez bien eu toi et ta femme, avec votre soi-disant dîner !…

– Cela te fait un anniversaire dont tu te souviendras ! Par contre je n’aimerais pas payer l’addition d’une telle fête !… Et là Irène a mis la barre haute !

Se retournant vers l’organisatrice :

– Bravo Irène, super organisation !

– Merci Ludwig, et merci de m’avoir si gentiment aidée pour la mise en place…

– Ce fut un grand plaisir ma Chère !… répondit-il sur un ton sonnant très faux…

Paul intervient :

– Tu as été complice Ludwig ?

– Ben oui, ce n’est pas de Genève qu’Irène pouvait tout mettre en place… !

– Merci !

– De rien ! dit Ludwig tout en s’éloignant pour aller retrouver sa femme…

Irène attrape le bras gauche de Paul :

– Pose ta coupe et viens danser…

– Ok, mais je ne sais pas trop bien danser, tu sais…

– C’est pas grave, c’est ton anniversaire, tu fais comme bon te semble !… Ah, au fait, tiens j’ai un cadeau pour toi…

Irène tend un petit paquet à Paul, qu’elle a sorti de la poche de son blouson :

– Un cadeau ?… mais tu es folle, tu n’as pas assez dépensé ce soir ?

– Ouvre-le !

– Mais, mais putain c’est une Rollex, tu es dingue ?…

– Oui mon chéri, dingue de toi !… Dit-elle en refermant autour du poignet droit de l’homme, le bracelet de la luxueuse montre provenant du « déménagement » de LEFEBURE… !

– … et je te l’ai mise à l’heure, mon Amour !…

La fête bat son plein, tous les invités se rappelleront longtemps cet anniversaire où Irène a charmé chacun d’eux, y compris les plus réticents du début de soirée… !

Plus tard, en fin de matinée du dimanche, après avoir fait l’amour elle finit par s’endormir dans les bras de Paul…

Puis en soirée elle se décide à reprendre la route de Genève avec l’Alfa Roméo Guilietta empruntée pour le weekend à Massimo au prétexte d’un déplacement professionnel pour un défilé de mode à Colmar en Alsace… mais surtout folle de joie à l’idée d’avoir reconquis Paul… !

Chapitre 2
Arnaque

MARDI 26 AVRIL 1988, 10H30 à la réception de la Société DPALS, un homme d’une soixantaine d’années, de petite taille, les cheveux blancs, se présente très énervé, et désire rencontrer Paul DEFERETTE le Directeur. Il porte sous le bras un porte-document en simili-cuir bleu marine…

Yvonne la secrétaire, pose la question d’usage :

– Bonjour, vous êtes Monsieur ?…

– Je suis le « banané » !!…

– Euh… oui ! Euh… mais à part ça ?

– Je suis celui qui attend toujours d’être payé !…

– Vous êtes un fournisseur ?

– En quelque sorte, oui !

– Ah bon, j’annonce donc quelle Société ?

– La Grignotière de Colmar, Arnold KOCH !…

– Je vais chercher de suite Monsieur DEFERETTE, il est dans l’usine… Je vous demande de patienter quelques instants… Si vous voulez bien vous asseoir, il y a une chaise juste derrière vous !…

– Non, non, je suis très bien debout !

Deux minutes passent, puis, précédé de sa secrétaire, Paul apparait dans le couloir face à Monsieur KOCH…

– Bonjour Monsieur, vous devez vous rappeler de moi, je suis le traiteur de votre soirée anniversaire à la salle des fêtes de Sundhoffen.

– Tout à fait, je vous ai même félicité pour votre cuisine et votre service en fin de soirée.

– Ouais… Et ensemble on a même fini une bouteille de champagne… !

– C’est vrai un super champagne d’ailleurs !…

– Tu parles !… un Bollinger 1986 !… Vingt bouteilles ont été bues ce soir là !

– Vingt ?… ! De vrais assoiffés… !

– Vous l’avez dit, en attendant je ne suis toujours pas payé… !

– Comment cela ?

