Mon âme damnée

Mon âme damnée

-

Livres
221 pages

Description

J’ai embrassé la croix et j’ai tiré dessus avec l’énergie du désespoir. Je forçais démesurément sans tenir compte de la douleur. Mes muscles avaient longtemps travaillé sans recevoir en retour ni eau ni nourriture. Le sang qui tournait dans mes veines était vieux et usé. Il fallait donc épuiser le reste de mon énergie rapidement pour qu’on n’y revienne pas. Cazet a rejoint Micheline en expliquant qu’il reprendrait le boulot sitôt qu’il aurait retrouvé des forces. Et il comptait les trouver où les forces ? Désormais ce serait de pire en pire. Il ne restait que Scoff et moi.Ce déterrement raté virait au duel.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 16 juin 2011
Nombre de lectures 128
EAN13 9782748111262
Langue Français
Signaler un abus
Mon âme damnée
Rodolphe Riche
Mon âme damnée
ROMAN
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748111273 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748111265 (pour le livre imprimé)
Avertissement de l’éditeur
manuscrit.com — maison d’édition francophone — a pour vocation de réunir les conditions idéales pour que tous les manuscrits trouvent leur public. Pour ce faire, manuscrit.com s’est doté du plus grand réseau de lecteurs professionnels : composé de libraires et de critiques, il est entièrement voué à la découverte et à la promotion d’auteurs de talent, afin de favoriser l’édition de leurs textes. Dans le même temps, manuscrit.com propose — pour accélérer la promotion des œuvres — une diffusion immédiate des manuscrits sous forme de fichiers électroniques et de livres imprimés. C’est cette édition que le lecteur a entre les mains. Les imperfections qu’il y décèlera peutêtre sont indissociables de la primeur d’une telle découverte.
manuscrit.com 5bis, rue de l’Asile Popincourt 75011 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.com
 1 
J’ai reposé le journal pour contempler avec regret l’endroit où naguère régnait la télévision. Quelle invention irremplaçable qui plonge le téléspectateur dans un doux état d’irresponsabilité, proche de la veulerie. Complété par un zappeur, cet objet ne trouve pas d’équivalent pour satisfaire la légitime passivité des e hommes du XX siècle. Il suffit d’appuyer sur la bonne touche pour que l’écran s’anime de couleurs vives, et que les images défilent, au rythme des mu siques synthétiques. Avachi sur son fauteuil, une canette bien fraîche à la main, le téléspectateur se régale du spectacle, content qu’il n’y ait rien ou si peu à comprendre. Son esprit se délasse au vu des incroyables futili tés qu’on lui sert. Il critique d’ailleurs à loisir et sanctionne l’émission fautive d’un coup de zappeur. D’une niaiserie l’autre, il chahute les programmes en grommelant. Il a peur de rater une bonne séquence mais est trop paresseux pour consulter le journal télé. Par chance c’est bientôt l’heure de son feuilleton pré féré avec ses personnages millénaires dont la vie à l’écran se confond singulièrement avec ses rêves de grandeur. Terminées donc pour moi les soirées intempo relles qui me permettaient de m’endormir sans an goisse. Il faudra désormais habiter les veillées à
7
Mon âme damnée
grands coups de tarots ou autres dames avec le risque insupportable de perdre.
C’est une décision de Séverine. La semaine der nière une émission l’a convaincue que la télévision était un objet néfaste et pernicieux contre lequel il fallait lutter sans pitié. Après quelques jours de ré flexion durant lesquels elle a successivement envi sagé de cloisonner la salle à manger puis d’instau rer un système de quota qui limiterait l’usage du monstre, elle a finalement opté pour l’éradication pure et simple. Hier soir quand je suis rentré du travail j’ai d’abord été surpris par le bouleversement du mo bilier. Pas un meuble n’avait eu le privilège de conserver sa place originelle. Le poste de