– La jeune dame qui était avec vous et qui a tout mis en place m’a dit d’envoyer ma facture à l’adresse figurant sur sa carte de visite, en Suisse…

– Ah, et quelle est cette adresse ?

Arnold KOCH ouvre la fermeture éclair de son grand porte-document et en sort une facture :

– Tenez, j’ai le double de la facture… Là en haut « Madison Agency, Case Postale 542 1217 Meyrin 1 Suisse » Vous savez où ça se trouve ?

– Je crois que c’est à côté de Genève…

– Vous ne savez pas où habite votre amie ?

– Ben non !… Mais combien elle vous doit ?

– 28 000 francs, avec la location de la salle…

– Ouahou deux briques huit ?… !

– Ouais et j’ai pas envie de m’asseoir dessus !… Alors comme c’était votre anniversaire, je vous en tiens aussi pour responsable… C’est pour ça que je suis venu vous voir… Si votre petite amie ne me règle pas sous huit jours, je me retourne contre vous, et je vous garantis que toute la région va être au courant… ! Ça ne va pas arranger votre commerce, croyez-moi !… si je n’arrive pas à me faire payer, je connais moi aussi beaucoup de monde… !

– Mais en quoi suis-je responsable ?

– En quoi ?… ! Vous vous foutez de moi ?… Votre copine fête votre anniversaire en grande pompe, invite tous vos potes, les gave, les fait picoler et tout cela gratis ! Tout pour ma pomme ?… Vous voulez rire, non ?!…

– Chut ! vous n’êtes pas obligé d’élever la voix… !?

Je le redis, je vous donne huit jours… et si d’ici là votre copine n’a pas payé, je me retourne contre vous, OK ?…

– Je vais essayer de la joindre. Il doit y avoir un malentendu… !

– Ouais tu parles !… Ah, j’oubliais, elle n’a pas payé l’orchestre aussi… !

– Dites-moi que ce n’est pas vrai… !?

– Si, si, ils m’ont appelé de Freiburg, ils ont les mêmes coordonnées que moi, et ne savent pas comment faire… !

– Et combien leur doit-elle ?

– 6 500 francs !

– Holala… !

– Bon, on est bien d’accord, je repasse dans huit jours, j’ai assez attendu, rendez-vous mercredi 4 mai… Si elle ne paie pas, la facture sera pour vous Monsieur DEFERETTE… Et n’oubliez pas l’orchestre aussi… les musiciens allemands ne sont pas commodes, méfiez-vous !…

Paul est désemparé, il regarde partir dans la cour de l’usine le traiteur qui regagne sa voiture stationnée sur le parking, puis s’asseyant en prenant son visage entre ses deux mains, il s’enfonce alors dans une profonde méditation…

Par l’immense vitre séparant le couloir de la réception, Yvonne la secrétaire a vu son patron s’effondrer sur sa chaise… elle sort de son bureau en pensant qu’un douloureux évènement vient de se passer.

– Ça va Paul ?…

– Euh… Euh… oui… oui… ça va, ça va… !

– Hem, ça n’a pas l’air !…

– Si, si, Yvonne, ne vous inquiétez pas !…

– C’est en rapport à votre soirée d’anniversaire ?…

– Non, non, cela n’a rien à voir… !

– Ah bon ! parce que c’était super… mon mari et moi avons passé un merveilleux moment ! Et Irène…

– Qui ça ?

– Votre amie, Irène. Elle est merveilleuse vous savez, et elle vous aime. Elle avait tout organisé je crois… !?

– Ouais, ah pour avoir tout organisé, elle avait tout organisé, c’est sûr !… !!

Le lendemain en fin de matinée, Paul a donné rendez-vous à son ami Ludwig, à la terrasse d’un café du centre de Colmar…

– Salut toi, tu as l’air tout bizarre, ça ne va pas ?…

– Assieds-toi, il faut que je te parle… !

– Ok, j’espère que tu n’as pas de mauvaises nouvelles à m’annoncer… !?

– Si, justement, Irène n’a rien payé des frais de ma soirée d’anniversaire !…

– Nom de Dieu !… tu veux dire qu’elle n’a pas payé KOCH ?

– Ouais !

– Putain, c’est moi qui l’ai contacté, c’est un ami de mon père !

– Comment ça ?

– Ben, Irène m’a appelé de Genève pour préparer ta petite fête d’anniversaire et m’a demandé un traiteur avec une location de salle. Alors j’ai appelé de suite KOCH, il a une sacrée renommée avec son restaurant la Grignotière, il m’a fait un devis, Irène m’a rappelé, je lui ai dit le montant total…

– Et elle n’a pas tiqué ?

– Non ! au contraire elle a fait rajouter du champagne !

– Et l’orchestre ?

– Ben c’est moi aussi, je connaissais cette formation qui est une des meilleures dans le Bade Wurtenberg. Ils ont une solide réputation et, tu as pu le constater, ils mettent une sacrée ambiance, ils sont vraiment très bons… !

– Et bien je suis dans la merde… !

– Pourquoi ?

– Parce que cette garce ne paiera jamais !!…

– Mais elle a signé un contrat avec KOCH et aussi DIGITAL ORCHESTRA, j’étais avec elle… Elle a une boite de Prod à Genève.

– Oui mais avec une adresse postale !…

– Ah bon ?

– Et oui, t’as compris ?… pas d’adresse fixe, injoignable, le pied quoi… !

– Qu’est-ce que tu vas faire ?

– Je vais devoir payer !

– Tu es malade ?… il y en a pour 4 briques au moins !… !!

– Je sais…

– Essaye de la joindre !…

– Oui mais où ? C’est toujours elle qui m’a appelé… !

– Tu veux dire que tu n’as pas son téléphone ?

– Non, ni son adresse !…

– Ouaaah tu couches avec une nana et tu ne sais rien sur elle ?… !

– Je suis allé à Genève et l’ai vue sur place… !

– Et elle t’a emmené chez elle ?

– Non, elle cohabite avec un mec homo, et il ne veut pas qu’elle amène qui que ce soit à l’appart…

– C’est une connerie ?…

– Je ne pense pas, ils vivent en colocation et en plus c’est le fils du proprio, alors… !

– Hem… bon !… en attendant tu es dans le caca jusqu’au cou mon pauvre Paul !

– Ouais je sais, je vais payer, sinon tout Colmar va savoir que j’ai fêté mon anniversaire en plantant tout le monde !…

– Tu n’as pas d’autre solution ?

– NON !

– Quelle salope !… !!

– Ouais !… soupire Paul en allumant un Cigarillos devant un cinquième expresso… !

Ludwig est profondément malheureux de voir son ami s’être ainsi fait arnaquer. Mais que peut-il faire pour l’aider ?… et si tout se passe mal ?… sa réputation à lui aussi risque sérieusement d’être entachée !… ?!… il ne peut qu’inciter Paul à payer tout le monde… ! C’est ce qu’il a fait, dès le 4 mai… !

DIMANCHE 22 MAI 1988, 11 heures, au domicile de Paul, le téléphone sonne… il est sur le départ, il doit déjeuner chez ses parents à Ribeauvillé…

– Allô ?…

– Allô mon Amour, c’est Irène !

– Quoi ? tu oses me téléphoner ? tu devrais avoir honte !…

– Pourquoi ?… Mais qu’est-ce que j’ai fait ?…

– Tu as le courage de me poser une telle question ? tu es sacrément gonflée !…

– Mais enfin dis-moi ce que je t’ai fait ?… Je ne t’ai pas eu au téléphone depuis ton anniversaire, j’ai eu beaucoup de travail avec pas mal de défilés de mode en Suisse, et je n’ai pas eu le temps de t’appeler !…

– Tu n’as pas eu le temps de régler tes prestataires non plus !…

– Mes prestataires… ?? mais je ne comprends rien… !

– Mon anniversaire que tu as mis en place… !?

– Oui et alors ?

– Tu as oublié de payer le traiteur et l’orchestre !

– Mais il aurait fallu qu’ils m’envoient leurs factures !…

– Parce qu’ils ne l’ont pas fait ?…

– Ben non, j’ai rien reçu !…

– Et tu ne t’en es pas inquiétée ?