télévision était relégué dans un vieux coin sombre, choisi sans doute pour son absence de prise d’antenne. L’armoire avait remplacé le guéridon, et le pouf indien avait tout bonnement été éliminé. J’ai posé ma serviette sur un buffet que je ne re connaissais pas et j’ai observé la pièce, un peu incré dule devant tant d’acharnement. Quelle soif de ven geance avait pu l’acculer à cette méchanceté ? Pour quoi ce séisme ? J’étais partagé entre l’envie de tout remettre en ordre et celle de plier bagage dans la mi nute. Elle est arrivée avant que j’aie pris une décision et m’a expliqué les bienfaits du nouvel ordre de vie. D’abord disaitelle, elle serait mieux pour Julien. J’ai aussi appris qu’il n’y avait rien de tel que le changement pour vivifier un couple. Nous devrions en ressentir très prochainement les effets bénéfiques. Un rapprochement physique et moral s’imposait car n’étionsnous pas devenus deux étrangers dans la même maison ? Hier soir pendant que j’écoutais, impuissant, les arguments de Séverine, je songeais sérieusement
8
Rodolphe Riche
que l’existence est un enfer déguisé. L’être qui devrait, parce qu’il aime, supporter et pardonner est au contraire le plus intransigeant. Les petites faiblesses dont l’homme nourrit son existence lui sont intolérables. Il les combat avec la dernière vigueur, même si sa victoire mène son compagnon un peu plus près du néant. Que d’illusions, que de chimères !! Ce n’est déjà pas si mal d’avoir trouvé l’âme sœur avec qui partager tacitement le poids de l’exis tence et trouver des rites, des cérémonies, des habi tudes. Suffisamment d’habitudes pour que du matin jusqu’au soir, on ne fasse que sauter de l’une à l’autre sans jamais un vide, sans jamais un moment pour se rappeler. Quel besoin de remuer des souvenirs d’un temps révolu, pour grignoter deci delà une seconde de bonheur nostalgique, bonheur délétère. La télévision me facilitait le transit existentiel. En la supprimant, Séverine a ouvert une brèche dans mon passé. De cette fissure suinte un mauvais fluide, au goût douxamer, un poison facile à boire.
Elle m’a hélé de son bain : « Stéphane, passemoi le démêlant s’il te plait. » J’ai traversé le salon en lorgnant sur la tapisserie avilie par les ans, puis j’ai pénétré dans la salle de bains. Séverine était ensevelie sous cinquante cen timètres de mousse, elle jouait à clapoter avec ses orteils. Dans le placard, quelques centaines de fla cons se bousculaient pour tomber. J’en ai pris un au hasard et je lui ai tendu avant de m’asseoir sur le re bord du bain.
« Ne fais pas mousser, je suis assis là, aije dit. » Subrepticement elle a replié sa jambe dans le sombre dessein de me prendre à revers. Bien sûr ça n’a pas marché. J’ai bondi hors de portée de ses mauvaises intentions et je lui ai annoncé mon projet
9
Mon âme damnée
de lui envoyer un seau d’eau glacée à travers la figure. Elle a haussé les épaules d’un air dédaigneux et s’est enfoncée un peu plus dans la douce tiédeur du bain. J’allais sortir pour rejoindre mon journal et mon fauteuil, quand elle m’a rappelé. « Stéphane, viens voir. » Sa voix suave ne me disait rien qui vaille. J’ai avancé prudemment jusqu’au seuil de la salle de bains. « Eh bien ?  Nous avons reçu une lettre aujourd’hui.  Ah oui ?  Tu ne devineras jamais de qui elle est. » Elle s’est paresseusement étirée, comme ennuyée par ses propres paroles. « Ça m’étonnerait que tu me le dises.  Tu dois deviner. Tu as droit à deux questions. Fais attention.  Qui c’est ?  Ne triche pas. Tu as droit à deux questions aux quelles je puisse répondre par oui ou par non.  Je vois… Bon. La famille ?  Non.  Une vieille connaissance ?  Oui.  Les Rousseux.  Non.  Franck et Sylvestre.  Qui c’est ceuxlà ?  Les deux homos qu’on a dépanné en janvier, ceux qui avaient flingué leur batterie.  Non.  Alors c’est Marc.  Marc, le mari de Florence ?  Mettons.  Non.  L’autre, Marc Pinonco.  Non plus.
10