– Je t’ai dit que je n’avais pas arrêté de bosser… !

– J’ai payé !

– Tu as quoi ?

– Tu as bien entendu, j’ai tout payé l’orchestre et le traiteur… !

– Je te rembourserai mon chéri, ne t’inquiètes pas.

– Ouais !…

– Bon je t’appelle pour t’annoncer quelque chose qui va te bouleverser mon cœur…

– Allez vas-y au point où j’en suis !…

– Tu es prêt ?

– Oui vas-y…

– Tu vas être papa !

– Quoi ?… !!… ??

– J’attends un bébé…

– Que, quoi ?… et, et il est de moi ?

– Ben de qui tu veux qu’il soit ? Je n’ai couché qu’avec toi et le lendemain de ton anniversaire en mars… !

– Mais tu prends la pilule, non ?

– Oui je sais, mais je me suis plantée sur les dates de prises… !

– Et ben qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

– Mon amour c’est notre enfant on va l’élever ensemble, non ?

– Euh… euh… oui, oui évidemment… !

– Je viendrai te voir en juin… tu veux connaitre le sexe du bébé, oui ?…

– Si tu veux… !

– Je dois faire une écographie début juin, j’en serai au troisième mois, je saurai alors si c’est une fille ou un garçon… !

– Bon ok,… je te laisse, je vais chez mes parents… !

– Donne-leur mon bonjour, tu peux leur annoncer la nouvelle, si tu veux !…

– Surtout pas, ils ne savent même pas que je ne suis plus avec Marie, je vais devoir leur dire aujourd’hui, alors pour le reste, ils attendront un peu, j’ai pas envie que mon père ou ma mère fassent un infarctus… !

– Comme tu veux mon chéri, ciao-ciao !

– C’est ça au revoir… !

*
*       *

GENEVE – LUNDI 23 MAI 1988, en milieu de matinée dans l’appartement de Massimo, Irène se réveille dans les bras de son amant…

Massimo était rentré du restaurant après son service vers les 2 heures du matin, il a pris une douche et s’est couché… Comme toutes les nuits, Irène l’attendait au milieu du lit, pour faire l’amour avant de s’endormir…

10 H… Irène caresse le visage de Massimo qui se réveille lentement…

– Réveille-toi mon ange !…

– Quoi ? laisse-moi dormir encore, je suis crevé, j’ai pas arrêté au resto hier, on a eu un monde fou, tu sais…

– Oui mais j’ai une nouvelle à t’annoncer mon chéri !

– Quoi ?… et bien vas-y dis-moi !…

– Tu vas être papa mon amour, j’attends un bébé !… !!

Chapitre 3
Double jeu

JUIN 1988, Irène est enceinte de trois mois et continue à exercer son activité principale, Escort Girl…

Elle pratique son activité lucrative avec brio et un tel professionnalisme que désormais le bouche à oreille fonctionnant très bien dans ce milieu, elle fait l’objet des recommandations de ses riches clients les plus assidus de ses services, mais aussi par les louanges de ses amis Agnès et Benji qu’elle rétribue pour leur prospection…

Elle possède désormais un solide réseau de personnalités de la Jet Set en Suisse et celles de passage, Diplomates, politiciens, artistes internationaux du Show Biz… Rois et princes divers figurent aussi dans ses relations…

Son rayon d’action se situe surtout dans la zone formée par le triangle Lausanne-Neuchâtel-Montreux, bien que parfois par nécessité elle évolue sur Genève ou sa proche banlieue, mais avec beaucoup plus de précautions…

Elle disparait donc régulièrement dans ce triangle et réapparait au bout de quelques jours, les yeux cernés, les traits tirés, le visage défait… Ce qui fait dire à Massimo, toujours persuadé que sa compagne évolue dans le milieu de la mode, que son travail est exténuant, ses déplacements longs et qu’elle devrait dans les prochaines semaines savoir s’arrêter, ne serait-ce que du seul fait que sa silhouette risque de changer… ce qui n’est pas encore le cas actuellement…

*
*       *

Irène s’est rendue à la mi-juin chez Paul, qui est en instance de divorce, sa situation évoluant dans un contexte difficile… En effet, étant marié sous le régime de la communauté, il se voit obligé de céder la moitié des parts de sa Société à Marie, ainsi que de vendre sa superbe maison… Il va fermer l’usine également, mais avant, avec toute son équipe, il va construire les décors en bois du parc d’attraction parisien, histoire de se refaire une santé financière et de pouvoir repartir sur une autre entité commerciale… Tout ceci le déstabilise et c’est en se réfugiant dans les bras de sa maitresse, qu’il oublie un peu tous ses problèmes…

Cet homme au cœur immense a aussi dû régler les factures de la fête de son anniversaire, et apprenant il y a quelques semaines de la bouche d’Irène, qu’il allait être père, il s’est résigné à ne plus lui réclamer quoi que ce soit…

Lors d’un déjeuner familial dominical, chez ses parents à Ribeauvillé, Paul a annoncé la nouvelle de la future naissance de son fils ou sa fille… Madame et Monsieur DEFERETTE, encore sous le coup de l’émotion de sa séparation de Marie qu’il leur avait annoncée deux semaines plus tôt, sont une fois de plus restés pantois et abasourdis…

Après quelques minutes de silence la mère de Paul intuitivement a pris la parole :

– Mon fils aimes-tu cette euh… femme, cette… euh… cette Irène ?

La réponse semble tout droit sortie d’une tragédie Grecque :

– Mon seul et unique amour fut Marie et restera Marie…

– Alors je te plains Paul, car tu vas devoir rester avec cette femme… !!

– Je sais maman, je sais !…

– Prends soin d’elle c’est la mère de ton enfant !…

De son côté Massimo a fait de même, il a annoncé la nouvelle à ses oncles, tantes et cousins. Mais chez lui c’était plutôt dans l’indifférence générale !… Seul Alberto a réagi, avec élégance et sincérité :

– J’espère que tu es le père de cet enfant, car avec cette pute, il faut s’attendre à tout !

– Mio Zio che è ciò che dicci, sei pazzo !

– Non je ne suis pas fou, il y a longtemps que j’ai compris ce que valait cette salope. Che vada el diavolo !…

– Tu es trop dur Zio, ne l’envoie pas au diable, elle me rend heureux, c’est le principal.

– Tu parles !… Elle est logée et nourrie, et en plus toujours recherchée par les huissiers à cause de sa boite de merde. Tiens, au fait, il y en a encore un qui est passé hier ici dans mon restaurant, il a été bien reçu, c’était limite pour que je ne lui dise pas où cette garce habite, et puis j’ai pensé à toi et j’ai fermé ma gueule. Putana !

– Grazié Zio !

– Laisse, fous-moi la paix… Ciao !

Alberto s’éloigne et quitte la grande salle du restaurant en parlant tout seul et en gesticulant dans tous les sens… Les membres de la famille PIRODINNI, qui ont assisté à toute la scène le suivent et s’apprêtent à quitter les lieux dans un silence de cathédrale… Massimo, resté seul, tente de s’assoir sur le bord d’une des tables rondes mais la table bascule et il perd l’équilibre et se retrouve au sol… Luigi alerté par le bruit se retourne et revient en courant affolé…

– Tu t’es fait mal Massimo ? dit-il en l’aidant à se relever.

– Non ça va ! ça va Zio, ça va !…

– Arrête de nous parler de cette fille. On est tous désolés pour toi, car on t’aime très fort Massimo… !

– Mais je vais avoir un enfant, vous n’allez quand même pas renier mon fils ou ma fille ?

– Tu ne comprends pas ?… Alberto a été très clair pourtant… ! Ton enfant, oui… Irèna Non !… on ne veut plus entendre parler de cette femme… ! Allez viens boire un Marsalla à l’uovo, cela te redonnera le moral, mon neveu… ! Au fait, elle chante toujours ?…

– Oui je crois, de temps en temps. !.

– Elle chante bien, mais elle te fait chanter aussi… !!

Luigi s’est approché du bar et s’est emparé d’une superbe bouteille de Marsalla qu’il débouche vigoureusement… Il remplit un verre qu’il tend à Massimo…

– Tu vois mon neveu, quand je bois ce Marsalla je pense à l’Italie… ! tu aurais dû prendre une fille de chez nous, elles sont sérieuses les filles au pays, fidèles e delle madri meravigliose !!…

Madison Agency c’est terminé, cela devient trop dangereux pour Irène qui sent peu à peu l’étau se refermer sur elle… Pas question de se faire prendre par les nombreux huissiers et clients divers qui la recherchent depuis des mois. Ils ont trouvé son homonyme, une commerçante possédant son magasin « IN’IRENE DREAMS » à Vernier, banlieue de Genève, qui subit régulièrement leurs assauts, et reçoit des convocations récurrentes. Cette pauvre Irène BAILLY-là est à la limite de la dépression nerveuse… !

En cette fin juin 1988, Irène a trouvé un nouveau moyen de gagner un peu plus d’argent : elle s’est mis en tête de vendre des bijoux fantaisies dans les Centres Commerciaux de Genève… Son système est très astucieux. Elle achète chez différents fournisseurs, des bagues, bracelets, pendentifs, broches et gourmettes en petite quantité, qu’elle paie rubis sur l’ongle, puis retourne chez eux quelques jours plus tard cette fois-ci avec de grosses commandes. Elle embarque de suite la marchandise, et fait envoyer chaque facture à Madame Irène BAILLY, Rue du Village à Vernier… !

Son petit commerce fonctionne merveilleusement bien toutes les fins de semaine, et pour assurer le transport du matériel servant à l’installation de son stand et du nombre important de cartons contenant sa marchandise, elle a demandé à Massimo d’emprunter le Fiat Ducato du restaurant PIRODINNI « La Terrasse de Florence », les vendredis soirs jusqu’au lundi matin une semaine sur deux… Personne ne s’apercevant de l’absence du véhicule, car il est normalement stationné dans un garage à une centaine de mètres du restaurant et ne sert qu’aux achats de marchandises, les lundis après-midi et les mercredis matin.

En ce début juillet 1988, Irène continue toujours à pratiquer son métier d’Escort Girl, malgré un petit ventre bombé et des seins gonflés, ce qui, aux dires d’Agnès son amie, serait un atout supplémentaire auprès de ses clients… !

Massimo se pose des questions quant à l’emploi du temps de sa compagne, en dehors de ses ventes précaires de bijoux un samedi tous les quinze jours, comment se fait-il qu’elle s’absente tous les soirs à partir de 20h et parfois sur des périodes de trois jours, voire plus… !??

La réponse d’Irène le lundi soir à l’appartement est étonnante :

– Oh bien c’est simple mon chéri, je fais des traductions en anglais et allemand à de riches hommes d’affaires étrangers dans les plus grands hôtels suisses. Je vais jusqu’à Zurich, Basel et Berne. C’est très lucratif tu sais. J’ai pu acheter ainsi ma Ford Fiesta pour pouvoir me déplacer. Et puis ça m’ennuyait de t’emprunter chaque fois ta voiture, tu sais… !

– Ah, ça ne me dérangeait pas, j’allais bosser au resto en bus et le soir c’est Luigi qui me raccompagnait !…

– Oui mais je préfère avoir ma propre voiture, ma Golf me manquait… ! et puis je profite de ton appartement et de tout le reste, quand même !!…

Massimo réfléchit… puis ses yeux s’illuminent en regardant Irène qui se pose des questions… !

– Quoi, qu’est-ce qu’il y a ?

– Tu es bilingue ? c’est incroyable !… dit-il plein d’admiration…

– Trilingue mon ange, je parle aussi français !

– Tu es une fille incroyable !

… Puis, la prenant dans ses bras…

– Et dire que mes oncles te jugent si mal !…

– Ce n’est rien mon cœur, je n’ai rien fait, moi, jamais rien fait de mal, et tu le sais en plus, je suis une fille sérieuse, je vais te faire un superbe bébé et on formera une jolie petite famille !…

Chapitre 4
Irène

SEPTEMBRE 1988, Paul a vendu tous ses biens, maison, usine et voitures. Le divorce a été prononcé et la moitié de l’argent de la vente est revenue à Marie, qui refait sa vie avec un copain qu’ils avaient en commun.

Paul a dépêché cinq de ses anciens ouvriers sur le parc d’attraction parisien pour fabriquer sur place divers décors, staffs et boiseries selon le cahier des charges adopté… Il faut absolument qu’il monte une nouvelle structure afin de pouvoir facturer fournitures et prestations…

Mais dans l’immédiat il souhaite rejoindre Irène au plus vite à Genève, sachant pertinemment qu’il va provoquer la stupéfaction de la jeune fille qui pensait lors de leur dernière rencontre début septembre dans un hôtel de Colmar, l’avoir dissuadé de faire une telle chose… !

Elle n’est évidemment pas d’accord… ! Il n’est pas question de le rencontrer à Genève !… et puis qu’a-t-il fait de l’argent de la vente de ses biens ?… certes il a dû le partager pour moitié avec son ex-femme, mais pourquoi dit-il qu’il n’a plus rien ?… qu’il attend la fin du chantier parisien pour refaire surface ?… Irène se pose des questions, beaucoup de questions… car s’il n’a plus rien, quel est l’intérêt de rester avec lui ?… et pourquoi lui avoir annoncé qu’elle était enceinte de lui ?…

Il est impossible de revenir en arrière, d’autant moins qu’aujourd’hui, Dimanche 25 septembre, il doit la présenter à ses parents… !

La maison des DEFERETTE est une maison typiquement alsacienne sur deux étages, à colombages, aux fenêtres et balcons exagérément garnis de géraniums et lierres de couleur rouge vermillon, située en plein centre de la magnifique ville de Ribeauvillé, dernière porte de l’Alsace avant les montagnes couvertes des pins verdoyants des Vosges pour l’accès à la célèbre forteresse du Haut Koenisbourg…

Antoine DEFERETTE est un ancien moine qui s’est reconverti lorsqu’il y a trente-cinq ans il est tombé follement amoureux de Marie-Louise, devenue aujourd’hui son épouse, alors qu’il a dû abandonner Dieu pour une Déesse, comme il le dit…

De cette union sont nés deux garçons, Paul l’ainé et Pierre, prénoms choisis en l’hommage de l’ex-ecclésiastique aux deux célèbres Apôtres unis dans la foi, la prison et la mort…

Paul est la fierté de ses parents, ce qui hélas n’est pas le cas de Pierre qui depuis des années sombre lamentablement dans l’alcool, sans emploi et vivant aux crochets de son épouse Nadine, employée à la Poste de Turckeim, petite ville située à une dizaine de kilomètres de Ribeauvillé où le couple réside avec ses deux enfants, dans une triste maison sale et mal entretenue.

La famille DEFERETTE au complet, accueille donc ce Dimanche Irène BAILLY, enceinte de six mois et portant l’enfant de Paul…

L’atmosphère est conviviale, Paul présente la belle avec fierté à ses parents, puis avec émotion et orgueil lui fait découvrir les armoiries de la famille en digne descendant des Bourbons, dont l’énorme blason est situé au-dessus de la porte d’entrée, ce que découvre Irène qui pensait que cet homme était ruiné… donc sans intérêt !

En réalité il s’agit d’une vieille famille issue de la noblesse, et qui doit posséder très certainement une fortune personnelle, ce qui éveille l’esprit de notre aventurière…

La Fleur de Lys est omniprésente dans la maison des DEFERETTE, que ce soit sur les différents blasons mais aussi sur de nombreux meubles anciens, tableaux, nappes, broderies et bijoux… Irène contemple avec délectation ce musée privé, tout en tenant la main de Paul qui, tel un guide pour touriste, présente chacune des œuvres d’art avec vanité et orgueil…

Elle ne prête attention bien sûr qu’à ce qui brille, or et argent sur de vieux chandeliers ou pièces de couverts, la fleur de lys n’a pour elle aucune signification. Elle fait mine d’écouter Antoine DEFERETTE qui vient de rejoindre le couple… Le frère et la belle-sœur de Paul quant à eux sont restés aux cuisines pour aider la maitresse de maison à l’élaboration d’un repas typiquement alsacien.

Antoine et Paul sont des hommes instruits, intéressants pour ceux et celles qui ont envie d’apprendre et de découvrir… ce qui n’est pas le cas d’Irène qui n’éprouve aucun intérêt quand on lui parle de la Révolution Française de Louis dix Huit ou de l’assassinat de l’illustre ancêtre, le Duc de Berry… Non, ce qui intéresse Irène qui fait semblant d’écouter, c’est la valeur de chaque meuble, chaque tableau, chaque bibelot ou bijou qu’elle répertorie et garde en mémoire tel un livre comptable… !

La question qu’elle pose continuellement est :

– Houlala, c’est beau ça, ça doit coûter cher !… ce qui a le don d’agacer Antoine… !

Au bout d’un certain temps, comprenant le peu d’intérêt qu’éprouve la jeune femme à les écouter, père et fils abandonnent la visite minutieuse de la demeure… en pensant que Irène est peut-être fatiguée par son voyage en voiture depuis Genève, tout en estimant tout de même qu’Irène est vraiment en bonne forme à trois mois de l’accouchement… elle semble si peu enveloppée au sixième mois de sa grossesse… !

Effectivement elle a pris du poids, certes, mais tout ceci paraît bien réparti sur tout le corps hormis le ventre, ce qui est normal.

Irène a dû cesser son activité d’Escort-Girl depuis peu, au cinquième mois. Beaucoup de ses clients, appréciant le fait d’avoir des relations sexuelles avec une femme enceinte, augmentaient tout naturellement le « cachet » de la jeune femme. Elle pensait que c’était dommage de ne pouvoir continuer car ses prestations devenaient très lucratives… !

La visite de la maison se termine donc au salon, au milieu duquel deux magnifiques fauteuils, Bergères style Louis XV, en tissu d’ameublement de couleur blanche, magnifiquement décorés de fleurs multicolores, attirent de suite le regard d’Irène…

– Vous savez Antoine que si vous me laissez faire, je peux vous les vendre sur Genève et en tirer un bon prix de vos fauteuils !…

Antoine n’en revient pas :

– Vous êtes sérieuse ?

– Oui pourquoi ?

Se retournant vers Paul.

– Elle est sérieuse ?… !! incroyable !… savez-vous que ces Bergères sont des originales ?

– Oui et alors ?

– Alors, croyez-vous que ma famille, mes ancêtres, possédant ces fauteuils depuis des siècles trouveraient normal que je m’en sépare ?

– Oui !… bien sûr si vous pouvez en tirer un bon prix !…

– Bon, allons déjeuner !… à voix basse s’adressant à son fils : tu me l’as dénichée où cette Suissesse ?… mais comment as-tu pu lui faire un enfant ?… j’espère que Dieu t’aidera, cette fille est à des années lumières de Marie… !!

– Je sais Papa, je sais !… mais elle porte ma fille !

– Ah, parce que tu sais que tu vas avoir une fille ?

– Ben oui, elle le sait depuis sa seconde écographie… !

Irène se retournant après les avoir attendus à l’entrée de la salle à manger :

– De quoi parlez-vous tous les deux ?

– De notre fille qui va venir au monde.

– Ah. Tu veux dire de Sandra !

Antoine étonné :

– Vous avez déjà choisi le prénom ?

– Pas moi ! elle a choisi !…

– Sandra ! cela sonne un peu italien !

– Oui, je sais… un peu…

La famille DEFERETTE autour d’une immense table de presbytère, celle de la salle à manger, vient d’accueillir Irène. Celle-ci, très à l’aise, n’est nullement impressionnée par les regards curieux que lui lancent Nadine et Pierre, ou le sourire ironique de Marie-Louise...